LETTRE ÉCRITE DE NUREMBERG AUX FIDELES DE PRAGUE
Salut par Jésus-Christ! Sachez que depuis le jour où j'ai quitté la Bohême j'ai voyagé à cheval et à visage découvert. A mon approche de Pernau, le curé m'attendait avec ses vicaires : lorsque j'entrai (1) il but à ma santé une grande coupe de vin ;
(1) Hus ajoute : in stubam; le sens qu*ii attachait à ce mot est douteux.
lui et les siens écoutèrent ma doctrine avçc un esprit de charité, et il dit qu'il avait toujours été mon ami. Tous les Allemands me virent ensuite avec plaisir dans la nouvelle ville ; pous nous rendîmes de là à Weyden, où nous vîmes une grai^de foule comme en admiration ; et lorsque nous fûmes venus à Saltzbacb je dis aux consuls et aux anciens de la ville : Je suis ce Jean Hu$ dont vous avez sans doute entendu dire beaucoup de mal. Me voici ; assurez-vous de la vérité en m'interrogeant moimême. Après beaucoup de questions, ils ont parfaitement accueilli tout ce que je leur ai dit. Nous avons ensuite traversé Inspruck, et nous passâmes la nuit dans la ville de Lauff, où le curé, grand juriste, est venu avec ses vicaires; j'ai conféré avec lui et il a aussi très-bien reçu mes paroles.
Nous vînmes ensuite à Nuremberg, où des marchands qui nous précédaient avaient publié mon arrivée; ce qui fit que le peuple se tenait sur les places, regardant et s'informant qui était Jean Hus. Avant le dîner, le curé Jean Heluvel m'écrivit qu'il voulait s'entretenir longuement avec moi ; je l'invitai à venir et il vint : puis les citoyens et les maîtres se rassemblèrent dans le désir de me voir et de conférer avec moi. Me levant de table aussitôt,
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j'allai au-devant d'eux^ et comme les maitres voulaient conférer avec moi, je leur dis : Je parle en public; que ceux qui veulent ra'entendre in'écoutent. Et de ce moment jusqu'à U nuit nou& avons discuté en présence des consuls et des citoyens. Il y avait là un docteur dont la parole était menteuse, et j'ai compris qu'Albert, curé de Saint- Sebold, voyait avec peine l'approbation qu'on donnait à mes doctrines. Cependant, tous les citoyens et les maîtres sont demeurés satisfaits... « Maître, ont-ils dit, certes, tout ce que nous venons d'entendre est catholique; nous avons enseigné ces choses depuis beaucoup d'années, nous les avons tenues pour vraies et les tenons encore pour telles : certes, vous sortirez et vous reviendrez de ce concile avec honneur. » Nous nous sommes aussi quittés en parfaite intelligence. Sachez que je n*ai point encore rencontré d'ennemi, et que dans toutes les hôtelleries où je m'arrête je suis fort bien accueilir. Il n'y a point contre moi d'inimitié plus forte que celle de quelques hommes qui sont de Bohême. Que vous dirai-je de plus ? Les seigneurs Wenceslas et Jean de Chlum en usent pieusement et noblement avec moi. Ils sont comme les hérauts ou les avocats de la vérité, et avec eux, Dieu aidant, tout va bien.
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L'empereur est dans le royaume, Wenceslas Lesma le suit, et nous arriverons de nuit à Constance dont le pape Jean approche; nous pensons qu'il suit îempereur à une distance de soixante milles.
Ecrit à Nuremberg^ le dimanche want la^êie des onze milles vierges.