COMMENT KANT CONSTRUIT LE MONDE SENSIBLE
Vous attendez avec impatience le complément de la solution du problème que la philosophie transcendantale s'est donné à résoudre. Je terminerai cette exposition dans cette lettre.
L'agent qui construit les objets de l'expérience, ou, en d'autres termes, le monde sensible, est notre entendement. Parmi les matériaux qu'il emploie dans cette construction, les uns lui sont donnés ou présentés par la sensibilité, les autres sont dans l'entendement lui-même. Ces matériaux doivent être les uns et les autres saisis par l'entendement, sans quoi il ne pourrait rien construire. Etre saisi par l'entendement signifie ici être pensé. Ainsi donc, les données de la sensibilité et les concepts purs de l'entendement doivent également être pensés. Il faut nécessairement que la représentation je pense puisse accompagner toutes mes représentations, sans quoi il y aurait en moi la représentation de quelque chose qui ne pourrait pas être du tout pensé ; ce qui revient à dire que la représentation
serait impossible ou serait nulle pour moi. On appelle vision la représentation qui peut être donnée antérieurement à toute pensée; et toute diversité dans la vision a un rapport nécessaire avec le je pense, dans le sujet même où se trouve cette diversité. Cette représentation je pense consiste dans un acte de l'activité de l'entendement , c est-à-dire qu'elle ne peut être considérée comme appartenant à la sensibilité. Il ne faut pas pourtant confondre le sens interne avec la représentation je pense. Cette représentation, K.int l'appelle «perception pure ou primitive. Celle-ci, comme je l'ai dit, doit se trouver dans toutes les autres représentations; elle est la même et unique dans toute conscience. Lorsque j'ai une représentation, il est nécessaire que je puisse dire que j'ai cette représentation ; ainsi, ayant la représentation du pied d'un homme, je peux dire : J'ai la représentation du pied d'un homme, ce qui équivaut à dire : Je pense la représentation du pied d'un homme; mais si j'ai la représentation de l'autre pied de l'homme, je peux dire encore : Je pense la représentation de Vautre pied de cet homme. Il en est de même de toutes les autres représentations qui constituent la représentation entière de cet homme. La représentation ye/je/z.re est donc la même dans la conscience de chacune des représentations élémentaires de la représentation totale. Cette représentation je pense, étant la même dans toute conscience, est une. Cette unité, Rant l'appelle V unité transcendantale de ta conscience
de soi-même, ou bien V unité transcendantale de l'a perception.
La représentation je pense est à priori, indépendamment des sensations; mais, dans l'ordre du temps, elle n'est pas avant les sensations ; car, selon Kant, toute la science humaine commence avec les sensations, bien quelle ne dérive pas toute des sensations.
Il ne faut pas confondre non plus l'unité transcendantale de la conscience de soi-même avec l'unité catégorique; cette dernière doit aussi être pensée par l'entendement, et, par conséquent, s'unir à la première pour la formation des objets de l'expérience.
Pour avoir l'unité synthétique de la représentation d'un homme, il est nécessaire que j'aie les diverses représentations qui entrent dans la représentation de cet homme, comme, par exemple, celles de la tête, des bras, du tronc, etc., et qu'en même temps j'unisse ces représentations multiples dans la représentation unique de cet homme, et que j'aie conscience de cette synthèse. Or, dire : J'ai les représentations diverses de cet homme, est la même chose que dire : Chacune de ces représentations est mienne; dire : Chacune de ces représentations est mienne , est la même chose qu'unir la représentation je pense à chacune de ces représentations; c'est faire une synthèse de chacune de ces représentations avec la représentation je pense. Cette première synthèse est néces-
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saire pour la synthèse ultérieure des diverses représentations entr 'elles, et cette dernière synthèse ne peut exister sans la première, bien que la première puisse exister sans la seconde. Si j'ai en même temps la conscience des perceptions de plusieurs arbres, j'unis chacune de ces perceptions à la représentation je pense , mais je ne les réunis pas en une représentation unique, comme je fais pour les représentations de la tête, des bras, du tronc; etc., d'un homme. Je ne peux avoir conscience de l'union de diverses représentations en une représentation unique, si je ne considère pas d'abord ces diverses représentations comme miennes, c'est-à-dire , si je n'opère pas la synthèse de chaque représentation avec la représentation je pense. Cette synthèse étant précisément le fondement de la connaissance, Kant l'appelle 1 unité synthétique primitive de l ^/perception ; mais celleci ne peut s'effectuer sans l'unité transcendantale de la conscience de soi-même. Celle-ci seule rend possible la formation des objets de l'expérience; et c'est pour cela que Kant appelle aussi la représenta tion je pense, l'unité objective.
Vous voyez par là que, dans la philosophie Kantienne, il est important de distinguer diverses espèces de consciences ; la première est le sens interne passif, lequel est affecté par nos sensations et modifications intérieures; la seconde est Vaperception pure , c'est-à-dire la représentation je pense, laquelle est posée à priori par la sponta-
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néité de l'entendement; celui-ci effectue la synthèse de la représentation je pense avec chacune des autres représentations, et par là s'établit /'unité synthétique primitive de Vaperception. La conscience de cette dernière est la conscience empirique. Il y a, en en outre, la conscience analytique, qui se révèle dans la décomposition de la synthèse primitive, et qui s'exprime ainsi : Ce moi qui étais B, je suis maintenant C. Si, pour plus de clarté, nous désignons la représentation je pense par A, et les autres représentations par B, C, D, etc. , la synthèse primitive nous donnera A B, A C , A D; en décomposant A B, j'ai pour résultat A; en décomposant A C, j'ai pour résultat A; en décomposant A D, j'ai pour résultat A. Cet A est Vaperception pure. Cet A, résultat des analyses opérées, est identique; ces analyses me donnent donc l'identité de la conscience pure ou transcendantal» . Kant appelle celte identité l'unité analytique de lu conscience. Ainsi, l'unité synthétique est le fondement de l'unité analytique; car, en général, toute analyse suppose une synthèse antérieure.
La re présentation y e/?*?Awe est donc le centre où doivent s unir tous les éléments de nos concepts empiriques pour la formation des objets de l'expérience. Mais il est nécessaire de déterminer quels sont les premiers éléments que la synthèse unit avec la conscience transcendantale et entre eux. Les ohj v Ls de l'expérience externe nous présen-
tent une étendue figurée. La sensibilité nous donne l'intuition pure de l'espace, mais elle ne nous donne pas les différentes figures de l'espace qui nous sont offertes par les corps. L'esprit doit donc d'abord tracer dans cet espace indéfini les diverses figures des corps. L'entendement se trouve ici dans le même cas que le géomètre qui entreprend d'établir la géométrie. Celui-ci doit, avant tout, créer les diverses figures qui sont l'objet de sa science. Or, le géomètre , pour la création de ses figures , n'emprunte aucune donnée aux sensations; il n'a besoin que de l'intuition pure d'un espace indéfini, et avec elle il construit à priori toutes les figures géométriques. C'est de la même manière que l'entendement construit les figures des corps qui nous apparaissent dans le monde sensible. Il a en soi les intuitions pures de l'espace et du temps ; il a aussi les éléments subjectifs de tous les concepts empiriques, c'est-à-dire les douze catégories; il doit donc unir ces deux classes d'éléments subjectifs et construire ainsi, à piiori, toutes les figures des corps. La synthèse de l'entendement a pour règle d'unir d'abord entr'eux les éléments subjectifs de la sensibilité et de la pensée. Cette union des catégories avec les formes pures de la sensibilité constitue les schèmes ou types primitifs, au moyen desquels l'entendement construit les figures des corps. Étudions en effet le procédé des géomètres dans la formation de leurs concepts purs. Supposant un point qui se meut vers un autre point, les géomètres se forment
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la notion de la ligne droite, et cette ligne représente un temps déterminé; or, en faisant cela, la synthèse pose un moment et le lie à la représentation je pense, et, y joignant la catégorie de l'unité, elle constitue le concept pur d'un élément de cette ligne. Les catégories s'unissent donc primitivement avec le temps, et puis, au moyen du temps, avec la forme pure de l'espace. De même que les géomètres conçoivent la formation de la ligne par le mouvement d'un point, de même ils conçoivent la formation de la surface par le transport latéral des lignes, et celle des solides par le transport en haut ou en bas des surfaces. Ceci supposé, concevons un point qui, en se mouvant, engendre une ligne finie; puis concevons que cette ligne, se mouvant latéralement, engendre, avec ses deux extrémités, deux autres lignes droites égales à elle-même et qui lui soient perpendiculaires, nous aurons le schème du carré. Supposons enfin que ce carré s'élève le long d'une ligne qui lui est perpendiculaire et égale à la ligne génératrice, nous aurons le schème du cube. Ce schème naît, comme nous l'avons vu, de l'application immédiate des catégories à l'intuition pure du temps, et de leur application médiate à l'intuition pure de l'espace. C'est parle moyen de ce schématisme que les mathématiques pures naissent dans la pensée humaine. Observez, en outre, que, dans l'exemple du carré et du cube, l'esprit, en posant une ligne, dit un ; en posant la seconde ligne perpendiculaire à la pre-
mière , il dit plus un , et ainsi de suite jusqu'à quatre; par conséquent, dans la génération des figures géométriques , on pose nécessairement le nombre. Le concept pur du nombre, en général , est donc le type de toutes les quantités, et il est ainsi le fondement des mathématiques pures. Le nombre est une représentation qui embrasse l'addition répétée de un à un. Le nombre n'est donc autre chose que l'unité de la synthèse du multiple dans une intuition homogène en général; de sorte que dans l'acte même de l'intuition s'engendre aussi le temps. La sensibilité a pour formes pures un temps indéfini , et un espace indéfini. Maintenant, quelle est la faculté qui pose, dans ce temps indéfini , un premier et un dernier moment, pour avoir un temps déterminé, c'est-à-dire pour avoir, dans l'espace indéfini, un point dont on part et un point où on arrive? Cette faculté, d'après Kant, est une faculté intermédiaire entre la sensibilité et l'entendement; il l'appelle l'imagination transcendaniale ; c'est-à-dire, une imagination productrice et non pas reproductrice d images. Le mouvement générateur des schémes, dont nous avons parlé, n'est pas le mouvement empirique qui nous est connu à posteriori ; il est le produit de la spontanéité du sujet pensant, qui pose dans un temps indéfini une détermination avec laquelle il lie les catégories. Cette faculté spontanée de poser à priori une détermination dans le temps indéfini est l'imagination transcendaniale, qui pro-
duit des représentations, et non l'imagination empirique, qui ne fait que reproduire des représentations antérieures. Cette faculté est l'auxiliaire de l'entendement dans la synthèse des concepts.
Lorsque l'esprit a formé le schème, s'il s'ajoute à celui-ci une détermination qui le particularise davantage, le schème devient une image ; et si à cette image se joint la sensation, l'image devient un objet. Ainsi, si on donne au cube une grandeur déterminée, le schème devient image, et si on joint à l'image une sensation, comme celle du poids, par exemple, l'image devient un objet. Ainsi, d'après la philosophie que nous exposons, la synthèse construit d'abord les schèmes, puis les images et enfin les objets. Remarquez que le concept pur du nombre est plus général que celui de la quantité continue et que celui de la quantité discrète; il est le genre, et ces deux quantités en sont les espèces.
Nous avons clairement expliqué comment l'entendement construit à priori les figures des corps que nous présente la nature. Nous avons vu que la synthèse, pour être détermiuée, exige que les catégories des quatre formes générales des jugements entrent en combinaison. Les catégories, comme nous l'avons dit, doivent s'appliquer d'abord à l'intuition pure du temps; il est donc nécessaire, pour former un objet d'expérience, c'està-dire un concept empirique particulier, de con-
struire quatre schèmes au moins. Supposons qu'il s'agisse de former le concept empirique d'un cube de marbre, déglace, de bois, etc., il nous faut, en premier lieu, construire la figure du cube, et nous avons vu comment se construisent les figures des corps par l'application des catégories de quantité à l'intuition pure du temps. Après avoir formé la figure du cube, joignons à cette représentation un groupe de sensations de couleur, de solidité, de poids, de froid, etc. Toute sensation a un degré; le plaisir est plus ou moins vif, îa douleur plus ou moins forte, le chaud, la clarté, le son, l'odeur sont plus ou moins intenses; jetez les yeux sur une belle campagne couverte de plantes vertes, vous trouverez dans chacune un vert différent; vous aurez un vert plus foncé dans l'une, moins foncé dans l'autre. Le degré se trouve donc nécessairement et universellement dans toute sensation, et nous ne pouvons concevoir celle-ci sans le degré. La sensation seule ne remplit (abstraction faite de la succession de plusieurs sensations) qu'un moment indivisible; un moment n'a aucune grandeur extensive; l'absence de la sensation, dans ce moment même, représenterait celui-ci comme vide; ce concept d'un moment vide du temps résulte de la catégorie de privation appliquée à ce moment : il est donc un schème. Un moment, considéré comme rempli par une sensation quelconque, est un concept résultant
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de la catégorie de réalité appliquée à ce moment : c'est donc aussi un schème. Mais toute sensation est susceptible de diminution, de manière qu'elle peut s'affaiblir et s'évanouir peu à peu. Ainsi, la chaleur peut diminuer, et par degrés disparaître entièrement. Par conséquent, il y a entre la réalité et la privation, dans un phénomène, un enchaînement continu de plusieurs sensations possibles intermédiaires. Toute sensation peut donc être considérée comme composée d'autres sensations semblables. Supposons une certaine chaleur en deux sujets, A et B; supposons, en outre, dans un autre sujet C une chaleur double de celle des sujets A et B; nous pourrons regarder ia chaleur de C comme composée des deux chaleurs de A et de B. Observez que les parties de celte chaleur ne peuvent être, comme celles de l'espace, lune en dehors de l'autre; elles doivent donc être regardées, non comme remplissant un espace, mais comme remplissant plus ou moins le même moment de temps; ainsi, une masse donnée peut contenir dans le même temps autant de chaleur qu'en contiennent deux autres qui, prises ensemble, forment une masse double. Une surface peut, dans le même temps, jeter autant de lumière que deux autres surfaces dont chacune lui est égale, si elle reçoit une lumière double. Mais cette double chaleur et cette double lumière peuvent être considérées comme produites successivement en deux moments de temps, de manière que celles du premier moment se maintiennent et se
retrouvent encore dans le second. Cette possibilité de considérer le degré par parties le fait regarder comme une quantité, qu'on appelle quantité intensive pour la distinguer de la quantité extensive. C'est ainsi que les rapports mutuels des degrés peuvent être exprimés par des lignes, et que, par exemple, les diverses hauteurs du mercure dans le thermomètre indiquent les rapports d'un degré de chaleur à un autre. Maintenant, en observant la loi générale ou le mode de la synthèse dans la formation du degré, on aura le concept sensible pur du degré ; en ajoutant à ce schème ou type de tout degré une détermination qui en fasse un degré déterminé, on aura Y/mage; et puis, rendant cette image individuelle, en en faisant la couleur blanche, la couleur bleue, la douceur du sucre, on aura Y objet. De même donc que le nombre est le schème des catégories de quantité, de même le degré est le schème des catégories de qualité.
Dans le cube de glace nous considérons le froid et la consistance comme des qualités ou modes de la glace; la catégorie de Substance entre donc comme élément subjectif dans notre synthèse. Mais nous ne regardons le froid et la consistance de la glace comme des modes, que parce que nous pensons que ces choses peuvent cesser d'être pendant que la substance de la glace demeure; car si on approche la glace du feu, elle perd le froid et la consistance, et prend la forme de fluide. Nous regardons donc la substance comme un sujet qui
continue d'exister tandis que les modes cessent. Ainsi la catégorie de substance s'applique également à l'intuition pure du temps et se combine avec elle. Pareillement, nous considérons le feu comme la cause de la fonte de la glace; la catégorie de la causalité entre donc dans celte expérience comme élément subjectif, et s'y combine aussi avec le temps; car le feu et son action sont supposés exister avant la fonte de la glace, et, en général, la cause, selon Kant, est conçue comme existant avant l'effet. Enfin, le cube de glace, ou, ce qui revient au même, l'ensemble de toutes les sensations qui en constituent l'intuition, est considéré comme existant dans un temps donné, ce qui a lieu au moyen de la combinaison de la catégorie d'existence (qui est une des catégories de modalité) avec le temps. Par conséquent, pour former un objet d'expérience et, par suite, un concept empipirique, il est nécessaire d'abord que l'entendement construise les schèmes de quelques catégories de quantité, qualité, relation et modalité, et qu'il unisse ensuite à ces schèmes, devenus images, la matière ou l'élément objectif de la sensation, et achève par là la construction de l'objet.
Ces lois du schématisme de la formation des objets de l'expérience s'appliquent aussi au moi, qui est l'objet de l'expérience interne. Qu'est-ce que ce moi qui est perçu par la conscience empirique 2 C'est une substance qui, ayant été, dans un temps déterminé et dans un espace déterminé,
d'une certaine manière, existe encore maintenant d'une autre manière. Il est donc nécessaire, pour former cet objet empirique, de déterminer, au moyen du schématisme des catégories de quantité, un certain espace dans lequel il pense, et un certain temps dans lequel se rangent, en une succession donnée, ses affections internes. Quand nous pensons, nous pensons en un lieu, et nos pensées se succèdent dans le temps. Il est impossible de concevoir un esprit qui pense hors de tel ou tel lieu, et dont les pensées ne se succèdent pas dans le temps. Ainsi, notre âme se présente à nous sous les mêmes modes de connaissance que notre corps. On conçoit l'âme affectée d'une série de sensations successives dont chacune a nécessairement un degré, et nous sommes également obligés de mettre des degrés dans toutes nos facultés. Le schématisme des catégories de qualité est donc nécessaire aussi pour la formation du moi empirique. Enfin, en regardant le moi comme une substance qui dure dans le temps et qui existe actuellement dans un certain mode, il se présente aussi sous le schématisme des catégories de relation et de modalité.
Voilà comment Kant construit tous les objets du monde sensible. Cette construction vous montre aussi comment les objets de l'expérience se lient et s'ordonnent entr'eux. Tous les objets sont considérés ou comme simultanés ou comme successifs, et la nature entière est l'ensemble des objets sensibles, simultanés, successifs et en connexion mu-
tuelle. Les objets successifs sont en connexion lorsqu'on les considère comme causes les uns des autres. Les objets simultanés sont en connexion lorsque, avec la catégorie de communauté appliquée au temps, on les considère comme agissant et réagissant les uns sur les autres. C'est ainsi que l'entendement compose le grand livre de la nature visible.
Si le monde visible est un produit de la synthèse de l'entendement, il s'ensuit que les lois de cette synthèse seront aussi les lois de la nature. La législation suprême de la nature, selon cette philosophie, réside donc à priori dans notre entendement. Lorsqu'un architecte bâtit un édifice dont il trace le dessin, les lois de cet édifice (c'est-à-dire sa forme dans le tout et dans les parties, et les rapports de ces parties entr'elles), qui furent d'abord les lois de la synthèse Imaginative de l'architecte, deviennent ensuite, lorsque le dessin luimême est tracé, les lois objectives de l'édifice. L'architecte qui forme la nature sensible est noire entendement; il construit à priori les schèmes des catégories : les lois du schématisme doivent donc devenir les lois objectives de la nature. Ainsi, par exemple, celte loi de la nature que dans tous les changements la substance demeure, est la loi du schématisme de la catégorie de substance, et cette loi de la nature est a priori dans l'entendement qui, avec la synthèse des sensations, la rend objective. Il en est de même de cette autre loi, que
tout événement suppose une cause qui le produit et le précède. C'est la loi du schématisme de la catégorie de causalité, produite par l'entendement au moyen de la synthèse par laquelle il construit ie monde sensible.
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