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gnité, soit séculière, soit ecclésiastique, parce que plusieurs papes sont tombés dans Terreur et dans le crime*
Hus d'ailleurs ne conteste pas de grands privilèges à l'Église romaine, parce que saint Pierre l'a fondée, et il ne s'oppose point à ce que le pape et les cardinaux soient les principaux en dignité dans l'Église, pourvu qu'ils imitent Jésus-Christ, et que, se dépouillant du faste et de l'ambition, ils servent avec humilité la mère commune des fidèles... Cependant, on ne saurait dire que TÉglise romaine soit l'Église universelle, parce qu'au fond c'est une Église particulière; la première, la plus ancienne Église étant celle de Jérusalem; et la seconde, celle d'Antioche^ dont les fidèles furent les premiers appelés chrétiens (1).
Quant à la foi, Hus en distingue plusieurs sortes. « La foi véritable, dit-il, est la foi formée dans la charité (2); celle-ci, quand elle persévère, est le
(1) De Bccles.y p. 258. Rapprochez de cette opinion celle que Gerson a émise sur le même sujet. Gen, oper.^ t. H. Demodis uniendi ac reform, EceL in coneiL\o\ez aussi ie« Réformateurs avant la réforme ^ ïiitrod, hist., secl. v.
(2) Unde quicumque habuerit fîdem charitate Brmatam in commuui, sufiicit cum virtute perseveranliae ad saiutem.
(D«i?cW., cap, VIII.)
PU TlAlTi DE l'éûlisb. 233
fondement de toutes les autres vertus chrétiennes; elle doit être nécessairement fondée sur la vérité^ qui éclaire Tentendement, et sur Vauioritéy qui affermit Tàme. Cette'autorité ne peut être que celle de Dieu parlant dans sa parole. Si le chrétien est persuadé qu'une vérité a été dictée par le Saint- Esprit dans rÉcriture, il doit TafBrmer sans hésiter et exposer sa vie pour elle. L'obligation n'est point la même à l'égard des paroles des saints et des bulles des papes : on n'est tenu d'y croire qu'au* tant qu'elles sont conformes à l'Écriture sainte; on peut y croire d'ailleurs comme à une opi* nion, parce que le pape et sa cour peuvent errer par ignorance de la vérité. Autre chose donc est de croire en Dieu, parce qu'il ne peut se trom* per ni être trompé, et de croire au pape, qui est sujet à l'erreur; autre chose est de croire l'Écriture sainte, autre de croire une bulle, parce que celle-ci n'est qu'une invention humaine. Il n'est jamais permis de ne pas suivre l'Écriture, ni de s'y opposer ; mais il est permis quelquefois de ne pas croire une bulle et de s'y opposer, comme lorsqu'elle a sa source dans l'avarice, quand elle élève des sujets indignes, quand elle opprime des innocents, en un mot, quand elle est contraire aux
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commandements et aux conseils de Dieu (()• * A l'égard du fondement de TÉglise, il n'y en a qu'un, et c'est Jésus-Christ. Si donc les apôtres sont appelés les fondements de TÉglise, c'est d*une manière impropre , figurée et subordonnée à Jésus-Christ, parce que c'est sur lui qu'ils ont bâti l'Église, et saint Pierre n'est la base, le fondement de l'Église « qu'aux mêmes titres que les apôtres ses collègues. On peut reconnaître que Jésus-Christ, qui est la pien^e angulaire de t Église^ a fondé Pierre dans l'humilité, dans la pauvreté , dans la foi , et que o'est par œs vertus qu'il a édifié TÉglise qu'il a gouveriide. Mais prétendre que, par ces paroles, sur cette pierre fédi'fierai mon Église^ Jésus**Christ ait eu l'intention de fonder toute TÉglise sur la personne de Pienv^ c'est ce qui est contraire à la foi et à la raison. Saint Pierre ne s*est jamais vanié d'êfre le chef de touie l'Église , parce qu'il ne Ta pas toute gouvernée; cependant on peut lui accorder, avec quelques Pères , une primauté d'ordre sur les autres apôtres, à cause de rexcellence de ses vertus ; et ,
(1) La doctrine de Téglise gallicane est plus restrictive encore : elle n'admet les bulles qu'autant qu'elles ne sont pas contraires aux lois du royaume.
DU TAAITi PS i^iGLISE. 2S&
dans 09 sens, cette parole du bienheureux saint Denis est véritable : Saint Pierre a été le chef des apôtres (t), oe qui n'est pas le chef de TÉglise universelle. L'dvêque de Bomo peut être regardé comme le vicaire de saint Pierre et le premier dans TËglise qu'il gouverne, s'il imite les vertus de cet apôtre ; mais s'il suit une route opposée, il n'est que le précurseur de l'Antéchrist, A l'appui de son opinion , Hus cite plusieurs Pères et célèbres docteurs, et entre autres saint Bernard , saint Jérôme, saint Grégoire et saint Cbrysostôme. Ce n'est pas le siège qu'il occupe qui fifiit le prêtre , dit Cbry-* sostôme, maïs c'est le prétfe qui fait le siège; 06 n'est pas le lieu qui sanctifie l'boninie, c'est l'homme qui sanctifie le lieu.
Enfin, en ee qui touche la puissance des pré* très, elle est puremeat spirituelle ; elle consiste à instruire, a condamner les coupables par les peines spirituelles, i absoudre les pénitents et à leur annoncer la rémission de leurs péchés ; elle réside immédiatement dans Jésus-Christ, et elle a été donnée dans la personne de Pierre à toute l'Eglise militante.
(1) Et dictuiQ beati Dionysii est vcrum, quod PeUusfuitcapilaiicus iiiter apostoios. D^ i^ccjei., cap. ix.
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Les prêtres ne sont que les ministres de l'Église, et ils ne sauraient lier ni délier, remettre ni retenir les péchés, si Dieu ne Ta fait auparavant; et le peuple est dans une grande erreur s'il croit qu'un prêtre lie ou délie d'abord , et que Dieu ne le fait qu'ensuite, comme si Dieu exécutait le jugement du prêtre , au lieu que c'est le prêtre qui ne doit exécuter le jugement de Dieu , condamner ou absoudre , que d'accord avec Jésus-Christ (1).
Il y a deux sortes de puissances : l'une légitime, à laquelle il faut obéir ; l'autre prétendue et usurpée, à laquelle il faut résister ; telle est la puissance des simoniaques qui, par intérêt, abusent des clefs pour condamner des innocents et pour absoudre des coupables; qui achètent et qui vendent les ordres sacrés, les évêchés, les canonicats^ les cures ; qui font un trafic des sacrements; qui vivent dans Ta varice et dans la volupté, et souillent l'autorité du sacerdoce.
Hus déclare que la puissance de lier ou de délier a été égale entre tous les apôtres, et il conteste aux papes les titres diéçéque universel et de très-'
(I) /5id.,cap. X. Comparez coUe opinion de Jean Hus avec l'opinion de Wycliffe et de Gerson sur la même matière. Réformateurs avant la réforme ^ Introduction hist., sect. v.
DU TRAITi DB VÈQllSE. 23?
saint : ils n*ODt pas droit de s'en par$r, et il en donne pour preuve l'exemple des apôtres, les canons, les conciles, et la vie scandaleuse de plusieurs papes, en qui il n'y a nulle sainteté. « Quant aux cardinaux f dont il est dit qu'ils sont le corps deTÉglise, il faudrait, pour le reconnaître, sa^voir par révélation qu'ils sont prédestinés au salut, et qu'ils vivent en successeurs, en vicaires des apôtres; mais se.montrent*ils tels ceux qui cumulent des bénéfices , qui captent des présents à l'exemple de Giezi ; qui , dès le matin , vont trouver le pape en brillant appareil, montés sur des chevaux richement caparaçonnés , non à causé de la distance ou de la difficulté du chemin, mais pour étaler leur magnificence aux yeux du monde, en opposition au Christ et i ses apôtres, qui parcouraient à pied et simplement vêtus les villes et les villages, préchant TÉvangileet annonçant le royaume de Dieu (0^'
L'Église, dit Jean IIus, peut être gouvernée sans le pape et les cardinaux, comme elle l'a été durant trois cents ans. Ce fut Constantin qui, au Iir siècle, établit la domination universelle du pontife romain . Avantla donation, l'évêquede Rome était comme les
(1) De Eceles,^ cap. xv.
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autre* évèqtiei(l) ; c'est poulr cela que les pon-^ tires romaius^ venus après Sylvestre^ craignant de perdre cette prééminence, en demandèrent la confirmation aux empereurs. Jean Hus cite ensuite le décret de Gratien , confirmé par Louis-le- Débonnaire, et il ajoute : «Jamais saint Pierre n'a eu besoin que Louis-le-Débonnaire lui donnât le domaine temporel de Rome ; il était en possession du royaume des cieux, et, par cela, plus grand que Louis. Plût à Dieu que Pierre lui eût dit : Je n'accepte point votre concession : lorsque j*ai été évèqae de Rome, j'ai quitté toutes choses; je n'ai point envié à Néron la domination de Rome et je n'en avais pas besoin . Je crois qu'elle a été nuisible âmes successeurs; elle les détourne delà prédication de l'Évangile , de la prière et de l'observation des commandements de Dieu , et elle les remplît d'orgueil. »
C'est la loi de Dieu, et non la volonté arbitraire du pape et des cardinaux, qui doit être la règle des jugements ecclésiastiques. Les adversaires de Has lui avaient fait un crime de cette proposition ; il la dérend contre eux , et tient à honneur de ne re-
(1) La fausseté de la donation de Constantin n'était pas encore reconnue.
DO TBAITt Dl L'tOUSS. S99
oevoir que Tautorité de l'Écriture, quoiqu'il res<« pecte les saints docteurs quand leurs décisioiié sont conformes à la parole divine. Il rejette Tap-^ plication faite aux chrétiens des passages du Deu» téronome dans lesquels Dieu ordonne aux Israé*^ lites de faire juger leurs différends au lieu qu'il aura choisi , et prononce la peine de mort contre celui qui ne se soumettra point au pontife et au juge (1). « Il est ici question, dit Jean Hus, d'affaires civiles plus que d'affaires de la religion, et Tesprit de TEvangile, qui n'emploie que la persuasion^ diffère beaucoup de celui de Tancienne loi, qui était une loi de rigueur* Si on n'établissait point ces distinctions^ il s'ensuivrait donc que Jésus fut justement condamné, parce que les pontifes Anne et Caîphe présidaient dans le lieu désigné par Dieu même. »
Hus repousse d'ailleurs raccusation de vouloir séduire les peuples et les poiter à la désobéissance enyers les supérieurs, qui sont le pape , les évéques^ les prêtres et tout le clergé : il distingue trois sortes d'obéissance : 1<> l'obéissance spi* rituelle, qui est celle que tous les chrétiens sans exception sont tenus de rendre en tout temps à la
(l)Dent.XVn.