‹ Lettres de Jean-Louis Guez de BalzacChapitre 11 sur 28 · CH · texte numérisé non relu

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Du 7 aoust 1 665.

Monsieur. Vous ne m'aviez point envoie le jeu poétique; je le trouve très beau, et en suis très satisfait, quoyque je sois très degousté de celuy pour lequel vos Muses se sont jouées. Mr Remy est un maistre

1 Après avoir lu cette vive tirade contre frété dans l'amitié de M' de Montausier. Alceste, on ne s'étonnera pas de ce que dit «M' de Balzac n'étoit pas bien avec lui ... t. le Menagiana (t. II. p. h) : n-J'ay toujours

juré en nostre mestier. Je ne vis jamais rien de plus romain, de plus pur, de plus harmonieux que sa Motte prise '. Le père Bourbon n'avoit garde d'estre si uniforme ny si égal. Il mesloit souvent Lucian et Claudian avec Virgile. Cette bigarrure ne se trouve point dans les vers de cettui cy. 11 n'est point faiseur de contours; il n'est point des frippiers du pays latin, et cum ubique virgilianns sit, ubique tamen mus est.

Oue le messager d'Angoulesme me fait de tort de me faire languir à son ordinaire, et de me retenir si longtemps ce que j'attens si impatiemment. Vous ne me mandez rien de Mr de Priesac; je vous avois prié de luy faire voir la copie que je vous ay envoyée, et il me semble qu'il est bien raysonnable que M1' le Chancelier sçache, par le rapport et l'origine de ce confident, le zèle et la passion que j'ay pour luy.

Tout ce que vous me sçauriez dire de la dureté et de l'avarice de la Cour, de la misère des pauvres Muses, du mespris que l'on fait de leurs saints misteres, de la ruine de leurs temples et de leurs autels, et eœt., tout cela, Monsieur, je me le suis dit moy mesme, avant que nous nous connussions vous et moy, et asseurez-vous que je ne seray jamais trompé par ma trop grande crédulité. Non tamen queii semper et lugere rolumus, neque omnium dierum soles occidisse; et post Cannensem cîadem etiam aliquis de Republica non desperavit. De Republica loquor, sapienlissimr Capelane, de privata enim nemo me vivit securior, et je ne voudrois pas faire un pas pour toutes les espérances de la Cour, quoyque je ne sois pas fasché que pour beaucoup moins le petit coure de toute sa force, qui] sue en esté, et qu'il se crotte en hyver, ex eo siquidem est hominum génère quibus abuti oportere prudens censuit Antiquitas.

Totyla, qui fisl le mémoire, oublia M1' d'Ablancour, à qui je vous suplie de communiquer nostre copie, et je serois bien aise aussy, pour l'amour de mes vers latins, que Mr Remy eust le mesme divertissement. Sed si hoc qualecumque est, beneficium appellandum est, tibi uni debeai , refait, pt me veluti inscio res agatur,

J'ay trouvé parmy mes papiers un billet que je luy ay escrit, qui

: La Mothe ou La Motte, place forte de Chaumont), prise par le marquis de ViUela Champagne (arrondissement actuel de roy. le 7 juillet 1 645.

peu) avoir » place dans le volume. Nous m'avez obligé d'offrir à M1 Mainard l'argent que lui dévoient couster les livres; mais, s'il ne les a pas encore payés, il m'obligera de De les point acheter, parce que je peuse li-s avoir d'ailleurs «jm* de Paris, sans les faire venir de si loin, .le suis. Monsieur, voslre, etc.

Le messager es! arrivé pour la seconde fois et je n'aj rien eu de Paris. Il y a de l'apparence que le paquet aura esté porté au loj;is de quelque autre messager. Mon homme continue à copier, et le volume sera beaucoup plus grand que celuy des Œuvre* diverses. Ne sera-ce point Magnus liber magnum malum '?

cm.

Ou 13 aoust i645.

Monsieur, Vous m'avez escrit des choses si estranges et si estonnantes de la part de Mr de Voiture, que j'en demeure aussy interdit que si j'avois esté (râpé de la foudre. Ces choses ne m'ont pas seulement blessé le cœur, elles me l'ont osté avec la parolle, et, en lestât ou je me trouve, je n'ay ny le courage ny la force de me plaindre. J'aymerois mieux une autre fois perdre cinquante procès que d'en solliciter un à ce prix là. Si je n'avois esté que battu, je serois un peu moins offensé que je ne suis, et des coups de cane me seraient beaucoup moins sensibles que certains mots que j'ay leus dans vostre lettre. Il faut tout souffrir d'un amy de ce grand mérite; mais c'est le grand mérite (je noserois y ajousterla grande amitié) qui me fait résoudre à la patience. Car, pour le grand crédit dont vous me parlez, je ne le considère du tout point en cette occasion. Mr de Voiture ne voudroit pas l'exercer contre un homme mort au monde, et je l'estime trop généreux pour estre jamais le violateur de mon tombeau. En effet que me reste-t-il à

1 C'est le joli mot du grammairien Calli- de Ronsard (î "juillet i6ii,p. 854) : «Pour maque, mot si souvent cité, et dont Balzac «moy, je ne l'estime grand que dans le lui-même s'est servi en une autre occasion : «sens de ce vieux proverbe: magnus liber, c'est quand il a écrit à Chapelain, au sujet «magnum malum.*

taire que de m'enterrer après un si sensible desplaisir ? Je suis accablé d'une infinité de maux, tant du corps que de l'esprit, et cettui cy (que je n'ay point mérité), est venu aujourd'huy pour m'achever. Il n'y a pas moyen de passer oulre. C'est, Monsieur, vostre, etc.

Du \h aoust i6iT>.

Monsieur, Deux jours après vous avoir escrit, j'ay releu l'article injurieux. Bon Dieu, Monsieur, qu'il sent les reproches et les menaces! Et n'est-ce point une querelle d'Alleman qu'on me veut faire pour des plaintes douces, innocentes, amoureuses, que j'avois faites, et encore que j'avois faites pour mourir dans le sein d'un amy commun ? Je ne me suis point plaint que Mr d' A vaux ne m'eust point escrit, car d'abord il fit response à ma lettre. Je n'ay point demandé de lettres à Mr Voiture. Au contraire je ne me plains le plus souvent que de ce qu'on m'escrit des lettres, et, dans l'ardeur de mes plus ferventes prières, je ne demende d'ordinaire à Dieu que le silence des hommes. Vous le sçavez, Monsieur, Mr Costar le sçait aussy, et, depuis sept mois et demy qu'il y a que je luy ouvris mon cœur dans le secret et la confidence de l'amitié, à deux diverses fois il m'a fait compliment de la part de mondit sieur de Voiture, comme je puis justifier par ses lettres. Que veut donc dire ce sentiment reschauffé, et tant de dureté, tant de rudesse, tant de raideur hors de saison? Lorsque je receus vostre lettre, je revoiois la fin de mon second livre dans lequel il y a un billet plein d'estime el de passion pour cet amy si cruel. Mais à l'heure mesme la plume me tomba des mains. Je maudis les escritures et l'impression, et je n'en puis plus ouyr parler. Je voudrois de bon cœur avoir bruslé tous mes livres, et estre aussy inconnu et aussy obscur que le plus caché des ermites de la Thebaïde. Je vous suplie donc, Monsieur, à cette heure que le malheureux manuscrit doit estre retourné chez vous, de ne l'en laisser sortir et de le mettre en quelque coin de vostre cabinet [si ton nobili Iwspitio dignus est) jusqu'à ce que vous ayez trouvé

I)K JKAN-LOUIS (ilJKZ DH BALZAC. 298

commodité seure pour me le renvoier, puisque celle du messager ne

le .si |ias tousjours, Icsinoiii le livre de M1' Ileiny.

Je Qe puis osier la main de dessus ma playe, de laquelle! je ne pense pas jamais guérir, En vérité ce Mr Voilure vous a dil d'cslraiiges choses, et. vous a prié encore de me les escrire; hoc ccrlc unmum B8t. Il faut qu'il se soit eslevé de deux cent degrés depuis que je ne l'ay [vu| et que je sois descendu de deux fois autant, pour m'avoir envoie ce beau compliment. Tant y a, Monsieur, que, si vous me commissiez aiiss} bien qu'il me connoist, vous auriez bien mauvaise opinion <le moy; c'est-à-dire <pic cela est desjà t'ait, si vous ne me croyez plus homme de bien et plus véritable que luy, qui tant splendidc et magnifiée de me niciititiir. Ce n'est pas un article amer, c'est du poison que j a\ beu dans cet article, et j'en crèverois, si aux lasches reproches qu'il me fait de m'avoir deffendu à la Cour, je ne respondois ce petit mot historique , qu'en ce mesme pays de la Cour je Fay souvent empesché d'est re mal traité, et une fois entre autres d'estre battu, jusqu'à m'estre mis à genoux devant un gentilhomme de mes amys qui alloit faire l'exécution ' , et cœt.

La plainte faite il y a huit mois à Mr Costar n'est sans doute que le prétexte du ressentiment; la cause pouroit estre plus proche et de plus fraische datte. Et ne seroit-il point fasché de ce qu'ayant veu son Epistre à M1' de Coligny, je n'en ay pas fait l'éloge ? Hinc illœ forsau lachrymœ.

Conférez, s'il vous plaist, l'article que je vous envoyé avec ceiuy que j'ay receu. Je ne sçay comment j'ay gardé copie de cette iettre. Mr Costar me la donna sans que je la luy demandasse , estant très peu curieux de semblables escritures.

J'ay dit des âmes à l'épreuve des persuasions, comme le cardinal Du Perron a dit devant moy, des âmes qui résistent aux persuasions des sens. aux persuasions de la volupté. Est-il à remarquer qu'en français le mot n'a pas la mesme force qu'en latin ? Il signifie seulement (et surtout

' Révélation dont tes futurs biographes de bien d'autres particularités consignées de Voiture auront à tenir compte, ainsi que dans ces lettres.

au pluriel) des paroles puissantes et persuasives, et nous n'avons qu« nostre persuader pour le suadere et le persuadera de Messieurs nos maistres. Ce sont les peuples et l'usage qui en cecy nous doivent conduire, et non pas les philosophes ny la rayson.

Comme on a dit parler par des signes, qui geslu manibusque loquax, ne peut-on pas dire figurait eodem dicendi modo, faire signe par des parolles? L'un s'est dit des pantomimes et des danseurs de ballets, et l'autre se dira, s'il plaist à Mr Ménage, avec élégance et galanterie des balbutientibus el indisertis. Tutim erit judicium.

Je ne sçay pas si je n'ay parlé que d'un livre à Monsieur Dupuy. Mais je sçay bien qu'il m'envoya une pleine caisse de différens livres, et j'ay cru avoir parlé de plusieurs livres par ces mots defolieta et de son excellente compagnie. Et tout cecy, Monsieur, par manière de discours avec vous, sans aucun dessein de contention, ny de résistance à l'opinion de mes chers amys. J'y acquiesceray tousjours très volontiers. Et je ne doute point qu'il n'y ait plusieurs autres choses dans mes lettres, qui , estant prises à la rigueur, pourront estre condamnées par des juges moins sévères que Mr Costar. Sed hoc quoque Epistolicum est non omnia ad normam exigere, et Marco Tnllio teste, Epistolœ debent interduin haîlucinari.

Au nom de Dieu, Monsieur, ne parlez ny à Mr Conrart, ny à Mr le Révérendissime son cousin1, de l'incomparable Eclogue. J'en admire tous les vers sans exception. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Du ai aoust 1 645.

Monsieur, Dieu soit loué de vostre bonne santé. Cette bonne nouvelle me console un peu , et je trouve en vous ce que je cherche inutilement en moy mesme. H y a longtemps que je serois par terre, si je ne m'apuiois sur quelqu'un, et, dans la langueur où je suis, ma seule

Godeau . l'évêque de Vence.

amitié eal la seule marque de vie qui me reste. \lr \oiturc n'en croH rien, et vous n'en croiriez rien non plus, m vous me connoissiez comme il me coiinoist. \h li' lâche! (mon assoupissemenl esl en cel endroil excité par ma douleur) , a-t-il eu l'audace de \"iis parler de la sorte? Je ne dis pas, avez-vous eu la patience de l'escoUter, car je sçaj que vous ne l'avez l'ail que pour le mieux, et peui estre pour tirer de sa bouche la déposition dune chose qu'il m'imporloit de sçavoir au vray. Je ne suis pas si malheureux qu'il faille que je fasse tousjours mon noviciat auprès de vous et que vous ne puissiez jamais respondre de moy, et que, toutes les fois qu'on m'accuse, vous ayez besoin, pour me justifier, ou de ma présence ou de mon Apologie. Tout ce que vous a dit et tout ce que m'a escrit Mr Costar est digne de considération. Mais la résolution que j'ay prise de ne plus rien imprimer me met en estât de n'avoir plus besoin de ces sortes d'avertissemens, quoyque d'ailleurs très sages et très fidèles. Quiconque ne veut plus partir de terre ne doit plus craindre les escueils et les autres fortunes de mer, [et] n'a que faire de carte ny de pilote. Ut lamen mei facti tibi aliqua rcddalur mtio, vous sçaurez, Monsieur, qu'outre que les deux lettres à Mr le Chancelier sont changées en beaucoup de lieux, c'estoit pour luy et non pas le public que je les fesois imprimer ; affin qu'il vit tous mes vœux et tous mes sacrifices, sur un mesme autel, par l'entremise de Mrde Priesac,qui, à mon compte, devoit avoir le manuscrit le premier. Je prétendois aussy que la Préface expliquerait favorablement les intentions de l'auteur, et iroitau devant des plaintes des beaux esprits leur donnant satisfaction avant qu'ils eussent songé à l'offense, et rejettant la mauvaise prose et les mauvais vers sur des personnes sans nom. estrangères, inconnues.

Le paquet est à la fin arrivé, après avoir demeuré un mois et demy à l'enseigne de l'Arbaleste, rue de la Harpe. Je lis les poèmes latins, et liray la tragédie françoise , quand elle sera revenue entre mes mains, estant passée d'abord en celles d'autruy. Il n'est permis qu'à Mr Voiture de louer son cœur , et d'en parler comme du cœur d'Alexandre. Je vous diray seulement que le mien n'est pas mauvais,

et que je suis vostre, etc.

de toute son estendue et de toute mon ame, Monsieur,

Du 4 septembre i645.

Monsieur, Je n'eus point de vos nouvelles par le courier de la semaine passée; mais le dernier m'a apporté deux paquets, l'un desquels se sentoit de la gresse de quelque pochete, et portoit des marques de la sale négligence de quelque valet; ce valet pourtant pouvoit faire pis : après avoir oublié les lettres, il pouvoit les jetter dans la rivière, et j'ayme bien mieux le remords de sa faute que sa continuation. Ce que vous m'escrivez, Monsieur, de la mort de vos deux amys, m'est entré plus avant dans lame que vous ne sçauriez vous imaginer; et vous me l'escrivez d'une manière si poétique et si obligeante pour eux et pour moy, que j'en ay versé des larmes de douleur et tout ensemble de consolation. Vous m'aymez trop, puisque vous m'aymez autant que vous avez aymé ces héros; et que je suis dans vostre esprit en pareil ' degré de faveur qu'estoit l'Archimède de France (qui ne devoit rien à celuy de Syracuse) 2 et qu'estoit le fils de la divine

1 Le copiste a écrit pareille , mais degré a toujours été du masculin pour tout le monde.

s Ce nouvel Archimède est Pierre de Magaiotti , d'une famille qui a fourni à l'Italie plusieurs hommes distingués, notamment le comte Lorenzo Magalotti, né à Rome en 1637. auteur de lettres, de dissertations et de poëmes sur lesquels on peut consulter Fabroni . Tiraboscbi , etc. Pierre de Magalotti commença à servir la France en 16/11 ; il fut nommé , cette même année , maislre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom. Il se fit remarquer au siège de Gravelines en i646 . devint successivement ma-

réchal de camp et lieutenant général, et fut mortellement blessé, le 20 juin i645. au siège de la Molhe . en Lorraine. Voir, sur son admirable conduite devant cette ville . la Gazette de France du i3 avril i645 (p. 287. 288). Voir encore les Mémoires de Montglat (édition de 1728, t. II, p. 161-162) . Y Histoire militaire du règne de Louis le Grand par le marquis de Quincy (t. I , p. 4 1 1 . la Chronologie historique militaire par Pinard (t. IV, p. 27), etc. Ce qui me décide à croire que Magalotti est bien l'Archimède de France, c'est que. comme l'illustre mathématicien de Syracuse, il montra autant de talent que de valeur en un siège où il de-

Vriniicr ', qui ne valoil pas moins que celu\ <le la Déesse Thétis. Je ne doute point que cette perte n'ait touché très sensiblement toute la très illustre mayson, et, sçacbant bien que là dedans la haute vertu ne laisse point déplace à l'interesl el aux basses passions, je suis asseuré que la sœur esl aujourd huj trois on quatre lois plus riche qu'elle ne voudroit. Je vous envoyé des vers que je viens <le faire pour la mère :

lieu mater, don jam mater quœ nominia buius Dimidium saltem amisil .

.1 ay quelque opinion que les vers sont romains aussy bien qu'elle, el vous sçavez bien, Monsieur, que, si j'avois quelque autre remède meilleur pour le soulagement de son mal, je ne les espargnerois pas en celle occasion. A mon avis j'ay pris la chose par le bon biais, et sans doute le grand père eusl voulu mourir comme est mort le petit-fils3. Qui* malit ignavam e&pectare senectulem, quœ lerrœterramreddat, quamjlorenti œtaie reponere patriœ spiritum quem ipsa dédit nobis. Je parle latin à une Romaine; et, quand je la considérerais comme Françoise, Mr de Tbou n'a-t-il pas bien parlé en la mesme langue à Madame de

voit trouver, lui aussi, une mort glorieuse. Si l'on m'objectait que le héros du siège de In Molhe n'a jamais eu une assez grande renommée pour pouvoir être comparé à l'homme de génie qui fut l'adversaire de Marcellus. je répondrais qu'il faut tenir compte ici des complaisances infinies de l'amitié. D'ailleurs, la date de la mort de Magalotti (derniers jours du mois de juin ou premiers jours du mois de juillet), concordant si bien avec la date probable de la lettre à laquelle répond Balzac, ne permet point de chercher un autre nom.

1 Léon Pompée d'Angennes, marquis de Pisani , tué. âgé de trente ans, à la bataille de Nortlingen (3 août i645). Voir Ta 11eiiuint des Beaux (t. II, p. 695-696) et une note de M. P. Paris (p. 509).

2 De morte forlissimi juvenis , Marchionis Pisanii , ad illiistrissimam malrem Calharinam Vivoniam, à la page 9 de la seconde partie du tome II des Œuvres complètes. M. V. Cousin , qui a cité , sur la mort du jeune Pisani (p. 2Ô5 du tome II de la Société française au vne siècle), les vers de Scudéry, de Gombaut et de Tristan , a oublié ceux de Balzac , ceux de Chapelain et ceux de Cerisanles. (Voir les lettres qui suivent.)

3 Soit Jean de Vivonne , seigneur de Sainl-Gouard, marquis de Pisani, chevalier des ordres du roi et son ambassadeur à Rome , soit Nicolas d'Angennes , seigneur de Rambouillet, gouverneur de Metz, loué par de Thou et par Davila.

Nemours, et M1' de Sainte Marte à Madame la Mareschale de Retz dans un des plus beaux poèmes qu il nous ait laissés? Mais parlerons-nous encore de ce beau Monsieur1 qui parle d'un cœur fait comme le sien. qui mesprise Sénèque, qui ne peut souffrir Pline le jeune, qui admire les auteurs espagnols, qui voulust faire comdamner les supposili de l'Arioste, qui se scandalisa une fois de ce que vous ne luy rendistes pas ponctuellement une visite? Vous voiez clairement qui! a tort, et que tout ce qu'il a dit est très impertinent pour luy et très ingénieux pour moy; et néanmoins vous ne me donnez jamais tout à fait gaigné, tant vous avez peur que vostre entière approbation me rende insolent et (pie je me méconnoisse en [la] prospérité (j'appelle ainsy vos laveurpures et sans meslange, si quelquefois vous me les vouliez départir). 11 a certes bonne grâce ce beau Monsieur de-s'imaginer qu'il a esté mon intercesseur auprès de M1 d'Avaux ! Il peut l'avoir remercié, la grâce avant esté accordée, mais il ne l'a prié de quoy que ce soit, et, sans vanité, je puis dire que mon seul nom proféré par le petit amy fust le solliciteur de mon payement. Le beau mot encore qu'il vous a dit que je suis cause moy mesme de ce qu'il ne m'a pas peu obliger auprès de Son Eminence, n'ayant pas voulu faire ce qu'il m'avoit conseillé. Nous ferons, Monsieur, en temps et lieu ce qu'il faudra faire (si ta m/m aliquid facimus), et cependant je m'asseure que vous ne comptez pas mes vingt vers pour rien, vous qui sçavez ce que six vers valurent à Sannazar, quoy qu'il les eust faits pour la ville du monde la plus mesnagère2.

le remercie très humblement M* Domat, mais je vous prie que je

! Vr

Voiture. . Voir, sur Sannazar, outre tes Irès-nom-

La ville de Venise donna six cens écus breus auteurs cités par Teissier (Eloges des

d'or à Sannazar pour t'épigramme que savants, t. I, p. 183-191), auteurs parmi

voici: lesquels se trouve Balzac (Dissertation sur la

Yiderat Hadriacis Vcnelam Neptunus in undis tragédie de Daniel Heinsius), de remarquables

Sjare urbem, et loto ponere jura mari. pagcg Je JJ. Soiat-Marc Girardin (Tableau

Nmic mibi Tarpcios quantnmvis, Jupiter, arces , . ,-,,, /• ■ , .( ,

..... , ... * . .... . de la littérature française au ipï siècle, au

Objice. et îlla tui niœina Martis, ait.

Si Pelade Tibrim prœfers , urbem aspice ntramque , chapitre : De l'épopée chrétienne dans Sannazar

lllara lioniines dices, banc posuisse Deos. et Vida, p. a.37-268).

sçache qui esl la personne que je remercie, car je u'aj poinl l'honneui de connoistre M1 Domal '.

le tne sens très obligé è aostrecherM1 d'Âblancourt; je l'honor» l'estime parfaitement ; je suis tout à luy el vous conjure de l'en asseurei [uand \ «mis le serre/,.

Obligez moj auss) de dire à .Mr Gonrarl que je prens part à tous 9es biens el à tousses maux, el que mon affection est peu babilla rde, que quelquefois elle esl paresseuse, nuiis qu'elle esl toujours très sincère el très véritable; sans sçavoir le mistère qu'il a voulu descouvrir, j< suis déjà ravi d'effacer Rampalle de mes papiers3. C'est un de ces Messieurs les fascheux < j i x l montexcroqué des lettres3, qui m'ont dôme' pour avoir de moy, <|iii sonl cause que j'aysi souvent maudit les escritures et les complimens.

Nous m'avez infiniment obligé, Monsieur, de bailler à M1' Mainard,

le l'argent que vous me faites la faveur de me garder, la somme de

trois cens quatre vinls quinze livres trois solz, et je vous remercie de

tout mon cœur de cette peine et de tant d'autres que vous avez la bonté

• Jeanbomat, un îles plus grands jurisconsultes de la France, né à Germon t le .'îo novembre i6a5 , morl à Paris le l 'i mars 1G9G , auteur du beau livre: Les "iles dans leur ordre naturel. (Voir, sur cet ami de Pascal, M. Victor Cousin, dans le Journal des Savants de i843.) Boileau écrivait à Brossette, le 1 5 juin 170&: -rC'estoit -un homme admirable... Vous me faictes t grand honneur de me comparer à lui, et --de mettre en parallèle un misérable fairrseur de satires avec le restaurateur de la rr Raison dans la jurisprudence. On m'a dit r qu'on le cite déjà tout haut dans les plai- ^doieries comme Balde et Gujas, et on a -raison, car, à mon sens, il vaux mieux r qu'eux. 1 (Correspondance entre Boileau Deset Brossette, publiée par Aug. Laverdet, 18S8, p. 182.)

- Pauvre littérateur, mort vers 1660. On présume qu'il était originaire de la Provence. Tallemant des Beaux (t. VI, p. ait))

l'appelle et un poète assez médiocre. » Boileau (vers 35 du chant iv de Y Art poétique) a dit :

On ne lit guère plus Rampai':* et Mesnardière.

Guillaume Colletet est sans doute le seul critique qui ait jamais vanté les idylles de Rampalle (Discours du poème bucolique).

Voir la notice de l'abbé Goujet (t. X.VH . p. 1 10-1 13).

3 Voir une lettre de Balzac à M. de Rampalle (du ai mai i6io), à la page 538 du t. I. des Œuvres complètes. C'est là que Balzac a raconté l'historiette de cette bonne vieille de Rome lisant les Nouvelles de Boccace et s'écriant : Pleust à Dieu que cecyfust dire ses Heures!

de prendre pour moy. Mais oserois-je vous prier de me faire acheter

quelques estofics dont j'ay besoin , comme vous verrez parle mémoire

cy-enclos? Vous agréerez bien, je m'asseure, que je donne cette coinmission à vostre valet de chambre, ou à quelque femme de Mademoiselle vostre mère. Mais, parce que je suis pressé desdites estoffes, je désirerois que le messager qui partira de Paris le 17e de ce mois me les apportast; et pour cet ell'et je vous suplie qu'on les porte dès le si medy chez Mr Rocolet, empaquetées dans une toile cirée, afïin que rien ne se gaste. Vous pourrez faire mettre dans le mesme paquet le manuscrit de mes lettres, non que je m'obstine pour cela à les supprimer, puisque vous ne le trouvez pas bon et que vous voulez qu'elles soient publiques, mais je ne seray pas fasebé de leur donner encore quelques œillades, nec ullum in mora est perienhm. Je n'en puis plus, la main el les yeux me manquent. C'est, Monsieur, vostre, etc.

Du 10 sfiptembre «645.

Monsieur, Je vous escrivis au long, il y a aujourd'huy huict jours, et vous envoiay je ne sçay quoy pour Madame la marquise de Rambouillet, sur la perte qu'elle a fait de Monsieur son fils. Après cette perte et plusieurs autres, chanterons-nous des victoires si funestes, et qui nous coustent si cher? Traduirons-nous en langue vulgaire la vie d'Alexandre1, aflîn que des exemples si dangereux poussent des gens qui se précipitent; afïin qu'il [se?] face des équivoques qui achèveront de perdre la fleur de la noblesse françoise, s'ils s'imaginent que les Allemans ne sont pas plus mauvais garsons que les Perses?

0 pax grata Deisl qua te orbis parte requiram? . Qua regione laies ? 0 qiû me in finibus Indi Trans fréta , Irans Gangem , nostro procul axe remotnm

Sistat !

' Allusion au chef-d'œuvre de Vaugelas, au célèbre académicien trente années de cette traduction de Quinte-Curce, qui coûta travail.

DE JEAN LOUIS GUEZ DE B \l X IC. 801

i/ous pensez peul estreque ces vers soienl miens: ils Boni de noslre cher M' Remmy, qui en vérité esl on très granl poète, <•! qui mérite bien qu'on ay1 érigé cette qualité «mi tiltre d'office pour l'amour de lin '. J'ay leu tout son livre avec mi goust merveilleux. Mais Bans rien vous dire «lu superbe el magnifique Mœsonium et des autres pièces de longue haleine, n'estimez- vous pas infiniment, aussj bien quemoy, l' tenus prœceps? Mihi certo multum placet figuraium hoc scribendi g \ntxquis quoquo fcaniliwre. Testis Poliphemus ci Galatea temporibus Dionnisu Tyran/ni et sub imperatoribus Romanis alia fabuîarum rumina, quaa apnd Tranquillum videre est. Vous pouvez croire que, quand je voudrois, je ne sçaurois haïr Mr de Voilure. Il faudrait que pour cela je me fisse une extrême violence, et ma douleur est grande à la vérité, mais elle agil ])lus contre inoy que contre luy. Je ne responds point aux dernières lignes de vostre lettre. Egone unquam dubilaverim de œquitale judicii de me mi? Et si Dus placet, amorem etiam desiderem in Capelano mco; qui erga me sic affectas est, ut qui facial omiiia tempevale in uno diligendo Balzacio modum habere non videatur. Si ce latin est bon, il est encor plus véritable, et j'en suis si persuadé, que je vous compte pour le plus grand, le plus asseuré, et le plus solide de tous mes biens. ÎNe doutez pas anssy, s'il vous plaist, Monsieur, que je ne sois sans réserve et jusqu'à mettre le feu au Capitule, Monsieur, vostre, etc.

J'attens mon manuscrit avec les estoffes que je vous ay prié de me taire acheter.

Si vous avez pris la peine de lire YOlor-, vous y aurez veu sur la fin une addition de quelques vers, que je ne trouve pas les plus mauvais.

Du 17 septembre itiiô.

Monsieur, Je veux croire que Dieu aura exaucé les gens de bien, et que la mauvaise nouvelle n'aura pas esté suivie d'une plus mauvaise.

1 J'ai rappelé que Balzac lui donnait, en lui écrivant, le litre de frpoète du Roy.» — "' L'O/or gallicus , déjà cité.

Mais, après lont , il l'autse résoudre de bonne lieure. Tous les tondemehs

(jiii so font en ce monde sont ruineux, et, puisque les estats mesmes doivent périr, ne mettons point les princes au nombre des choses immortelles. Caius et Lucius moururent jeunes '. Gcrmanicus2 et Drusus3. son père, ne durèrent pas longtemps. Et, pour ne point sortir de la rnesme maison principalle, Marcellus fut ravi à sa patrie dans la fleur de sa jeunesse, et vous vous souvenez bien qu'un de nos amys l'appelle ce brèves et infaustos populi Romani amores \ n Sed parremvs maie ominalis hisloriis, et spereimis dum Ucet meliora.

Ce que vous m'escrivez de l'audace de nostre homme5 est très agréable, et m'a plu extrêmement. Mais je ne sçay si vous sçavés qu'estant envoie en Italie de la part du Roy, la première fois qu il parla à la grande Duchesse, il luy parla familièrement d'amour, et luy fit offre de son service6. Sa vie est un roman composé de semblables avantures. Et combien de personnes, à vostre advis, ont esté blessées par sa seule mine? Combien son visage luy a-t-il fait d'ennemys? Je ne

1 Caïus et Lucius étaient fils d' Agrippa et de Julie, fille d'Auguste. Lucius, en allant aux armées d'Espagne, Caïus en revenant blessé d'Arménie, furent enlevés par une mort que hâtèrent les deslins ou le crime de leur marâtre Livie, comme s'exprime Tacite (Aitn. lib. I, cap. m).

; Mort en 19 après Jésus-Christ, âgé de trente-cinq ans. C'est encore Tacite qu'il faut citer surtout (Afin. lib. I el>II , passim et. en particulier, cap. lxxxii et lxxxiii).

Claudius Drusus était fils de Tiberius Clàudius et de Livia Drusilla, que Tiberius céda pour femme à Auguste, pendant qu'elle était enceinte de Drusus. Il mourut âgé de trente ans. M. LéoJoubert, dans un excellent article de \a Nouvelle biographie générale , a recueilli tous les témoignages des anciens relatifs au père de Germanicus.

4 C'est de Tacite (Ami. lib. II. cap. xu) queM la phrase si expressive appliquée au

fils d'Oclavie, au neveu et gendre d'Auguste. Si l'on rapproche la phrase de Tacite des beaux vers de Virgile (Mieid. VI, 860- 88G), on peut dire que Marcellus a été en peu de mots bien délicatement loué, à la fois par le plus grand historien et par le plus grand poète de l'antiquité romaine.

5 Voilure.

6 Cette anecdote , que nous ne trouvons nulle autre part, est bien une des plus curieuses de toutes celles que fournissent les présentes lettres. On sait que Voiture, en i638, passa quelques jours à Turin, à Gènes, à Florence, à Rome. Voir, dans la Vie de Voiture, de M. Roux (en tête des OEiirrcs), le chapitre xm intitulé: Voiture en Italie, et. dans ces mêmes Œuvres, les lettres a Madame ou Mademoiselle de Rambouillet du 3o septembre 1 638 au 25 novembre de la même année (p. sii à aiy et 268 à 25o).

DE JE IN-L0U1S 6UEZ DE B ILZAC.

mroia pourtant le haïr, non pas mesme quand il auroil ajousté de très rudes coups à ses parolles très désobligeantes; et je suie ou bon mi Coible à tel point*, que le moindre de mes aniys me peul battre impunément. Monsieur Costar me mande la pénitence de l'homme; mais, quand ce seroil une nouvelle forgée pour me plaire, ne retouchons plus, je vous prie, à cette matière, et, an toutes choses, faites de moj et de mes inlerests ce qu'il vous plaira.

Je vous envoie un mol pour M1 le Clerc ', qui pouvoit bien s'appele» le sieur le Clerc à l'entrée de sa Virginie el dans le privilège du Roy. Mais sans doute l'orgueil du Graveolent luy a este contagieux; car, comme vous sçavez, il est tout de son long Monsieur du Breton dans ses harangues traduites, et veut des préfaces de ses amys au-devant de ses livres, aussy bien que moy. J'ay, d'ailleurs, 1res bonne opinion de M' le Clerc, et eroy qu'il réussira, si vous en voulez prendre quelque soin-.

Monsieur de la Chambre m'a envoie son dernier livre avec une lettre très civile3. Je luy ay fait la response que vous trouverez cyenclose, et n'ay pas voulu l'obliger à demy, si c'est l'obliger que de luy donner les louanges qu'il mérite4. J'aimerois mieux faire un livre qu'une autre response de cette forme, et vous ne sçauriez croire l'aver-

1 Michel Le Clerc, avocat au parlement, nommé membre de l'Académie française, le a6 juin 106a, mort le 8 décembre 1691. f A l'âge de vingt-trois ans, dit l'abbé d'Olivet -il. 11. p. a5o), il vint d'Alby, sa patrie, ità Paris pour y faire jouer une tragédie de -sa façon . la Virginie romaine. 1 D'après une note de la page a5i, la Virginie fut représentée en i645 et ne fut imprimée qu'en 16/19. On voit, par ta phrase formelle de Balzac, que l'impression fut bien antérieure.

2 Cette prophétie ne se réalisa pas , comme ne le prouvent que trop l'épigramme de Racine contre Y Iphigénie , de Leclerc et de Coras. et les plaisanteries de Boileau au sujet

delà traduction du Tasse, publiée par l'ami de Coras en 1667 (Paris, in-4°).

3 Les caractères des Passions, qui, je l'ai déjà dit, parurent en 5 vol. in-A°, de i64o à 1663. Une des lettres de Ménage publiée par M. Matter, d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale de Vienne (Lettres et pièces rares ou inédiles, 1 8 46 , in-8°), nous apprend (p.aa3. à la date du ai juillet 1 6 4 5 ) que Cureau de la Chambre avait mis au jour depuis peu Son second volume des Passions.

1 Voir cette lettre, datée du i5 septembre 1 845 , à la page 5.38 du tome I des Œuvres complètes.

sion quej'ay pour toutes ces sortes d'escritures, quoyque j'estime cellecy une des meilleures de mes Sélectes. Vous pouvez la garder, puisque je viens d'apprendre que la Cour est à Fontainebleau; et par l'autre ordinaire vous en aurez une autre copie pour Mr le médecin, dans laquelle je changeray peut-estre quelque petit mot. J'ay augmenté de deux vers mon épigramme, et vous ay escrit amplement par les derniers ordinaires. Je suis de toute mon àme, Monsieur, vostre, etc.

Du a5 septembre i<iij.

Monsieur, J'ay tout ce que je désirois, puisque vous avez fait agréer mon zèle à Madame la Marquise. Mais je voy bien d'ailleurs que le scholiaste a aidé le poète et que vous avez embelli mes vers en les expliquant. Les vostres sont véritablement vostres; Annibal Caro diroit rnstrissimi; et le seul Allons forcer sa tombe vaut une douzaine de bons sonnets. Vos Muses, Monsieur, sont tousjours filles de Juppiter, tousjours hautaines et braves, tousjours et partout pleines de cœur : elles ne sçauroient se desguiser : elles ne sçauroient se desfaire de leur noblesse, de leur propre et naturelle grandeur.'

Sedisle homo1 importunissimus perget ne cnmralione insanireîW est de ceux dont les satisfactions sont de nouvelles offenses. H n'y a point dans la dernière Gascoigne de rudesse pareille à la sienne : Mr Bautru le connoissoit mal, quand il disoit que, s'il eust esté de la profession de son père, le vinaigre fut devenu hipocras entre ses mains2. Il m'oblige à dire tout le contraire, et il ne luy reste pas un grain de sucre pour moy, pas une goûte de sa première douceur. L'autre peut trouver des défaux en mon esprit, mais il n'a pas sujet d'avoir mauvaise opinion des qualités de mon ame, et il sçait bien qu'au second voiage qu'il fit icy, je luy voulus rendre une preuve effective d'amitié que ny son amy.

1 Toujours Voiture. plaisanteries plus ou moins spirituelles. Voir.

- On sait que Voiture était le fils d'un a ce sujet. Tallemant (passim), Pellisson marchand de vin. ce qui lui attira mille (t. I, p. ai5).etc.

1 1 >' son hoste ne lu\ rendroienl pas peul estre si noblement, s'il leur propo8oi1 la mesme chose qu'il me proposa. Tout ce qu'il m'a juré depuis, i«»ns ses sermens, toute su passion, toute sa tendresse Beroitelle ironique ? Serois-je son héros de la mesme sorte que Margitès1 l'a esté d'Homère, e! Mamurra de Licinius'? Je ne suis pas fort heureux, si cela est, mais je ne laissera) pas pourtant de lui rendre le tesmoignage que je lu) dois, el de vous asseurer que je ne vis jamais homme avoir plus d'estime, n\ plus de respeel (pic lu\ pour vosirc incomparable vertu ; j'ajouste nj estre touché [>1 us vivement du repentir d'une faute sans malice, ains\ qu'il m'a tousjours protesté.

Je vous envoyé une copie de la dernière lettre qu'il m'a escrite : Et hœc omnia (quœ tua est sententia, ut pos (remis luis signiftcasli mihi) inter nos peribunt, optime et sapientissime virorum. Habe et kic quas reddendas curabis camerario nostro; et lui ordonnerez par mesme moyen de ne point respondre à ma responsc. Vous y trouverez quelque petit changement, sur lequel, si tunti est, vous pouvez corriger la copie que vous avez desjà receue. Mais est-il possible que ces deux chères sœurs ayent voulu prendre la peine que vous me mandez3? Il y a trop de bonté pour moy en vostre mayson : vous ne deviez pas leur permettre cet excès : mais, puisque vous en estes cause, je vous charge aussy des excuses et du remerciement que je leur dois.

On me mande d'Angoulesme qu'on y attend hientost Mr nostre Gouverneur. Je seray ravi de luy pouvoir rendre mes devoirs et mes très humbles services, et le plus heureux de tous les hommes, si je rentre en possession de l'honneur qu'il m'a fait de se communiquer quelquefois à moy. Je dis de luy ce qui a esté dit de nos plus grands Romains :

1 Margitès était un sot vaniteux et qui L'opinion de Suidas, qui l'attribue à Pigrès,

savait beaucoup de choses, mais qui les savait le frère d'Artémise, l'héroïne des guerres

toutes mal. Quoique le Margitès ait été' placé médiques, n'est pas soutenable.

par Aristote au nombre des œuvres authen- 2 C'est-à-dire de Ménage,

tiques d'Homère, on croit généralement que 3 Les deux sœurs de Chapelain avaient

ce petit poëme, depuis longtemps perdu, acheté les étoffes réclamées par Balzac, fut composé par quelque rapsode homérique.

huic minimum comtuUt eonatUatus, tanto pin* in ipso est. Jattens l'ode de M' de Cerisantes et demeure, Monsieur, vostre, etc.

Ou 2 octobre 1 665.

.Monsieur, Il y a du plaisir à vous ouir plaider la cause des Dieux. ainsi parle notre bon Sénèque : vous dites merveilles de leurs mauvaises libéralités, ainsy les poètes appellent la guerre fera mimera militiœ. Vous justifiez d'une manière excellente les capitaines et les soldats, les ouvriers et les instrumens du siècle de fer, et après cela qui sera le drame qui ose plus dire :

Scilicet, ut Tunio, etc..

Nos anirnre viles, inhumnta inflelaque turba, etc. '

J entre tout à fait dans vos sentimens. Il est certain que les pièces qu on joue sur la terre ont esté composées dans le ciel'2. Les batailles qui se donnent icy bas sont les exécutions des arrests qui ont esté prononcés là haut, et nous ne faisons que prester nos colères et nos mains à la Providence. Les misères que nous soufrons sont fatales, sont prescrites et ordonnées, soufrons les avec le respect deu à la première cause, avec la soumission et le silence qu'exige de nous la grandeur et la majesté qui nous accablent. Quand Dieu tonne, il faut que les hommes se taisent ; ycy nostre gronderie seroit blasphème et nostre impatience rébellion. Et, si Attila revenait une autre fois saccager le inonde, il faudrait luy dire une autre fois avec ce bon saint : vous sovez le bien venu, puisque vous venez de la part de Dieu3. Cependant. Mon-

Scilicot, ut Turno cuntiiigat regia conjuï, rrcompose'es dans le ciel : Iwmo Itistrio, Dem

Nosanim* viles, inhumata iauetaoue turba. ^ ^ ^ . g^ a reppodnj, celle

| V.»e. £n. lib. XI , ,. 37,. 37«.) ^^ dang u g^^ ^^

Balzac avait déjà écrit à Chapelain, le 3 Le Nain de Tillemont (Histoire des em-

\" juillet iCio (t. I, p. 8a3) : rOn se peremv, t. VI. p. i43) rejette ainsi ce mol

■riuocque là haut de toutes les entreprises si souvent cité : n-Oti prétend que, lors-

trdicy bas. et nous ne sommes que les ma- rrqu'il éloil dans les Gaules, un hermite

^chines et les acteurs des pièces qui sont iriiri dit qu'il étoit le fléau (ou le fouet i

DE JEAN-LOUIS (IliKZ DE UALZAC. :;ii7

sieur, raltinuliisis lus tiuipuriluts , s'il n'j a |ininl mo\ni d'avoir de bonnes

journées, attrapons par surprise quelques bonnes heures; jouissons de quelques agréables momens, consolons-nous, non Beulemenl avec Se» crate el messieurs les sages el 1rs sévères, mais encore avec ^ristophanes e1 autres semblables bons compagnons; contentons-nous des maux estrangers el nécessaires sans j ajouster îles maux de nostre façon el de nostre choix. Jamais plus de soupçons, jamais [tins de plainte.' nj de fascheuses nouvelles, et qu'y ne se perde pas, s'il vous phust, nue seule occasion de rire ny de vous resjouir dans nos lettres. Si quelque Laiiturlure vous refuse (en ma présence) les autels qui vous sont deus, il me sera pire qu'Ethnique et que Publicam; je le battra) mesme si je suis plus fort que luy, et feray une punition exemplaire de sa profane témérité, comme aussi je ne doute point, Monsieur, que, si la rime de Lanturlure1, aui si quisalius, me maltraite en mon absence. voub crierez d'abord : je m'y oppose; vous l'empescherez de passer outre; vous luy direz ce petit mot, cl je n'en demende pas davantage: meus, meus est, quem ita maie li<tbcs>. Vous avez fait plus que cela, je le sçay bien, mais cela me suffit, et hœc haclems. Quand verray-je nobilem illam alqtte animosam quant promittis, Epigrammalum cenluriam, elforlissi mu m ill uni, non centwrionem dico, sed tribvmm militum, brevique etiam ila auguror, exercilus non contemnendi ducem illustrissimum Montoserhim. Je vous ay parlé par le dernier ordinaire et vous ay envoyé ma lettre pour Monsieur le médecin de la chancellerie2. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Encore une fois mes très bumbles remerciemens aux deux chères sœurs. Le messager m'a apporté les esloffes, et j'en suis extrêmement satisfait.

A la bonne heure, Monsieur, ou pour parler en langue Monmo-

ftde Dieu mais cela ne se trouve successeurs , 3e édition , i8G5. tome II,

-que dans des auteurs modernes. * (Voir page a38.)

encore, contre l'authenticité de ce mot, ' Voiture.

M. Amédé'e Thierry, Histoire d'Attila et de ses 3 Cureau de la Cbambre.

;j08 LETTRES

rienne, quod felix faastumque fiet, je donne très volontiers mon amitié à mi homme rjui a desjà mon estime, et vous suplie aussy de me conserver le bien que sans doute vous m'avez acquis, c'est à dire qu'ayant fait venir à Mr Sarrazin l'envie de m'aymer, il faut maintenant que vous l'empescliiez de se desgouter de sa passion.

Du 9 octobre i6/i5.

Monsieur, Je ne tiens au grand monde que par vous, je ne suis ny du Palais Royal ny de l'hostel de Coudé. Je suis de l'hostel Chapelain et attens de là mes bonnes et mes mauvaises nouvelles. Ce ne sont donc point les intérêts de Testât, ce sont vos passions qui me touchent, et, puisque vous voulez travailler au triomphe germanique, je bats des mains par avance, je crie de cent lieues au prince qui triomphera : 0 bien heureux prince qui dois estre chanté si hautement, pour qui Dieu a fait naistre l'homme qu'Alexandre a souhaité! Vous m'avez obligé de me caractériser les deux amys, et je prendray mes mesures là dessus; mais cependant vous devez estre asseuré que tout ce que vous m'avez confié des connoissances que vous avez et qu'il m'importe que j'aye, est plus caché et plus mort que la plus secrette et la plus vieille de toutes les confessions.

Le bruit de la cheute de Solon a couru cinq ou six jours en ce pays, et, quoyque le courrier nous ait appris qu'il est encore debout, s'il estoit véritablement Solon, il attendroit d'un visage guay et d'un esprit, ferme le commandement de se retirer, et se feroit dire tous les matins à son lever par Mr Habert, disciple de feu M1 de Malherbe1 :

La Cour a cela de Neptune, etc.

Ses infidelles flots ne sont point sans orages : Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages, Et mesme dans le port on est mal asseuré.

Il sera bon qu'il sçache que je l'ay remercié à faux, et qu'il a eu

' Germain Habert de CéYisy. dont il a été" déjà parlé.

des vers qu'on imprimera , el que je n'aj point eu d'argent, quo vu u'il sera imprimé avec les vers. S'il m'en faisoil toucher par quelque autre voye que celle qui a manqué, il feroit une action digne <le luy, et à ion! hasard dites en un petit mol au petit Bonair, la première fois

qu'il vous ira voir, sans prendre la pei le me respondre seulemenl

sur cel article. J'exige de voua moins que cela, et ne désiranl rien de la Cour avec chaleur el empressement, ne perdez plus vos remèdes à guérir un homme qui se porte bien et qui ne demenderoil jamais aux grands seigneurs, s'il n'avoil un petit amy sur qui se décharger des bassesses et des infamies de la sollicitation.

Le cher Président ne m'a point fait sçavoîr de ses nouvelles, bien qu'il m'eust promis de m'envoyer les copies de quelques vers de ses compositions et des dernières lettres que je luy ay escrites. Pour vous. Monsieur, vous ne m'avez rien promis, je prétens néanmoins d'insérer dans mes Sélectes deux pièces de vostre façon, scilicel : la Couronne impérialle et la Métamorphose de la Lionne, pour l'esclaircissement desquelles je vous en demende les arguments; el, comme vous pouvez penser, ce n'est pas moy ny la Cour, c'est le peuple et la bassa génie, qui a besoin de cet esclaircissement.

Je pensois pouvoir escrire aujourdhuy à M'" Gostar, mais j'ay peur que je n'en auray pas le loisir. 11 m'a fait une objection contre ce vers de ma dernière épigramme :

Jamque habitai superas uobilis timbra donios,

et l'attaque par la doctrine de l'antiquité, qui a cru que les ombres habitaient les champs Elisiens, et que les seules âmes avoient places dans le ciel. Avant que d'avoir receu sa lettre, je sçavois bien cette différence qui a esté faite entre les âmes et les ombres; et j'avois appris que l'homme estant composé de trois parties, son ame, qui est céleste, retournait au lieu de son origine, que son corps pesant et matériel demeurait en partage à la terre, et que son ombre ou son simulacre alloit aux enfers, car ces ombres estoient autrement appelées simulacres.

images, idoles, et celte doctrine est. alléguée pac Lucrèce, qui la confirme par le tesmoignage d'Ennuis :

lit si prœlerea tamcn esse Açherusia fcempte Ennitis rclernis exponit versibus eilens; Quo neque permanant animas, neque corpora noslra . Seil qnasdam simulacra modis pallentia miris '.

Icy il ne Faut pas considérer Ennius et Lucrèce comme poètes, mais comme tesmoins de la religion et de la doctrine de leur temps. G'èsl donc ce que disent les théologiens et les philosophes, ausquels on peut ajouster les grammairiens. Mais les poètes se moquent des uns et des autres et pensent estre au dessus des lois. Ils confondent dans le langage des dieux toutes ces curieuses différences, et prennent presque partout les ombres pour les âmes, et les âmes pour les ombres. Et en effet, si ces ombres n'estoient que certains corps formés d'une substance subtile comme l'air, ainsi qu'asseure Mr Costar, et si les âmes n'estoient point recettes aitœ champs Elisiens, ainsy qu'il asseure encore, qui est-ce <|ui parleroit si bien, si longuement, si doctement à Enée, dans le sixiesme chant de Y Enéide? Seroit-ce une simple image de son père Anchise? Seroit-ce un marmouset, un corps artificiel et inanimé? Ne seroit-ce que de l'air un peu espessi et mis en couleur, qui luy feroit de si beaux discours, qui luy prophétiseroit toute la grandeur romaine; qui traiteroit avec tant de magnificence de la nature des choses et de la plus sublime philosophie? On voit par là l'absurdité de la théologie payenne. El en vérité cette théologie est composée de pièces si mal jointes et si mal cousues, est si incertaine et si inconstante dans ses dogmes, est pleine de tant de contradictions, qu'il ne se faudroit fier à rien de ce qu'elle dit. Puisqu'elle affirme souvent ce qu'elle vient de nier, et que presque jamais elle n'est d'accord avec elle-mesme, comment voudroit M1' Costar que je pusse m'attacher à une science qui a encore moins de prise et moins de tenue que les ombres et les fantosmes dont elle parle? Sans sortir de la question présente, ne sçait-il pas la variété et la bizarrerie

1 T. LicnETii Cari De reriim natura , lib. J, v. 121-1 ai.

des opinions des anciens, touchant les champs Ëlisiens? Tantost ils lee mil mis dans les enfers , tantosl dams les isles fortunées , quelquefois ih mil cru qu'ils faisoienl partie de l'Espagne :> p|>i-li'«ï Rœtiquc. Voire il \ en a eu, tanl a esté grande la licence t\r la Grèce, qui se sont ima ginés qu'ils estoient dans une petite langue de terre proche la Grande Bretagne , et il y en a eu eneore plusieurs qui les oui mis dans le globe de la lune, comme a remarqué Servius sur ces deux vers de Virgile :

Largiorhic campos œther, ei lamine vestH Purpureo; soleanjuesuum, sua sidéra Dorunt'.

Cela estant, Monsieur, cl les ombres de Mr Coslar devant habiter les champs Ëlisées, et les champs Elisées estans dans le cercle de la Lune, n'ay-je pas parlé selon la doctrine des anciens, quand j'ay dit : Jamque habitat saperas nobilis timbra donios?

Mais voicy de quoy couper la gorge à l'objection, et ne laisser rien .1 répliquer au très cher amy. Voicy des vers qui ont esté faits toul exprès pour expliquer et pour défendre le mien, et dans lesquels non seulement l'ombre est prise pour famé, mais où l'ombre monte en haut, au lieu de descendre en bas. Ils sont de Lucain, au commencement du IXe livre de sa Pharsalie, et il me semble que je ne suis pas obligé d'estre meilleur théologien que luy, ny plus sçavant en sa propre religion :

At non in Pharia mânes jacuere f'avilla, Nec cinis exiguus tantain compescuil uinbraui : Prosiluit busto, semiuslaque tneznbra relinquens, Degeneremque rogutu, sequitur convexa Tonantis. Qua niger astriferis connectitur axibus aer, (juodque palet terras inter lunueque meatus, Semidei mânes habitant, etc.2

De sorte, Monsieur, que c'est l'ombre de Pompée, et non pas son ame. qui sort du bûcher qu'on luy avoit dressé au bord de la mer. et

' Mneid. lib. VI, v. 64o, 64 i. — ' V. (-7.

qui va prendre sa place avec les demi-dieux dans la région supérieure. Que s'il estoit besoin de monstrer que je ne suis pas le seul des modernes qui ay escrit conformément à cette doctrine (que peut estre le. nom de Lucain, qui a tant failli en d'autres choses, ne serait pas capable d'autboriser), je pourois alléguer cet homme qui est aujourd huj si bon payen, et qui l'est mesme jusques en Judée et en Cbrestienté, le grand et redoutable Heinsius. Dans l'apothéose qu'il a faite de Mr le Président de Thon , il s'adresse à luy en cette sorte :

Te quoque lex eadem fati cœleslibus umbris Addidit heroasque inter vix cognila terris Veri immola ûdes.

Et encore dans une autre apothéose :

Innocui mânes et magni nominis ombra

Et quicquid non sénat humus nec sublrahit urna

Sedibus œternis superum mundoque Deornm.

Est-il possible, Monsieur, que je sois. venu si avant et que j'aye tant escrit sans conférence, sans livres, sans méditation, sans les mains d'autruy? Je n'avois dessein que de vous faire un petit article pour le communiquer à nostre amy :

Dis aliter visum etdoctis, Capelane, Deabus Libéra quae summo exercent commercia Cœlo. Quae domina; rerum verborumque anxia rident Ingénia et servos regali in sede timorés Grammatieumquejugum, ac turpes odere catenas.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Du 12 octobre i645.

J'ajousteray, s'il vous plaist, ce mot oublié à la longue lettre que je vous escrivis à la haste il y a trois jours. Je vous prie, Monsieur, de tout mon cœur, de ne la point mettre entre les mains de Mr Costar.

DE JEAN LOUIS 61 i X DE BALZAC SIS

Bien m'obligerez-vous, si vous vous rencontrez en quelque lieu de conversation, de \\w «lire mes raysons el de les fortifier des «rostres. Surtout il ne faul pas oublier les vers de Lucain el ceux du redoutable llmisiiis. Pour li's niiciis qui sont à la lin de la lettre, vous jugez bien qu'il n'i'si pas à propos que l'amy 1rs voye, de peur que, par malheur, il ne pril pour luj ce que je «lis en général de la tyrannie ou de la servitude des jrraniniairiens. Scd hoc quicquidest tumultuarice1 scriptiohis, dont les espèces me sonl demeurées dans l'esprit, ne demeurera pas en cel estai informe et défectueux, el j'en pourra^ faire une lettre à M1 Gostar qui méritera d'estre mise parmy mes Sélectes. Je me glorifie infiniment de l'estime que vous faites de celle quej'ay escrite au Médecin; niais faites en sorte, mon cher Monsieur, que je n'escrive guères de belles lettres. Je veux mourir si un compliment de la part d'Alexandre ne m'incommoderoit (je voulois dire de M1' le Due2) , tant je liai mon ancien mestier, et tout ce commerce de complimens. C'est sans compliment et du Tond du cœur que je suis. Monsieur, vostre, etc.

Du 16 octobre iC45.

Monsieur, Que j'ay lame pleine d'amertume! que j'aurois de choses à vous dire! que de plaintes! que de reproches à faire contre celuy que vous appelez le plastreux et le patelin3, et qui mérite un plus mauvais nom. Faut-il donc s'escrier si souvent : sancta fuies, ubinam genlium habitas? Faut-il que ma bonté me trompe tousjours? Que je face tousjours des avances pour des ingras et des infidèles? Que mon amitié

1 Chapelain commençait ainsi une lettre a Le duc d'Enghien. On voit que Balzac

à Balzac, du 7 août 1637, citée par M. Livet a, devancé Bossuet s'écriant : « Cet autre (Hist. de l'Académie, t. I, p. 698) : rrJe « Alexandre. * «vous escrivis mercredi dernier tumultuai- 3 Voiture,

irrenient a mon ordinaire. »

ho

soit lousjours payée de laschcté et de periidie? Vous m'avez infiniment obligé de m'esclaircir d'une vérité qui m'estoit si importante. Vous deviez, Monsieur, cet office charitable à une pauvre ame abusée, simple et crédule plus qu'il ne faut, qui juge par sa franchise de celle dautruy, qui se met d'abord en la puissance de quiconque luy tesmoigne, ou fait semblant de luy tesmoigner de l'affection. Ce que vous me mandez est très véritable. La calomnie de l'un n'est que la copie de celle de l'autre; il a voulu le croire en se desmentanl soy-mesme, au préjudice de sa propre connoissance, contre le tesmoignage de ses yeux, après mille preuves de la sincérité de mon cœur, qu'il a veues, qu'il a touchées, qui luy firent dire, dans l'extrémité d'une maladie, ces parolles que j'ay sçeues par le rapport de son médecin : <i qu'il ff mouroit content d'avoir vescu au siècle du grand Balzac et d'en avoir «esté aymé. i) Il n'ayme plus rien néanmoins le grand Balzac, parce que l'audacieux le veut ainsy, et le patelin ne se souvient plus que son illustrissime héros, qui maintenant n'a plus de tendresse, a esté tendre pour luy jusqu'à ne pouvoir souffrir des senti mens et des opinions de ceux qui ne l'appelloient pas l'Admirable , le Divin , etc. ; jusqu'à quereller là dessus ses meilleurs amys, jusqu'à se mettre mal avec une cousine germaine et avec une dame de condition, qui ne luy pardonnera jamais la tendresse qu'il a eue pour le patelin. Je n'allègue que cela et compte pour rien l'argent que je hazardois, et que j'eusse perdu de bon cœur pour luy faciliter une affaire qui lui avoit esté proposée. Et c'est peutestre dans cette affaire qu'il a tiré une conséquence si injurieuse à son honneur, et qu'il a jugé que je n'aymois rien, puisque je n'aymois pas l'argent, qui est la chose du monde la plus aimée. Je souffre, Monsieur, je souffre extrêmement, et vous escris tout cecy dans une agitation d'esprit qui n'est pas imaginable, et qui, ajoustée à un abattement extrême de corps, causé par quatre mauvaises nuits, me va terracer tout à fait, si Dieu n'a pitié de moy. Mais il faut encore, après cela, que je dissimule et que j'estouffe mes justes ressentimens , et que je vive avecques un traistre comme je vivois avec un amy. Il faut que je conlinue à luy donner des preuves de ma franchise, de ma confiance, de

DE JEAN-LOI is 1,1 BZ DE BALZAC. 316

ma tendresse qu'il a si vilainemenl calumniée. Je le feray, Monsieur. puisque voua me l'ordonnes el que mon obéissance esl aveugle parloni où me paroisl vostre volonté. .1»' suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.

le voudrais bien que \<>us lissiez voie à M. de Montausier l'article

<|ui parle de luy, car je ne refais pas volontiers de pareils articles. Y\ a-i-il point de liberté avec ce bon seigneur? Et, si je vous escrivois ma confession, sériez-vous obligé delà luy lire parce qu'elle seroil dans un papier qui parferait de luy? J'use tousjours de décrédiier] aussj bien que vous. Pour seriosité, je l'ay déjà imprimée, je ne sçay où2, et ne la trouve pas laide, et vous prie de vous en servir pour l'amour de moi.

Mille très humbles remerciemens, s'il vous plaist, à Mr Cerisantes. Son ode est incomparable3, principalement ce qu'il dit de la mère, de la fille et du gendre.

Je vous ay escrit par les deux derniers ordinaires, nempe celuy du lundy et celuy du jeudy. Encore une fois, je suis tout à vous.

Du 2,3 octobre i665.

Monsieur, Di gratta, expliquez moy favorablement et ne prenez pas mes parolles à la lettre. A Dieu ne plaise que vostre amy veuille faire ses jeux et ses passe temps des calamités publiques, nec mihi lœtandi veniat tam dira cupido*. Je parle de la joye, pareeque c'est la chose du

1 Décréditer fut employé par Saint-Évre- * Voir, sur ce mot, une note sous la

mond, par Bossuet, par le P. Boukours, lettre LXVI (25 janvier i6/i5).

par Boileau , par Fléckier, etc. Ce mot , 3 C'était une ode composée sur la mort

avant d'être adopté par Balzac et par Cha- du jeune (ils de M"* de Rambouillet,

pelain , avait été mis en circulation par • Net Obi regnandi veniat tam dira cupido.

d'Allbigné. (Vrac. Georg. lib. I, v. 37.)

monde dont j'ay le plus besoin et qui me manque le plus; je la désire parceqne le désir est des choses absentes et esloignées; mais je ne veux point, non plus que vous, de la joye de Timon ny du rire deDémocrite. Mamurra y ajouterait le rire Sardonien et celuy que cause la frénésie, et celuy des gladiateurs mourans, qu'on avoit blessés soubs les aisselles, et cet autre que Platon appelle et cœt. Je suis bien (loin). Monsieur, de me resjouir, vous l'avez veu par ma despesche de la semaine passée, escrite de mes larmes et de mon sang, toute pleine d'amertume et d'aconit. Depuis que je suis au monde, je n'ay fait que souffrir et me plaindre; ma vie est un mal et un deuil continuel. m pœna milii datum est vivere. Et néanmoins je ne laisse pas de vivre et de vouloir vivre, tant je suis accouslumé au mal et aux plaintes, tant je suis acoquiné à cette triste et fascheuse vie, comme parle le père d'alliance de la Damoiselle1. Tousjours du chaud et du froid, des estes et des hyvers, contre lesquels je murmure esgalement; tousjours de mauvaises nuits et de pires jours, un cercle de pénibles occupations, de travaux inutiles et ingrats, une persécution éternelle de complimens; des lettres de toutes les parties de la terre, sans compter la sciatique et la gravslle qui me viennent visiter de temps en temps, et la fièvre qui ne me quitte jamais; sans rien dire des amitiés infidèles ou intéressées qui sont cause que j'en ay tant dit. Et voylà trop de la moitié pour haïr la vie et pour désirer la mort. Et néanmoins (redisons le encore une fois) dans ce desgoust de la vie, nous ne laissons pas d'avoir horreur de la mort. Le séjour de la terre ne nous desplaist pas, nous prenons plaisir à passer ses hyvers et ses estes, à demeurer dans sa boue et dans sa poussière; nous trouvons nos suplices et nos peines agréables, nous croions que c'est une belle chose que d'estre quatrevingts ans malade, affligé -, etc.

Je reviens de la promenade, ad ripam amwnissimi Carentonï2, où ayant

1 Mademoiselle de Gournay. surtout l"éloge de la Charente dans une

1 Balzac a bien souvent célébré la Cha- lettre de Balzac à M. de la Motte-Aigron

rente, que, dit-on, Henri IV appelait la (t. I, p. 26), et dans le Prince ( t. II, p. 3).

plus claire rivière de son royaume. Voir

DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. Biî

repassé ma lettre par mon espril . el l'ayanl communiquée ;'• mes Mm

elles in'onl dicté Ces vers en l'orme de |>;ir;iplir;ise :

Usque adeone ngrum el mortalem rivere dulceestl Sic pulvis cœnuiuque mihi formons ridenturl Peatiferosque eestus al dirœ frigora brums Semper amena ! Noctesne almi sine munere Bomni, Pejores ac nocte ilics, lucemque timendam Ai'iilii-i expectem Beraper fessoque jacentique Innumers placeanl tmo snl> pectore cura Officia, • miiic genus, totoque ex orbe laborea? An meniorem assiduum quisœvitin ossibus igneni El cœcos febre intemum grassante tumultusl Prœtereo infideraque ïnlrm, blandumque venenum Mendacis liuguœ, ne socios plerumque sinones, Vit;c dura main , et puppi vada naufraga nostrae. Assuesco tauien ipse malis, doceorque dolere : Mortem opto, rerum impatiens quandoque mearum , Horreo prœsenlem, incertus metiiensque futuri. lulclix queror usque meas Boire querelas Nec volo, nec nolos jam possimi odire dolores : Usque adeo et miscro et morienti vivere dulce est?

Je vous renvoyé l'extrait de la lettre de Hollande, que j'ay leu avec douleur. Le destin du pauvre Mr Grotius me fait grand pitié '. Ignotoque dedi lachrymas, moy qui n'ayme pas mesme mes meilleurs amys, si le patelin dit vray. Consolez-moy, mon cher Monsieur, de cette cruelle injustice, et ne branlez jamais en cette immobile vérité que je suis plus homme de bien que les deux docteurs de cour, et plus que personne du monde, Monsieur, vostre, etc.

Du 3o octobre i665.

Monsieur, je prétens d'avoir receu mes estreines de l'année pro-

Grotius était mort à Rostock le 28 août chariot découvert, après avoir, déjà soufprécédent. Il y était arrivé deux jours au- frant,subi, de Lubeck à la côte de Dantzick . paravant , par un temps affreux , dans un toutes les fatigues de la tempête.

chaine, et croy estre obligé de vous remercier de vostre pourtrait. C'est un présent qui m'est extrêmement cher, comme il est parfaitement beau, et je ne me lasse point de regarder ce vertueux et admirable rebelle qui s'est cantonné dans une angiporte (?) de la ville Capitalle; qui ne sçait ny le logis du surintendant ny celuy du Contrôleur général. qui ne s'escarle jamais plus loin que chez la Marquise ou chez la Comtesse, qui fait de son cabinet son Acrocorinthe et cette haute forteresse, etc. Le reste du portrait vaut encore mieux que ce que je viens d'en copier. Et en vérité, Monsieur, puisque vous sçavez rire si sagement et si agréablement tout ensemble, vous ne devriez pas condamner lajoyc à qui vous avez cette obligation, nec risum impostorum aversari el '. philosopho indecorum, el homîni maxime proprium , quoque nulla re melius humanœ miseriœ condhinlur. Le chicagneur 1 ne pouvoit pas gagner son procès, /ws dicente integerrimo Capehno. Ce n'est pas pourtant que je veuille triompher; je me contente d'avoir vaincu. Icy comme ailleurs il faut sauver les apparences, puisque vous le désirez ainsy, el je défendray l'ombre du Marquis contre la chicane du faux ami, sans qu'il paroisse que ce soit le faux amy qui ayt chicané. Que je souffre cependant, mon cher Monsieur! Il n'y a point de moyen que j'oste ma main de dessus ma playe et il me semble que l'ombre de Juste Lipse me crie souvent des Champs Elisées ou du globe de la Lune : simplicissime nwrtalium, incautissime Balzaci, iiostiumeliamhiorimamice,fovisli in simi Sinonem. De Prœside belîi rumores ad nos veniunt. Audio ilhm millam valetudinis ralionem habcre, quotidie se invitare Jiberalius et perpetttis pocitlis certare cum Helicone nobilissimo , si in Mo stadio currere pergit, timeo equidem pro amicissimo mihi capite : et vous sçavez bien que, pour ruiner des espérances de cinquante ans, il ne faut qu'un quart d'heure d'apoplexie dont il a eu desjà deux ou trois attaques. Pro tua el aulhoritate el sapientia mone hominem, etc.

Vos deux chefs d'œuvres en petit seront les grands ornements de mon volume, et je les attens avec les argumens que je vous ay demendés. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.

' Costar.

DK JEAN Louis iii;i./ DE BALZAC 819

Du 6 novembre i645.

Monsieur, je vous l'ay dit mille Cois; vous estes le confident de mon cœur et le médecin de mes playes secrettes. D'ordinaire, quand je vous escris, je me confesse; je croy < [ n<* c'est cacher un mistere que de le

vous descouvrir. N'ayez donc pas peur que j'admette un tiers dans le commerce particulier qui s'exerce entre vous et moy, mais appréhendez beaucoup moins que je veuille estalcr des injures dans la rue S1 Jacques1, et publier moy-mesme mon propre malheur. J'estois résolu

à faire ce que vous me faites l'honneur de me conseiller. Je suis bien aise désire confirmé dans ma résolution par vos conseils; etjen'auray plus de bonté de dissimuler, puisque, je le pourray liouestcment et du consentement de M'' Chapelain , et dans la rigueur de sa morale. Je ne pense pas néanmoins, Monsieur, que je puisse souvent escrire au PJaslreux2. lllud enim essel inimicum difficile et invilo animo fieret. Je ne laisseray pas de luy envoyer dans peu de jours du papier de nos moulins, parce que je le luy avois promis par mes dernières despeches. Mais qu'il employé, s'il veut, mon papier à des Pbilippiques et des Caiilinaires, fust-ce mesme contre Cicéron; qu'il s'en serve à cbicaner toute l'antiquité Grecque et Latine; à castelveter 3 et scbiopiser* ses meilleurs amys. Quand je devrois estre de ce nombre, je me tiendray dans mon ancien poste; dans ce silence orgueilleux qui jusques à présent m'a vengé de tant de mauvaises paroles, de tant d'Iliades d'impertinences et de sottises. Je ne donne pas ce nom aux escritures des deux amys5: Je les estime ce qu'elles vallent, et peut estre davantage.

' C'était alors la rue par excellence des sévère critique Louis Castelvetro , dont il a

libraires. été parlé dans la lettre IL

a Voiture. C'est ainsi que Chapelain l'a- 4 Mot également forgé par Balzac avec le

vait surnommé, comme on a pu le voir plus nom de Scioppius (Gaspard), le cynique

haut. adversaire de Joseph Scaliger.

3 Mot forgé par Balzac avec le nom du 5 Voiture et Costar.

3âO LETTRES

Je croy pourtant (Libel enim hic mérita gloriari; et quidni tueamur ïocum

nuem nobis dédit super hos nominatos satrapas consentiens fama et generis

humam ' judicium), je croy, dis-je, que quatre de mes vers, tels que vous

les choisiriez; qu'une douzeine de lignes que je marquerais soit de mou

Romain1, soit de ses frères; qu'une seule lettre de nos Sélectes, vaul

plus sans comparaison que toutes les notes, tous les lieux communs,

tous" les Rondeaux, toutes les Épistres maroliques des deux amys; et

cela

Te censente, o mi Capelane, etjudice Tarpa.

Mais ce me seroit peu de choses d'avoir plus d'esprit et plus d'estime que ces Messieurs, si je n'avois aussy plus de foy et plus de bonté. Conscientiœ, conscientiœ , sapienlissime virorum, nonfamœ laboramus. Au reste que me diles-vous de Mr de la Thibaudière et de la lettre qu'il m'a escrite? Je n'en avois point encore ouy parler, et la matière, de laquelle vous me touchez un mot, m'est suspecte avec rayson, comme \ous verrez par l'apostille d'une vieille lettre du Plastreux, qui pourroit bien avoir eu dessein d'aller au devant de l'accusation de l'autre. Si cela est, faites encore difficulté d'appeler trahison et lascheté les jeux de ces beaux espris, et leur procédé avec leurs illustrissimes héros.

.Te vous demende les bonnes grâces de vostre excellent ami Mr Ferramiis, et vous prie de m'envoyer l'ode qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser, avec tout ce que vous pouvez trouver, soit prose, soit vers, île Mademoiselle de Schurman2. H faudra mettre l'ode de l'excellent

C est-à-dire du discours dédié à madame la marquise de Rambouillet et intitulé Le Romain.

• Anne Marie de Schurmann^ née en 1607 à Cologne, morte en 1678. Tous les dictionnaires biographiques ont un article pour cette femme célèbre. Voir surtout celui du Moréri de 1759, qui est trèsample et très-curieux. On l'y appelle mine rrdes plus illustres filles du xvu* siècle, parle » grand nombre de connaissances où elle a

« excellé, et par la modestie singulière qu'elle tra su conserver au milieu des acclamations irpubliques qu'elle recevait de toutes parts. « et on y cite sur elle le P. Jacob , Vossius . Saumaise , Valère André , Le Laboureur.

Frédéric Spanheim. La Biographie universelle ajoute à cette liste les noms de Niceron, de Burmann, dePaquot, de Chaufepié et de Coupé. Balzac écrivait à son ami Girard, le i5 mai 1 666 (p. 089) : ^11 faut tradvouer que Mademoiselle de Sckurmann

;mi\. |iiinii\ plusieurs autres compositious estrangères, à la lin de nos choisies; el hoc à l'imitation de mon Docteur de Hollande, qui a fail imprimer un livre, donl Le tiltre esl tel: Danieli Heinsii liber adoplivus, m ijim magnorwn atiquoi vivorum ad auctorem poemaia1. Le volume -■ remarquable et divertissanl par une estrange variété; presque tous mes vers \ seronl insérés, el plusieurs lettres latines, qu'à mon advis vous ne trouvères pas mauvaises. En voicy une que mon scribe m'a copiée ce malin, et que j'escrivis, il y a quelques années à nostre très chei . bien qu'elle ne hiy ayi point esté rendue. Le sujel esl naydans la province, où mi second paladin voulust encore se l'aire battre2. J'attens les deux pelis poèmes et demeure, Monsieur, vostre, etc.

IS

Henri! me Rlustrissimus Montoscrrus humanissimis et ingeniosissim litteris. Je viens d'y faire nue response qui m'a plu, et je vous l'envoyé avec la première lettre. Vous me les renvoierez, s'il est parti de Paris.

El ne douiez jamais (je vous en conjure), que je ne sois le plus passionné et le plus reconnoissant de tous ceux que vous avez obligés. Je dors3 en achevant cette ligne.

CWII.

Du i3 novembre i645.

Monsieur, Si l'un de nous deux s'est mal expliqué, il faut sans doute

-est une merveilleuse fille, et que ses vers «ne sont pas les moindres de ses merveilles. «Je ne pense pas que cette Sulpitia, que "Martial a si hautement louée, en fisl de «plus beaux, ni de plus latins. Mais qu'il y ira de pudeur et d'honnesteté parmi les «grâces et les beautés de ses vers !.. »

1 A la suite des Poemaia dans l'édition de 1660 (Leyde, in 12). Ce recueil forme aussi la seconde partie de l'édition des Poemaia de 1 6^9 (Amsterdam, in-12).

1 Allusion à la Desfaitte du paladin Ja-

versac , par les alliez et confédéré: du prince des Feuilles (1628), pièce réimprimée dans la seconde partie du tome II des Œuvres complètes de Balzac (p. 172-176). Sur Nicolas Bernard, sieur de Javersac, sur la bastonnade qu'il reçut par ordre de Balzac, et sur toutes les circonstances qui précédèrent ou suivirent cette exécution , voir Tallemant des Réaux(t. IV, p. go et 109), Bayle (Dictionnaire critique , verbo Javersac, etc.). 3 Le copiste ne manque jamais de mettre «je dois,* partout où il faut «jet/ors.»

que ce soit moy. Ce sont mes lettres qui sont estourdies et ijm extravaguent, qui se sentent du lieu de leur origine, et portent le eharactère de leur naissance; qui ressemblent à leur mère infortunée, à cette ame toujours en désordre, toujours en mauvaise humeur, souvent triste jusques à la mort. En ce malheureux estât si voisin de la dissipation de tous les sens, et de l'entière ruine du composé, Quid ni et ItHjiii contraria, et delirare, elfurcrc etiam nobis liceat? Sed hier inilti propria, tihi haudquaquam conveniunt, sapicnlissime virorum, qui »i!iil unqtum mal loqueris nul scribis nisi ad amussim illam, etc. Mais certes, outre cette constante et perpétuelle sagesse qui est lame de toutes vos lettres, jay bien trouvé des douceurs et de la consolation dans les dernières que j'ay receues. Si mes maux n'estoient incurables, assurément vous me guéririez, pour le moins je vous avoue que vous me donnez beaucoup de soulagement. Vous endormez ma douleur, vous enchantez mes ennuys, vous me faites tout le bien dont je suis capable. Je vous en remercie de tout mon cœur, et vous conjure de continuer:

Si curœ libi nostra salus , quas mellea poscit Pharmaca , et austeros saspe aversata tabores . Crantora , Crisippumque tirael.

11 faut, au reste, que je vous die que Mr le Marquis de Monta usier m'a absolument gagné à luy par la lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'escrire, et qu'il ne m'a pas laissé le moindre reste de liberté, pour pouvoir porter jamais ailleurs mes inclinations. Je les luy donne donc tout à fait, sans partage, sans réserve, sans condition: et asseurez le, s'il vous plaist, Monsieur, que ces termes ne sont point figurés en cet endroit et que je ne parle point oratorio more : comme aussy je fais grand fondement sur la solidité de ses parolles; et de telle sorte que jay envie de l'ajouster à celuy de qui j'ay dit dans un de mes discours qui ne sont pas encore imprimés : Et je me fusse fié davantage à m billet d Epammondas, quoi/ qu'il n'eustpas esté signé de sa main, qu'à tous ks traités des Carthaginois, quoi/qu'ils fussent gravés sur le cuivre.

J'ay retouché le compliment que je vous envoiay il y a huict jours:

DE JEAN-LOUIS Gl 11 DE B HZ IC 328

vous en trouverez une copie dans mon paquet, et je voua prie ou de me renvoyer la première ou de la jetter au feu. Mais voicy encore une troisiesme lettre, tani la matière me plais) : je la lis hier sur une uouvelle qu'on me <lii que M1' aostre Marquis s'en alloii en Allemagne, el <|u'il \ estoil appelle par la nécessité des affaires et du service «lu Roy. Je sera} bien aise que la nouvelle soi] fausse, ei la lettre ue laissera pas de trouver sa placé dans aostre volume. Je vous dis encore une fois que je ue sça^ ce que veut dire M. Ménage de cette belle [lettre] que m'a escritM'de la TMbaudière. Puisque les miennes vous plaisent tousjours, et que vous es aymez jusqu'à la bigarrure de mes vers el de mon latin, je veux croire que vous me les garderez pour grossir nos livres ad Allicnm. Souvenez-vous en, Monsieur, et croyez que personne ne sçauroit estre plus que moy, Monsieur, vostre, etc.

Je vous envoyé une nouvelle copie de deux compositions que vous avez desjà veues. Elles sont dans le genre médiocre que les clercs appellent lempemlvm dicendi genvs, et, par conséquent, la clarté y est plus grande que dans le sublime. Vous m'obligerez de les montrer à Mr nostre Marquis.

M' rOlîîcial a escrit à Mr Pauquet1, et luy envoyé de ma part deux rames et demye de papier par la voye de Rocolet. Je suis malade en plusieurs façons, et si, à l'avenir, quelqu'un se plaignoit que je n'escris point, vous me ferez bien la faveur, Monsieur, d'excuser mon silence par mes maux. Aymez moy toujours bien, mon très clier Monsieur.

1 Le copiste a écrit Panquet. Il s'agit de Louis Pauquet, chanoine et archidiacre du Mans , secrétaire et factotum deCostar, né à Bresies en Beauvoisis, mort le 1 h novembre 1673, à 63 ans. M. P.Paris {Historiettes, t. V, p. 170) dit qu'il avait de l'instruction et de l'esprit, mais il ajoute que c'était un grand

ivrogne. Il cite sur Pauquet un flatteur passage d'une lettre de Voiture à Costar, et renvoie, pour plus de détails, à une vie de ce personnage qui se trouve dans le tome VI de la première édition du livre de Tallemant des Beaux. On a une lettre de Balzac, du 1" février 16/12, à M. le prieur Pauquet (p. 697).

Du 20 nnvcnilire 1 15 '

Monsieur, Je demeure dans le plus bas estage delà dévotion et vous admire sans prétendre de vous imiter. Je jure sur vos dogmes, et ne laisse pas de suivre mes inclinations; je suis de vostre secte, comme les Gordeliers sont de l'ordre de S' François. Ils en prennent el en laissent : ils miligent la sévérité de sa règle, et l'accomodent à leur portée. Je vous prie de faire l'application de ce que dessus, et trouvez bon que je saute à un autre article.

Ce qui s'est passé entre vous et le patelin est le mieux du monde. el je suis d'advis, aussy bien que vous, qu'il n'est pas à propos d'enfoncer davantage la matière, ny de venir à un plus particulier esdaircissement. Il me suffit de sçavoir la vérité et de vivre comme si je l'ignorois. Ce ne sera point lascbeté à moy, ce sera patience et sagesse. Et te primum consulta, sapientissime Capelane, mihi Cornelianum illud ni menton bénit, unicum insidiarum remedium ratus, si non intelligerentur.

Les derniers sonnets que j'ay veus de nostre très cher ' ne me semblent pas extrêmement bons : ils sont chevillés2 en plusieurs endroits. Mais, pour esviter les mauvais présages, je n'en veuxpoint accuser l'an climatérique3: j'ayme mieux croire que la cuisine Télamonique 4 ne contribue pas beaucoup aux méditations poétiques et qu'un air si espais5 et une fumée si grosse n'est guères propre à purifier un esprit qui fait des sonnets. Nosti antiquum proverbium: Obesus venter non geveral tenuem sensum. Et, quoyque ce ne soit pas en ce sens là : Pingue ali-

1 Le président Mainard. * La cuisine de la petite ville de Saint-

1 Le Dictionnaire de M. Littré ne cite, Géré,

pour l'expression vers chevillés, que J. B. 5 Saint-Céré est au pied d'une petite

Rousseau. montagne, sur la Bave. Voir une descrip-

' Mainard, né en i58a , avait alors tion de cette ville dans la Chronique de

63 ans. La 63e année était nommée la Saint-Céré par M. l'abbé Paramelle (Ga-

Grande climatérique, parce que 63 est le hors. 1867, in-12, p. 7 et suivantes), produit de 7 multiplié par ç\.

qvid redolebant poetw cordubenles 1/. Tullio teste1. Dites s'il vous plaisl à cettuicy, que, sans prendre la peine de m'escrire, il me renvoyé toutes les copies des lettres (jue je n'ay pas, puisqu il veul que je grossisse nostre volume. Je suis aujourd'hui plus mal qu'hier, et incapable par conséquent d'un plus grand entretien avec vous, cumqua alias desinere nescio. C'esl . Monsieur, vostre, etc.

Vous verrez bientosl des personnes à Paris qui me sont très proebes: mais souvenez-vous , Monsieur, que rien ne m'esl si proche que vous, et que personne ne doil estre admis ou vousetmoy devons estre seuls. intimant illam admissionem mtdligo, etc. J'ay beaucoup de de faux., d'infirmités et de desplaisirs qui ne sont point de la connoissance des pareils et amys, et qu'il n'est point nécessaire de leur descouvrir.

Du 97 novembre i645.

Monsieur, Il est vray «pie ma dissimulation est innocente, et qu'elle ne fait tort à personne. Appelions la prudence, puisque vous le voulez ainsy, et que vous luy faites l'honneur d'estre son parrain. Je dis plus, Monsieur, vous estes son père. Je vous dois tout ce que je fais de bon. J'emprunte de vous toute ma vertu. Vos lettres, très sages et judicieuses lettres, sont mes conseillères et mes directrices, sont les aydes et les appuys qui soustiennent la foiblesse de mon ame. Je ne suis philosophe que par communication et participalement, comme parlent les philosophes barbares; et, s'il vous plaist que je le vous dise d'un ton plus haut et en la langue de nostre Virgile :

Tu niihi quodeunque hoc sophiae, tu Pallada soins Concilias, dubiamque régis per singula mentem . Tu vitœ, Capelane , autor raelioris, etipsum. Vuspice te, forti jam provoco voce Cleantem.

' Allusion à ce passage du Prn Archia trpoetis , pingue quiddam sonantibus atque port» (cap. x) : rrUt etiam Cordubœ natis irperegrinum, tamen aures suas dederet.»

L'audacieux vous avoit encor dit que je De pouvois point avoir d'affeelion pour les docteurs en langue vulgaire. Je ne sçay sur quel fondement il a dit cela : je sçav bien. Monsieur, que j'ay esté accusé plu* d'une fois d'avmer et d'estimer avec excès, je ne dis pas les amis du premier ordre, les du Perron, les Chapelain, les Malherbe (il n'y n point assez d'encens en Arabie pour de pareilles divinités), je dis le menu peuple du Parnasse et la canaille du Pinde, ceux qui sont audessous des Colletet et des Boisrobert. Qui fut jamais plus libéra] d'epithètes magnifiques, de superlatifs illustres, etc., que vostre très humble serviteur? Sans parler des autres bons offices et autres marquée d'affection qu'il a rendues au moindre de ces petits Messieurs, quand l'occasion s'en est présentée. J'ay quelque opinion que l'audacieux vous a voulu figurer mon contraire dans la description qu'il vous a faite de moy. Apparemment c'est i'anti-Balzac qui a esté son objet dans toute sa belle relation.

Je suis, utsemper, de vostreadvis.il vaut beaucoup mieux que ce soit un autre que moy qui débite les diverses pièces qui m'ont esté adressées, et cette adoption de louanges et de paranimphes doit estre laissée au Tyran de Leyde1, comme digne de sa seule majesté. Le livre donc ne portera point le tiltre d'adoptivus, mais il sera pourtant à la fin des autres, et donné au public par le mesme qui publie les lettres, et qui fera une préface au devant. Je suis, au reste, obligé à cette publication par les plaintes de quelques uns qui se fascbent d'estre de ces gens, qnœ in vanum laboravenint gentes. Et ne pensez vous pas, sans vous en alléguer d'autres, cpie le bon père Théron2, qui a près de quatre vingts ans, et qui ne veut pas perdre un seul de ses vers (puisquil les fait imprimer dès le lendemain qu'ils ont esté faits) , ne pensez-vous pas, Monsieur, qu'il me sçache mauvais gré de ce que j'en tiens en prison deux cent cinquante de sa façon, impalienlissimos captivitatis, et exxre continua geslientes? Ainsy ce ne sera pas vanité, si je fais ce que désirent mes chers amys; ce seroit dureté et ingratitude, si je ne le faisois pas;

1 Heinsius. — s I<p copiste a écrit Téron. Le père Théron n'avait, en i645, que 7 3 ans.

DE JE IN-LOUIS (il i./ DE B ILZ iC, 327

ce seroil la plus grande de toutes Isa vanités, si je me preoois pour ce grand Prince, monté a un tel degré de gloire, el te$te hûtorico tmgm nominia, triwnpkot pouet rtùm contemnere.

( )|)lij;cz-iii()v (If iIdiiiici- de ma pari à Madame la Marquise de Ranibouillei les trois copies que je vous envoyé, dans lesquelles je la su |»pliede ne vouloir considérer que mon zèle, qui esl certes liés véritable el liés pur. Si vous prenez la peine de reliée les lettres, \<>ms retrouverez la seconde retouchée encore un coup, et peutestre assez heureusement. Mon frère ' partira bientosl pour Paris, el j'espère qu'il sera le porteur du manuscrit de nostre volume. Je vous rends très humbles grâces des deux chefs d'oeuvres, accompagnés de leurs argumens. .le suis tousjours plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.

H me vint voir, il y a huit jours, un poète latin originaire du Périgord, qui doit esl re aujourd'hui/ bien près de Paris. Il me récita plusieurs Epigramnies, et quelques unes entre autres, sur le sujet desquelles il m'allègue de grands tesmoignages, et le imprimis laudalore ghriabatuv. 11 m'a parlé d'environ quatre ou cinq mille corrections sur Horace, Stace , etc., et m'en a dit quelques unes que véritablement j'ay admirées. Le nom du poète critique est Peyrarede 2. Mandez m'en

' François Guez , sieur de Houssiiies , non pas frère aine de Balzac, comme le dit Tallemant (t. IV, p. îoo, note a), mais son frère cadet. Il était né en septembre i5g8. Balzac écrivait de Paris, le 25 janvier 1628, à \1' de Roussines (p. 384) : «Si la chaleur ;rdes esprits ne se ralleutit, il se pourra tr l'aire une petite bibliothèque des sottises "qui s'escriveût contre moy.i

s Jean de Peyrarede, gentilhomme protestant , mort vers 1660. Voir sur lui Moréri, Bayle, Leclerc et Joly, et les auteurs cités par ces critiques , tels que Grotius, La Mothe-le-Vayer, Gostar, l'abbé de Marolles, Huet. Baillet, La Monnoie. Bayle a repro-

duit deux passages du tome I des Œuvres complètes de Balzac relatifs à Peyrarede, l'un emprunté à une lettre à l'avocat Moricet. du h décembre i646 (p. 7o3), l'autre emprunté à une lettre à Gonrart, du a janvier i648 (p. 867). Voici un autre extrait d'une lettre à M. de la Thibaudière. du 16 octobre i643, (p. 553): ctLe sçavant ir Peyrarede y doit estre (à Paris) en ce irtemps là , s'il est homme de parole. Il tenons apportera ses conjectures sur Plante tret sur Martial, pour mesler avec nos it truffes et nos champignons. De tout cela . net de beaucoup de sel et de poivre, il ne «se fera pas de mauvais ragousts...» L'abbé

ce <[ue vous en seavez, el , s'il vous va voir, je vous prie fie iti\ demander de ma part les Hendeeasillabes qu'il me récita et que je trouv .; \ incomparables sortant de sa bouche, quoiqu'il ne récite |>a> avec tant de grâces que Mondory1. Je dors d'assoupissement et de faiblesse posl longea heu et crudeles vigUias!

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