XCJ
Du 17 may 166 y.
Monsieur, Une heure après avoir fermé mon paquet, relisant l'épigramme extemporanée Ad Nobilissimum Montosidem3, je crus la devoir fortifier d'un distique dont il me semble qu'elle avoit besoin. Vous la trouverez, à mon advis, plus pleine et plus achevée qu'elle n'estoit. et me ferez la faveur de la donner en cet estât là à celuy à qui elle s'adresse, avec l'ancien poème que j'ay mis au point où je le désire laisser. Je vous advertis, Monsieur, que ce poème et plusieurs autres, sans oublier le cher Olor Gallicus, seront insérés dans le volume des lettres choisies, le dessein du volumette ayant esté changé pour un autre plus
1 Balzac ne s'est-i] pas trompé en citant intitulé : Bahacius duobus locis cutpatus,
ici Suétone? Je n'ai pu trouver cette phrase p. 18.
dans ce qui nous reste de l'auteur des Douze J Le copiste a écrit : ejetemporacité. Césars. C'est le cas de rappeler que Colomiès 3 Voir les vers latins de Balzac en l'hona reproché à Balzac, qu'il appelle politissi- neur de Montausier, à la page 11 delà semus Bah aci 11s , deux fausses citations, dans conde partie du (orne H des Œuvres comte chapitre de ses Opusctda (1668. in-12) pietés.
DE JEAN-LOUIS Gl EZ DE BALZAC. 266
grand dessein au pays latin, de quo^ je vous entretiendrai à loisir. [bsitverbo iiwidia, je croj que la variété, voire que la beauté des chose vous surprendra dans le volume des lettres. Je vous envoyé celle que j;i\ receue du cher Président, qui Be justifie Bans que personne l'ail accusé. Noua n'oublierons pas dans les pièces latines \ lllusirissimum el le Proregem meritissimum apud Ineulismenses ei Santonm. Il \ aura encore iln françois dans le mesme livre pour le mesme marquis sparliate, qui pi'ui estre ne luy desplaira pas. Tout cela. Monsieur, avec si peu d'interest particulier el de dessein temporel, que je ue croy pas faire ma résidence l'année prochaine dans les gouvernemens d'un seigneur qui me fait l'honneur de me vouloir tant de bien. Ah, mon cher Monsieur, que je suis las du monde et de moy-mesme (aussy bien que vos mortui vivi1), mais beaucoup plus sans comparaison de moy-mesme que du monde!
C'est, Monsieur, vostre, etc.
Du 22 may i665.
Monsieur, Je fais comme de coustume : je m'instruis avec vous, et tous vos dogmes me sont propositions d'éternelle vérité. Ce que vous dites du Magnanime n'a point trouvé de résistence dans mon esprit. N'en doutez jamais, s'il vous plaist, il sera tousjours dépendant et subalterne du vostre :
Et partes sat erit nobis tractare secundas, Et tua signa sequi.
Je voudrois que vous eussiez donné au petit l'argent qu'il vous demendoit, quoyqu'à vous dire le vray, cette demende soit une circonstance un peu notable de l'affaire dont il a la direction . et
1 Les solitaires de Port-Royal.
qu'elle me face souvenir de ces deux vers d'un poète1 allégué par
Cicéron2 :
Quibus divitias pollicenlur, ab his ipsi draclimam petunt. De his divitiis sibi deducant drachmam , reddant caetera 3.
Je vous envoyé la leltre qu'il m'a escrite, et, s'il a l'honneur de vous voir et que vous preniez la peine de l'entretenir la quatriesme partie d'un quart d'heure, vous verrez bien ce que je dois espérer des lettres scellées, et si ce sera en or ou en feuilles de chesne que je seray payé de mes mille escus.
J'ay rompu commerce avec le Graveolent, depuis quelque friponnerie qu'il me fit, en quelque petite somme qu'il escroqua en mon nom. C'estoilà la vérité peu de choses, mais la conséquence en estoit grande, et il me semble qu'il se devoit contenter de ce que je retranchois tous les ans à ma pauvreté pour aider la sienne sans estre importun à mes amys, et hoc ut commodius indulgeret impurœ et volivagœ suœ veneri. Je n'ay point pourtant de mauvaise volonté contre luy et l'ayme encore assez pour le tirer de l'hospital et de la conciergerie s'il y estoit pour une somme modique. Mais le galand homme veut plustost mon estime que mon amitié, et me demende des lettres et des éloges. J'ay satisfait en partie à sa vanité, et il a pu voir un article qui luy est très-favorable dans une lettre que j'escrivis dernièrement à Mr Campagnole :
Sunt, si plura petit, sunl improba vota Britanni.
Obligez-moy de m'achever la nouvelle de nostre cher Mr Silhou, que je plains extrêmement, s'il n'a pas la satisfaction qu'il mérite. Que je sçache aussy, s'il vous plaist, si le père Hercule est encore à Rome et quand il sera à Paris. Mille très humbles remerciernens pour la nouvelle copie de l'admirable sonnet. Mon indisposition m'empesche
' (Je poëte est Eunius. p. 168), les deux vers maltraités par le
* Chapitre lviii du livre I du De divina- copiste :
({Oflg . Quibu' divitias (jnllicentur, ab iis dracbmau) ipsi
• • ' • 1 petunt.
Voici comment il faut rétablir, d'après
; De his divitiis sibi deducant drachmam, reddant
le texte donné par M. J.V. Le Clerc (t. XX VI. cetera.
de passer outre. Je vous al escril par les dem ordinaires consécutifs de la semaine passée, el ms dernière despesche a <■>-(<'■ adressée s M' d'Argence. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
En ['estai où je suis, il n \ b poinl moyen que je face response à M1' Bonair. Je vous supplie, Monsieur, <l<' le vouloir asseurer de ma gratitude. S'il me procure du bien, il est très-raysonnable qu'il en ail sa part. Mais au nom de Dieu, Monsieur, en pareilles occasions, conclue/, sans attendre do mes nouvelles. Doutez-VOUS de mon aveu et de ma ratification ?
XGIII.
Du 5 juin 1660.
Monsieur, Mon indisposition m'empescha de vous escrire par le dernier ordinaire, et je la force en vous escrivanl par cetuicy. C'est après avoir passé une très mauvaise nuit, et telle que les veilles accompagnées d'inquiétude et de douleur les sçavent faire chez les malheureux. Mais il faut quitter mes maux pour venir aux vostres. Je sçay, Monsieur, quelle est la tendresse d'un hon naturel. Je sçay que dans l'ame des plus sages la rayson fait quelquefois place à l'humanité. Je ne doute point, par conséquent, de l'affliction dont j'ay veu l'image dans vostre lettre. Une mère ne se peut perdre avec un esprit tranquille. Quelque naturelle que soit sa fin, elle est toujours violente, et ces sortes de séparations sont tousjours forcées. Mais après tout la rayson estant sortie de sa place par un mouvement de dehors qui l'a poussée, et contre lequel elle n'a pas trouvé honeste de tenir bon, il faut, ce me semble, qu'elle revienne incontinent d'où elle est partie, et qu'elle monstre par là qu'elle a plustost rendu une defference qu'elle n'a receu un affront, ayant cédé volontairement au plus ancien de tous les devoirs et à la plus vieille coustume du monde. Sed hœc tibi, sapientissime Capelane, multaque meliora domi nascuntur. Et il n'y a pas un seul mal dans la vie contre lequel vous n'ayez plusieurs remèdes. Je dis
des remèdes efficaces et presens qui n'ont point besoing du secours
du temps, qui sçavent guérir en vingt-quatre heures, qui ferment les
plus larges et les plus profondes blessures de l'ame avec ces parolles
innocentes : Je veux obéir à Dieu.
Au reste, Monsieur, vous m'avez extrêmement obligé de me faire
part des vers funèbres qui consacrent la mémoire d'Amarante. Il faut
avouer que Daphnis y a réussy admirablement. Je ne vis jamais une
plus belle, ny plus agréable douleur, et ne pense pas que la femme
d'Orphée et la maistresse de Pétrarque ayent esté mieux plaintes ny
mieux louées. 11 se peut qu'elles l'ont esté plus longtemps, car l'un
des deux poètes fit l'amour toute sa vie à la dame qu'il avoit aymée.
el Virgile a dit de l'autre :
Sepfem illum totos perkibent ex ordine raenses Rtipe sub aeria, el cœl.1
Je voudrois que vostre Daphnis, qui chante pour le moins aussy bien
qu'eux, voulust chanter aussy longuement, et je ne me lasserois point
de lire un juste volume de chants funèbres de sa façon. Conseillez-lui
donc de faire durer ses plaintes, tant pour nostre contentement que
pour la gloire de sa chère morte. Mais, s'il faut luy demander des vers
par des vers, de grâce qu'il confirme un si digne et si honeste travail;
qu'il ne face plus autre chose que des temples et des autels, puisqu'il
les sçait si bien faire :
Manesque beatos Orco auferre pins pergat sic Daphnis, et iagens Certamen cum Dite gerat, sic fleveral ante Quam dolor infirmus, dolor iuimortalis adoret, Pacatus sapiensque et nulla tnrbidus ira Festus ovansque dolor, multo qui ilives odore Tbura rosasqiie ferens, consanguineosque amarantbos Solelur certo se posteritatis bonore.
Cette boutade poétique ne me desplaist pas, et je suis trompé si elle n'est autant à vostre gré que celle de Juppiter pluvieux dernièrement.
' VlRG. Geovg. lil). IV- V. 507, 5o8.
DE JEAN LOI is <;i l.x DE B ILZAC. 969
Pour response à l'article amer, rendez-moi mon épithete, celuj que vous m'avez osté à ma très-humble supplication. Remettez l'infortuné Balzac à l;i teste de vostre sonnet. Je le suis yréritablemenl puisque le marquis Spartiate a si mal deviné mon intention, a douté si injustement de ma dévotion el de mon zèle, ;i esté susceptible de , je
n'ose achever le reste, et c'est toul ce que j'eusse du appréhender de M' de l'arabère1, qui a l'honneur d'estre son oncle, ou de Mr de .lonsac qui a l'honneur d'estre son cousin2. J'aurois a vous faire là-dessus des escritures aussy longues qu'estoient les deux Â.nti-Catonsa de Gaesar; mais je ne veux point nie justifier en accusant une personne qui m'esl I lès-chère, et il me suflit qu'en vostre ame vous ne soyez pas contre moy, quoyque vous ne vous en expliquiez qu'à demy, et que vous vous contentiez d'appeler chagrin et humeur [et manière d'jestre fascheuse, quod graviore vocabulo appellaret qui nesciret lenitate verbi rei justiliam mitigare. C'est mon unique consolation dans ce déplaisir, qui m'est certes très sensible, et que je tiendray pourtant très secret, n'en doutez pas , s'il vous plaist. Je voudrois qu'il me fust aussy aisé d'en oublier la cause que de le cacher. Mais vous sçavez le mot de Messer Cornelio : non tara esse in nostra potestate oblivisci quant tacere 4. Il est encore bien difficile, Monsieur, de conserver beaucoup de tendresse pour des amitiés qui sont devenus si hautes et si relevées que celles-
' Le copiste a e'erit Barobère. M. de Parabère avait épousé une demoiselle de Sainte- Maure, et se trouvait ainsi beau-frère du comte de Brassac, qui avait épousé l'autre sœur.
2 Léon de Sainte-Maure , comte de Jonzac , marquis d'Ozillac, etc. On peut citer sur lui les Mémoires de l'abbé de Marolles, l'Histoire généalogique des grands officiers de la Couronne (t. V, p. 16). Voir une lettre de Balzac, du a a janvier i6&5, à M. le comte de Jonzac , lieutenant du roy en Saintonge et Angoumois (p. 570), et une autre lettre du 3 juillet 1 646 (p. 711).
s Le copiste a écrit Antications. On sait que Jules César avait composé un Anti-Calo en deux livres, en réponse au Cato que Cicéron avait publié en l'honneur de la mort de Caton. (Voir Lettres de Cicéron à Alticus, su, 4o, xiii, 5o, et Pldtarqoe. Vie de Caton, passim.) Signalons un savant chapitre des Opuscula academica de Charles Guillaume Gœttling, intitulé : De M. Tullii Ciceronis laudatione Catonis et de C. Julii «nticalonibus. (Leipsick, 1869. m-8°.)
4 Âgricolœ vita , cap. 11.
là, pour ne pas dire si dominantes et si tyranniques. Nos amis de l'antiquité ne se feussent point apperceus de l'omission de mon compliment, et je suis très asseuré que les termes de la lettre que je vous ay renvoyée eussent satisfait Agis et Cléomènes, voire Léonidas, Agesilaus, et tout ce qu'il y eust jamais de plus noble et de plus grand dans le Marquisat d'Aiinipoiens. A l'avenir je me tiendray dans une très profonde humilité et le payeray de respects et génuflexions. Dans mes lettres choisies, il s'appellera Monseigneur en grosses lettres. Je lui donnera \ de l'Altesse, s'il en veut, et s'il luy arrive quelque nouvelle bonne fortune, non seulement je luy en feray un compliment, mais j'en féray un feu de joye, et en prendray acte et prieray Mr Renaudot de s'en souvenir dans sa Gazette l. Tout cela, Monsieur, entre vous et moy, qui vistes la peine que me donna mon affection, par l'advis inutile que je vous donnay. Et en conscience cette affection m'eust fait courir jusqu'à Rome, quoy que je ne puisse aller que le petit pas, s'il eust fallu faire ce voyage pour détourner le moindre péril de dessus la teste à'Armipotens.
Je pensois pouvoir escrire aujourdhuy à M. Mainard et à M. de Roisrobert, mais ce sera pour le premier ordinaire. Obligez moy de promettre cent escus sur les mille au petit amy, affin qu'il ait plus de courage d'achever l'affaire. 11 peut bien s'adresser tout droit à Mr de Lyonne pour ma pension , si l'ancien amy 2 n'est plus auprès de son Eminence, et je luy envoyeray ma procuration, sitost qu'il me le demandera. J'ay receu tout ce que vous avez fait donner au Messager et vous en parleray une autre fois.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
1 Renaudol (Théopbraste), fondateur de ' Silhon, qui remplissait peut-être en ce
la Gazette de France en i63i.morl le a5 oc- moment une de ces missions à l'étranger
tobre 1 653. Voir le livre du docteur F. Rou- dont il fut chargé quelquefois, baud: Th. Renaudot, Paris, i856,in-8°.
Du i g juin i 645.
Monsieur, je vous escrivis au loiij; il y a aujourdhiiy liuicl jouis, mais le temps me manqua pour vous dire quelque chose du présenl de M* d'Andilly et pour voussuplier, comme je fais de tout mon cœur, de l'eu remercier ou de l'en faire remercier de ma part. ampHsiimië se, ilirci 'et cxquisilissimis verbis. Je n'ay encore receu que la première parlie d'un si beau présent, du mérite de laquelle je demeure d'accord avec vous. Je conclus, Monsieur, qu'il y a de l'estrange , de l'admirable, du divin, eu plusieurs endroits des lettres de ce saint homme1. Mais il ne se contente pas de donner de l'admiration , bien souvent il me fait peur, et je ne l'admire pas plus que je l'appréhende. Je soi s presque toujours triste d'une lecture si agréable, et, quand je me considère auprès de cette perfection chrestienne , cujus perfectissimam ideam hic videre est, que j'ay pitié, que j'ai honte, que j'ay horreur de mon imperfection! 11 parle une langue inconnue au monde , le Seigneur de la Scale l'ignoroit2, M. de Saumaise ne l'entend point, et je voudrois bien sçavoir ce qu'en croit le docteur Mezentius, autrement le redoutable grammairien3, et ce qu'en disent les autres génies4 ou esclairs de ce siècle, comme ils se nomment eux (mesmes).
L'épitre de Mr Voiture à Mr Goligny 5 n'est pas de génère hoc, et l'es-
' Les lettres de Robert Arnauld d'Andilly parurent à Paris chez la veuve de Jean Camusat, en i645, in-4°. Ces lettres ont été réimprimées plusieurs fois, notamment en 166a, en 1680, en 1689, eu 1^9^' en 1696.
' Joseph Scaliger.
3 Ce redoutable grammairien n'est autre que La Mothe Le Vayer. Mezentius était ce roi des Tyrrhéniens dont Virgile a dit: Imperio et sœvis tenuit Mezentius ormis.
4 Le copiste a écrit : guéris.
1 II n'y a dans les Œuvres de Voiture qu'une seule pièce de vers adressée à Gaspard de Coligny (plus tard duc de Chastillon); c'est celle qui est reproduite aux pages 567-555 de l'édition de M. Amédée Houx (Didot, i858, in-8°), et qui , sous le titre d'Epistre à M. de Colligny, renferme de fort libres plaisanteries à l'occasion du mariage de ce gentilhomme avec Isabelle Angélique de Montmorency-Bouleville.
prit dont il faut avouer qu'elle est pleine n'a rien de commun avec l'esprit de dévotion et de pénitence , à laquelle il est temps qu'il songe aussy bien que moy, sans plus chercher des rimes en lue \
Jam subrepet iners œlas; nec amare decebit. Dicere nec cano blanditias capite \
Le feu cardinal de la Valette luy a dit mille fois ces deux vers du poète qui est son favory. Ce poète mourut à l'aage de vingt-cinq ans 3, et Mr de Voiture et moy en avons plus de cinquante " , desquels peut estre nous n'avons pas vescu un seul quart d'heure selon les reigles de Mr S'-Cyran. Tandem, tandem meliora sequamur.
L'incomparable Mr Ménage m'a trop obligé de s'estre souvenu de moy et de m'avoir régalé de ses derniers vers. Ils sont très beaux, très latins, et très passionnés, mais plus passionnés que je ne voudrais, car, à vous dire le vray, sa passion me donne de la jalousie, et j'ay bien de la peine à souffrir auprès de luy une plus grande faveur que la mienne.
J'enrage si ce bien heureux Monsieur Sarrazin 5 est plus aymé que
1 Le copiste a écrit : tue. L'abbé d'Olivet a cité (non pas littéralement) ce passage depuis les rimes en lue jusqu'à M' de Saint- Cyran (Histoire de l'Académie Française, t. ii. p. 63).
2 Tibull. lib. I, Elegia prima, v. 71, 72. Le copiste a mis subrepit pour subrepet et docebit pour decebit.
3 On croit que Tibulle naquit l'an 63 avant l'ère chrétienne, le même jour qu'Ovide, et qu'il mourut l'an 19, la même année que Virgile. Il n'avait donc pas même, au moment de sa mort, les vingtcinq années que lui donne Balzac.
4 Balzac se trompait tant pour lui que pour Voilure: il n'avait alors que quarantehuit ans et quelques jours ; Voiture , né en i5g8, n'en avait que quarante-sept.
6 Jean -François Sarrasin, né près de Caen en i6o5, mort à Pézenas en 1 656. M. V. Fournel, dans la Nouvelle Biographie générale, a cité, sur cet écrivain. Tallemant des Réaux , Pellisson et d'Olivet , Huet . Ménage, Baillet. Segrais, Daniel de Cosnac, Niceron, Vigneul-Marville. R a oublié M. V. Cousin et M. Hippeau. R a oublié aussi Loret et Balzac. Ce dernier a dit (lettre à Chapelain du 8 janvier 1660.
p. 808 ) : (f M. Sarrasin est un docteur excellent, et qui débite beaucoup de choses rr d'une manière très-agréable." Dans une lettre à Conrartdu 7 octobre 1669 (p. 875), Balzac a fort loué «la raillerie» de la Pompe funèbre de Voiture, une des plus jolies pièces de Sarrasin.
[)!•: JKAN-LOUIS (IIIF.Z DK ItALZAC. 278
inoy, et il IVsi sans doute, puisque mon amv Be plainl si amoureusement de son absence, el qu'il ne peut vivre nu seul jour sans luy non pas mesme dans nn palais enchanté, où il est dans les délices jusques aux yeux '. Il verra dans peu de jours s'il a droil de me faire ce torl ; el le premier livre des lettres choisies que je vous envoieray luy reprochera le mauvais traitement que je reçoy.
Le petit devoit estre mieux instruit dos affaires de la Cour el du Palais : son ignorance me cousle cher, et (pie pense-t-il <pie ce soit à un philosophe de ma gravité que d'avoir fait une prière par escrit à Mr le Chancelier et de luy l'aire encore un remerciement? Et hoc pour ses mille escus d'Alchimie, qui m'avoient esté proposés comme chose asseurée , prochaine, présente? J'ay eu la bonté, outre cela, de le recommander à mon dit seigneur le Chancelier , duquel il attend son salut, contre la persécution d'une personne qui le tourmente. Je vous envoyé copie de mon remerciement et de ma recommendation , qui sont deux entousiasmes d'hier matin et pour lesquels, absit verbo invidia, je suis satisfait de nos Déesses. Le petit n'aura point pourtant de lettre de moy par cet ordinaire: mais vous voyez bien qu'il faut que ce soit luy qui présente le tout à Solon , affin que Solon voye au plustot la chaleur, l'excès, les biperboles, voire les illusions de ma gratitude, qui s'imagine d'avoir eu le don d'une place pour faire bastir une rue , ou d'avoir receu pour le moins trente mille escus. Toutes fois , Monsieur , quoyque je vous parle si souvent d'escus, je ne pense point avoir besoin de vos exhortations pour le mespris de l'argent, et je puis dire sans vanité qu'il n'y a gueres d'ames moins avares que la mienne. Je ne cours point après mille escus, mais, s'ils me viennent trouver, je les recevray. Que le petit sollicite ma pension à Paris; qu'il agisse de ma part tant qu'il luy plaira, pourveuqueje ne parte point d'icy, et que son inquiétude ne trouble point mon repos. Au reste Monsieur de Lyonne n'est pas barbare, et je luy escrivis l'année passée, comme vous pouvez vous
1 Ménage fut toujours le meilleur ami ture laissa, en mourant, tous ses papiers. deSarrasin. Ce fut à lui que le rival de Voi- d'où fut tirée l'édition de 1 650 (in-4°, Paris).
27â LKTTRKS
en souvenir; et Monsieur son maistre ' a dit depuis peu à Mr de Boisrobert qu'il seroit bien aise que je luy fisse naistre une occasion de me servir. 11 entend par là apparemment quelque chose de plus que le payement d'une chétive pension, mais on peut néanmoins pour celte chétive chose se prévaloir de sa bonne volonté , sans gaster de meilleures espérances, si on les a; et, après tout, que le petit soit heureux ou malheureux en ses sollicitations, je ne me mets point en peine de l'événement des choses.
Ce Mr Esprit est admirable d'avoir peur qu'on luy reproche d'avoir esté autrefois grand prédicateur. Il faudra le contenter là dessus. La bonne nouvelle que celle de l'arrivée de nostre cher père Hercule! Il verra ma lettre dans mon livre, puisqu'il ne la [peut] plus recevoir à Rome. Dieu vous veuille consoler dans la maladie de Mademoiselle vostre mère. Je vous souhaite plus de satisfaction qu'à moy mesme et suis sans réserve et medullitus, Monsieur, vostre, etc.
Je n'ay nulle attache particulière à la mayson que vous sçavez, et l'affection que j'avois pour le prince ne passoit guères la civilité: mais jestois inquiet, j'estois malade, je bruslois pour le Spartiate, etsa mauvoise humeur ne m'a pas si offensé que je ne puisse dire encore tout cela au temps présent.
Je suis très mal , et ne laisse pas de vous escrire de très grandes lettres.
Du au juin (645
Monsieur, Pourveu que le mal ne m'accable pas tout à l'ait, mon esprit est toujours auprès de vous : je parle toujours à Atticus, voire mesme quand je dors, et mes songes me pouroient souvent fournil- la
1 Mazarin, sous les ordres duquel Lyonne travaillai! alors.
matière de mes lettres. Verbi gratta, Monsieur, je me suis trouvé la mu! passée entre \<ms et l;i nacelle d'Orléans. .I;iy esté tesmoing des privautés que \<>ns avea avec elle. J'ay ouy les plaintes qu'elle vous a faites, qui ont fini par cri le prière en latin, de laquelle il me souvient, el à laquelle j'a\ donné pour titre en me resveillanl :
VIRUO AU l'dETAM Cl MlTUoItl'.M.
Sum fortis sat dicta, param ha-c laua virgine digna esl Dn tandem ut pcr le pulchrn decensquc vorrr.
Au premier vers la Pucellc n'est que femme; au second elle esl femme et livre tout ensemble, et, si, en Tune et l'autre qualité, elle n'est pas satisfaite de l'épithètè de belle et de celuy d'agréable, elle esl plus glorieuse que Vénus, qui s'en est contentée dans Horace1, sans parler des Gratice décentes du mesme poète 2, nostre cher amy. Le son;;' est historique, n'en douiez pas; les vers sont de la Pucelle et non pas de moy. 11 n'y a que le tiltre de ma façon, dans lequel je n'ay point eu dessein de vous offenser, en vous appellant le temporiseur. Fabius YJaximus a eu ce nom devant vous, et Rome l'a traité comme je vous traite3.
J'ay receu les deux paquets envoyés par le messager : le troisiesme viendra quand il vous plaira. Je ne vous puis encore rien dire des lettres de Mr d'Andilly, parce que je ne les ai pas encore leues4. Je vous dirav seulement que l'ode de Madelenet me semble très bonne5.
1 Quis non te polius , Bacche pater, teque,decens Voir, sur l'habile adversaire d'Annibal , Po-
Venas- lybe . Tile-Live , Plularoue , Cicéron , elc.
( Carminurn lib. I , od. xvm, v. G).
Balzac oubliait donc qu'il avait rendu
2 Juucta;que nympbis Gratiae decenles. compte à son ami, le 12 juin précédent
(Ibitl.,oà. iv, v. 6). (lettre XCIV ), des impressions que venait
: Quinlus Maximus Fabius, né vers ay5. d'exciter en lui cette lecture. Du reste, dans
mort en 2o3, surnommé cunctator, à cause la lettre suivante, Balzac va se plaindre des
de soa excessive prudence, et dont Ennius défaillances de sa mémoire.
a dit : 5 On a déjà vu que Balzac était un grand
Uuus tiomo oobis cunctando restituit rein. admirateur du talent poétique de .Madelenet.
celle de S1 Amant très mauvaise1, et le poème de Menarderius2 très peu digne de sa grande et magistrale présomption 3.
Je me resjouis extrêmement de la bonne nouvelle dont il vous a plu me faire part4, et prie Dieu de vous conserver la cadete de mon père, lequel se porte bien à l'aage de quatre vingt treize ans.
Si cœlum mea vota audit , Capelane, serenas Sernper âges luces , et fœdi nescia luctus Puro vita tibi fluet incorruptior auro.
Je vous ay escrit au long par la voye de Mr d'Argence et par celle du sieur Rocolet. C'est, Monsieur, vostre, etc.
Voici le distique d'une autre façon, mais la première me plaist da-
vantage.
Bellatrix sum dicta satis; per te, inclyte vates, Ah patere ut tandem pulchra decensque vocer.
1 Balzac paraît avoir peu goûté Saint- Amant ; je ne trouve dans toutes ses œuvres qu'une seule ligne qui se rapporte à ce poëte, c'est celle-ci, que je tire d'une lettre à Chapelain du 8 janvier 1690 (p. 808) : rrj'ay appris du mesme autheur» (du duc de la Rochefoucauld, que Balzac avait vu la veille) rrque Moïse sauvé estoit la passion rrde Mr et de M™' de Liancourt.» Le Moyse sauve , qui circula longtemps manuscrit, ne parut qu'en iG53 (Paris, Courbé, in-6°).
2 Hippolyte Jules Pilet de la Mesnardière, lecteur ordinaire de la chambre du Roi, reçu à l'Académie française en 1 655 , mort le à juin i663. Les Poésies de La Mesnardière parurent à Paris (in-8°, i65f>). On y trouve (p. 122) un sonnet composé à la louange de Balzac, et qui était destiné à servir de préface au recueil de vers funèbres
que Conrart avait projeté de former en l'honneur de son ami. Voir, sur La Mesnardière, Chapelain (Mémoire sur quelques gens de lettres), Tallemant des Réaux (passim) , les Mémoires de Bussy-Rabutin , Titon du Tillet, le P. Niceron, l'abbé d'Olivet, Dreux-du- Radier (Bibliothèque historique du Poitou), Viollet-le-Duc (Catalogue de la bibliothèque poétique), etc.
3 L'abbé d'Olivet a remarqué , à la fin de sa notice (t. 11, p. 99), que l'on voit dans les ouvrages de La Mesnardière mine conrrtinuelle envie de se faire admirer plutôt trque d'instruire. 1
4 La guéiison de la mère de Chapelain (Jeanne Corbière , fille d'un Michel Corbière . ami particulier de Ronsard). Voir ce que dit de la mère de Chapelain l'abbé d'Olivet, en tête de sa notice (t. II, p. ia5).
DE JKAN-I.OIJIS GUEZ l>K BALZAC. 27"
Du :>.'> juin itj'l.").
Monsieur, A l'heure mesme que je roceus vostrc lettre pour Monsieur le Chantre, je l'envoyai au Père Recteur, son frère, qui promisl de la luy faire tenir au plus tost. Je viens de retoucher {'Extemporale pour Mr le Chancelier; vous en trouverez deux copies dans ce paquet et me ferez la faveur d'en donner une au cher Président. Dans les vers qui ont besoin d'esclaircissement mon intention a esté de faire différence de deux sortes de douleurs, l'une populaire, lâche et infirme, qui pleure, qui gémit, qui se tourmente, qui s'arrache les cheveux, qui ne songe qu'à la mort; l'autre sage, et honeste , et religieuse, qui loue, qui révère, qui adore, qui brusle de l'encens, qui bastit des temples, qui travaille pour l'éternité. Sur ce fondement j'ay cru pouvoir dire que la personne qui a esté pleurée par la première douleur doit estre adorée par la seconde juxta illud etiam antiquioris me vatis :
Et quod fleverat ante, nunc adoret.
Et, affin de faire mieux entendre cette noble et immortelle douleur, je l'ay voulu descrire par deux ou trois beaux etïects dans les derniers vers, qui certes me plurent en les faisant, et que je vous suphe de relire. La première douleur avoit peut estre besoin d'autant de vers pour desmesler toute ma pensée et pour ne point travailler l'attention du lecteur. Mais je n'estudie point quand je vous escris, et en conscience les vers qui sont insérés dans mes lettres ne me donnent souvent guères plus de peine que la date de mes lettres et le très humble serviteur qui les finit. El hœc dicta sint pour vous obéir, et pour vous faire sçavoir quelle a esté mon intention, et non pas pour disputer contre vous, ny pour soutenir que mon intention a esté expliquée assez clairement.
Mais, Monsieur, que dit nostre très cher de Daniel Heinsius et des autres poètes Bataves? Quelle opinion a-t-il de nos lyriques modernes,
tant françois que Polonnois, et trouve-t-il leurs vers plus clairs que les miens? Ego vero hactenus credideram (et hoc mihi persuaserat M. Tvllius). poêlas ubique genlium aliéna vel sua liîigua locutos; et nobiles noêiris Deis (tti prqfanum vulgus odere) ita abliorrere plcrumque apkbeio et abjecto génère dicendi. A propos de poètes et de lyriques, est-il vray que Ceriaahtee fit dernièrement appeller Mr de Candalle1 ? Un petit article, s'il vous plaist, sur cette extravagance poétique. Un autre encore sur le sujet de Mrd'Avaux, et, s'il quitte l'Allemagne, [que] je sçache ce qu'il viendra faire en France. Des cousins que j'ay céans (céans autem est Balzac où j'ay presque toujours esté depuis Pasques) m'empeschent de vous en dire davantage. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Sans avoir dessein de vous faire valoir mes escritures, je vous prie de croire que je n'ay songé qu'à vous seul dans ce que j'ay escrit de Daphnis à Amaranthe. Je n'attens donc point de remerciement de qui que ce soit; et en Testât où je suis il n'y a point de nouvelles connaissances qui ne m'embarassent, pour belles et illustres qu'elles soient.
Le petit se conseillera avec mon bon ange pour ma pension et pour tout le reste.
Du 3 juillet i645.
Monsieur, Je sçay bien que je vous ay escrit quelque chose de Mr de S1 Cyran, mais c'est tout ce que je sçay, et j'ay beau chercher dans ma mémoire, je n'y trouve pas un seul mot de l'éloquente tirade dont vous me parlez. Elle est donc morte ou malade à l'extrémité cette mé-
1 C'était très-vrai. Voir Tallemant des crfilsle duc de Candalle, qui sollicitèrent si
Réaux (t. VII, p. hU\ et p. kh<j) ; les Mê- "fort les puissances, que la cour en fit ses
moires d'Arnauld d'Andiily (collection Pe- rr plaintes en Suède, et que l'envoyé fut rap-
titot, t. XXXIV, p. 258). On lit dans le <r pelé de son emploi en 1666.1 Voir aussi
Dictionnaire de Moréri: trSes rodomontades le Dictionnaire de Bayle, au mot : Cèrisantex.
cet son insolence le firent haïr du marquis remarque B. trdu Vigean, du duc d'Épernon et de son
DE JEAN LOI is GUEZ DE B \l.z IC. 270
moire, «] ni m'a donné antre fois réputation, et donl j'a\ fail des efforts que nios maistresoni loué an Collège H qui m'ont fail envier par mes compagnons, (h/min nostra codant, etnosqvoque1. Il faol se consoler a ve< nos restes : et, puisque nous périssons pièce à pièce, prions Dieu <pi il nous conserve la principale jusques à la fin dn tout, el qu'elle oe Be
perde que la dernière; ne in pninrhiuin abeomUS, $i ilrhn WM» lits puen srma-, de nobis cliam dicatttr. Vous n'avez point rie part à ce de nobis el c'est moy seul qui crains de devenir cruclie, si mon chagrin s'obstine à me tourmenter.
Je ne vous puis encore rien dire des lettres de Mr d'Andilly. Elles me lurent prises des le jour que je les receus, et je les attends pour les lire : mais j'ay desjà veu la préface salmasienne, et l'endroit obligeant où je suis nommé. Je vous supplie, Monsieur, que nostre très cher tesmoigne, comme il faut, à ce Trismegiste, le parfait ressentiment que j'ay de ses continuelles faveurs. Je luy escrivis, il y a quelques mois, et donnay ma lettre à un Flaman , habitué en ce pays, qui me promist de la luy faire tenir. J'ay peur néanmoins de ne m'estre pas servy d'une bonne adresse, et, en tout cas, je seray bien aise qu'il sçache par nostre amy que son très grand mérite m'est toujours en très grande vénération, et qu'il en verra bientost des marques publicques et imprimées.
S'il y a moyen, voyons les Épigrammes du Spartiate3, et vous estes un mauvais homme de n'en avoir pas pris copie lorsqu'il vous les com-
1 Est-ce là un souvenir de cette pensée cet, s'il eust vieilli dans sa profession, il luy
d'Horace (Ep. ad Pis. v. 63): irpouvoit rendre sa première gloire. Mais
Debcmnr morti nos nosiraque, ^un jour les livres périront aussi bien que
pensée ainsi traduite par Ronsard (Elégie tries libraires. Debemur morti nos nosiraque. •
à Philippe Desportes , chartrain): 2 Le bis pucri senes a été cité par Charron.
Nous devons à la mort et nous et nos ouvrages? De la sagesse, 1. I, ch. xxxvi, p. a3i du
Du reste, Balzac a cité textuellement le t. I de l'édition de 18-20. Erasme (édition
vers de Y Art poétique dans ce passage d'une déjà citée de ses Adages, col. 167) nous
lettre a Chapelain, du 20 novembre 1639 apprend que ce mot a été dit pour la pre-
(t. I, p. 8o3 des OEuvres complètes) : "h mière fois par M. T. Varron dans une de
et regrette extrêmement nostre pauvre Camu- ses Satires Mc'nippies.
irsat. .. Il avoit de l'honneur el de la vertu, ' Montnusier.
muniqua. Il y aura deux lettres pour luy dans le volume des Sélectes;
la première dattée de l'année le traite seulement de Monsieur;
mais l'autre, servato ut par est lemporum online, luy donne du Monseigneur et donne par mesme moyen bon exemple aux glorieux de nos deux provinces, qui ne peuvent digérer la dureté de ce mot, et disent tout haut que, n'estant point officier de la Couronne, il n'est que Monsieur de Montausier. Us disent bien davantage, ut plerumque etiam non mali alienam felicitatem œgris oculis intuentur. Mais je leur ferme tousjours la bouche : je demeure toujours le maistre de la dispute; et, si le Marquis avoit esté derrière la tapisserie de la salle où la question fust encore agitée, il y a peu de jours, il auroit veu qu'il n'a point un plus zélé ny plus violent serviteur que moy. Et tout cela, Monsieur, sans aucun dessein d'ambition ni d'avarice. Sed quid hoc monslri est, amicissime Capelane? Il se trouve donc des gens qui me croyent avide de finance, et qui ont l'effronterie de le vous dire. S'ils m'accusent d'estre avare, il faut qu'ils accusent d'estre prodigues ÏEneclis de Plaute ou le Chrêmes de Térence. Le bon Baudius1, à qui on donna un tuteur, après avoir passé quarante-cinq ans, estoit avare de la mesme sorte que je le suis. Et luy et moy ne pouvons avoir ce nom là que dans les Contrevérités, publiées autrefois en rime par le Marquis de Rouillac2.
Vous pouvez croire que je suis bien ayse que mes derniers vers soient à vostre gré, et vous sçavez, il y a longtemps, que vostre estime
1 Le copiste a écrit Bandius. Voir, sur Dominique Baudius, de bien singuliers détails dans l'ample et curieux article que Bayle lui a consacré. Cet article, qui n'a pas moins de trente -sept colonnes dans l'édition de Beuchot, peut tenir lieu de tout ce qui a été écrit en France et en Hollande sur le poëteprofesseur.
2 Jacques deGoth, baron deRouillac, qui avait épousé, en i582, Hélène deNogaret, sœur du duc d'Épernon, en eut, vers 1 584, Louis de Gotb. marquis de Rouillac, maréchal de camp général de la milice des armées
navales, mort le 19 mai 1662. Voir Xhistoricltc de Tallemant des Beaux (t. VI. p. 443-45i) et Y Histoire généalogique des pairs de France , de M. de Courcelles (t. M. p. h-j). Ni Tallemant, ni M. P. Paris, ni l'auteur du Manuel du libraire, ni les autres biographes ou bibliographes qu'il m'a étépossible d'interroger, n'ont attribué les Contrevérités au marquis de Rouillac M. Edouard Fournier, qui a réimprimé cette satire dans le tome IV (p. 335-347) de ses Variété.* historiques et littéraires (i856). n'a pas cherché a deviner le nom de l'auteur.
DE JE \\ LOUIS 6UE2 DE l! LLZAC. 281
est l'object <le mon travail : je vous les envoyai par le dernier ordinaire, changez en mieux, si je ne me trompe, h fortiGés « I < - quelque <lis!i(|ui\ Je désirerois qu'ils lrusseui veus de cette dernière façon, n tamen digni umt qui omntno videttfUur. Obligez-mo} de faire rendre à M1' Mainard le papier cy enclos, que mon copiste avoil oublié. Ne sçavez-vous aucunes nouvelles de M' l'Evesque de Lisieux, el n'est-ii plus si apostre que nous l'avons cru au temps passé '.' J'en ;i\ appris un terrible el espouventable secret, que je vous dirav un jour à l'oreille. Je suis. Monsieur, vostre, etc.
Du 10 juillet i(>ïi.r>.
Monsieur, Je ne sçaurois que je n'estime mon songe, puisqu'il a resvcillé vos belles pensées, puisqu'il vous a fourni la matière d'une très éloquente lettre , puisqu'il a donné occasion à la bonne nouvelle que vous m'avez fait, sçavoir de vostre heureuse arrivée au neufviesmelivre. Je ne pensois pas en vérité que vous en fussiez venu si avant, et je vous avoue que, si j'entreprenois un poème Epique, dans l'embarras de Paris (présupposé que je fusse capable de l'entreprendre), je demenderois un siècle entier pour l'achèvement de mon travail. Mais c'est, Monsieur, que vous estes nay plus heureusement que les autres hommes, et que, par une abstraction excellente, vous sçavez vous séparer du Monde où vous estes, et vous faire le loisir que vous n'avez pas. Vos momens vallent plus que nos journées, et, après vous avoir donné desmentis sur tout ce que vous me dites à votre désadvantage, je conclus que vostre poème donnera réputation à la France, humiliera la présomption de l'Italie, embellira nostre siècle, et estonnera la postérité. Mais est-il vray que nous verrons douze livres dans trois ans?
Sol propera , et senior fiam et jam tertius anntts Accédât reliquis.
Je vous parlay, il y a huict jours, de ma seconde lettre au Marquis
k ET TRES
de Lacédémone, et je suis d'advie aujourd'huy de vous l'envoier ayaul appris la consommation de son mariage , dont elle a esté la prédiction :
Vinto havea l'mondo , et vinlo havea stessa La gran Vittoria : ed ineontr' Amor secreto Portava in suo pensier iibero, e lieto, Querela elerna caslitate oppressa ; Quando l'alato Dio, vinta ancor essa, Le si pose nel core umile , et queto : Et la congiunse à cui fatal decreto Tanta felicitate havea promessa.
Rise il gran Giove . . . , etc. '
Il ne faut qu'ajouster une sillabe au premier gran, et changer Vittoria en Julia; ces beaux vers ne seront-ils pas , après cela , pour Madame nostre Gouvernante?
Puisque M' d'Andilly a t'ait une entière divorce2 avec le monde, et qu'il n'escoute plus ce que luy est dit de la part du siècle, vous n'aurez rien icy de particulier pour luy. Vous sçavez seulement en général que j ay trouvé ses lettres très belles et très françoises, et que je ne suis pas de l'opinion de celuy à qui je les avois prestées, qui m'a mandé qu'elles estoient de ces belles choses qui ont plus de beauté que d'ag-
1 Voici la traduction de ce sonnet, qui n'est ni de Benibo, ni de Michel-Ange , ni deMolza, trois des plus fervents admirateurs de la diva Vittoria Colonna de Pescara:
rt Elle avait vaincu le monde et elle-même, « la grande Vittoria : et contre amour secret, "dans sa pensée libre et joyeuse, chasteté if opprimée portait une éternelle plainte ; •f quand le Dieu ailé, l'ayant vaincue elle •r aussi , se posa dans son cœur , tout humble cet tout coi , et l'unit à celui à qui le décret -mIu destin avait promis un tel bonheur; — if le grand Jupiter rit. . . » On peut rapprocher de cette citation ce fragment d'une lettre de Balzac à Montausier, du a5 avril i6'i5
(p. (ja8): «Ce n'est pas sans quelque des «■sein du ciel , et sans quelque bon présage «■que ce marquis (le marquis de Pescaire, rr auquel Balzac vient de comparer Montau- 'rsier) m'est venu en la mémoire. Puisque irvous n'estes pas moins brave que luy, il Tfaut que vous soyez aussi heureux: il faut «que la Vittoria Colonna de nostre siècle t achève voslre félicité., s
2 Ce doit être une faute du copiste. Divorce a toujours été du masculin . soit chez les contemporains de Balzac (Corneille, le Maitre , etc. ) , soit chez les écrivains antérieurs à Balzac (Calvin , d'Aubigné. etc.).
gréement. Je croiois vous envoier le premier livre des miennes par le messager qui pari ce matin, mais ce Bera Bans faute pour lund\ prochain; el cependanl préparez-vous à me bien Batter, el à me mander que je suis un admirable Faiseur de lettres, quand je oe mériterois d'avoir rang que parmj les secrétaires de S'-Ionocent.
Je remercie la bonne Madame Camusal de Bon sieur de Cerisiers1, ipn (jiiulriii m- se devoil jamais séparer <lu l'ère le Moine, allin qu'en ces deux pères les Jésuites eussent une paire de fous, pour opposer à tous les Malxeiri- el à tous les autres matstres Tous de delà les Mon-, Mule sit in felicibus Mis bestHs, de quibua humanum illud mihi sœpiiu usurpandum est :
Simia quam similis turpissima beslia uobis !
Ou, pour changer cette vieille image, Que je veux mal à ces ridicules Oysons qui veullent faire les Cygnes3!
Je vous envoie la procuration pour le petit, qui me mande merveille de nostre Mr Silhon. Je voudrois bien que Mr de Priesac eust une copie de mes vers à Mr le Chancelier, de la dernière révision. J'attens les poèmes du poète Remmy * et demeure, Monsieur, vostre, etc.
1 Le père René de Cerisiers, né à Nantes eu 1609, mort en 166a. Voir, dans \a Biographie universelle ou dans la Nouvelle Biographie générale, et mieux encore dans la Bibliothèque des Ecrivains de la Compagnie it Jésus (in-f\ 1869. 1. 1, col. 1 180-1 191), une interminable liste de ses mauvais ouvrages.
5 Je ne trouve ce nom nulle part. Fautil lire Malvezzi? Alors il s'agirait du marquis de Malvezzi ( Yirgilio), mort en i65i, fécond et médiocre auteur d'ouvrages imprimés en 1 6aa . îôaû , i63a, i63& . 1 635 , 16&0, etc.
3 Souvenir des vers de \irgi\e(Eclog. IX, v. 36) :
. . Argutos inter strepere anser olores.
1 Abraham Ravaud . plus connu sous le nom de Remy ou Remmy (en latin Bemmius) , du nom du village du Reauvoisis (Rémi ) où il naquit en 1600. On a de lui un poëme épique , en latin , sur les expéditions militaires de Louis XIII . et diverses poésies publiées en 1666. l'année de sa mort. Voir une lettre de Ralzac du h janvier i6A3 à kM. Remy. professeur en éloquence, et poète du Roy» (p. 6o5). -
284 LETTKKS
Da i5 juillet iG&5.
Monsieur, Je peste sans cesse contre la nuict et luy donne plus de malédictions que les amans qui jouissent ne luy sçauroient faire de remerciemens. Je l'appelle la sœur de l'enfer et la fille du Chaos. Je change ses epithètes de sage et de conseillère1 en celuy de conseillère de rage et de désespoir. Qu'elle me dure, qu'elle me travaille, mon cher Monsieur! Je ne connois ny son calme ny ses pavos : elle n'a pour moy que de l'agitation et des espines, et je vous fais ce mot après dix heures entières d'inquiétude et de douleur. C'est pour accuser la réception de vostre dernière lettre2, et pour vous dire que, puisque mon Extemporale3 a mérité vostre approbation, je l'estime digne de l'éternité. En conscience j'ayme beaucoup mieux qu'il vous plaise qu'à celuy pour lequel il a esté fait; et, quoy que vous ait voulu persuader un historien ypocrite , mes passions me touchent bien plus vivement que mes interests. Il faudra adjouster le vers nécessaire pour l'éclaircissement de ma pensée, et je demeure d'accord avec vous qu'elle en seraplus claire, plus juste et mieux remplie.
11 y a deux jours que je suis à Angoulesme où j'ay veu le R. Père Recteur. Il a envoyé vostre lettre à Saintes, mais il n'a point encore nouvelle que Mr son frère l'ayt receue. Je suis fascbé de ne luy avoir despesché un homme exprès, qui m'eust apporté response que je vous aurois fait tenir il y a quinze jours; mais vous me proposiez la voye du Père Recteur, et, si j'ay failli, vous en estes cause. Le messager d'AngouIesme part aujourdhuy et vous porte un gros paquet qui vous est directement adressé , et dont le port a esté payé icy. Vous trouve-
1 On sait que les poètes grecs ont appelé trois écrivains postérieurs , M"" de Sévigné, la nuit eitppôvy , c'est-à-dire sage et pru- Bossuet, Voltaire.
dente, celle qui porte conseil. ' Pièce adressée au Chancelier Seguier.
2 M. Littré n'a cité, au sujet de la l'or- p. 10 de la seconde partie du t. II des mule: accuser la réception d'une lettre, que Œuvres complètes.
DE Ji; \\ LOI [S GOEZ DE I! ILZAC. 285
rez dedans !<• premier livre des lettres choisies, '•! le commencement du second; les derniers originaux que vous m'avez envoyés, el le petit Virgile d'Annibal Caro. le suis, Monsieur, «rostre, <'lc
Je vous entretiendra} plus au long par l'ordinaire de la semaine prochaine; j'aj encore dans la teste el «lan^ les yeux les restes de la mauvaise auit que j'ay passée.
L)n -i!x juillet l6A5.
Monsieur, Le cœur me dit que vous n'avez plus la cholique, et que la persécution dont nie parle le billet que j'ay receu s'est arrestée au cinquiesme jour. Mais n'est-ce pas trop de l'avoir soufferte quatre tout entiers et d'estre plus mal traité avec vostre tempérance que les desbauchés ne le sont après leurs excès? Je vous plains certes extrêmement, et de telle sorte que mon amour ajouste votre douleur aux. miennes :
Utque ego felicem Tityrum atque Proraethea clameni . Una qoibus tantuni viscera carpit avis.
En effet, Monsieur, je suis la proye de mille vautours, je suis condamné à plusieurs suplices; et si vous sçaviés quelles cruelles nuits je passe depuis quelque temps; mais je prens patience pourveu que les vostres soient plus douces et que je sçache, pour ma consolation, que la plus noble partie de moy mesme est en repos au lieu où vous estes, pendant que l'autre se tourmente icy.
Mon gros paquet qui partist d'Angoulesme il y a huict jours, arrive à Paris aujourdhuy 2/i de ce mois, et je m'asseure que vous prendrez la peine de le faire retirer par un de vos gens. Il vous est adressé tout droit, et le port en a esté payé comme vous voiez par la suscriptiou en parchemin. Je seray en allarme jusqu'à ce que j'apprenne qu'il est arrivé à bon port , et que toutes les lettres que je vous ay escrites par la voye de Rocolet vous ont esté seurement rendues. J'espère que les
choisies vous divertiront, et que vous y trouverez des originaux et des nouveautés. A mon advis , Monsieur, elles mériteront une préface de la façon de quelqu'un de nos amys, verbi gratia , du cher Mr d'Ablancourt, à qui vous la demanderez de ma part. Je la désire, principalement affin qu'elle annonce les deux volumes ad Allicum, et qu'elle empesche Mr Lhuilier de plus songer à vostre mort et à l'inventaire de vos meubles. Elle pourra parler du charactère epistolaire, de la variété des humeurs, de l'urbanité, de la raillerie, du stile d'honneste homme opposé à cehiy du déclamateur et de bel esprit. Elle pourra encore parler de mes vers latins, de ce que vous en a dit autrefois le père Bourbon, de la bonne opinion qu'en a Grotius, Yossius1, et cœt. Mon dessein est de mettre en quelque lieu du volume vostre admirable sonnet et l'Eclogue de Mr de Grasse; mais je voudrois bien, pour l'amour de luy, qu'il en retouchast quelques endroits que j'ay marqués dans la copie que je vous ay envoyée, ni dignius .sit tanto vate cullissimum alias et suavissimum canne». Surtout je ne puis souffrir là un « conjoints l'agréable avec le nécessaire , i> et je ne sçay si je l'ay marqué. Il ne luy faut pas une demy-heure pour rabiller toutes les choses marquées. Mais il faut, s'il vous plaist, que les avis viennent de vous, affin qu'ils soient mieux receus de luy. J'ay bonne espérance et attens de bonnes nouvelles de vostre santé. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Je n'ay point bien releu les papiers que vous recevrez aujourd'hui : mais vostre Seigneurie illustrissime supléera à mon défaut, et les fautes françoises, latines, grecques, seront aisément [corrigées] par elle, etc.
Je vous ay escrit trois fois par la voye de Rocolet, et veux croire qu'en son absence ses garsons auront eu le soin de vous faire tenir mes despesches.
Gérard Jean Yossius . mort en mars i6g5à 1701 en six volumes in-P ( Amster-
1669, ir l'un des plus laborieux et des plus dam). Vossius mériterait mieux que les
- doctes personnages du x\ 11' siècle,» comme simples articles biographiques ou critiques
1 appelle le Moréri de 1759, qui e'numère qui lui ont été consacrés par Raillet. Colo-
la plupart de ses hk ouvrages réunis de miez. Niceron . Chaufepié . etc.
DE JEAN-LOUIS «.ni;/. DE BALZAC. 287
Monsieur de Forguee el Monsieur d'Àrgence ont conjointement an procès à la Chambre de l'Edit : obligez-moy, Monsieur, de conjurer
en mon nom M' de Voiture de recommendcr leur a lia ire à M1 le Président de Maisons1, mais que ce soil Fortement et comme si j'estois le premier intéressé dans ladite affaire :; M' liemy pourroit bien aUss) nous y servir3; je vous demendc deux petits liillets pour l'un cl poui l'autre, cl vous les bailler es, s'il vous plaist, à M1 <l 'Vrgence.
Il ne sera point besoin d'emploier le sieur Ueniy, si vous jugez <|ue la reeommendation de Mr Voilure suffise.
Un 3l juillet i(3'45.
Je vous prie que personne ne voye cette lettre et qu'elle ne se perde pas aussy. Je seray bien aise un jour de la revoir.
Monsieur, Puisque vostre cholique n'est plus que faiblesse et que desgoust, mes grandes inquiétudes sont passées. Et, si je ne sacrifie un coq à Esculape (si je le fesois, je serois aussy payen que le docteur Heinsius), pour le moins estant poète aussy bien que luy, je veux faire un remerciement à Apollon, et crois luy devoir un ex voto.
Ob te jam incolumem ; et tam carae dona salutis.
Vous estes tousjours très bon et très sage , et vos advis m'obligent tousjours : je m'abstiendray donc, à l'avenir, du nom qui desplaist à Mon-
1 René de Longueil , marquis de Maisons, second président au parlement de Paris, mort le 1" septembre 1677.
s . Voir diverses lettres de Voiture au président de Maisons, aux pages 296, 397, J09, de l'édition des OEuvres de Voiture donnée par M. A. Roux. La dernière de ces lettres, non datée, débute ainsi: « Madame "de Marsilly s'est imaginée que j'avois quel-
tvque crédit auprès de vous : et moy qui suis « vain , je ne luy ay pas voulu dire le con- " traire. »
3 Remy devait être un des favoris du président de Maisons ; la plus remarquable de ses pièces da vers est celle qu il fit, sous le titre de Meeonium , sur le château de Maisons, près de Saint-Germain-en-Laye, appartenant au président.
seigneur le ***'. Je vous prie seulement de vous souvenir que c'est vous qui avez esté son"2 parrain, et que j'ay pris le nom de vous, comme plusieurs autres nobles et galantes locutions. N'ayez pas peur que je m'émancipe davantage. Il ne me faut qu'un demy mot d'advertissement, et je ne sçay pourquoy je ne me suis adverti moy-mesme, connoissant la naturelle rudesse dont est question : c'est que je ne pensois pas qu'elle fust pour moy. Je pensois, Monsieur, estre personne privilégiée. Caesar commença par là à estre tyran, et Suétone allègue ce mot pour la première marque de sa tyrannie: Qu'il vouloit que le monde changeait de langage, et qu'on ne parlast plus à lui/ ny de luy comme auparavant. Tu rero quid censés de hoc nostro, qui, paucissimis post adeptam prwfecturam diebus, escrivist sur le sujet d'une affaire de néant, dans laquelle ny l'authorité du Roy n'estoit intéressée ny la sienne de diminution, que, comme il reconnoistroit les bons, il sçauroil bien aussy punir les meschans. Feu Mr le duc d'Espernon n'escrivist jamais d'un si haut stile; et vous sçavés néanmoins que qui dit feu Mr le duc d'Espernon dit quelque chose de plus que le grand Turc, le grand Khan et le grand Mogol. Je ne blâme pas toute sorte de fierté, et il y a un orgueil généreux; mais il n'est pas icy en sa place. C'est une belle chose de braver et de battre les Espagnols, et de se faire craindre aux Croates, mais de fouler aux pieds un pauvre peuple sousmis et d'entrer en lyon en sa patrie, hoc certe parum dignum est magnanimo Aristotelis \alumno\. Noli ergo, disertissime Capelane, abuti eloquentia et ingenio ad purgandum. ftrmmm emm tu et ego credidimus hactenus spei nostrœ et amori nostro blandtti sumus. Presque tous les hommes sont comédiens; presque toutes les vertus sont fausses3; et qui est-ce qui ne m'a point trompé de ceux que j'ay estimés et que j'ay loués, depuis tant de temps que j'estime et que je
1 Le duc de Monlausier. que l'on trouve cette épigraphe qui résume
1 Comment le copiste avait-il pu écrire : tout le livre : trNos vertus ne sont le plus
sans? ^souvent que des vices déguisés. i La phrase
1 C'est ce que le duc de La Rochefoucauld misanlhropique de Ralzac rappelle encore
allait si ingénieusement soutenir quelques le livre d Esprit : La fausseté des vertus hu-
années après (Maximes, i665); mais c'est maines (1679).
seulement en tête de la tt' édition (i6a5)
loue ceux que i'ayme? Pour conclusion il me suffi! d'avoir esté la dupe de cettuicy, H d'estre encore encomiaste dans mes escris? Je ne prêtons point à davantage, nv ne veux pousser ma fortune plus avant; et, s'il ne part à la haste de Paris, et qu'il ne me Burprenne en cette province, je vous puis asseurer qu'il ne m'\ trouvera pas1. Woriamj « I < » i i croire ce que luy demendera de ma pari mon autre amy, el ne pas examiner si curieusemenl toutes les circonstances dos petits devoirs de l'amitié. Tout le monde aspireroit-il à la tyrannie ? ibsit ut hoc deSaU masio suspicemur.
Le messager d'Ângoulesme est arrivé et ne m'a rien apporté. M1' de la Thibaudière n'a point de pensions, <pioy qu'il soit très digne d'en avoir. Vostre mémoire est diabolique ou angélique, si le premier mol vous blesse l'oreille, et si vous estes aussy délicat que les nouveaux gouverneurs. H est vray qu'il y a quatre ou cinq lignes dans la lettre • pie vous avez receue tirées d'une autre lettre que j'ay supprimée. Je pensois escrire aujourd'huy au cher Président, mais per cursorem von lied. 11 ne me parle point de mon mémoire. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Je vous escrivis il y a huict jours, par la voye de M' d'Argence de Forgues. J'envoieray demain un laquais à Saintes pour la seureté de vostre paquet; il n'y a que douze lieues d'icy, et le père Gombault en t'ait faire quarante à ses lettres, qu'il baille d'ordinaire au messager de Bordeaux.