INTRODUCTION. XV
attaché son nom à aacun symbole religieux , et sa gloire en est plus pure : n'étant point t'aateur de ses doctrines, il n'eat aucun intérêt personnel dans leur triomphe, et Tamour de la vérité ne se confondit pas dans son cœur avec Tamour-propre. Il n'a pas conquis pour le culte la liberté extérieure, il a fait plus, et par sa foi^ par son courage en présence du tribunal le plus élevé dans l'opinion des hommes, par rimmense retentissement de ses vertus, de sa con* damnation et de son supplice, il fit comprendre a une partie de TEurope le droit sacré de cette liberté intérieure qui, saintement employée, fait le chrétien sur le trône comme dans les fers ; Jean Hus, en un mot, contribua fortement à rappeler le christianisme à son caractère, qui est celui de la religion du cœur, à son esprit, qui est un esprit de vie, de progrès et de liberté. Si la religion est autre chose, si elle est le monopole d'un collège de prêtres ou d'une secte , elle devient aussitôt exclusive , intolérante et oppressive : l'histoire de l'antiquité comme celle des temps modernes nous enseigne que les hommes qui s'érigent en inlerprètcs infaillibles de la Divinité font leurs dieux à leur image ; le Créateur du monde ne sera bientôt plus dans leur bouche un père compatissant qui donne sur la terre , à tous ses enfants, un droit égal à s'approcher de lui par Fado* ration et la prière, et qui présente sa parole à tous les esprits comme son soleil à tous les regards ; ce sera un maître jaloux toujours prêt à punir et à frapper au gré de ses interprètes , à la voix de ceux qui se
XVI INTRODUCTiOR.
(lisent les représentants de sa puissance ; la religion ne sera plus ce lien céleste et intérieur qui aUirf; lame à son Dieu par Tamonr ^ elle sera le joug qui maîtrise extérieurement par la contrainte, fléau terrible aux âmes qu'il abaisse en les comprimant, et plus destructeur, s*il est possible, des esprits que des corps. C'est pour cela que les chrétiens généreux qui, dans toutes les églises, ont opposé aux oppresseurs de la conscience une résistance héroïque, se sont fait un titre impérissable à l'admiration et à la reconnaissance de quiconque adore en esprit et en vérité ; parmi ceuxlà, aucun ne fut plus grand que Jean Hus , car nul n*a fait davantage pour rendre à la conscience, dans le cœur de l'homme, le trône qu'elle n'aurait jamais dû abdiquer.
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