‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 31 sur 44 · AUX CINQ PRISONNIERS DE LYON · texte numérisé non relu

AUX CINQ PRISONNIERS DE LYON

Imprimée. Hùi, deê Mmrtffftp h» IV, p. S4T.

Mes frères , nous avons esté ces jours passez en plus grande solicitude et tristesse que jamais, ayans entendu

* Déclarés coupables du crime d'hérésie et livrés au bras séculier par rofHcialité de Lyon, les cinq étudiants firent appel an parlement de Paris, pendant que messieurs de Berne multipliaient vainement les démarches pour sauver « leurs escholiers. » Transférés de ca* chots en cachots, durant un procès qui dura plus d'un an, ramenés enfin de Paris à Lyon pour y aUendre la sentence de leurs Juges, la coQstance de ces Jeunes liommes ne se démentit pas un seul Jour. Enfin, le f*' mars 4553, ils reçurent communication de Tarrèt du

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la conclusion prinse par les ennemys de yérité. Quand le seigneur que tous sçayez passa par icy \ pendant qn^il disnoit bien en haste pour éviter tout retardement , je lui fis telle forme de lettres qu'il me sembloit estre expédient d'escrire. Dieu a donné tant à tous qu'à toos les siens encore quelque respit ; nous attendons Tissoe telle qu'il lui plaira d'enToyer, le priant toujours de TOUS tenir la main forte , et ne permettre que tous dé* faillézi au reste tous aToir en sa garde. Je me tiens bien asseuré que rien n'esbranle la Tertu qu'il a mise en TOUS. Desjà de longtemps tous aTez médité le dernier combat que tous aurez à soustenir, si son bon plaisir est de TOUS amener jusques-là. Mesme tous aTez telles ment bataillé jusques icy, que la longue pratique tous a endurcy à poursuyTre le reste. Cependant il ne se peut faire que tous ne sentiez quelques poinctesde fragilité; mais confiez-Tous que celuy au service duquel vous estesy dominera tellement dans tos cœurs par son Sainct- Esprity que sa grâce Tiendra bien à bout de toutes tentations. S'il a promis de fortifier en patience ceux qui .souffrent quelques chastimens pour leurs pécbéz , tant moins encore défaudra-rt-il à ceux qui soutiennent sa

parlement de Paris, qui les livrait au bûcber. HisL des Martyrs^ L. lY, p. 230. Cette triste nouvelle bientôt répandue, porta le deuil à Lausanne et à Genève.

^ C'était le pieux marchand, Jean Uner, de Saint-Gall. Voir la lettre du 40 août, p. 348. n se trouvait auprès des prisonniers, au parquet de Roanne, quand ils reçurent leur sentence de mort. Il partit aussitôt pour Berne, afin de provoquer une dernière Instance des seigneurs de cette ville auprès du roi de France. HisL dm Martyrs^ p. 230 à 234. Mss. divers de la Bibliothèque de Saintr Call.

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querelle , lesquels il employé à une chose si digne que d*estre tesmoings de sa vérité. Ainsy qu'il vous souvienne de ceste sentence : Que celuy qui habite en vous est plus fart que le mande. Nous ferons icy nostre devoir de le prier qu'il se glorifie de plus en plus en vostre constance, et que par la consolation de son esprit il adoucisse et rende amiable tout ce qui est amer à la chair, et tellement ravisse vos sens à soy qu'en regardant àceste couronne céleste, vous soyez prests de quitter sans regret tout ce qui est du monde.

J'ai receu un certain papier contenant des argumens bien subtils de ceste malheureuse beste Orry ^, pour prouver qu'il est licite de faire des idoles. Je ne sçay si vous me l'avez envoyé, et si vous entendez que j'y face response. Je n'y ay point voulu toucher, pource que je en estoye en doubte , et de faict je croy que vous n'en avez pas grant besoin de voslre costé. Mais si vous le désirez , vous en aurez respouse par le premier. Il y a une chose dont j'ay à vous requérir : Vous avez naguères veu lettres d'un petit moqueur de Dieu qui est icy, lequel ne fait que troubler l'Eglise, et n'a cessé de faire ce métier passé à cinq ans. Je voudroye bien donc que par le premier vous fissiez un mot d'advertissement pour descouvrir sa malice, puisqu'ainsy est qu'il continue sans fin. Et de cela je vous prie, comme vous aimez le repos de ceste Eglise, laquelle est plus vexée que TOUS ne sçauriez croire par les ennemis domestiques.

^ L'iDquisiteur Nicolas Oritz, préposé au procès des cinq écoliers. La pièce dont il est ici fait mention existe encore à la Bibliothèque de Genève, 443, avec ce Utre : « Copie d'un papier de V inquisiteur EouriZy donné aux prisonniers pour la parolle à Lyon^ pour faire tenir à M. Calvin. »

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Sur quoyi mes frères, après a^oir supplié nostre bon Dieu de vous tenir en sa garde» vous assister en tout et par tout , vous faire sentir par expérience quel père il est , et combien il est songneux du salut des siens , je prie aussy d^estre recommandé à vos bonnes prières. Do septième de mars 1553.

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