JEAN HUS A L'UNIVERSITÉ DE PRAGUE
Honorables maîtres , bacheliers et étudiants de rUniversité de Prague, vous que je chéris on Jésus* Christ , je vous exhorte tous à vous aimer les uns les autres , à extirper le schisme, à honorer Dieu par-dessus tout, en vous souvenant de quelle maïiière j*ai toujours désiré que les progrès de notre Université tournassent à la gloire de Dieu , combien j'ai gémi §ur vos discordes et sur vos vio^
leocçs , et comment Je me suis toujours efforcô dg
(i) ITMi t{ Monum^ Johann, fini. » Bpiit. X VIII.
LEÏTftE XLVIÎI. 201
maintenir unie notre illustre nation. Souvcncz- Tous aussi comment la vie m'a été rendue amère par les outrages et les blasphèmes de quelques-uns de ceux que j'ai le plus aimés et pour qui j'aurais exposé mes jours. Et maintenant ils m'infligent une mort cruelle ! Que le Dieu tout-puissant leur pardonne, car ils ne savent ce qu'ils ont fait, et je prie d'un cœur sincère afin qu'il les épargne. Mes bien-aimés en Jésus-Christ, denîeurez dans la vérité que vous avez connue, qui triomphe de tout, et qui croît en force jusque dans l'éternité.
Sachez aussi que je n*ai révoqué ni abjuré aucun article. Le concile voulait que je reconnusse pour faux et erronés tous les articles extraits de mes livres. J'ai refusé, à moins qu'il ne m'en démontrât la fausseté par les Ecritures. S'il y a réellement et d'après ce témoignage quelque sens erroné dans ces articles , je le détesté et j'en remets la correction à Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui connaît ma sincérité et qui sait que mon intention n'est pas de maintenir une erreur. Et vous aussi tous, je vous exhorte dans le Seigneur à détester toute erreur que vous pourrez reconnaître dans mes ouvrages ; mais en respectant cette vérité que j'ai toujours eue en vue, priez pour moi
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et souten62-vous les uns les autres dans la paix de Dieu !
Moi) Jean Hus, dans les chaines, et déjà sur la limite de la vie présente , attendant demain une mort cruelle^ qui, je l'espère, lavera mes pécbéSi ne trouvant aucune hérésie en moi, par la gràco de Dieu , je confesse de toute mon âme la vérité à laquelle je crois.
Ecrit cinq /ouf\s avant la fête de saint Pierre^ Je vous conjure d'aimer Bethléem et de mettre Gallus à ma place, car je pense que le Seigneur est avec lui. Je vous recommande Pierre^ de Maldoniewitz, mon très-fidèle et courageux consolateur.
A SES itMtS.
n lenr montre comment Bien soqfTre qae ses élas soient mis à mort et cite plusieurs exemptes par lesquels 11 s'affermit et sf oonsol0i
Mes bien-aimés dans le Seigneur , beaucoup do causes et surtout l'attente de ma mort prochaine
(t) UUU ${ jronum. /oAanti, fîm.» Epiitt XIV»
LETTRB tUlCi SOS
m'avaient fait penser que les lettres que je vous ai récemment écrites seraient les dernières. Main-* tenant qu'un délai m'est donné ^ puisqu'il m'est permis de m'entretenir avec vous par lettres , jd vous écris encore pour vous témoigner au moins toute ma reconnaissance* En ce qui touché, ma mort^ Dieu sait pourquoi elle est différée ^ comme aussi celle de notre très-^cher frère JérAme, qui, je l'espère, mqurra saintement et sans tache, ie sais qu'il agit et qu'il souffre maintenant avec plus de fermeté que^ moi , pécheur infirme* Dieu nous a aocordé beaucoup de temps pour que nous puis^M sions mieux nous rappeler tous nos péchés et nous porter avfto plus de courage à la pénitence; il nous a donné ce temps afin qu'une longue et grande épreuve effaçât nos péchés et apportât ainsi la consolation avec elle; il nous Ta donné afin que nous méditions les nécrablea outrages et la mort cruelle de notre roi et miséricordieux Seigneur Jésus, et que nous supportions ainsi nos propres maux avec plus de oonstanee, pouf que nous nous souvenions enfin que l6s joies de la vie éternelle ne suivent point immédiatement les joies de ce monde, mais que c'est en tra* versant de grandes tribulations que les saints
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entrent dans le royaume de Dieu. Ouelques-uns ont été, sans faiblir, sciés, trépanés, d'autres brûlés, dépouillés de leur peau, ensevelis vivants, lapidés, crucifiés, broyés entre des meules^ traînés çà et là jusqu'à la mort, précipités au fond des eaux, étranglés, taillés en pièces, accablés d outrages avant leur mort , torturés par la faim dans les prisons et dans les chaînes; Qui pourrait décrire les tourments et les supplices que tous les saints ont soufferts pour la vérité divine, sous l'ancienne et sous la nouvelle alliance , et surtout ceux qui ont flétri l'iniquité des prêtres et que ent élevé la voix contre elle? Ce serait chose étrange aujourd'hui que de demeurer impuni en attaquant la perversité des prêtres qui ne veulent supporter aucun blâme.
Je me réjouis de ce qu'ils sont maintenant obligés de lire mes ouvrages où leur corruption est retracée, et je sais qu'ils les lisent avec plus d'attention que les saints Evangiles, dans l'ardent désir d'y découvrir des erreurs.
Ecrit le jeudi aidant la Jeté de saint Pierre.
tEtTRE L. 205
AUX BlÊMBS.
lean Hus raconte comment le concile l'a condamné sur la déposition de faux témoins, el à cause de ses ouvrages, sans les ayoir lus.
J'ai résolu , chers et fidèles amis en Notre-Seigneur, de vous faire savoir de quelle manière le concile de Constance , gonflé de tant d'orgueil et d'avarice, a condamné comme hérétiques mes livres écrits en langue bohémienne , qu'il n'a jaûiais vus ni entendus lire et qu'il n'aurait pas compris lors niAme qu'il en aurait écouté la lecture. Car ce concile est rempli d'Italiens, deFranjpais, d'Anglais, d'Allemands, d'Espagnols et de gens de tous pays et de toutes langues différentes. Ils n'ont pu être entendus que de Tévéque Jean de Litomyssel^ de plusieurs Bohémiens, mes ennemis^ et de quelques prêtres de Prague qui ont les premiers calomnié la vérité de Dieu d'abord , et ensuite notre Bohême , qui est , je l'espère , une contrée d'une foi parfaite , remarquable par son attachement à la parole de Dieu et par ses bonnes
(1) Hisi. et Monum* Johanti, Hus,, Epist. Xlf.
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mœurs. Et si vous eussiez été à Constance, vous auriez vu Fabomination détfstable de ce concile qui se dit très-saint et infaillible , abomination dont plusieurs du pays des Suèves ont dit que la ville de Constance ne pourrait se laver en trente ans, et presque tout le monde ^ supportant avec peine la grande corruption qui s'y voit, est irrité contre le concile. Lorsque je parus d'abord en présence de cette assemblée pour répondre i mes adversaires, voyant que tout se faisait sans aucun ordre, et entendant une clameur générale, je dis à haute voix : Je croyais qu'il y avait dans ce concile plus d'ho&néteté , de charité et de discipline. Alors le premier des cardinaux répondit : Est-ce ainsi que vous parler 7 Votre langage était plus modeste dans la prison. Oui^ répondis-je, car dans la prison per^^ sonne ne vociférait contre moi, et maintenant vous vociférez tous. C'est ainsi que s'est comporté en^ vers moi, avec une violence désordonnée, ce concile qui a ftiit plus de mal que de bien. mes fidë^ les, mes bien-aimés en Dieu, né vous laissez pas effrayer par la sentence que ces hommes ont rendue eontre mes livres \ Ils se disperseront çà et là comme des Insectes ailés , leurs ordonnances dureront ce que durent des toiles d'araignées ^ iU essayaient
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d'ébranler met persévérance dans la parole àé Christ^ mais ils n'ont pu surmonter le courage dont Dieu m'avait armé. Ils refusaient d'examiner avec moi les Ecritures, quoique mes paroles fussent appuyées des témoignages de plusieurs nobles seigneurs prêts à subir avec moi l'ignominie pour la vérité, et qui demeuraient fermes de mon parti, et surtout Wenceslas Duba et Jean de Chium , introduits au concile par l'empereur Sigismond luimême.
Ayant dit que, si j'avais erré, je désirais être instruit de mes erreurs : « Puisque vous demandez à être instruit j répondit le grand cardinal, il faut d'abord que vous abjuriez -votre doctrine , conformément à la sentence de cinquante docteurs et interpretes des saintes Ecritures. » Excellente instruction ! Ainsi donc sainte Catherine devait renier la parole de Dieu et la foi en Jésus parce que cinquante docteurs lui résistaient ! Mais cette vierge sublime ne l'a pas fait ; elle est demeurée fidèle jusqu'à la mort ; elle gagna ainsi ses juges à Christ ; mais moi je ne puis de même gagner les miens ; c'est pourquoi j'ai jugé convenable de vous écrire, afin que vous sachiez qu'ils ne m'ont vaincu ni par les Écritures ni par la raison , mais qu'ils m'ont
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éprouvé par la terreur et par le mensonge, aGn de m'arracher une abjuration. Le Dieu de miséricorde, dont j'ai glorifié la justice, était avec moi ; il y est encore maintenant, et j'ai confiance qu il sera avec moi jusqu'à la fin.
Écrit le quatrième jour après la fête de Jean- Baptiste, en prison, dans les chaînes, et dans Tattente de la mort, et pourtant je n'ose diro, à cause du jugement caché de Dieu, que celte lettre soit la dernière; car, maintenant encore, le Dieu tout* puissant peut opérer ma délivrance.
A SES AMIS
n leur rend grâce pour leurs bienfaits.
Que Dieu soit avec vous et vous accorde toutes les félicités pour les bienfaits dont vous m'avez comblé. Ne permettez pas que le seigneur Jean (2), pe loyal et fidèle chevalier, mon meilleur ami, moii
(1) Hisi. etlUonum* Johann, Bu9f, Epist. XXIV. {i) Jean dt» Chlum.
tBTTRB II. 209
autre moi-même , s'expose au péril pour Tamour de moi. Je vous le demande, à vous particulière-ment , seigneur Pierre , et au nom du Seigneur. Je vous conjure enfin de vivre selon la parole de Dieu et d'obéir à ses préceptes, ainsi que je vous l'ai enseigné. Rendez grâce à sa royale majesté pour tous les bienfaits que j'ai reçus d'elle.
Saluez pour moi vos familles et mes autres amis que je ne puis nommer tous ici. Je prie Dieu pour vous; priez-le pour moi ce grand Dieu, auprès duquel , avec son secours , nous arriverons tous. Amen.
Je crois que je souffrirai pour la parole de Dieu. Mais vous ne permettrez pas, je vous en conjure en son nom, que des rigueurs soient exercées contre ses ministres et ses saints.
Jean Hus^ en espérance serviteur de Dieu^
P. S. Pierre (1), mon ami très-cher, garde en mémoire de moi mon manteau de fourrure. Seigneur Henri, demeurez en santé avec votre épouse. Je vous rends grâce pour vos bontés : que Dieu vous comble de ses biens.
(1) Pierre Maldoniewitz, dit le Notaire.
s 10 DEUXlÈltË ftÉftIE.
A JEAN DE GHLUM.
Je me réjouis fort de ce que le seigneur Wenceslas veut prendre femme et fuir les vanités du monde. Il est temps qu'il revienne sur ses pas. Il a longtemps parcouru les royaumes, joué de \^ lance, fatigué son corps, dépensé sa fortune et offensé son âme. Qu'il renonce donc à une telle vie, qu'il demeure en ps^ix chez lui aveo sa femme et ses serviteurs pour y servir Dieu. Il vaut mieux en effet servir Dieu sans péché , sans les inquiétudes et les soucis du siècle, en paix et eii tranquillité d'esprit, que de servir tout autre maître, au milieu de grandes sollicitudes, et au péril de notre âme. Donnez ces lignes à lire â mon excel^ lent ami.
Le Seigneur conserve encore la vie de Jôan Hus, et il la conservera autant qu'il en aura la volonté, contre les efforts des avares, des superbes et des hommes impies de ce concile , ou il y a bien peu
(1) Uu%* et Monum, J$kann, Hus,, Epist. XXIil.
LEffR8 Ul. tfl
d'hommes ( Dieu sait si j'en impose ) qiii obéissent & ses préoeptes.
Ecrit Ujour des suinis apôihes Pierre eî Paui.
Jean Husj en e^pémnûe secteur de Jésus^ Christ.
LETTRE un (1).
i JSAN DB CttLOM.
Mon très-Kîher bienfaiteur en Jésus-Christ , ce n'est pas pour moi une faible satisfaction de pou-» voir vous éorire. J'ai compris, par votre lettre da** tée d'hier, comment se dévoile et sera mise au jour riniquité de cette perverse assemblée, de la grande prostituée dont il est parlé dans TApocalypse, aveo laquelle se souillent spirituellement les rois de la terre, en s'écartant de la vérité du Seigneur pour donner les mains aux mensonges de l'Anteobrist , par séduction , par crainte ou dans Tespoir d'aô*^ quérir par cette alliance les avantages du siècle.
J'ai compris ensuite que les ennemis de la vérité
(1) HisL e< Monum. Jokam. Bus.f Epist. XXII.
2 13 DEUXIÈHB SiRlE.
COuimQiioeDt à se troubler; en troisième lieu, j'ai reconnu l'ardeur charitable, l'intrépide fermeté avec laquelle vous confessez la vérité , et j'ai vu enfin avec joie que vous voulez mettre un terme aux vanités , à la servitude laborieuse du siècle, et combattre pour Notre-Seigneur Jésus-Christ , avec qui, comme le dit saint Grégoire, servir, c'est régner. Celui qui le sert fidèlement sera servi par lui dans la patrie céleste. Il a dit lui-même : a Heureux le serviteur que le Maître, lorsqu'il viendra, trouvera veillant et agissant ainsi : en vérité, je vous le dis, le Maître se lèvera, il se ceindra et le servira. » Les rois du siècle n'agissent point de la sorte avec leurs serviteurs; ils ne les aiment qu'autant qu'ils leur sont utiles et nécessaires. Il n'en est pas dé même de Jésus, le roi de gloire, qui a couronné les saints apètres Pierre et Paul , introduisant dans le royaume céleste Pierre par la crucifixion , Paul par la décollation ; le premier, après avoir été emprisonné quatre fois et délivré par un ange ; le second, après avoir été trois fois battu de verges, une fois lapidé et souvent afOigé, après avoir fait deux naufrages, et langui deux années en prison. « Nous aidons été accablés^ dit-il , au delà de toute mesure^ et jusqua ce que
la vie nous fut devenue importune. » Maintenant pIiiS d'ennuis, plus de tourments pour eux, mais une paix douce , inaltérable, et une joie infinie : déjà Pierre et Paul régnent avec le roi (Jes cieux; ils sont déjà dans le chœur des anges , ils voient le roi des rois dans sa magnificence, ils ne sont affligés d'aucune peine et sont remplis d'un bonheur ineffable. Que ces glorieux martyrs, unis au roi de gloire , daignent intercéder pour nous, afin que, rendus forts par leur secours, nous puissions participer à leur gloire , après avoir souffert avec humilité, puisque le Dieu tout-puissant a déclaré que c'est pour notre bien que nous souffrons ici -bas. Amen.
Ecrit le Jour des saints apôtres Pierre et PauL
Écrivez-moi encore, si vous le pouvez, je vous en supplie au nom du Seigneur. Je vous conjure aussi de saluer particulièrement la reine, ma souveraine ; avertissez-la de demeurer ferme dans la vérité et de ne point être scandalisée à causQ de moi, comme si j'étais un hérétique. Saluez aussi pour moi votre épouse, que je vous conjure d'aimer en Christ; car j'eg|)èpe qu'elle est au nombre
âti DEDXIÉMS SiRIB.
des enfonts de Dieu par l'obseryation de ses cornmapdements.
Salueas tous les amis de la vérité.
A MAtTRE JEAN CHRISTIAN.
Exhortation.
Christian, mon maître et mon bienfaiteur, demeure ferme dans la vérité de Christ et dans l'attachement à ses disciples; ne crains pas, carie Seigneur nous donnera bientôt sa protection et augmentera le nombre des fidèles. Sois toujours bon aux pauvres comme tu l'as été, conserve la chasteté , fuis l'avarice ; ne retiens pas plusieurs bénéfices, mais garde ton église , afin que les fidèles trouvent leur refuge en toi comme dans le sein d'un père. toi que j'aime, salue Jacobel et tous les amis de la vérité*
Ecrit dans les fers et dans t attente du supplice.
(1) HU{, et Momm* Johann* Hu$,, Epi»l, XVII*
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LETTIR iV. jtS