‹ Lettres de Jean CalvinChapitre 32 sur 44 · AU ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

AU ROI D'ANGLETERRE

Gopi«. Bibl. imp. Coll. Dupuy, vol. 102.

Sire, combien que si j^avoye à vous requérir pour moy-raesmo, je n'aurois pas la hardiesse de le faire, foutesfois je crois que vous ne prendrez pas mal que je vous face une requeste pour aultruy, ayant entendu la nécessité qui m'y contrainct , et le mérite de la cause , laquelle ne vous est pas moins recommandée qu*à moy. C'est, Sire, qu'il y a un gentilhomme français détenu prisonnier à Paris \ pour quelques lettres qu'on a sur-

* Ce seigneur, dont on Ignore le nom, entretenait an commerce épistolaire avec Calvin, son compatriote et son ami. Peu de teaps avant son arrestation, il écrivait à Calvin au sujet d'un incendie qui avait détruit presque entièrement la ville de Noyon, en épargnant la maison du réformateur : « Je ne double pas, disait-il, que Dieu n'ait voulu laisser ce tesmoignage contre ceux de vostre ville, lesquels huit ou dix jours auparavant, avoyeot bruslé en peinture Monsieur de Normandie et le reste... > Lettre latine de Calvin, du 45 février 4553.

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prinses eseriptes de luy à Pua de nos amis, lequel estoît lieutenant roial en la ville de Noyon , dont je suis natif, et s'est retiré par deçà * ; joinct aussy que le dict gentilhomme estoit desjà tenu pour suspect quant au faict de la religion. Et pource qu'il estoit homme de quelque qualité, on veilloit sur luy, qui a esté cause de sa prinse. Or si mon tesmongnage a quelque poix en- Ters Vostre Majesté , je vous puis asseurer. Sire , que c'est un homme d'aussy bon esprit , excellent en toute honnesteté et vertu , et doué de grâces qui méritent d'estre aimées et prisées, et surtout confermé en la craincte de Dieu, qu'on en sçauroit rencontrer. Je sçay bien que ceste louange est grande , mais quant vous Fauriez congnu. Sire, je ne double pas que vous le ju* gériez tel , et sçauriez que je ne passe point mesure. Or estant aimé de tous grans et petits, mesme de monsieur de Vendosme et aultres princes, il n'y a que la querelle de Jésus-Christ, par laquelle il soit hay ou rejette, laquelle vous est tant favorable. Sire, que j'espère bien que vous ne refuserez point à le secourir , s'il y a moyen. Je sçay que Vostre Majesté ne peult pas aider, comme il seroit à souhaitter, à tous ceulxqui travaillent et sont persécutez pour TEvangile. Mais quant vostre bon plaisir sera vous employer pour celuy dont il est question, soyez certain, Sire, qu'en la personne d'un homme vous en soulagerez beaucoup, lesquels sont maintenant fort estonnéz , comme aussy les ennemis de vérité en cuident bien faire leurs triomphes, quand ils en seroyent venus à bout. Mais pour ne point importuner Vostre Majesté d'advantaige je ne vous feray plus long récit du

^ Laurent de Normandie.

faict lequel \ous pourrez, si bon vous semble, entendre mieulx par ce que le gentilhomme présent porteur en déclarera. Seulement je vous supplie au nom de Dieu , le plus affectueusement qu'il m'est possible, voired^aussy grand désir que je vouldrois faire pour ma propre vie , qu'il vous plaise m'octroier ceste requeste , de le faire demander au roy de France , afCn qu'il le laisse aller hprs de son pais avec sa femme aussy bien détenue, et ce qu'il pourra retirer de son bien. En ce faisant, nonseulement vous m'obligerez à prier Dieu pour vostre prospérité de plus en plus , mais un nombre infiny de bons fidelles.

Sire, après m'estre recommandé tant humblement que je puis à vostre bonne grâce, je supplie nostre bon Dieu de vous tenir en sa saincte protection, et vous gouverner par son esprit en toute prudence , droicture et force, et faire florir vostre couronne de plus en plus. De Genesve, ce 12 de mars 1553.

Vostre très humble et obéissant serviteur,

Jehan CàLvui.

A CBRISTOPHE ET A THOMAS ZOLLICOFFRE

Orig. autographe. Bibl. de Sainl-GaU. Vol. VU, p. SU.

Très chers Messieurs et frères, je vous escris la présente fort en haste, ne faisant que d'arriver en la ville

* Au dos : A mes bons frères et amis les frères Ghristophle et

de Lausane. La cause est que Messieurs de Berne escrivent au Roy lettres si affectueuses, que, si jamais ils doivent rien impétrer de luy, nous espérons quUl n'y fauldra plus retourner. Or les prisonniers ont mandé que pour les despens du voyage on s'adressast à vous. Nous vous prions donc d'aviser et conclurre en diligence ce qui sera de faire. Si vous avez aultre messager plus propre à envoier en cour, nous vous prions de luy rembourser les frès de Berne et Lion. Si vous estes d'advis qu'il passe oultre, qu'il vous plaise donner ordre qu'çn luy fournisse argent sans qu'il soit retardé» Dieu par sa bonté infinie vueille faire profiter la despesche , comme nous espérons. Je me suis adressé privément vers vous, suivant ce qu'ils ont mandé, et je croy que vous ne prendrez point mal d'estre emploiéz en telle affaire. Sur quoy après m'estre affectueusement recommandé à vous , je supplie nostre bon Dieu vous avoir en sa saincte protection, vous conduire par son Esprit et vous faire prospérer. De Lausane en l'hostellerie le 28 de mars 1553.

Vostre humble frère et entier amy,

Jéhàn Calvin.

Vous pourrez voir les doubles des deux lettres que Messieurs de Berne ont escrit. H seroit quasi à désirer que les premières de date du 1 5 mars eussent esté rete-

Thomas Soliicoffres, marchands de Sainct-Galle, demourans à Lyon. Pardonnez à Terreur des noms et à la baste.

Le 21 mai 4552, les seigneurs de Berne, informés de TarrestatloD des cinq écoliers de Lausanne, avaient écrit au roi de France pour solliciter la délivrance de leurs « pensionnaires. » Le bourgmestre de Zurich, Jean Hab, obtint une audience de ce prince et le trouva inflexible. L'année suivante, mars 4553, les Bernois sollicitèrent de nouveau la grâce des cinq prisonniers, condamnés par

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nues ^ Mail c*en est faict. Le remède est bon en ce que les dernières sont aussi pleines qu'on les sçauroit souhaiter. Ayant veu le tout, nous tous prions le faire tenir auxdits prisonniers. Nostre frère Pierre Viret se recommande de bon cœur à tous.

A MONSIEUR DE MAROLLES

Copia. BM. de Genève. Vol. lOV.

Monsieur, je ne double pas que vous ne soiez à présent en grandes perplexités, veu que la raige des ennemis

rofflcialifé de Lyon elle parlement de Paris. C'est à cette dernière intercession, provoquée par Calvin et Viret, que se rapporte la lettre du réfonaateur aux frères Zollicoffre.

^ Dans une lettre au roi, do 4 5 mars, Messieurs de Berne s'étaient plaints vivement de la conduite du cardinal de Toumon, qui, après leur avoir promis de s'intéresser au sort des cinq étudiants, a>'ait fait instruire leur procès avec une extrême rigueur. Dans une seconde lettre, écrite trois jours après, ils représentaient à ce prinoe l'innocence de leurs écoliers, arrêtés à Lyon avant qu'ils y fussent demeurés un seul jour, et condamnés à mort, quoiqu'ils n'eussent ni prêché, ni dogmatisé, ni excité aucun trouble dans le royaume. Ils terminaient en disant : « Yostre Majesté très humblement prions les nous donner en pur, royal, gratuit et libéral don, lequel tiendrons si grand et précieux, comme s'il nous eût fait présent d'inestimable somme d'or et d'argent. » Ces prières furent inutiles. Inspiré par le fatal génie des cardinaux de Toumon et de Lorraine, Henri II confirma la sentence du parlement de Paris.

"" ... Seigneur de Picardie, sans doute un des ancêtres de cet il-

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s'enflambe journellement, et les dangers croissent de plus en plus. Ainsi vous avez bien besoing de recourir à Celuy qui ne s^attribue pas en vain i'ofGce de consoler les siens en leurs afflictions. Combien que ce soit cbose difficile à l'infirmité de nostre chah* de persister constamment, encore que nous ne voions nulle fin aux combats, mesme que le mal empire , quant nous serons munis des armes que Dieu nous donne, il ne fault point craindre que nous ne venions à bout de tout ce que Sathan pourra machiner. J'appelle les armes de Dieu, non-seulement les promesses et sainctes exhortations par lesquelles il nous fortifie , mais les prières qui sont pour obtenir la vertu laquelle nous deffault. Ainsi, Monsieur, selon que la nécessité vous presse , réduisez en mémoire ce que PEscriture nous monstre tant de la condition présente des Chrestiens , et des misères auxquelles il fault qu'ils soient subjects , que de l'issue heureuse et désirable qui leur est promise, et aussi comme jamais ne seront abandonnés au besoing. Je sçay, comme les longues maladies sont plus fascheuses, qu'il vous est bien dur de languir si longuement. Mais si les ennemis de vérité sont si obstinés en leur raige , nous devons avoir honte de n'estre

lustre confesseur Louis de MaroUes qui expia aux galères de Marseille te crime de sa résistance au zèle convertisseur de Louis XIV et aux pressantes sollicitations de Bossuet. « L'heure de la liberté, dit M. Cbarles Weiss, ne sonna point pour cet infortuné. H mourut en 4692, à Thôpital des forçats de Marseille et fut enterré au cimetière des Turcs, sépulture ordinaire des réformés qui mouraient aux galères, fidèles Jusqu'au bout à la religion pour laquelle ils avaient souffert. Histoire det réfugiés protesicmis de France^ t. I, p. 10t. Voir également le livre intitulé: Histoire des so^f- /rances du bienheureux martyr M. Louis de Marottes, La Haye,

pour le moins aussi constans à bien foire, surtout qaand il est question de la gloire de nostre Dieu et Rédempteur, laquelle, par sa bonté infinie, il a conjoinct avec nostre salut. Et je ne doubte pas que vous ne practiquiéz ce que dict TApostre, dWermir les genouils tremblans et remettre en vigueur les mains faibles. Car il ne se peult faire qu'on ne se trouve estonné aux premiers coups, sinon qu'on éveille vertu pour résister aux tentations. Et pource que je me tiens bien persuadé que vous n'estes point lasche à vous solliciter , voylà qui me faict estre plus bref. Car ce m'est assez de vous avoir adverti en peu de mots, et cependant vous asseurer que vous n'estes point oublié icy, mais que sentant en quelles difficultés vous travaillez, nous en avons compassion. Je ne dy pas telle que nous devons, mais pour le moins qui est tesmoignage de la vraye amour fraternelle que nous sommes tenus vous porter. Au reste en priant Dieu qu'il vous augmente le couraige et vous maintienne en sa protection, vous aurez aussi à le requérir qu'il vous adresse en conseil , et vous donne les ouvertures propres. Si peu de moiens qu'il vous ofirira , vous estes délibéré de les prendre, comme je croy, et en user promptement, de peur qu'ils ne vous eschappent. Quant au chemin qu'il sera meilleur de prendre , je ne sçay que vous en dire. Combien que je serois bien joieux de vous veoir, et jouir de vostre bonne compaignie, si est-ce que je ne seray pas marri, sçachant que pour tendre à Dieu et vous approcher tant mieulx de luy, vous serez eslongné de moy au double. Je ne sçay pas les commodités de l'aultre lieu. Des nostres je ne vous dissimule pas qu'elles sont tant maigres que j'ay honte d'en parler. Je voul-

drois bien qu'il y eust de quoy pour vous attirer icy , et seroit à souhaitter. Mais je ne vous doibs poiut allécher par vaine espérance, ne désirant sinon que vous sciez bien, quelque part que ce soit. Vray est que ce qu'aulcuns se promettent en se retirant par delà, n'e^t que frivole , ce me semble. Tant y a que les Chrestiens y ont liberté de servir purement à Dieu, qui est le principal. Maintenant il vous fauldra remettre à Geluy qui a Tesprit de prudence, pour estre conduict par Luy.

Sur quoy faisant fin, Monsieur, après m'estre affectueusement recommandé à vostre bonne grâce et prières, je supplie nostre bon Dieu de vous augmenter les dons de sen Esprit, vous tenir la main forte pour ne jamais deffaillir, brider Sathan et tous ses supposts, à ce qu'ils ne puissent rien contre vous , et faire que son nom soit glorifié par vous jusques en la fin. Je désire aussi que Madame ait sa part des recommandations. Mesme si l'occasion s'offroit, je vous prie bien fort d'en présenter aussi bien à Madame vostre voisine ^ Je prie de rechef ce bon Père de vous avoir en sa garde non-seulement pour préserver les corps , mais aussi maintenir les âmes impollues. Cel2d'apvrill553.

Vostre humble frère et serviteur,

Charles d'Espe ville.

^ Sans doute Madame de Cany . Voir la note, p. 284 .

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