‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 30 sur 44 · A L'EGLISE FRANÇAISE DE LONDRES · texte numérisé non relu

A L'EGLISE FRANÇAISE DE LONDRES

Copie. Bibl. de Génère. Toi. lOT.

Très chers et honorés frères, comme je désire Tosbie repos, afin qu'estons paisibles tous ayez meilleure op-

* Aux frères de sans autre indication. Le nom du DoUe Polo-

DS CALVIK. 351

portuoité de servir à Diea, et le faictes de meilleur coa-* rage , j'ay esté oiarry du trouble que tous ont donné quelques gens inconsidérés , et fasché au double de ce qu^ils se couvroient de moy et de ceste Eglise pour vous molester. Or comme ils nous faisoient tort en cela, aussy il me semble que vous deviez avoir ceste raison et hu'^ manité en vous de ne souffrir que nous ne fussions meslés ny enveloppés en leurs follies. L*ung de ceux desquels j^avois ouy faire plainte^ me sera bon tesmoing que je ne Fay pas nourry en sa faulte depuis quMl est retournéi mais plus tost que j'ay tasché de luy faire sentir son mal, combien que M. A Lasco m'avoit escrit que tout luy estoit pardonné entre nous. Je dy cecy pource que j'ay entendu qu^on leur a reproché qu'ils vouloient fiaire ung idole de moy, et de Genève une Jérusalem. Je n'ay pas mérité de vostre Eglise qu'on me y traicte aiosy, et quand il y auroit deux fois plus d'ingratitude,

nais, Jean A Lasco, modérateur de la CoDgrégaUon des Protestants étrangers à Londres, nous apprend à quelle église cette lettre était adressée.

L'Eglise réformée française de Londres, la plus ancienne du refuge, après celle de Strastiourg, se forma pendant les premières an* nées du règne d'Edouard YI, obtint sa reconnaissance légale en 4550, eut pour ministres François Péruçel, dit la Rivière, et Riebard YanTllle, et pour modérateur un illustre seipeur étranger, dévoué à la cause de la Réforme, Jean A Lasco. Dispersée, en 45^3, sous le règne intolérant de Marie, elle se reconstitua sous le règne réparateur d'Elisabeth, et compta parmi ses pasteurs un des ministres les plus distingués de Genève, Nicolas des Gallars. Les commencements de cette église qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, et à laquelle la plupart des églises françaises d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande et même d'Amérique, doivent leur origine et leur organisation, furent troublés par des discordes théologiques qui ren dirent nécessaire l'intervention de Calvin.

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je ne laûseray point de pourchasser Tostre bien. Mais je sais contraint de yoos en adTertir, ponrce qoe telles fasçons de Caire ne sont que pour miner plus tost que pour édifier. Et puis combien que j*enseYelisse telles choses, je ne puis empescher que beaucoup de gens de bien n'en soient oCTensés. Si ceux qui tous ont esnieu ces combati ont prins occasion sur la diTendté des oé» rémoniesy comme M. A Lasco m'a mandé \ ils ont mal entendu en quoy consiste la Traye unité des chrestieiiSy et comme chacun membre se doibt conformer au corps de l'Eglise en laquelle il vit. Vray est que si on a reo quelque forme diyerse qu'on trouTe meilleure, qu'il sera bien licite en devisant premièrement avec le pasteur, de luy en dire ce qu'on en pense, moiennant qu'on s'accommode à l'usaige du lieu auquel on est, sans appder nouveauté, mais gardant paisiblement tout ordre qui n'est point répugnant à la paroUe de Dieu. Or oHument y ont procédé les deux dont il est question , je ne sçay sinon que je tiens bien au tesmoignage qui m'en a esté rendu. C'est qu'il y a eu de l'inconsidération par trop, et qu'ils n'y ont tenu ne mesure ny modestie telle qu'ils debToient. Mais je dy cecy pource qu'il est bon de redresser telles gens par douceur, plus tost que d'augmenter le mal par remèdes trop violents. Non pas que je veuille dire qu'ils ayent esté trop aigrement traités, mais pource qu'il m'a esté rapporté, encores que je n'y adjouste point de foy. Je croy que vous ne prendrei point

* A Lasco avait composé un livre intitulé : Tauie ia forme et Hère du mmislére ecclésiastiqve en t église des étramgers, dressée à Umdrespar le prmce très fidèle Edouard FI.

DE GALYm, 353

mal que je vous en advertisse Teu que cela ne tous porte nul préjudice.

Quant aux autres points qu'ils ont débatu Je ne doubte pas qu^il n'y ait eu de Fignorance en ce qu'ils ont réprouvé ceste façon de parler que la vierge Marie soit mère de Dieu, et avec l'ignorance il se peut faire qu'il y ait eu témérité et audace trop grande , comme le proverbe ancien dit que les plus ignoraus sont les plus hardis. Cependant pour aller en rondeur fraternelle avec vous , je ne puis dissimuler qu'on trouve mauvais que ce tiltre soit ordinairement attribué aux sermons à ceste vierge, et de ma part je ne sçaurois trouver tel langage ne bon, ne propre, ne convenable. Aussy le feront toutes gens de sens rassis , parquoy je ne me puis persuader qu^il y ait un tel usage en vostre Eglise, car cela seroit autant comme de parler du sang, de la teste, de la mort de Dieu. Vous sçavez que l'Ëscriture nous accoustume à ung aultre stile, mais il y a pis en cecy pour le scandale , car de dire la mère de Dieu pour la vierge Marie, ne peut servir qu'à endurcir les ignorans en leurs superstitions. Et celuy qui se plairoit en cela, monstreroit bien qu'il ne sçait que c'est d'édifier l'Eglise.

Quant au nom d'évesque de Rome, c'est chose frivole

de s'y amuser. Nous faisons trop d'honneur à ces bestes

cornues de les appeler évesques , veu que c'est ung mot

trop honorable pour eux. Le tiltre de pape ne convient

non plus à ce brigant qui a occupé le siège de Dieu. Je

vouldrois en cela, sans quelque afiTection, suivre ce qui

seroit communément receu. Le principal du différent

est de la prière formelle. Je sçay qu'il fault bien distin*

guer entre la personne et le siège abominable et mauldit. I. 23

Biais il me semble que ceux qui prient nommément pour celuy qui porte une telle marque de réprobation, sont de grand loisir. Je n'impose loy à nul , mais il seroit bien à désirer que la sobriété de nos prières monstrast quelle réyérence nous portons au nom de Dieu. Je parle en telle liberté , comme tous le devez souffrir en vostre frère, et aussy j'espère que le souffrirez. Car je seray bien prest d'estre admonesté de vous, quand tous ne trouTerez pas bon ce que je tous en escris. Au reste quant vous y aurez bien pensé , et que cbascun se yoodra ranger à la vérité sans contention, l'accord, comme j'espère , sera bien facile entre nous. Au reste si ceste iascherie vous a esté dure, aiez compassion de nous qui avons icy journellement de bien plus rudes alarmes à soustenir. Et de mon costé je prieray nostre bon Dieu , comme je fays, qu'il luy playse vous augmenter de plus en plus les grâces ^e son Esprit, faire profiter vos labeurs, et vous tenir la main forte au régime qu'il vous a commis. Autant en feront mes frères, comme je sçay qu'ils y sont affectionnés. De Genesve, ce 27 septembre

AUX SEIGNEURS DE GENEVE

Minute wiginile oorriisée |>ir Calvin. Bibl. de Génère. Vol. i4S.

Response de Jehan Calvin ministre de la paroUe de Dieu en l'Eglise de Dieu, présentée ce jeudy 6 d'octobre

* j4u dos^ de la main de Calvin : La cause contre Trolliet. Trolllet, de Genève, esprit inquiet et frondeur, se fit d'abord er-

1552 à nos magniiicques seigneurs messieurs les syndicques et conseil , contre Tescript produict lundy prochainement passé par le seigneur TrouUet.

Premièrement, Messieurs, quant à ce qu^il appelle son escript soustènement de la dispute quHl a eue contre moy, je ne sçay à quoy il prétend ni à quel à propos il dict cela, sinon pour acquérir réputation envers les ignorans de ce qu'il aura disputé contre Jehan Calvin. Et vos Excellences sçavent quelle fut toute la procédure, c'est qu'il demeura confus, n'ayant que répliquer, sinon qu'il ne l'entendoit pas. Parquoy il seroit hon qu'il se déportast de ceste gloire laquelle l'a incité desjà par trop à donner trouble et fascherie sans raison , tant à luy qu'aux aultres. Car s'il eust cheminé en modestie telle qu'il devoit selon sa mesure, jamais n'eust esmeu ceste contention.

Mais le principal est de ce qu'il faict semblant de soustenir ce qu'il a amené contre moy, et toutesfois dèsmite en Bourgogne, et vécut en aifectation de sainteté. Lassé bientôt de ce rôle, il reparut à Genève et sollicita les fonctions du ministère, dont il fut écarté par Tinfluence de Calvin auquel il voua une haine irréconciliable, n se fit dès lors remarquer, dans les rangs du parti des libertins, par la violence de ses attaques contre le ré^ formateur. H incrimina ses écrits et s'offrit à prouver que, dans le livre de V Institution chrétienne, Calvin avait fait Dieu auteur du péché. Ces accusations répétées à Tenvi par les adversaires de la Réforme, et spécieusement revêtues de l'autorité de Mélanclithon, provoquèrent de vifs débats qui ne furent apaisés qu'à demi par la sentence des seigneurs de Genève, qui approuvèrent VInstitution chrétiennCj tout en déclarant Trolliet « bomme de bien, » par ménagement pour le parti auquel il appartenait. Toutes les pièces relatives à la controverse de Calvin avec Trolliet se trouvent réunies au vol. U5 des Mss. de la Bibl. de Genève.

guise le tout. Car le différent lequel fut débatta, le pre» mier jour de septembre, estoit qu'il m'imposoît que je fais Dieu autheur de péché, ce que je niois, Toire arecques telle protestation qu'un tel crime méritoit, car c'est un blasphème par trop exécrable. Sur quoy il sVfforça de le prouver, alléguant les passages qu'il récite en son escript. Par quoy le poinct de nostre cause gist en cela, si j*ay faict Dieu cause de mal et de péché, ou non, comme il l'a maintenu en vostre présence plus de dix fois. Et sans cela il n'y avoit nulle difficulté quant au premier poinct. Car je ne désadvoue point ce que j'ay escript. Mais je dy que nous devons avoir en horreur d'appliquer le mot de péché à Dieu, veu qu'en luy il n'y a rien que toute équité et justice, mesme qu'il en est la reigle et la fontaine. Parquoy je m'esbays qu'il n'a point eu honte de le nyer . Quoy qu'il en soit s'il est obstiné en sa négative, je requiers, comme le droict et la raison le veult, qu'il vous plaise devant que passer oultre, commander à vostre secrétaire de m'en donner acte. Car je ne puis et ne doibs souffrir qu'un tel blasme m'aict esté (improperè?), sans que j'en sois purgé comme il apartient.

Au reste aux sentences qu'il mect en son récit extraictes de mon Imtitution, il me faict grand tort, pour ce que ce sont propos couppéz et rompus. Et mesmes il fourre et mesle parmy la doctrine qui est de moy, les objections qui sont là faictes en la personne des blasphémateurs. Desjà il devoit avoir grand'honte quand je remonstray que par ce moyen on pourroit imputer à sainct Paul qu'il a appelle Dieu injuste. Mais ce qu'il persiste en une telle façon de faire, n'est nullement à supporter.

Parquoy ce qu*il amène du feuillet 461 en la première page, est mal couché, et contre la vérité de mon intention, veu quMl entasse là ce que je récite des meschans, lesquels je réprouve et condamne ^

Cependant je confesse assez que j^ay escript que Dieu non-seulement a préveu, mais aussy a ordonné la cheute d'Adam , ce que je maintiens estre vray *, non sans bonnes raisons et tesmoignages de PEscripture saincte. Partie adverse, sans toucher aux preuves que j'amène, dict que j'ay mal parlé, et n'amène rien pour monstrer qu'ainsy soit, sinon qu'il luy plaist d'en conclurre ainsy. Advisez, Messieurs, si cela est équitable.

^ « Puisque nous sommes tous corrompus et contaminez en vices, il ne se peult faire que Dieu ne nous ait en haine, et ce non pas

d'une cruauUé tyrannique, mais par une équité raisonnable Que

tous les enfans d'Adam viennent en avant pour contendre et débattre contre leur Créateur, de ce que par sa Providence éternelle, devant leur nativeté, ils ont esté dévouez à calamité perpétuelle. Quand Dieu au contraire les aura amenez à se recongnoistre, que pourront-ils murmurer contre cela? S'ils sont tous prins d'une masse corrompue, ce n'est donc point de merveille s'ils sont assubjettis à damnation. Qu'ils n'accusent donc point Dieu d'iniquité, d'autant que par son jugement éternel ils sont ordonnez à damnation , à laquelle leur nature mesme les mène. » Institution de la reUgion chrétienne^ édit. de 4554, p. 464.

* » Le premier homme est cheu, pource que Dieu avoit jugé cela estre expédient. Or pourquoi il l'a jugé, nous n'en savons rien. Si est-il néantmoins certain qu'il ne l'a pas jugé, sinon pour ce qu'il voyait qu'il faisoit à la gloire de son nom... L'homme donc trébusche, selon qu'il avoit esté ordonné de Dieu, mais il trébusche par son vice. • InstiL de la relig. ckréLy édit. de 4554, p. 463.

« Combien que par la Providence éternelle de Dieu l'homme a esté créé pour venir en ceste misère en laquelle il est, il a néantmoins pris la matière d'icelle de soy-mesme, et non pas de Dieu. Car il n'est péri pour aultre cause , sinon pource qu'il a dégénéré de la pure nature que Dieu lui avoit donnée , en perversité. » Ibidem p. 464.

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Sur la seconde proposition.

Quant à ce qu'il m'accuse d'avoir escrîpt que Thomine est par l'ordonnance et Tolunté de Dieu nécessité à péché , je Touldrois bien comme j'ay tant de fois dict , qu'on ne m'imposast point ce jargon de rooyncs, duquel je n'ay jamais usé. Et de faict il n'y a eu que les caffars qui aient ainsi gazouillé, selon leur barbarie. Que la doctrine donc soit considérée, comme je la mect. Et je confesse bien que les meschans pèchent de nécessité, et que telle nécessité est de l'ordonnance et volunté de Dieu ; mais j'adjouste aussi cependant que telle nécessité est sans contrainte, tellement que celuy qui pèche ne peult pas dire pour son excuse qu'il y soit forcé. Et je prouye si bien et deuement ceste doctrine par l'Escriture saincte qu'il est impossible à homme vivant d'y résister. Et je m'esbay que partie adverse ne monstroit sa subtilité à me rédarguer en ce que j'en dy devant tous, et mesmes, comme il dissimule les probations que j'en mectz plus qu'évidentes en mes livres. Il dict qu'il a soustenu le contraire sans vouloir ny pouvoir approuver mon opi* nion. Quant il seroit le plus sçavant personnage du monde , encores seroit-ce trop d'usurper d'authorité à luy de vouloir estrc creu en respondant simplement qu'il ne veult et ne peult consentir à ce qu'on luy propose. Tant moins y a-il de raison qu'un homme qui n'est guères exercé en l'Escriture saincte , et n'est pas juge compétent en matières de théologie, vueille qu'à sa simple fantasie on réprouve ceux auxquels Dieu aura faict la grâce d'y estre un peu plus entendus. Or, magnifiques seigneurs, si les probations que vous avez ouyes ne vous suffisent , je m'offre à en faire de plus amples , toutes-

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fois et quantes qu'il vous plaira. Et au reste je me remets à ce qui en est contenu au Livre de la prédestination et prudence de Dieu ^

Sur les contredicts que le seigneur Trouillet a imaginés.

Partie adverse pense que je me contredise quant j'enseigne que Phomme doit plus tost chercher la cause de sa damnation en sa nature corrompue qu'en la prédestination de Dieu i et ne voit point que je dy là expressément qu'il y a deux causes, l'une qui est cachée au con» seil éternel de Dieu ^ et l'aultre qui est toute patente y au péché de l'homme. Or puisqu'il confesse que cela est vray, il se condamne par sa propre houche et signature. Et quant à moy j'accepte volontiers ceste confession laquelle monstre que jamais il n'a entendu un seul poinct de la cause dont il débat si hardiment. Voicy doncques^ Messieurs , le nœud de toute la question : c'est que je dy que tous réprouvez seront convaincus par leurs consciences propres d'estre coulpables , et ainsi que leur damnation est juste , et qu'ils font mal de laisser ce qui est tout évident pour entrer au conseil estroit de Dieu, lequel nous est inaccessible. Cependant l'Escriture nous monstre bien que Dieu a prédestiné les hommes à telle fin qu'il a voulu qu'ils vinssent. Mais pour quoy et comment cela se faict , il le nous fault ignorer, pource qu'il ne nous est point déclairé.

Touchant le contredict que partie adverse cuide amener de la seconde page du feuillet 463 ; c'est merveilles qu'apprès avoir esté déboutté avec si grand vergongne d'une objection si frivoUe , il y retourne de nouveau. Je

* C'est le livre : De œtema Dei prœdesUnatione et providetUia^ Genève, 4 550, in-8'' ; traduit en français la même année.

dy là : que c^est pertersemcnt faict d'entrer aux secrets de Dieu où on ne peult atteindre, pour chercher Torigine de la damnation des hommes, et laisser derrière la corruption de leur nature dont elle procède notoirement. Cependant ce n'est pas à dire que le conseil de Dieu ne domine en degré souverain pour disposer de toutes choses, comhien que les causes prochaines nous apparaissent devant les yeux. C'est aultant comme si quelqu'un vouloit trouver contradiction en ces propos qui sont tous de l'Escriture sainctc : Que l'homme n'est point nourry de son labeur, ne de son industrie, mais de la seulle grâce de Dieu. Que ce n'est pas la vertu ou inQuence du soleil qui faict fructifier la terre , mais la pure grâce de Dieu. Que ce n'est pas le pain qui nous sustente et nourrit, mais la vigueur que Dieu nous inspire par sa bonté. Et à l'opposite que l'homme paresseux sera à bon droict affamé. Item, que la terre nous desniera pasture. Item, que nous sommes soustenus et confermés par le pain. Or la solution est par trop facile , quand on sçaura distinguer entre la cause souveraine et celles qui sont inférieures, et plus prochaines au sens humain.

Sur les sentences extraictes du livre de Mélanchthon \ je confesse que Dieu n'est point autbeur du péché. Mesmes j'ay maintenu par livres exprès cest article de foy aussy visvement qu'on sçauroit requérir d'un fidelle serviteur de Dieu. C'est donc chose superflue de mettre ceste proposition en dispute entre nous. Ce pendant je

* C'est le fameux livre des Lieux communs {Loci theologid) traduit en français par les soins de Calvin : La somme de ihéclogie ou lieux communs de Mélanchthon , traduits du latin par Jeao Calvin, avec une préface. 4546, in-8».

confesse, comme j'ay desjà déclairé par cy-devant, que la façon d'enseigner que tient Mélancthon est diverse de la mienne. Je vous ay aussy remonstré y magnifiques seigneurs, d'où cela venoit. C'est que Mélancthon , estant homme craintif, pour ne point donner occasion à gens curieux de trop s'enquérir des secrets de Dieu, s'est voulu par trop accommoder au sens commun des hommes. Et par ce moyen a plus parlé en philosophe qu'en théologien , quant à la cause présente , ce qu'il monstre en la fin , n'ayant point meilleure autborité pour s'arrester que celle de Platon. Et puis notamment il appelle son opinion moyenne qu'il veult , aultant comme s'il confessoit qu'il nage entre deux eaux , ce que partie adverse devoit un peu mieulx priser ^

Au demeurant, magnifiques seigneurs, celluy qui nous veult mettre en combat Mélancthon et moy , faict

* II n'est pas sans intérêt de rapprocber ce Jugement de Calvin sur Mélanch thon, du jugement si remarquable que renferme la préface des Ueux communs : — « Je voy que l'auteur estant homme de profond savoir, n'a pas voulu entrer en disputes subtiles, ne traiter les matières d'un artifice tant haut qu'il luy eust esté facile de faire. Mais il s'est abaissé tant qu'il a pu, n'ayant esgard qu'à la seule édification. C'est certes la fasçon et style que nous aurions à tenir, sinon que les adversaires nous contraignissent par leurs cavillations ànous destoumer de ce train Aultant est-il de la prédestination, pourne qu'il voyt aujourd'huy tant d'esprits volages qui ne s'adonnent que trop à curiosité, et ne tiennent nulle mesure en ceste matière. Voulant prévoir ce dangier, il a mieux aymé toucher seulement ce qui estoit nécessaire à congnoistre, laissant le reste comme ensepvely, qu'en desduisant tout ce qu'il eust bien peu, lascher bride à beaucoup de disputes perplexes et confuses, desquelles cependant il ne revient nul fruict de bonne instruction. Je confesse que le tout ce quHl a pieu à Dieu nous révéler par VEscriture ne doit estre supprimé y quoy qu'il advienne; mais c'eluy qui

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grand tord à Pun et à Taultre , et en général a toate TEglise de Dieu. Thonore Mélancthon tant pour le sca- T(Nr excellent qui est en loy , qne pour ses Tertas , e< sarloot qu'ila Bdèlement traTaillé à soiistenir TEvangOe. Si je trouve k redire en luy , je ne loy dissimule pas « comme il me donne bien liberté de le faire. De son oosié , il y a des tesmoings tant et plus qui sçarent combien fl m'ayme. Et je sçay qn^il aura en détestation ceux qui prendront couTcrture de luy pour dénigra* ma doctrine en façon que ce soit. Et aussi telles gens ne chercfaeot qu'à mettre ziianies et scandales pour empescher le cours de l'Evangile. Je ne m'amuse point à réprourer les propositions amenées par partie adverse, où Mélanchthoa ne satisfaict à nulles gens sçavans, pource qu'il flescbit d'une prudence trop humaine , n'osant point dire ce qu'il congnoist estre vray, pource qu'il craint que tous ne fussent point capables de Touy r. Tant y a que je vous ay produict lettres de sa main , où ce que je dy apparotst. Mais encores quand ceste licence seroit donnée à partie adverse de conclurre du costé que bon lui semble , A faire des résolutions telles quelles sur les escripts des g»s doctes , vous sériée en sa miséricorde de recevoir trois sacrements entre lesquels sera la confession, pource que Mélanchthon le tient ainsi. Ce que je dy seuUement affin qu'il appreigne de se mieux congnoistre , pour n'estre point si excessif à se jecter aux champs.

Quant à moy, magnifiques seigneurs, estant asseuré en ma conscience que ce que j'ay enseigné et escript

cherche d'enseigner au profici des lecteurs mérite bien d*estre excusé s'il s'arreste à ce qu'il congnoil estre le plus expédient, passant légèrement ou laissant derrière ce dont il n'espère pas tel profit. »

Dfi GÀlVIN. 363

n'est point creu en mon cerveau , maïs que je le tiens de Dieu , il fault que je le maintienne , si je ne Toulois estre traistre à la vérité^ comme je pense en avoir desjà suffisamment respondu. Et en cas que bon vous semble, je m'offre derechef à y respondre plus amplement, jusques à ce que partie adverse soit convaincue de m' avoir mal accusé contre toute vérité et raison \ (6 oct. 1552.)

A MONSIEUR DE FALAIS *

Minute autographe. Bibl. de GenèTe. Vol. 10T«.

Monseigneur, puisque vous pensez avoir bonne cause par devers moy, je ne vous puis satisfaire en confessant

^ Voici la sentence prononcée i>ar les seigneurs de Genève : « Mercredy neufz novembris 4552. Estans ouyz en conseil les spectables et savans ministres de la parolle de Dieu, maistre Guillaume Farel et maistre Pierre Yirét, et après euix spectable monsieur Jehan Calvin, ministre de ceste cité de Genève, et noble Jéban Troillet, aussi de Genève, en leurs dires et réplicques jà souvent débaUues de l'Institution chrestienne du dict monsieur Calvin, et le tout bien considéré, le Conseil a arresté et conclud que, toutes choses bien ouyes et entendues, il a prononcé et déclairé et prononce et déclaire le dict livre de rinstitution du dict Calvin estre bien et sainctement faict, et sa saincte doctrine estre doctrine de Dieu, et que Ton le tient pour bon et vray ministre de ceste cité, et que dès icy à Tadvenir personne ne soit ausé parler contre le dict livre ne la dicte doctrine. Commandons aux ambes parties et à tous qu'Us se doivent à cela tenir. > Mes dits seigneurs syndics et Conseil. Roset.

'^ Cette lettre, la dernière de Calvin à M. de Palais, répand une

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que j'aye tort, ce qui ne seroit qu'hypocrisie. Car je sçay que moy-mesme desjà de long temps tous ay déclairé de rhomme ce qui en estoit, et ça esté chose trop commune des actes qu'il a faicts. Depuis ce temps-là TOUS TaTez tellement loué, que celluy qui me le récitoit usast de ces mots, qu'il u'aToit ouy jamais faire si grand cas d'homme du monde. Quant tous en Teniez jusques là , estant desjà adTerty par moy, il falloit bien que tous le missiez si hault pour nous faire condamner aTec toute nostre doctrine, de laquelle il s'est monstre si mortel ennemy, Toire enragé et démoniaque , qu'il n'a pas eu honte d'escrire : Detis Calvmi e$t hypocrita , mendax , perfiduêy injustuSf fatUor et patronus scelerum^ et Diabolo ipso pejor. Ainsi il fauldroit que pour tous qualifier je

vive lumière sur les circonstances de leur rupture, dont le procès de Jér6me Bolsec fut Toccasion. Banni de Genève pour ses attaques contre la prédestination et ses invectives contre Calvin, Bolsec avait su intéresser à sa cause M. de Falais, dont il était le médecin, et qui intercéda vainement auprès de ses juges: — « Maistre Hierosme congnoit mon naturel plus à mon apaisement que nul aultre des médecins que je congnoisse... C'est celuy après Dieu y duquel je tiens la vie. » — Arcb. de Genève. Lettres du 9 et du H novembre 4551. Ces démarches, dictées par un sentiment d'Iiumanité, n'auraient pas cans doute indisposé Calvin, si M. de Falais n'avait pris trop ouvertement le parti de Bols^ contre le réformateur. Calvin s'en plaignit avec amertume : — « Scribat Fallesius liominem esse non malum, et in gratiam ignoti nebulonis famam suam ludibrio prostituât... > — Lettre aux ministres de Bàle, janvier 1552. Expulsé de Genève et retiré à Thonon, Bolsec sut envenimer ce dissentiment que les souvenirs d'une longue amitié devaient apaiser, et qui se termina par une douloureuse rupture. Dans une lettre véhémente, Calvin, alors malade et souffrant, prit congé de son ancien ami, dont il raya le nom, quatre ans après, de la préface de son Commentaire sur la première épitre aux Corinthiens, pour y substituer celui du marquis de Yico.

renonçasse à Dieu et à sa vérité, et au salut que j'en espère. Vostre intention n'est pas telle , je le croy ; mais si pour l'humanité et mansuétude de vostre esprit, vous estes content d'ignorer quel est celiuy qui faict la guerre à Dieu y et non-seulement cela, mais n'adjoustant nulle foy à nostre tesmoignage, donnez occasion de nous rendre détestable, souffrez, je vous prie, que j'aye quelque zèle de maintenir l'honneur de mon maistre. Mais c'estoit pour le moins de vous en advertir : à quoy je responds qu'après avoir ainsi esté obliquement dégradé de vous, je me voulois garder de m'exposer à mocqueries. Si j'eusse esté adverty du propos que j'ay récité dix heures devant , ce m'eust esté assez que vous en eussiez entendu ce que j'en avois sur le cueur. L'occasion s'adonna que vostre amy tantost après, ou le lendemain, me demanda si je vous avois veu. Je dy que ouy , dont je me repentoîs, et que si vous passiez cent fois, j'aurois moins d'accointance avec vous qu'avec tous ennemis manifestes, puisqu'en vous monstrant ainsi familliers , vous estiez , selon qu'on m'avoit rapporté depuis , les prescheurs des louanges de Castalio ^ , lequel est si pervers en toute impiété , que j'aimerois cent fois mieux estre papiste , comme la vérité est. Vostre amy lors me demanda si je vouldrois bien que vous le sceussiez. Je luy respondy que c'estoit à ceste intention que je luy en avois parlé, puisque je ne Pavois pas sceu assez à temps. S'il l'a divulgué plus oultre , ça esté contre mon opinion et vouloir, et sa promesse mesme. D'avoir dict que vous estiez tout infesté

* Sébastien Castalion, ancien régent au collège de Genève, professeur à l'université de Bàle. Il avait élevé des doutes sur la divinité des Ecritures, et attaqué la doctrine de la prédestination.

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des erreurs de ce monstre y cela tendoit à Fopposite de mon propos , car je luy dy qu'il falloit bien que vous nous haïssiez gratis , de louer en despit de nous un tel monstre. La somme estoit que j'eusse porté plus douloureusement une telle injure de tous aultres que de TOUS y attendu la fiance que j'avois en vostre intégrité ; mais que j'estois encores plus fasché de tous TOir adhérer, ne sçachant pourquoy , à celuy qui est plus détestable que tous les papistes du monde. Et de faict je luy dy plusieurs fois que je ne sçaTois comment et pourquoy, ne que cela Touloit dire. Et puisqu'encores à ceste heure TOUS aimez de suÎTre une leçon toute contraire à celle que j'ay apprins en Teschole de mon Blaistre , (Car tous dictes que tous estes bien ayse d'oublier le mal qui pourroit estre en luy ; et il nous est dict : Videl$ catiei, observaUy notatey fugiUy caveU. ••) je tous laisse tos délices I — Si j'ay esté trop aspre et lourd, pardonnezmoy, TOUS m'y aTez contrainct. Et affin que tous sçachiez qu'il n'y a ne colère, ne malveillance, je tous escrits la présente comme m'apprestant de comparoistre dcTant Dieu, lequel m'afflige de rechef d'un mal qui m'est comme un mirouer de la mort dcTant les yeulx. Je le supplieray. Monseigneur, qu'en aiant pitié de moy et me reccTant à mercy, il tous conserre et guide par son Esprit, et tous augmente en toute prospérité avec Madamoiselle et toute vostrc famille ^ (1552.) Vostre serviteur,

JÉHAH GiiLTIN.

^ L^bistoire de M. de Palais, depuis sa rupture avec Calvin, deeure environnée d'une profonde obscurité, n quitta Genève pour 1er s'établir à Berne, perdit sa fenune en 4557, ex contracta un

DB Calvin: 367

A MATfflEU DIMONET *

Imprimée. Uùinire des Martyrs, h» IV, p. 247*

Très cher frère, combien que je n'aye pas à soustenir pour ceste heure tels combats que vous , si est-ce que vous ne laisserez de recevoir aussy bien mon exhortation comme si j'estoye prisonnier avec vous , et de faict le zèle qui m'esmeut à vous escrire ne procède point d^ailleurs. Cependant je vous prie de considérer que nous devons remettre tout à la volonté et disposition de nostre bon Père céleste, qui appelle chacun de nous en tel rang

second mariage. On ignore la date et le lieu de sa mort. £st4l vrai, comme Taflfinne Bayle, que ce seigneur, attristé par le speclade des divisions dont il avait été témoin à Genève, finit par rentrer dans ITglise catholique? Nous croyons plutôt, en nous fondant sur les témoignages de Calvin et de Bèze, indirectement confirmés par le silence des historiens brabançons, que tout en se séparant sur quelques points de la théologie calviniste, l'arrière-petit-fils de Philippe de Bourgogne n'abjura pas les croyances auxquelles il avait fait le sacrifice de sa fortune et de sa patrie. Voir Bayle, iHct., art. Philippe de Bourgogne, remarque G.; Calvin, Comment, sur la 4** épitre de saint Paul aux CorynthienSy dédicace au marquis de Yico, 24 janvier 4556; et la préface du Commentaire de Calvin sur Josuéy par Théodore de Bèze.

* Mathieu Dimonet, religionnaire de Lyon, arrêté dans cette ville, le 9 Janvier 4553. Il a raconté lui-même, dans ses lettres aux ministres de Genève, les détails de son procès : « — Le lundy, 9 janvier, estant en ma maison devant le lieutenant du roy et Tofficial, après qu'ils eurent cherché et visité mes livres, ne trouvèrent rien sinon un petit livre de chansons spirituelles en musique... » — Di-

quMl lui plaist. Quelquefois il espargne ses enfans jnsques à ce qu^il les ait conduits et formez de longue main, comme nous oyons qu^il est dict à sainct Pierre par la bouche du Maistre : Quand tu seras vieil, on te mènera où tune voudras point. Mais il adviendra aussy parfois qn^il en prend des novices, pour le moins qui n^avoîcnt pas esté exercez de longtemps à batailler. Quoy qu'il en soit il y a un bien , qu'il n'est pas moins puissant à desployer sa vertu sur les débiles pour les rendre invincibles en un moment , comme pour la continuer à ceux qui l'ont desjà sentie par long espace de temps. A ce que j'entends vous n'avez pas esté appelle des premiers à sa congnoissance ; mais Dieu néantmoins vous a mis en avant pour estre de ses tcsmoings. U vous a donné telle vertu et constance au premier assaut , que les ennemis de vérité ont congneu la marque de Jésus-Christ laquelle ils ne peuvent souffrir. Je sens bien par la compassion que j'ay de vous , comme je dois , que Sathan ne cesse pas de vous faire nouveaux alarmes; mais il faut recourir à celuy qui a si bien commencé , le priant qu'il parachève son œuvre. Si vous avez beaucoup de tentations y ne vous en esbahissez pas ; mesme si vous sentez

monet subit un premier interrogatoire et fut conduit dans les prisons de rofficialité. « — J'ay eu, dit-il de grands assauts et tentations... car, d'un costé, Ton me mettoit les tourmens et la mort, puis la honte et déshonneur de moy et de mes parens, la mélancolie de ma mère, laquelle ils disent mourir de regret, et tant d'autres choses... lesquelles m'eussent esté fortes à porter, si le Seigneur ne m'enst fortifié par son Sainct-Esprit. « — Le prisonnier résista courageusement aux menaces de l'inquisiteur Ory et aux instances de sa famille. Le 45 juillet 4553, « toutjoyeux et priant le Seigneur, il endura le tourment de la mort. » Histoire des Martyrs^ p. 247.

telle fragilité en vous que vous soyez comme prest à estre esbranlé. Plustost congooissez que par ce moyen Dieu TOUS Teut humilier^ affin que son aide soit mieux congnue par la nécessité ; et puis , qu'il vous sollicite à invoquer son nom y et avoir tout vostre recours à sa grâce ^ selon quMl est besoin que nous soyons poussez à cela comme par force. Je ne doute point quMl n'y ait aussi des boutefeux par dehors, lesquels, sous ombre d'amitié et parentage, vous seront les pires ennemys et les plus mortels, car pour sauver le corps , ils tascheront en tant qu'en eux il sera de mener l'âme en perdition. Et puis la fantaisie de l'homme est une merveilleuse boutique pour forger des folles imaginations, qui ne sont que pour troubler le vray repos que nous devons avoir en la saincte vocation de nostre Dieu, lequel nous commande de regarder simplement à soy , comme aussy c'est bien raison. Parquoy il est besoin d'estre armé et muny de tous costéz. Mais vous n'avez point occasion d'estre estonné puisque Dieu a promis d'équipper les siens, selon qu'ils seront assaillis de Satban. Seulement remettezvous à luy en vous deffiant de tout ce qui est en vous ; espérez qu'il sera assez suffisant luy seul pour vous soustenir. Au reste , vous avez à regarder surtout à deux choses : quelle querelle vous défendez, et quelle couronne est promise à ceux qui se seront constamment portés en la confession de l'Evangile. C'est une chose tant précieuse que le service de Dieu , la grâce infinie qu'il nous a monstrée en son Fils, et toute la gloire de son royaume, qu'il ne doit pas faire mal à un homme mortel d'employer sa vie pour combattre contre les vilaines corruptions qui régnent partout au monde pour I. U

anéantir tout cala. Et puis nous sçavons quelle sera rissoe de nos combats , et que celuy qui nous a rachetez , ne souffrira qu'un prix si cher comme son sang soit perdu, quand nous en aurons la signature. Or nous sçaTons comme il advoue pour siens , et proteste de les adTooer au dernier jour, tous ceux qui l'auront confessé icy-bas. Nous ne saTons pas encore qu'il a délibéré de (aire da TOUS , mais il n'y a rien meilleur que de luy sacrifia Yostre vie, estant près de la quitter, quand il voudra, et toutesfois espérant qu'il la préserrera autant qu'il congnoist estre utile pour vostre salut. Combien que œ soit chose difficile à la chair, si est-ce le vray contentement des fidèles , et tous faut prier qu'il plaise à ce bon Dieu le Touloir tellement imprimer en vostre coeur que jamais il n'en soit effacé. Nous le prions aussy de nostre costé qu'il vous face sentir sa vertu, et vous rende pleinement asseuré qu'il vous a en sa garde, qu'il bride la rage de vos ennemis , et en toute sorte se monstre vostre Dieu et Père.

Pource que j'entends que nostre frère Pierre Bei^r * est en une mesme prison avec vous, je vous prieray de le saluer de par moy, et que ces lettres lui soyent communes. Marchons jusques à ce que nous soyons venus à nostre but, pour estre recueillis au royaume étemel. Le dixième de janvier 1553.

* Pierre Berger, de Bar-sur-Selne, bourgeois de Geoèvc, fut pris à Lyon, trois Jours après les écoliers de Lausanne, qu'il r^o^mt dans les cachots et précéda au martyre. « — Estant monté sur ie bois, il dit : Seigneur, je te recommande mon âme. Depuis, en regardant au ciel d'une vue immobile, et s'écriant ,il dit : Aujourd'huy je voy les cieux ouverts. — Et incontinent après ce sainct personnage rendit Tesprii à Dieu. » Hi$i, des Marifrs^ p. 234.

J'avoye onblié uu point , c'est que tous respondiez aux ennemis avec révérence et modestie, selon la mesure de foy que Dieu vous donnera. Je dy cecy pource qu'il n'est pas donné à tous de disputer, comme aussi les martyrs n'ont pas estes grans clers, ne subtils, pour entrer en disputes profondes. Ainsy en vous humiliant sous la conduite de l'Esprit de Dieu , respondez sobrement , selon vostre congnoissance, suyvant la reigle de l'Escriture: J'ay cru^ pourtant je parleray. Et toutesfois que cela n'empesche pas que vous procédiez franchement et en rondeur, estant tout résolu que celuy qui a promis de nous donner bouche et sagesse à laquelle tous adversaires ne pourront résister, ne vous défaudra point.

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