PIERRE MALDONIEWITZ A JEAN BUS
Pierre explique le songe à Jean Hus de la part da seig^nenr Jean de Ghium, qu'ils appelaient, en plaisantant entre eux, le docteur de Bibracb, parce que, durant le séjour de Jean Hus dans la Tîile impériale de Bibracb, comme le seigneur Jean de Chlum confér.iit fréquemment arec les prêtres et d'autres lettrés touchant l'o* béissance due au pape, l'excommunication et d'autres matières semblables, l'idée vint, et le bruit s'en répandit ensuite dans ioute la tille, que le seigneur Jean, de Chlum était docteur en théologie.
Ami très-cher, n'ayez aucune inquiétude toucliant l'audience publique, car on s'en occupe plus que de coutume ainsi que de vos affaires; et nous espérons, avec la grê.ce de Dieu, que tout arrivera à une heureuse fin. Mais ne vous troublez point la tête de fantômes, oubliez-les; pensez comment vous répondrez^ aux choses qu'on vous objecte. Et pourtant la parole de vérité qui ne peut faillir vous défend de trop méditer, car elle a dit : Lorsque vous serez devant les hommes.., il vous sera donné sur r heure ce vous devez dire.
Voici l'explication du songe.
L'image du Christ peinte sur les murs de la chn-
(1) flisl, el Momm, Johann. Hu5.,Epist. XLV. .
130 DEUXIÈMft $ËmË.
pelle est sa vie qu'il faut imiter : il en est de même
pour la sainte et indeétrueiiblé Ëeriture qui est
représentée dans le même lieu, et que, sur le soir,
les ennemis de la croix tentent d'effacer, le soleil
se fetlfàiit d'eut à cause des Iniquités de leur vie ;
toutes ces cbeges fiemblent alors oubliées aux
yéùx du hiônde; mais le leiidemain, le soleil de
justice se levant de nouveau, les prédicAtëufs du
Chi^ist et de sa parole renouvelleront ces mêmes
images et les retraceront dune manière plus bfil-
lante en préchant sur les toits ce qui se disait à
l'ôi'ëilie et ce qîii déjà était Comme livré à l'oubli.
Il éil résultera une grande joie pour l'assemblée
dès fidèles : et quoique rhumble oiseau (1) placé
stir i'àûlel doive être maintenant livré aux souf-
ffâiicés eii dépouillant un corps débile, cependant
nt)tfe lfeï*me espérance est que, dans l'avenir, se
réveîtlartt âpi*ès cette vie misérable comme d'un
songe, il habitera avec celui qui est dans les cieux,
et se rira des impies qui essayaient de détruire les
images du Christ et les saintes Écriture; et, enfin,
qu'avec la protection divine il retracera celle-ci
de nouveau, d'une manière plus éclatante, pour
son troupeau et pour ses cherâ amis,
(I) Auca, Voie, signification du mol Hus en bobémien.J
Voilà ce que dit le docleUf db Bibràeh (I). . . é i . • i • , . . . •
Vos attjîs et yés fidèles disciples sont hiéfareiiîc de vos lettrëâj qUelîque rares qu'elles sôîehl; L'ambassadeur du roi des Frahçaîs est Vend atijôurd'httl à Coni^tanee.
LETTRE iXlt [%].
* II explique lui-même son songe et se console par les saintes
Écritures.
J'ai reçu une grande consolation de tout ce qtté m'a feit écrire le doctiear dé Bibrach : son exp]i^ cation est d'accord avec ma propre penisée. iè n'oublie ni ce précepte de Caton : JVe t'inquiète pas des songes^ ni celle prescription de Dieu : N'ohseivez point les songes ; et cependant, j'espèrô
(1) Pierre ajoute : Corrcspondcnter hunclocum visionis Danielis expoirenscoTiformitet' illi, ((uo aiica in mari natitans petraé innili vi(>ebatur quorum utrùm^ue inconvutisain sustaitaiiii^lîS innuit firmitatem.
(2) HUi, èi Monum. Johann, Hu^., Ëpist. XLVI.
133 DECIIÈME SÉftIE.
que la vie deClirist, que je retraçais par sa parole, à Bethléem, au fond des cœurs, et que ses ennemis ont tenté de détruire en défendant de prêoher en ce lieu et en voulant l'abattre; j'espère, dis-je, que cette même vie sera mieux retracée dans la suite par des prédicateurs plus éloquents que moi, à la grande joie du peuple qui s'attache de cœur à la vie de Christ ; je m'en réjouirai moi* même lorsque je me réveillerai, comme dit notre docteur, c'est-à-dire lorsque je ressusciterai du sein des morts.
Et quant à l'Ecriture imprimée sur les murs de Bethléem, et au sujet de laquelle Palelz s'irrite si fort, disant que j'ai abusé le peuple sur elle, ce même Paletz insiste pous qu'elle soit détruite, et, afin de m'accabler autant que possible dans l'excès de mon malheur, il m'a fait une salutation affreuse dont je parlerai dans la suite , s'il plait à Dieu.
En ce qui touche ce qu'il faudra répondre aux choses qu'on m'objecte, je m'en rapporte au divin Seigneur à qui j'ai fait appel, que j'ai choisi pour juge, pour procureur et pour avocat, en présence des commissaires, disant formellement : Que le Seigneur Jésus soit mon avocat et mon juge^ lui
qui bientôt nous jugera tous. Je lui ai remis ma cause comme il a remis la sienne à son Père. C'est lui qui a dit, comme le rappelle notre doctoral seigneur de Bibrach : Ne vous mettez pas en peine de ce que^ etc.; tmuvez dans vos cœurs ^ sans f beau-coup penser^ ce que cous répondrez : je i^ous donnerai une sagesse et une éloquence à laquelle pos adç^ersaires ne saumnt résister.
Jérôme a écrit : « Le Seigneur nous a dit : Ne vous laissez point troubler, ne craignez pas : vous marcherez au combat, mais c'est moi qui combattrai; votre bouche s'ouvrira, mais c'est moi qui parlerai. Vous serez trahis par vos parents, par vos frères, par vos proches et par vos amis, et ils vous livreront à la mort, etc . Les maux que nous recevons des personnes qui nous sont étrangères sont moins cruels; nos souffrances sont d'autant plusamères que nous espérions davantage de ceux qui nous les infligent; car nous souffrons non-seulement dans notre corps, mais aussi dans notre âme, de la charité détruite. » Voilà ce que dit Jérôme, et moi, c'est de Paletz surtout que provient ma douleur.
En vérité, le docteur de Bibrach l'emporte sur le seigneur Henri et sur maître Jean de Janovitz.
134 DEUXIÈME SÉRIÉ.
Les autres ^driges seront également expliqués, s'il plaît à Dieu (1).
Que lé doctfeiir de Bibrach garde pour lui seul ce qu'il m'a appris louchant mes lettres; car le Christ^à dit : Les eûnemis de thomnie sont ses pjx)près Seivilew*s^ et vous serez Ihréspar vos pioches. ' Adieu; soyei fermes et constants, vous tous qui demeurez dans cette Ville de Constance (2). Saluez tous mes amis, mais avec prudebce, de cfairite qu'on ne demande comment vous savez que je les ai salués.
A JfiAN HiJS.
Hitft est informé de plusieurs choses par ses Amis.
Ami très-cher, sachez que jamais vos actes et la vérité n'ont été l'objet de plus d'embûches qu'aujourd'hui; cependant votre affaire est ajournée par suite d'incidents qui sont survenus et qui n'avaient aucun rapport avec elle,
(1) Il y a en latin cœtera; nous croyons qu*il est ici question des songes.
(2) Habctc constantiam in Constantia omnes qui siuml estis.
(3) Hisi, €l Uonum, Johann, Hus,^ Ëpist. L.
Tous les vôtres, et surtout Christiftn, sont ein-? pressés auprès de la bonng veuve comme auprès d'une autre Sarepta ( | ),
Uu fragment de papjer triçipgijjiiirç fist tomM dans les mains de vqs eDi^emis» H 4 été le sujet d'une dénonciation^ ei celle-ci a, été faite si prpmptement qu'on q'a pu la prévenir.
Le docteur de Bibrach demande par quel moyen et par quelle occasion il peut vous écrire j on ep conclut qu'il y met de \s^ négligence. Écrivez, je vous prie^ pour vos meilleurs amis, quçlqiie? parôles de consolation.