‹ Lettres de J. Raimond, a ses freres les hommes de couleur. Et comparaison des originaux de sa correspondance, avec les extraits perfides qu'en ont fait MM. Page et Brulley, dans un libelle intitulé: Développement des causes, des troubles, et des désastres des colonies françaises [sic]Chapitre 5 sur 6 · RAIMOND · texte numérisé non relu

RAIMOND

PERRIER aîné. LAMOTTE-AIGRON.

Taris , rueMeslêe } ra°. oZ.Le 19 octobre 1791.

chers compatriotes; tout cela a produit le plus mauvais effet. Et (5) dans le fait , il est inconcevable comment vous avez pu laisser ceux qui travaillent pour vous, sans secours d'aucune espèce.

Vous devez pourtant vous faire une idée des dépenses que nous avons été obligés de faire ; on ne l'ail rien en France avec rien , et je sais par une triste expérience , que nia fortune se sent considérablement de toutes les dépenses où cette affaire m'a entraîné ; je ne regrette rien , puisque c'est pour le bonheur de mes compatriotes , mais au moins qu'ils achèvent ce que nous avons si heureusement .commencé , qu'ils viennent enfin au

SiiCOURS DE LEURS FRÈRES ÉPUISES ET DE LA NATION , AFIN QU'ELLE LES RE- CONNOISSE POUR SES DIGNES ENFANS.

Pour parvenir à ce double but (9) , je vous adresse M. Mahon , qui vous remettra mes dépêches et les imprimés que je vous ai annoncés. Primo , ce M. à une pacotille , dont il faut que vous lui aidiez à se défaire , en achetant de lui tout ce qu'il vous faudra ; assurément si vous vous entendez tous , vous pourrez la prendre entre vous tous ; vous lui devez à plus d'un titre la préférence {a) , ainsi

(a) MM. Page et Brulley dans leur développement des causes des troubles de Saint- Domingue , ont voulu induire que cette pacotille du citoyen Mahon étoit composée de dix mille fusils pour armer les hommes de couleur et les esclaves.

Indépendamment, que la manière dont je m'exprime ici , prouve qu'assurément il n'y avoit pas de fusils dans cette nacotille ;

Vous devez pourtant vous faire u;ic idée des dépenses que nous avons été obligés de faire ; on ne fait rien en France avec rien , et je sais par une triste expérience , que ma fortune se sent considérablement de toutes les dépenses , eu cette affaire m'a entraîné ' je ne regrette rien , puisque* c'est pour le bonheur de mes compatriotes [a) (G). MM, Brissot , Giégoire , Pétion de Ville-neuve et Claviers sont les seuls , (b) qui ont continué à défendre notre cause avec un zèle incompréhensible : ma foiblc plume n'est occupée qu'à leur fournir des notes et des idées (c) : à ce titre , vous sentirez ce que vous leur devez (7). Par mon dernier plan , je vous ^proposai* une contribution en trois parties (cl) , un tiers comptant , le second à six mois , le troisième payable un an après le premier ; la souscription totale s'élève à 7 , 3g8 , 000 livres , do/it le tiers est

(a) Ici , c'est avec la plus insigne mauvaise foi , que ce qui suit dans ma lettre a été supprimé : pour passer bien plus loin 5 cherchez le chiffre 6.

(b) Ici quatre mots de sautés.

(c) Ici , autre lacune , pour sauter à la fm de ma lettre , pour parler des six millions et hure entendre par cette astuce , que je les demandois pour les personnes qui viennent d'être nommées , tandis que tout annonce > que c'est du don patriotique dont je parle.

(c?) Dans l'original , il y a : — par mon dernier plan , je* vous propose de diviser la contribution en trois parties } ce qui est bien différent.

( io )

que l'hospitalité , de- manière à ce qu'il ne 2 , 46G , 000 liv. que vous pourrez ea-

fasse point de dépense dans ce pays, en voyer remettre au gouverneur (Blanche-

lui fournissant ce qui lui sera néces- lande );'{'') mars je vous, obs.erve , que sur

sairé , afin qu'il ait son bénéfice clair cette totalité , vous devez trouver de

sur la pacotille, et ensuite une commis- quoi témoigner votre reconnoissance à

sion sur les sommes que 'vous ferez passer vos défenseurs ici, qu'il ne faut pas ou-

ici pour votre don patriotique, sub- blier.

venir aux frais d'impressions et récom- (8) Vous m'avez demandé, leur écrite

penser les écrivains qui se sont montrés il, de vous envoyer quelqu'un de con-

les plus zélés défense'urs de notre cause, fiance : j'ai trouvé cet homme de confiance

M. Mahon aura de moi des instruc- qui va vous (b) devenir si utile ; mais il a

tio.rii particulières pour la marche qu'il fallu l'intéresser-, comme cela étoit juste :

aura à tenir, tant pour l'objet de la puisque pour remplir mes (c) vues , il

pacotille , que pour nos affaires ; je vais quiite une épouse chérie. (Le citoyen Rai-

sculement ici tracer le plan de contri- uiond connoît le prix de l'or. ) (d)

mais encore comment concevoir qu'un volume , je ne dis pas de dix mille fusils , niais seulement de mille , auroit pu être débarqué dans une ville des colonies , sans que les blancs s'en fussent appercus et ne les eussent saisis , eux qui don;in oie ut dans les villes tt qui ne laissaient pas échapper seulement une lettre ? comment le capitaine du navire , dans lequel étoit passé Mahon , ni personne de l'équipage ne se seroient-iis appercus de tous Ges fusils . tant en les embarquant en France , qu'en les débarquant dans les colonies ? comment ensuite faire passer tant de fusils aux hommes de couleur , sans que personne ne les ait vus ? Au reste , la maison Mahon est ici et la pacotille y a été formée : il est facile de vérifier les factures 5 de plus , Mahon est mort aux Cayes ; ses exécuteurs testamentaires sont des blancs , ils ont dû voir dans ces papiers , s'il avoit porté des lusils, et ils en auroient parlé à sa veuve en lui écrivant.

(a) Le nom de Blanchelande n'est point dans ma lettre , et pour prouver au lecteur toute la perfidie de MM. Page et Brullcy , je le prie de lire tout de suite l'endroit d'où ce paragraphe est tiré : il est marqué au chiffre 7.

\ b ) Il y a nous dans l'original , et cela présente toute autre chose.

( c ) Il y a nos vues , ce qui est bien différent.

{d) Ah ! MM. PageT et Brulley , si tous lés colons blancs n'eussent pas plus aimé l'or que moi , la nation n'eût pas été obligée de sacrifier tant de millions , qu'ils ont su lui. arracher de mille manières différentes. Qui a-t-on vu fntiguer l'assemblée nationale et ses comités pour avoir de l'argent ? Sont-ceïes hommes de couleur ? jamais ils n'ont rien demandé , au contraire, ils sont toujours venus offrir ; et lorsque la nation a décrété un secours pour les enfans des colons , les enfans de couleur qui éi oient en France , ont-ils reçu uu sol? Comparez la conduite des Lom-

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bution à établir entre toute la classe dos hommes de couleur clans laquelle je comprends , comme il est juste , les nègres libres.

La classe des. citoyens de conleurs'élève à trente mille individus à Saint-Domingue ; je n'en porte , je suppose , que la moitié en état de fournir une contribution quelconque et je lais ainsi la distribution.

3ooo personnes peuvent donner au moins dans une occasion comme celle-ci i5oo 1. chacune, ce qui fait 4,5oo,ooo. liv. j.e suppose dans cette 'première classe tous ceux qui ont depuis vingt nègres

jusqu'à cent 4, 5 00,000. liv.

3,ooo à 600 liv. chacune, 1,800,000.

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