‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 35 sur 46 · A SES AMIS DE PBAGUB · texte numérisé non relu

A SES AMIS DE PBAGUB

Il les encoarage et les exhorte à ne point s'efTrayer de ee que !# concile a lîYré ses écrits aux flammes. Il rappelle les mœurs corrompues de cette assemblée et la condamnation du pape Jean XXllI.

J'ai dû vous avertir^ mes bien-aimés^ de ne point vous laisser effrayer par la sentence de ceux qui ont condamné mes livres au feu ; souveoez-*vous que les Israélites ont brûlé les écrits du prophète Jérémie sans cependant éviter Je sort qu'il leur avait prédit ; Dieu ordonna même, après la destruc*tion par le feu de cette prophétie, qu'une prophétie nouvelle et plus étendue fût écrite, Ce qui fut fait; car Jérémie dictait dans sa prison et Baruch écri<* vait, comme il est dit au chapitre XXXY ou XLY de Jérémie. Il est aussi écrit dans le livre des Mâcha** bées que les impies brûlaient la loi de Dieu et tuaient ceux qui en étaient dépositaires. Sous la nouvelle alliance, ils ont brûlé les saints avec les livres de la loi divine. Les cardinaux ont condamné et livré aux flammes plusieurs livres de saint Grégoire, et ils les auraient brûlés tous s'ils n'eussent été préservés

(1) J7MI. «I Monum, Johann, ffm., Epist. Xllf,

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par Pierre son serviteur. Deux conciles de prêtres ont condamné saint Chrysostôme comme hérétique, mais Dieu a rendu leur mensonge manifeste après la mort de celui qui a été surnommé saint Jean bouche d'or.

Sachant ces choses, que la crainte ne vous empoche point de lire mes livres, et ne les livrez pas à mes ennemis pour être brûlés. Souvenez-vous

que le Seigneur a dit : ji{>ant le jour du jugement ^ ilj aura une grande désolation comme il iiy en a point eue depuis le commencement du monde jus-qua ce jour ^ et telle que les élus mêmes seraient sédiiils^ s* il était possible qu^ils le fussent; mais^ à cause d*eux^ ces jours seront abœgés. Songez à cela, mes bien-aimés, et soyez fermes. Ce concile de Constance n'ira point jusqu'en Bohême; beaucoup de ceux qui s'y trouvent mourront avant d'avoir réussi à vous arracher mes livres. La plupart seront dispersés de tous côtés comme des cigognes, et ils reconnaîtront à l'approche de l'hiver ce qu'ils auront fait dans rété(l). Considérez qu'ils ont jugéle pape, leur chef, digne de mort pour des crimes énormes. Courage, et répondez à ces prédicateurs qui vous prêchent que le pape est Dieu sur la terre,

(1) Jean Hu^fut brûlé au mois de juillet,

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qu'il peut vendre les sacrements, comme le disent les canonistes, qu'il est la tête de TÉglise en l'administrant saintement, qu'il est le cœur de l'Eglise en la vivifiant spirituellement, qu'il est la source d'où jaillit toute vertu et tout bien, qu'il est le soleil de la sainte Église, l'asile assuré où il importe que tous les chrétiens trouvent leur refuge : voici que déjà cette tête est comme tranchée par lé glaive; déjà ce Dieu terncstre est enchaîné, déjà ses péchés sont dévoilés, cette source jaillissante est tarie; ce divin soleil s'est obscurci, ce cœur a été arraché et flétri pour que personne n'y cherche un asile. Le concile a condamné son chef, sa propre tête, pour avoir vendu les indulgences, les évêchés et toutes choses. Mais, parmi ceux qui l'ont condamné^ se trouvaient un grand nombre d'acheteurs qui ont fait éux-mjêmes à leur tour cet indigne trafic. Là se trouvait révéque Jean Litomyssel, qui, par deux fois , a voulu acheter l'évêché de Prague , mais d'autres l'ont emporté sur lui. hommes corrompus! que n'ont-ils d'abord arraché la poutre de leur œil, puisqu'il est écrit dans leur propre loi s « Quiconque achètera une dignité à prix d'argent en sera privé 7 > Vendeurs dono et acheteurs , et quiconque interviendra dan» ce honteux oontrat.

J9I DBUll&lia SÉBUE.

soyesi oondamnés comme saint Pierre a condamné Simon, qui voulait acheter de lui la vertu du Saint*^ Esprit.

Ils ont dit anatbëme au vendeur et ils l'ont con-« damné, et eux-mêmes sont les acheteurs; ils ont donné les mains à ce pacte, et ils sont impunis ! Que dis-je? ils trafiquent de cette marobandise jusque dans leurs propres demeures ! Il y a à Con-* stance tel évéque qui a acheté, tel autre qui a\endu, et le pape, pour avoir approuvé le marché, a reçu de l'argent des deux parts. », Si Dieu avait dit aux membres de ce concile : Que celui de vous qui est sans pécbé prononce l'arrêt du pape Jean, sans aucun doute, ils se seraient retirés les uns après les autres. Pourquoi fléchissaient- ils auparavant les genoux devant lui? Pourquoi baisaient-» ils ses pieds? Pourquoi le nommaient4is très*-saint, lors-^ qu'ils voyaient en lui un hérétique, un homicide, un pécheur endurci? car c'est ainsi qu'ils parlaient déjà de lui en public. Pourquoi les cardinaux l'ont^ ils fait pape, sachant qu'il avait fait périr le Saint-^ Père (son prédécesseur) (1); et, depuis qu'il est pape, pourquoi ont*ils souffert qu'il trafiquât des choses saintes^? Ne forment-*ils pas sob conseil pour

(1) Voy. kl Réfintmat€urê ûvmnt ia réforme ^ \, I, liy, t»

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l'avertir de ce qui est juste, et ne sont-Ils pas aussi coupables que lui de ces crimes, puisqu'ils ont toléré en lui des vices qui leur étaient communs à tous 1 Pourquoi personne n'a-t-il osé lui résister avant sa fuite de Constance? Ils Te craignaient tous alors comme leur père très-saint ; mais quand, avec* la permission de Dieu, le pouvoir séculier s'est emparé de lui, alors ils ont conspiré, ils ont résolu qu'il n'échapperait point à la mort'.

Certes, déjà la malice, Tabomination et la tur^ pitude de l'Ântecbrist ont été révélées dans le pape et d'autres membres dg ce concile. Les fidèles serviteurs de Dieu peuvent maintenant comprendre ces paroles du Sauveur, qui a dit : Lorsque vous verrez l* abomination et la désolation prédites par le prophète Daniel,.., etc. Certes, Tabomination suprême est Torgueil, l'avarice, la simonie dans le? lieux déserts, c'est-à-dire dans les dignités où ne sq rencontrent pi bonté, ni humilité, ni aucune vertu, comme nous le voyons maintenant en ceux qui sont élevés dans les charges et les honneurs. Oh ! combien je désirerais pouvoir dévoiler toutes les iniquités que je connais, afin que les fidèles serviteurs de Dieu se tinssent en garde contre elles ! Mais j'espère que Dieu enverra après moi des alimn-

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pions plus vigoureux, et il y en a déjà maintenant qui mettront mieux à découvert toutes les malices de r Antéchrist, et qui exposeront leurs âmes à la mort pour la vérité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui donnera à vous et à moi la béatitude éternelle. J'écris cette lettre le jour de saint Jean-Baptiste, en prison et dans les chaînes, et je songe que saint Jean fut décapité dans sa prison pour la parole de Dieu.

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