CU
Du 12 décembre i(ji."j.
.Monsieur, Je fus si mal le jour que partit le courier de la semaine passée, qu'il me fut impossible de vous escrire. Sans cette ris major à laquelle il fallust obéyr , et qui estouffa mes parolles jusques clans mon estomac, je ne me fusse pas privé du seul contentement que me laisse vostre absence, et peut estre de la seule action de liberté que je fais dans un monde qui me gesne et m'incommode de tous coshs: dans la ruine, j'ose dire universelle, de la sincérité, de la franchise et des autres vertus sociables. En effet, Monsieur, ce monde me semble
Audierne (LePérigord illustré, l85i . p. 173) fait nailre Jean de Peyrarède à Bergerac , et il est d'accord, en cela, avec une des lettres qui vont suivre.
1 Pseudonyme sous lequel se rendit célèbre comme acteur Guillaume Gilbert, que l'on croit né vers i58o et qui mourut en i65i. C'est M. Jal (Dictionnaire critique de biographie et d'histoire) qui le premier a fait connaître le nom patronymique. Voir, sur Mondory, outre les dix auteurs indiqués dans la Nouvelle biographie générale , Tallemant des Réaux (t. VII. p. 170), les auteurs du Menagiana, qui le proclament mm des plus habiles comédiens de son rr temps,» et qui ajoutent qu'il réussissait à faire pleurer le cardinal de Richelieu; M. Soulié, le conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal (Revue de Paris du
3o décembre i838). La Nouvelle Biographie générale fait naître Mondory à Orléans. Tallemant prétend qu'il restoit filz d'un '■juge ou d'un procureur fiscal de Thiers . en rr Auvergne. » Enfin Marguerite Perrier, la nièce de Pascal, assure, dans ses Mémoires de famille ( voir Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. V. p. 317). que Mondory était de Clermont. M. Soulié a publié deux lettres de Mondory, dont une, du 18 janvier 1637. et où il est parlé des premières représentations du Cid, est adressée à Balzac. M. P, Paris a publié une autre lettre de l'excellent comédien à Pierre d'Hozier (Historiettes, t. VII, p. 186). Voir une lettre de Balzac à M. de Mondory du i5 décembre i63G (page 619 du tome I des Œuvres complètes ).
DE -il. \ n LOUIS GUEZ DE BALZAC. 3S9
bien gasté, el je ne trouve presque plus de confident qui soif seur, I il ii s d'yeux nj d'oreilles <|ui soient fidèles. Quand je parle des hommes je ne parle |>;is des demi-dieux; je les excepte de mes termes généraux . et, quoyque le mal les environne, considérons 1rs dans un étal de pureté inaltérable à toute la corruption du dehors, à toutes sortes de mauvais exemples. Parmy ces âmes privilégiées el ce petit nombre de choisis, vous sçavez bien oui nous niellons à part et qui esl nostre généreux par excellence1. Je nous suplie, Monsieur, de lu\ reconBrmer ces asseurances solides, réelles, essentielles, que je luy aj con6rmées solennellement, cet abandonnement de cœur, dont vous me parlez : cette passion plaine de respect et de révérence, que je conserveray toute ma vie pour son incomparable vertu. Je serois bien Easché qu'il prist la peine de m'escrire encore une fois, et vous m'obligerez de luy dire ipie les marques de souvenir qu'il a eu la bonté de me donner me sont si chères et si glorieuses, qu'elles doivent entretenir mon esprit, chatouiller ma vanité, nourrir mon ambition dix ans tout entiers; qu'elles me doivent consoler de tous les desplaisirs qui me peuvent arriver durant ce temps là. S'il veut aller plus avant et me faire de nouvelles faveurs, il suffit que je les receoive dans vos lettres; et soyez, s'il vousplaist, le milieu qui joigne les deux extrémités, et qui approche la Cour du Désert.
J'ay veu depuis peu le Président d'Angoulesme qui a espousé une nièce de M1' de la Thibaudière2; il m'a dit que toute sa domesticité
1 S'agit-il du chancelier Séguier?
" Voir une lettre de Balzac, du 3 janvier io65 (p. 679) à son cousin M. Gandillaud, président au siège présidial d'Angoutênie. Ce fut à ce neveu par alliance de M. de la Thibaudière que Balzac dédia sa 1 9e dissertation critique intitulée: De Montaigne et de ses escrits (t. II, p. 65 8-661). Des vers latins furent aussi adressés par Balzac (seconde partie du tome II, p. 53): Gabrieli Gnndillaldo apud Engolismenses prœsidi. Une
fille du président Gandillaud , nommée Marguerite, composa, le jour même delà mort de Balzac , et étant alors âgée de douze ans . six vers latins que l'on trouvera à la suite de la Relation de la mort de M. de Balzac , escrite par feu M. Moriscet, adooeat en parlement, à la dernière page du tome II des Œuvres complètes. J'ai vu , à la Bibliothèque nationale (Fonds Français, vol. fjhoS).
plusieurs lettres écrites au chancelier Séguier par le président Gandillaud.
crie contre luy, et qu'une femme et cinq ou six petis enfants sont preste de l'aller quérir à Paris, pour venir mettre ordre à des affaires pressantes qui ont besoin de luy à la mayson. 11 s'amuse, disent-ils, à rien ou à peu de chose, et néglige l'essentiel et le principal; il perd !<■ nom de bon père de famille, pour acquérir celuy de mauvais commentateur de Tacite. Je ne suis en tout cecy que l'interprète de la Domesticité: mais vous estes certes merveilleux de me conseiller de luy escrire pour avoir sa lettre, vous qui n'ignorez pas que, quand je l'aurois receue par homme exprès, ou je n'y respondrois point, ou je me ferois une violence si j'y respondois. Toutes les lettres et tous les complimens de c.'tte nature me sont des corvées insupportables. A vous seul, Monsieur, j'escris avec plaisir et gayeté; mais c'est aussy sans soin et sans préparation, et il est très vray que je ne garde point copie de ces lettres. Si je le faisois, quel mauvais fin serois-je? Quelle ridicule chose seroitce, si je vous priois de m envoyer de Paris des escritures que j'ay, et que je voudrois avoir deux fois.
H ne se peut rien de mieux que ce que vous m'escrivez de cette nouvelle espèce mestive entre le Sonnet et l'Epigramme. J'ay receu les derniers ou Sonnets ou Épigrammes, avec les lettres de nostre cher poète1, et mon advis est entièrement conforme au vostre, touschant le mérite de sa poésie. Je suis ravi de cette belle et noble facilité. Les choses et les parolles m'en plaisent également; et quelle vieillesse, Bon Dieu , sera celle-là , si elle réussit en Cour, en Amour et en Poésie? Je désire de tout mon cœur la première réussite, et il me semble quavecqoes le charactère de prestre de la déesse Thémis, qu'il a il y a longtemps, il pouroit bien exercer quelque intendance ou demy intendance, si Solon avoit de la bonne volonté pour luy ; je ne luy escris point dans je chagrin où je suis, mais vous, Monsieur, et trois ou quatre parens que j'ay maintenant à Paris, supléerez aisément à mon défaut et l'asseurerez efficacement, je vous en conjure, de mon amour et de mon estime. Au reste, si je suis urbain, vous estes urbanissime et renchérissez tousjours de beaucoup sur mes plus urbaines urbanités.
1 François de Mainard.
Ou \») perdu l;i mémoire ou le Patelin a mentito perla gala, et de hit
IkicIciiiis. Mille 1res humides baisemains à nos deux liés excelleiis am\^
les sénateurs d'Austrasie l. Pour vous, Monsieur, les termes me manquent, el je ne trouve |>oini de superlatif qui n'exprime imparfaitement la tendresse, le respect, la vénération, etc., Monsieur, de vostre, etc.
Du 17 décembre îfi'i.'i.
Monsieur, Pourquoy est-ce que je suis Lousjours sur la pente du désespoir, et que je ne tombe point, que je meurs sans cesse et ne suis pas mort? C'est, Monsieur, que, dans ce perpétuel voisinage du désespoir, vous ne me perdez jamais de veue, c'est que, quand le précipice est devant moy, vous estes derrière; c'est que vous arrestez mon ame, quand elle s'enfuit; c'est que vous me retenez en cette vie par la force de vostre amitié, par vos bons conseils et par vos douces consolations:
Perge modo noslrosque levés, Capelane, dolores Pharmacaque asperso semper mibi nectare dexlra Misceat, et solita infirmum dulcedine curet; Scilicet illa polens revoeare e faucibus oris Garos dextra tuos, mortalesque addere Divis.
Vous voyez bien que les derniers mots de ce dernier vers vous demendent le panégirique que me promet vostre lettre, et que j'attens desjà avec mon ordinaire impatience. Comme vostre panégirisé est sans comparaison plus brave et meilleur que Stilicon, je ne doute point que vostre panégirique ne vaille plus que tous ceux de Claudian , quoy que le bonhomme Malherbe les admirast, quoyque celuy qui les a faits l'ust et grand courtisan et grand poète , quoyqu'on voye encore
' Lhuillier et Rigault, conseillers au parlement de Metz.
une statue, je ne sçay où, érigée à sa mémoire avec cette inscription : CI. Cktudiano prœghriosisçimo poetarum, etc. '
Le seigneur Peyrarède eschappa à mon souvenir il y a huiet jours;
et je ne vous en diray point encore ce que j'en pense, parce (jue je ne l'ay pas assez considéré pour le bien cognoistre. La première veuedes choses et mes premières pensées m'ont souvent trompé, outre qu'il esl aisé à la bonté feinte ou véritable de corrompre mon jugement par le moyen de ma passion. Cettui cy s'est détourné de son chemin d'une journée et demye pour me rendre une visite. 11 m'a fait d'abord mille protestations d'amitié. Il s'est avoué de vous. H a commencé ses complimens par les chers noms de Ménagé et de Mainard2. 11 m'a récité quantité de ses Epigrammes. Il m'a communiqué quelques unes de ses corrections sur les poètes. Il m'a dit qu'elles avoient été admirées par Grotius, et que Heinsius s'estoit récrié dans une conférence qu'ils eurent ensemble: Per Deum immnrialem, lu en summus crilicorum. Il m'a dit aussy que le brave Cerisantes n'entendoit pas le latin et que sa dernière ode imprimée estoit très mauvaise. H m'a dit encore que nost litres aymé Mr d'Ablancour avoit fait quatre cent fautes notables dans sa traduction de Tacite. Il m'a dit plusieurs autres choses que je naj pas le loisir de vous escrire, estant pressé de finir par le laquais de ma nièce qui me demende ma lettre. C'est. Monsieur, vostre, etc.
Je voudrois bien, avec les vers du Père Théron*, ceux de Mademoi-
1 On lit dans l'article Claudien fourni par le savant Jos. Vict. Le Clerc à l'Encyclopédie des gens du monde, et reproduit dans la Notice sur la vie et les ouvrages de Claudien (collection Nisard) : <rCes divers « ouvrages de Claudien me'ritaient-ils la statue "de bronze que Stilicon lui fit élever dans fie forum de Trajan, avec une inscriplion -latine, que Poniponius Letus, qui en incventa bien d'autres , prétendit avoir retrourvée à Rome en 1 4g3 , inscription où l'on
r. imagine pour Claudien lépitbète barbare tr de pNBgloriosissimus, et qu on fait suivre td'un distique grec qui lui accorde a la fois tIc goût de Virgile et le génie d'Homère? - '- Il n'y a rien sur Peyrarède dans le Menagiana, mais, en tête des OEuvres de Maynard ( Paris , 1 646 , in-4°) , on trouve douze vers latins signés /. Peyraredus , et dans un desquels le poëte est appelé:
Alter gallico in orbe Martialis.
5 Le copiste a écrit: Thiron.
DE JEAN l.onis GUEZ DE BALZAC. 889
selle de Schurmann el quelques unes de ses lettres; faites en souvenir imsiiv très cher.
Du a'i décembre 1 645.
Monsieur, Je vous escris t*n grand désordre, el en ;iss<;z mauvais estât. Ce sera seulement afin i[uc vous ne pensiez pas que je sois plus
mal que je ne suis, et que vous ne preniez pas à la lettre Iioiiuiiciii degentem sihntium pour un homme mort. Les vers du Batave1, s'ils sont obligeans en toutes façons, ils m'obligent en effet à beaucoup de choses qui m'incommodent. Ils me lient les mains contre le père2: ils rompent mes mesures pour l'impression du volume, ils m'ont desjà fait quitter ma besoigne, et avec quelque sorte de despit. Que deviendra tout ce que j'ay escrit a M1" Saumaise, et plusieurs autres endrois du livre, où il est parlé librement du superbe Heinsius? De quoy ne me mandant rien par vostre dernière, j'aurois quelque sujet de croire d'un autre que de vous qu'il n'auroit pas pris la peine de iire la copie qui m'a esté renvoyée. Je ne plains point néanmoins les endrois qui se perdront, et, quand tout le livre périroit, je me consolerois aisément de sa perdition, pourveu que je ne fusse point obligé d'en faire un autre. C'est donc la peine de refaire et de changer que je crains comme la mort; et, à vous parler franchement, j'eusse encore mieux aymé des ïambes satyriques que des Hendecassillabes amoureux, parce qu'il m'eust esté permis de ne respondre point aux premiers et que mon silence eust passé pour modestie, au lieu qu'en cette rencontre il seroit appelle incivilité. Je ne puis néanmoins rien dire que vous ne m'ayez premièrement fait sçavoir en quels termes est Heinsius avecques Saumaise, sur quoy il faudra que je règle mon compliment; et cela, Monsieur, après avoir maudit une infinité de fois ma réputation et mon mestier de faiseur de lettres.
Mille très humbles remerciemens, s'il vousplaist, à nostre très cher
1 Nicolas Heinsius. — 2 Daniel Heinsius.
M1 Ménage, pour la très belle lettre qu'il ma escrite. Vous ne doutez point, je m'asseure, que je n'ay receu avec toute la gratitude dont je suis capable l'honneur que m'a fait Mr le Coadjuteur, qnem virum atU heroa1, et ce qui s'ensuit. Vous achèverez le reste et il vaudra beaucoup mieux de vostre façon que de la mienne. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Je vous suplie, Monsieur, de tesmoigner au petit ainy que je suis t lus satisfait de ses soins quoiqu'il ne receoive point de mes lettres. Asseurément je quitteray la France, et m'yray conGner dans la Thébaïde, s'il me faut plus escrire à d'autre qu'à vous. J'attends impatiemment et avidement le panégirique, moy qui n'ay plus de goût pour quoy que ce soit, non pas mesme pour le nectar et pour l'arnbrosie. Pardonnez à ma précipitation, je ne sçay ce que je vous escris depuis le commencement jusques à la fin.
Je sçauray par vostre moyen quel homme est ce Nicolas, fils de Daniel, du corps, de l'esprit2, etc.
Du 3i décembre i645.
Monsieur, Le courrier qui devoit venir hier n'est pas encore arrivé. C'est le Dieu perruque de glaçons3 qui l'a arresté par les chemins. Ce
1 Horat. Carminum liber primus, ode su,
" .Nicolas Heinsius était venu à Paris en i645, âgé de vingt-cinq ans, pour y étudier les manuscrits d'Ovide et de Claudien. Il avait été très-bien accueilli par le duc de Montausier, auquel il dédia, par reconnaissance, un recueil de poésies latines (Elegia* rum liber, Paris, i646, in-i°). Chapelain, qui avait pu le voir beaucoup à l'hôtel de Rambouillet, donna sans doute à Balzac tous les renseignements qu'il lui demandait sur
le jeune philologue hollandais. Je ne sais en quels termes était alors Heinsius avec Saumaise, mais ce que je puis dire, c'est qu'en iG5o, quand Nicolas publia sa remarquable édition de Claudien ( Leyde .
in-i 2), Saumaise laissa trop voir la jalousie et la haine dont il était animé. Voir la vie de Nicolas Heinsius si bien racontée par Burmann en tète des Adcersaria du premier (1742).
3 J'avais pensé d'abord que le Dieu perruque de glaçons était une de ces métaphores
DE JEAN-LOUIS fillKZ DE BALZAC. 385
soni les enfans frénétiques du Beptentrioa qui tiennent à présent l'em pire de l'air et de la terre, (le sont les postillons <l Eolle1 qui empeschent les nostres de courir. Je ne respons donc pointa <!<*-> lettres que je u'jiy point receues : mais, en les attendant, je vous dira) de rechef, Monsieur, que les injures de Daniel m'eussent beaucoup moins fasché que les cajolleries de Nicolas, et que je suis incommodé de lous les complimens qui demendent d'autres complimena?. Ce n'est pas que je ne prise infinimenl l'acquisition d'un amy: mais me voudriez-vous faire accroire que ce soit amitié que tout ce commerce de vent, de fumée et d'autres choses encore pins légères et plus vaines? On loue pour estre loué, et je suis si las de l'un et de l'autre que je ne souspire plus qu'après le silence et l'obscurité, j'ay pensé dire la surdité. Je voudrois souvent estre enchanté dans quelque palais d'une islc inconnue, sans action, parolle ny mouvement, ne vivant que par le seul dormir, pourveu que mes songes me représentassent perpétuellement vostre image, et me parlassent tousjours de vous. Presque tous les autres objets m'inporlunent et m'affligent; et, pour passer de la thèse à i'hipothèse, je ne craindray point, de vous dire que deux Révérends Pères et un Cavalier sont venus aujourd'huy céans, sans que j'aye voulu me laisser voir. Peu s'en faut que je ne leur aye crié moy-niesme : Je n'y suis pas. Ainsi, quoyque quelquefois on me traite d'enfant de Jupiter, je suis plus fa-
que le cardinal Du Perron reprochait à Du Bartas, mais je n'ai rien trouvé de pareil dans la Semaine. Peut-être Balzac a-t-il simplement voulu faire allusion à un vers de Ronsard et opposer l'hiver «perruque de (t glaçons ■» au soleil « perruque' de lumière!»
' Et de qui la parole
Serre et lasche la bride aux postillons d'jEole. Dd Bartas, v. 3 et k du premier jour de la Semaine.
2 Ces compliments, Balzac ne les fit pas trop attendre à Nicolas Heinsius. Voici ce qu'il lui écrivait, le 1 5 janvier 1666 (p. 670): n-Si la Serene delà France, ainsi vous plaist
rtil de me nommer, n'est pas tout à l'ait trniuetle, outre que la pluspart du temps n-elle est enrumée, il ne luy reste qu'un petttit filet de voix, qui ne seroit pas capable trd'endormir le plus assoupi matelot de rr vostre pays. C'est vous, Monsieur, qui (testes en âge et en estât de charmer , et rrnon seulement les compagnons de Ulysse. rrmais Ulysse mesme... Vous avez, à vingttr quatre ans, tout ce qu'une exquise nourrirtture peut adjouster à une heureuse naissance, etc.»
louche que les enfants de Neptune, que le Ciclope mesme le plus farouche de tous, et duquel nostre amy a dit:
Nec visu facilis, nec dictu aflabilis ulli '.
Un homme de cette humeur ne désire point, Monsieur, que Heinsius se raproche de luy. Au contraire de n'estre qu'à Leyden, il trouve que ce n'est pas estre assez esloigné de Balzac. Il n'est pas pour moy assez avant dans le Nort. Pleust à Dieu que tous les faiseurs de complimens fussent à Stokolm et au delà, qu'ils s'en aillent au diable chez les Lapons, tous ceux qui me voudront importuner chez les Hollandois! Mais le panégirique ne viendra-t-H pas par le premier ordinaire? Je vous jure, Monsieur, que, dans ma verte jeunesse, je n'attendis jamais l'heure dune assignation avec plus d'impatience, ou plus de. fureur. car, en matière d'amour, ma passion va quelquefois jusque là. 0 que je verrai d'admirables choses! Que je seray glorieux de voslre gloire! Que je diray de fois : «L'excellent amy que j'ay! Que c'est un excellent it ouvrier de couronnes! Qu'il est nécessaire pour les triomphes! Que - les demy dieux ont besoin de luy ! -n Le vostre m'a fait souvenir de mou discours à la Reyne, dans lequel il a bonne part, comme vous sçavez. Et, parce que nouvellement j'ay retouché, changé et corrigé le discours pour le mettre en estât d'estre imprimé avec quelques autres à la suite des Choisies, je vous l'envoyé de cette dernière révision par le messager qui part demain d'Angoulesme. J'en ay osté tous les endroits odieux et quelques uns qui me desplaisoient. Vous n'y trouverez plus le grand Pan mort, quoy qu'au jugement des justes il ne pouvoit jamais mieux estre qu'en ce lieu là. Mais il faut que vous sçachiez, Monsieur, que M1' le Mareschal de Grammont2, passant l'année passée
1 Virg. jEneid. III, 621. Dans une lettre à Conrart du ao novembre
2 Antoine III, d'abord comte de Guicbe, iG5a (p. 957), nous lisons: <rJe vous puis duc de Gramont, né en 160&, mort ff eusse écrit il y a trois jours, si j'eusse eu en 1678. Voir une lettre de Balzac, du aime heure de loisir pour cela. Mais Mon- 1 4 janvier 1 665, ff à Monseigneur le duc de frsieur le Maréchal de Grammont estant icy, «■Grammont, maréchal de France (p. 616). 71 (fil falut luy donner le jour du courrier.»
DE JEAN-LOUIS Gl E2 DE BALZAC.
en ce pays, me lii DBtîre tanl de civilités par mon neveu , pour m'obligei .1 ne in\ paa refuser une douzaine de lignes, que je lui eusse bien donné davantage, me le demendanl si bonnestemenl el d'une manière >i obligeante. Reprenez donc, s'il vous plaist, la douceur de vostre visage, pour nue composition à qui vous Bstes un peu mauvaise mine l,i première fois que vous la vistes; elle es1 purgée à mon advis de toul ce <|iii vous pouvoit choquer, et rien n'empeschera maintenant que vous ne ln\ donniez vostre bénédiction, pour lu y porter bonheur, et la faire réussir dans le monde. Je vous suplie de la faire voir de ma pari à M. nostre Gouverneur, et de la lin laisser quatre ou cinq jours, après lesquels vous me ferez la faveur de la retirer, et de la rendre à Mr de Forgues, qui me la renvoiera ou me l'apportera luy-mesme, parce que c'est la seule copie bien correcte que j'en aye.
Vous trouverez dans ce paquet un petit poème que j'ay fait contre un Tiran de collège, terrible et impitoyable foueteur1, tel qu'estoit autrefois Orbilius quem phgosum dùxereolim magnanimi Rémi nepoies-. M y a ensuite une de mes vieilles Épigrammes que j'ay ajustée et augmentée de six vers, pour commencer à me revancher de tant de laveurs que j'ay receues de nostre très cher Mr Ferra mus : Si vous la jugez digne de luy, vous luy en donnerez une copie. Je vous demende tousjours les bonnes grâces de Mr l'Evesque de Grasse, et vous conjure de l'asseurer tousjours comme il faut, de l'amour et des respects que j'a\ pour son incomparable mérite.
Je vous prie aussy de sçavoir de Madame la Comtesse de More si elle a le testament que Mr le Maresclial de Marillac 3, son oncle4, fit à Ruel5, et qu'on m'a dit avoir esté supprimé par le Cardinal. Un homme
1 C'est la petite pièce intitulée: Orbilius en 1629, décapité comme concussionnaire
(p. 21 du tome II de la seconde partie des le 10 mai i63a. Œuvres complètes). 4 Une sœur du maréchal , Valence de
s Voir Horace (lib. II, ép. 1, v. 70, 71). Marillac, épousa Octavien Doni, seigneur
Cf. Suétone, De illuslribus Grammaticis , d'Attichy, et de ce mariage naquit la comtesse
cap. 11. de Maure.
Louis de Marillac . maréchal de France 5 Le P. Grififet, qui a donné tanl d'exacts
de condition m'en a fait présent d'une copie comme d'une chose extrêmement rare, et je luy a y fait là dessus un remerciement qui, à mon advis, ne desplaira pas à Madame la Comtesse. Le testament finit par ces mots : Fait au chasleau de Ruel, et clos montant en carosse pour aller où il plaist au Boy de m envoyer.
Mon frère ne manquera pas de vous rendre ses devoirs : je m'imagine que vous ne le trouverez pas trop provincial. Je suis tout à vous. Balzac.
Le courrier est arrivé et m'a apporté vostre lettre, mais vos vers, qui pouvoient arriver demain par le messager, sont demeurés à Paris parla faute du stupide Rocolet, cm culpœ expiandœ quantum Jlagr or um opus esset. 11 mande à ma sœur qu'on luy a apporté un paquet de chez Madame Camusat, mais qu'il le trouve trop gros pour la poste et trop petit pour le messager, et par conséquent qu'il ne l'envoyé point : le messager, autem ne luy en desplaise, porte des lettres de deux sols de port. Vous ne sçauriez croire l'indignation, voire la colère, voire la haine, que j'ay contre ce maraut, qui devroit estre crocheteur ou palefrenier et non pas libraire ou imprimeur. Je ne puis luy pardonner cette dernière dureté de crâne, et une omission qui m'afflige au dernier point, qui me rend malade , qui tire de mon cœur et de ma bouche plus de malédictions et d'imprécations contre luy qu'il n'y a de sillabes dans vostre Ode. En vérité il n'y a plus moyen de le souffrir. Il m'a fait mille niches, mais cette dernière faute comble le boisseau, et vous me ferez plaisir de rompre tout à fait avec luy et de ne le point escouter en ses justifications, comme je suis résolu à la mesme chose. Il y a peu de gens de sa profession qui ne vaillent mieux que luy, et, si vous l'avez pris quelquefois pour un bon homme, croyez sur ma parolle qu'il n'en a que le dehors, et que c'est un Asne qui fait tout ce qu'il peut pour estre Renard. N'en parlons jamais, je vous en prie; nous ne manquerons point de libraires qui nous servent.
détails sur le procès du maréchal de Maril- de l'exécution , lorsque le sieur des Ruaux lac (Histoire de Louis XIII, t. II. p. a-23- entra (àRuel) dans la chambre de Marillac, a5o ) dit que le lundi matin. 10 mai, jour "il le trouva qui écrivoit son testament.-
DE JEAN-LOI IS Gl EZ DE BALZ w,
J'enrage de n'avoir pas vostre Ode el vous veux presque mal d'avoireusi peu de soin de l'envoj d'un si riche présent. J'espère, j'espère au lieu que je devrois jouir.
Du janvier 1 666.
Monsieur, C'est sans doute mon mauvais Démon nui vous conseilla d'envoyer à Rocolel ce que vous deviez avoir envoyé à M'de Forgues. Vous pensez que j'axe receu vostre Ode il y a huit jours, el je vous apprens qu'elle ne sçauroit estre icy de quinze. Voicy de quoy vous le prouver par les propres termes de la lettre que ma sieur a receue aujourd'huy de cet honneste homme : «J'ay céans un gros paquet que » j'envoyeray au messager par le premier ordinaire avec quelque autre «chose que j'y joindra y, etc. De Paris ce dernier jour de l'année i6/u>.« Iprès cela je vous demande si le maraut n'est pas le dernier de tous les maraus? S il n'est pas bipedum stultissimus , stolidissimus, e/c? Si son esprit ne doit pas estre envoyé aux Incurables? S'il ne peut pas disputera Margitesla couronne du royaume de la Morie? S'il n'a pas du fer dans la leste? S'il n'est pas tout corps et tout matière? Si ce n'est pas un asne sous la figure d'un homme? Je souffre cependant cette dureté asinine ; et vous excuserez encore Capo di ferro s'il a recours à vostre bonté. Je vous prie, Monsieur, mais je vous en prie tout de bon, de ne le voir jamais pour l'amour de moy, et de luy faire dire par quelqu'un de vos gens, en luy fermant la porte de vostre logis, que je vous ay fait cette prière:
Dii tibi pro ferro hoc capitis pro pectoris hujus Innecta silice, ac rigidis, o beslia, fibris Reddanl formata Asini: certe nec fœmina nec vir Tarn durum fecere caput; tu vera rudentis, Vera patris soboles, ouineni gravitate paterna, Perge modo, Arcadiam vinces : tu tardior orani, Fustibus œternis et dignior. ibis asello.
Ma cholère ne s'exhale pas par là et j'en garde bien plus dans le
coeur que je n'en verse sur le papier après avoir leu les vers que je viens d'escrire, et que l'indignation m'a inspirés tout d'un coup; il me semble, monsieur, qu'ils ne sont pas trop mauvais et que mon extemporaneité est assez heureuse. Si cela est, il seroit dommage qu'elle se perdist, et je vous suplie de nouveau de mettre à part toutes les lettres (sans en excepter une seule) que je vous ay escrites, depuis celles que vous m'avez renvoyées, afin que je les receoive par le retour de M* de Forgues, vous promettant iby d'homme de bien elperquicquid inter homines sanction, etc., que je n'ahuseray point de vostre nom, et que ma liberté ne vous sera jamais reprochée, non pas mesme par le scrupule et par la superstition.
Je suis bien ayse que vous ne soyez pas mal satisfait de la personne de mon frère. H sçait que je suis tout à vous, et que vous estele plus cher objet de mon amour et de mes respects; mais il sçail de plus que toute la Cour est ma rivalle dans une si noble passion; il sçait qu'il faudroit venir delà Chine et du siècle Mille Cinq Cens, pour ignorer que vous estes un des ornemens de la France et une des lumières de nostre siècle.
Je vous avois parlé par l'autre ordinaire de Madame la comtesse de Maure; mais je me ravise, et vous prie de ne luy rien dire du testament dont est question, que vous n'ayez eu là dessus de mes nouvelles. Au reste, Monsieur, ne vous souvient-il point que je vous menassay , il y a plus de cinq ou six ans, d'une silveà Mr l'abbé de Boisrobert, et que je vous priay de luy porter de ma part cette parolle de guerre? Le poème fut commencé dès ce temps là, mais je ne l'achevay que dernièrement, et encore la chose s'est faite plus tost par hazard que par dessein l. Ce courrier vous en porte une copie que je recommende à vostre bonté, affin que l'abbé me sçache gré de ma dédicace, et qu'il voye que j'ay autant d'affection pour mes amys que j'ay de mespris pour la fortune. La pièce est une chaisne d'interrogations. Elle demende des nouvelles et les dit presque toujours en les demendant. On y pourra remar-
1 Ad clarissimum cl amicissimum antis- (p. 22 de la seconde partie du tome II des titern, Metellum de Bosco Roberlo epislola OEuvres complètes.)
DE JEAN LOI IS Gl EZ DE B ILZAC. 341
quer de l'antidate et quelque chose qui, -pour l'ordre du i «-i nj >s et la rigueur de la vérité, n'esl paa entièrement historique: comme |>ar exemple j'ayme mieux parler de la Reyne mère que iln cardinal, el [' autistes n'estoil alors abbé que de son nom , el on ne faisoit poinl guerre ouverte à Mamurra, el on ne parloil point du cher Ferramus, etc. Mais luni cela est de forl peu d'importance, et d'icy à dix ans personne ne l<' Bçauroil reconnoistre; maintenant mesme peu de gens s'en appercevront. Je finis en pestant de rechef contre la teste de fer, qui me fait mourir de langueur el d'impatience. C'est, Monsieur, vostre, etc.
Que les nouvelles de Catalogne me plaisent , el que nostre mareschaJ
de camp1 s'érige luy mesme en général d'une admirable manière! C'est véritablement estre artisan de sa fortune, mais artisan comme Polyclete et Phidias, artisan de chef-d'œuvres et de miracles, comme ces autres desquels on a dit qu'ils ne travailloient que pour l'éternité et pour les Dieux, les Pioysdc leur temps estant trop pauvres pour achepter leurs ouvrages. La gloire de cettuy cy me touche plus vivement qu'il ne seroit de la bienséance philosophique. Mon insensibilité en est chatouillée et vous sçavez bien pourquoy, et pour combien de raysons. Le petit rayon que j'ay veu dans la Gazette a desjà esclaircy les nuages de mon visage ; a pénétré jusques dans les Ténèbres et dans le Tartare de mon chagrin jusques à faire luire le jour entre les morts.
Le i5 janvier i646.
Monsieur, Je quitte toute autre matière pour venir à celle qui m'est la plus chère, et qui me remplit aujourd'huy l'esprit. Je parle de vostre sublime, pompeux, magnifique, en un mot incomparable poème'2. Je
1 Le marquis tic la Trousse. de Chapelain en honneur du cardinal de Ri-
2 Saint-Marc, dans le tome I de son édi- chelieu(rrjen'ay pas prétendu que Chapelain, lion des OEuoves de Boileau (p. un), au su- itpar exemple , quoyqu'assez méchant poète, jet de l'éloge donné par le satirique à l'Ode rrn'ayt pas fait autrefois, je ne sais comment
l'ay receu par une voye extraordinaire et par les soins d'un autre que de mon asne de fer; je l'appelle ainsy à la différence de celuy d'Apulée, qu'on appelle d'or. J'ay donc receu de vostre grâce ce riche présent; mais je n'a y garde de vous obéir, après vous avoir remercié. Je serois un fort honneste homme, si je voulois prononcer ex cathedra (comme vous dites par galanterie) sur un oracle qui me vient ex tripodc (comme je dis sérieusement). Je dis plus, Monsieur, je n'avoue pas seulement votre inspiration, je la voy, je la sens et j'en ay ma part. Vous failes de moy ce que vostre muse a fait de vous : vous me mettez hors de moy-mesmc; vous me transportez l'ame et les sens. La lyre d'airain rehaussée de plus de trois tons, quoique vous n'en confessiez qu'un, m'a agité d'une estrange sorte : elle a presque fait un poète d'un orateur, et à l'heure que je vous parle, je serois capable de vous faire une Ode, pourveu que vous ne la voulussiez pas extrêmement longue: tant la vostre m'a laissé de semence dans l'esprit, et a sceu vaincre ma stérilité; tant elle a remué puissamment cette partie harmonique, qui se trouve dans les âmes les plus dures et les plus terrestres, danscelle mesme de Rocolet.
Les fredons et les afféteries de la Musique corrompue ne vont pas si loin : sa douceur molle et efféminée qui s'arreste toute dans les oreilles, et n'a pour fin que leur volupté, ne produiroit point un tel effect, n'iroit point chercher, jusques au fonds de l'ame, un petit principe de chaleur, une bluette à demy esteinte, pour faire un grand feu et de belles flammes. H faut une force extraordinaire pour ces effets merveilleux, et c'est à vous à qui je diray dans l'ode que je médite : Toy, dont la force est le partage.
Ce n'est pas que vos vers manquent de douceur, mais c'est que la
tune assez belle ode»), Saint-Marc, dis-je, tr Heure à celle dont il vient d'être parlé. J'y
s'exprime ainsi : crJe connois une autre ode tr trouve même en quelques endroits plus de
rrde Chapelain pour monseigneur le duc <rgrand et de sublime.» Ces dernières ex-
(rd'Anghien, imprimée à Paris, in-6°, chez pressions sont aussi dans la Bibliothèque
fia veuve de Jean Camusat et Pierre le Petit française de Goujet(t. XVII, p. 372). rten 1 666. Celle pièce n'est en rien infé-
DE Jl-;\\ LOI [S GUE2 DE B ILZAC.
force domine, comme de rayson. \us vers ont des grâce* el de [a beauté, mais ils uni «lu courage et de la valeur encore |»lns. Il me semble qu'ils fonl plus tôt la guerre qu'ils ne la descrivent; (ju'ils combattent eux mesmea et <|n'ils tuenl eux mesmea les généraux; qu'ils entrent en société de victoires el de gloire avec li-s actions <|n'ils ont célébrées. Voulez-vous croire un homme <|u'ils onl inspiré? Ils seront un jour les amours et les favoris des Princes, leurs conseillers et leurs directeurs. C'a esté la fortune «le ceux qu'Alexandre aymail si fort; qu'il avoit logés dans une cassete garnie de pierreries, qu'il faisoit coucher avecques luy. Il vaut mieux, Monsieur, ressembler à Homère qu'à Hésiode, c'est à dire au poêle des Lacédémoniens qu'à celu\ de leurs \alets; à Pindare qu'à Anacréon, c'est à dire à un i[iii va dans le ciel et qui trouve le soleil, qu'à un qui ne vole que dans les parterres et qui ne bouge de dessus les fleurs. Pour conclusion, vous avez trop grand sujet de vous contenter de vostre partage. Souffrez sans envie que la voix des autres endorme et chatouille les courtisanes pourveu que la vostre resveille et anime les capitaines; ne soyez point fasché qu'entre vos ouvrages et ceux qui sont les plus estimés on face la dilférence que j'ay veu faire en Italie, entre deux portraits d'Achille, dont l'un estoit plus hardy et l'autre plus délicat: Celuy la (ce sont les parolles d'un grand personnage) a mangé de la moelle des lyons, celui/ ci a esténourry de confitures.
Je rendray le compliment que je dois, parce que je ne veux pas estre incivil; mais je ne m'engageray point dans un autre compliment, parce que je ne suis point affamé d'approbation, d'estime ni de louanges.
Grammaticas arubire tribus nec pulpita euro '.
Je n'ay point dessein de former de party dans la République pédantesque; de cabaler, de brouiller en ce pays là; et pleust à Dieu estre aussi caché et aussy oublié du monde que ce bonhomme dans la
' Horat. Epistol. liber I, Ep. six, v. 4o. Le véritable texte est celui-ci :
Grammaticas ambire tribus et pulpita dignor.
Mit LETTRES
cabane duquel se retira l'Herminie ' de nostre Tasse. Pour le docteur dont vous me parlez2, on m'a asseuré qu'il ne désennyvre plus, net jam amplius hominem esse sed amphoram3, quid ergo siccis et sobriis intercédera polest cum huju? modi infundibulo commercii, socielalis, amiciiiœ, etc. Au reste, il n'est point nécessaire de me presclier la belle maxime des inimitiés qui doivent mourir. Je vais plus avant, Monsieur, je ne croy pas seulement qu'elles doivent naistre, et Dieu m'est tesmoin, s'il y a un seul homme au monde que je haïsse. Tanti non sunt nec hommes nec res humante, et propterea de statu si non optimo sallem pacato salis moveamur.
Mr Lhuilier est extrêmement injuste , s'il ne m'ayme extrêmement; je l'estime et l'honore de tout mon cœur; et dites luy, s'il vous plaist, (jue mes [plus] jolies de mes Sélectes sont quatre ou cinq que je luy av autrefois escrites, et que j'ay rahillées depuis quelque temps. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.
Du i5 janvier 16/16.
Monsieur, Ce n'est pas assez d'une lettre, vous me fournissez matière pour plusieurs discours. L'exemplaire m'a esté enlevé, mais je ne me suis pas pourtant dessaisy de l'Ode. J'ay leu et releu et ça esté avec succès. Ma mémoire fugitive depuis si longtemps s'est venu rendre à moy pour l'amour de vous, et il me souvient de tant de choses, que j'ay de quoy en entretenir plus de huit jours le Dieu et les Nymphes de la Charente. Je leur parle sans cesse du petit fils de celuy qu ils veirent mourir sur leur rivage 4 , et leur fais avouer qu'il est plus grand
1 Jérusalem délivrée, chant VII. Le co- ncm (Flav. Vopiscus, Hisloriœ Augustœ scrippiste a écrit : Ventre. tores).
2 Daniel Heinsius, je le crains bien. ' Louis I" de Bourbon , prince de Condé ,
3 C'est le mot qui fut dit par un mauvais tué à la bataille de Jarnac, sur la rive droite plaisant devant le corps de l'empereur Bo- de la Charente, le i3 mars 1569. (Voir le nose qui , vaincu par Probus , s'était pendu beau récit de l'auteur de Y Histoire des princes de désespoir: amphoram pendere, non hotni- de Condé, tom. II. p. 70, 71.)
que n'ont esté tous ses pères. Je leur <lis qu'il s'appelle le prince affamé des combats, l'émulateur du grand Gustave; le modeste raillant, le sage ambitieux qui commence au siège d' Irras à dresser Bon robuste liras aux futures grandeurs de tant d'à» tes illustres; qui force et chaf
devant soy les h vmlilaiis escadrons de l.amboy1, de Bufjiioy2, De son fer premières victimes;
qui est en mesme temps général et soldat, etc.-, qui semble seul toute l'armée, juxta illud .- Codes tu!a actes pontis; cl illud quoque: BespubUca nostra tota Camillus erat; qui
Désaltère de sang son fer impitoyable,
quod paulo minus quam illud est: Inebriabo gladium meum de sanguine initnicorum meorum*. Je conte des nouvelles à nostre fleuve de quelque fleuve de sa connaissance, du Rhin, du Nicère1, etc., avec lesquels il fit autrefois amitié aux Estais Généraux tenus chez le père Océan il y a je ne sais combien de siècles. Tout cecy est historique, Monsieur, quoyque d'une manière poétique, et sur un sujet qui l'est aussy; et quand je vous diray que j'emploiay toute l'après disnée d'hier, qui fut assez belle, à vous réciter et à vous chanter au bort de nostre rivière, je ne vous diray que la vérité. La stance de Pithon, comme vous pouvez penser, ne fut pas oubliée dans ce récit; cette stance qui me semble admirable, et que j'estime plus que deux Odes grecques ou latines. Je n'oubliay pas aussy ce divin endroit : Tu cherches son enfance et ne la peux trouver,
qui va si loin au delà de Et sese virtute relinquens; et de In cunis jam Jove dignus erat, et de Parcite natales timidi numerare Deorum. Si le cou-
1 Guillaume de Lamboy, un des généraux rapproche le plus de celui-là , est ce verset
espagnols vaincus à la bataille de Lens , mort du Deutéronome (xxxn, 62): Inebriabo sa-
vers 1670. gittas mens sanguine, etc.
a Charles Albert de Longueval, comte de 4 Nieer, nom latin de la rivière d'Alle-
Bucquoi , général de la cavalerie espagnole magne appelée INecker, qui se jette dans le
aux Pays-Bas, mort en i663. Rhin, près de Manheim.
Le texte qui, dans toute la Bible, se
lier ne me pressoit, que ne vous dirois-je point de ce bras libérateur? De
L'effroyable Mercy', d'armes tout hérissé. Qui cède, qui s'escarte, et, sans se laisser voir, De nions et de fleuves se couvre ?
Que ne vous dirois-je point de tout le reste? Il rue suffit de vous dire pour cette fois, et je le vous dis en poste et dans une extrême précipitation, qu'il n'y a pas seulement des richesses et de l'abondance dans vostre poème, mais aussy de l'économie et de l'ordre; que la fin se rapporte au commencement; que la proportion et la bienséance sont gardées partout. Alibi denique membra pkrumque esse et numcrum. hic vere corpus et aciem. C'est, Monsieur, vostre, etc.
CXXVTI.
Du aa janvier i646.
Monsieur, Dieu soit loué de la bonne et grande nouvelle! Je vous laisse à penser si je suis ayse que vostre héros en ayt un autre qui serve également l'Estat par ses combats et par ses négociations, par ses travaux et par ses plaisirs 2. Pour achever la félicité de ce brave Prince et la nostre aussy, après ce fils il faut une fille qui naisse à Munster, et à laquelle Madame de Longueville n'ayt point de part. iVous l'appellerons la princesse Irène3; l'attendue et la désirée des peuples; celle dont la France a besoin et de laquelle l'Espagne ne se peut passer, juxta ilïud antiquum : Pacem habere Victori ejcpedit, victo necesse est. Pour moy j'estimeray bien davantage cette fille que les deux filles d'Epaminondas; que sa Leuctres et que sa Mantinée. Et qu'est ce que la
1 Le baron François de Mercy, le plus Longueville et d'Estouteville . naquit le
redoutable des adversaires de Condé et de 12 janvier i646. Il ne fut rien moins qu'un
Turenue. mort le 4 août i645 des blés- he'ros et mourut le 4 février i6g4. après
sures reçues . la veille , à la bataille de Nort- avoir reçu l'ordre de prêtrise en 1 C69. linghen. ■ C'est-à-dire la pan.
3 Jean-Louis-Charles d'Orléans, duc de
gloire stérile de deux victoires infructueuses, au |nix de la »;l* i i r<; qui doit produire le repos, la seurelé, l'abondance el ee < j n î s'ensuit? Il faut que vous soyez tousjours obéy, et que ma faiblesse (ace tousjours etfor! pour faire vostre volonté. Vous devriez pourtant m'espargner un peu davantage et avoir un peu plus de pitié de mon infirmité, que vostre rigueur appelle paresse. Mais il se faudra plaindre une autre fois de cette rigueur.
Vous me continuerez cependant vos bons offices auprès de Mrde Heinsius, et, quand vous luj ferez valoir nia lettre infiniment plus quelle ne vaut, vous ne ferez que ce que vous avez coustume de faire.
Nugis qnippe mois tuus est mos addere pondus Magnificaque ornare manu plerumquo sodalem Immcrilum, ut stimulis eadem me pungit aculis Cunctanlem, censumque aliquis cum scribere Belga Me cogit, blandoque expugnat carminé mentem Porticsam calamorum et chartes quas timet omnes Trislia seu décréta patrum, sœviquc Draconis Immites tabulas et scriplas sanguine leges.
Je vous ay fait sçavoir par l'autre ordinaire une partie de mes senlimens sur vostre incomparable poème. Le cher Président m'avoit desjà envoyé les quatorze vers qu'il a faits pour le célébrer; il me les appelle ainsy et non pas sonnet. Vous pouvez croire si le sujet m'en a esté agréable, et si Ménandre me plaist quand il est très humble adorateur de Socrate, et qu'il porte autant de respect à cette sainte vertu que son rival Aristophane la traitoit indignement. Mon dessein estoit de luy escrire aujourd'huy; mais je voy bien que je n'en auray pas le loysir, et il faut mesme que je me haste pour envoyer cette lettre à temps. Je luy fis hier au soir une épigramme que vous trouverez cy enclose et que vous me ferez la faveur de luy donner. Elle sera ou présage de la bonne fortune que je luy souhaite ou consolation de la mauvaise dont il se plaint ; et j'ai pris ma matière dans sa lettre où il me dit en termes exprès que quelques uns veulent qu'il espère, mais que pour luy il ne veut point espérer. Je prétens donc de le réconcilier avec cette bonne Déesse, la pieuse et charitable espérance, qui
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tient toujours bon contre le malheur, et n'abandonne jamais les malheureux, non pas mcsmc après le naufrage, non pas mesme dans les chaisnes, non pas mesme sur l'eschaffaut, etc.
Un autre que moy ne sçauroit que penser du petit Bonair. 11 y a plus de six semaines qu'il m'escrivist qu'il attendoit une ordonnance pour moy de Mr de Brienne, et que M. le Cardinal la donneroit luy mesme à MMrs des finances. Depuis ce temps là je n'ay eu nouvelle ny du petit ny des grands. Je dirois, si je me portois bien :
Is mihi nec labor est, ea me nec cura quieluin Sollicitât. . .
Je suis plus à vous. Son vostrissinw. Sic loqui amabat noster carus.
Il me semble que ce que vous voulez faire est desjà fait et que le Prince vivant doit estre héritier de l'Ode du mort, si ce n'est, Monsieur, que vous craigniez les mauvais présages, comme aussy j'ay quelque appréhension que la manuscrite que j'ay veue ne soit pas du mérite des deux précédentes. J'attends parle retour de Mr de Forgues, c'est à dire au commencement du Caresme, les copies que je vous ay demendées : la dernière que j'ay est du 20 de mars de l'année passée, et dit quelque chose de la promotion de M. deMontausier au gouvernement de ces provinces. Envoyez moy tout, Monsieur, etasseurez vous que je n'abuseray de rien.
Vous ne croyez qu'à demy que je suis malade. Et néanmoins je le suis de telle sorte, que je vous ferois grand pitié, si vous estiez tesmoin de mes maux; vous ne sçauriez croire la peine que j'ay à aller d'un jour à l'autre. Il n'y a rien de si vrai que ce que je vous ay dit plusieurs fois. Misero mihi inpœnamvita data est. Vous me consolés pourtant, s'il n'est pas en vostre pouvoir de me resjouir.
GXXVIII.
Du 39 janvier 1 646.
Monsieur, je ferois bien le sage si je voulois, et il me semble que je
vous a^ Bouvent dil que mes | >;issi<>iis estoienl plus en ma puissance que je n'étois en la leur. Elles \<>ni quelquefois assez loin, mais ce nYsi pas sans congé. On pense que le cheval m'emporte, rien moins que cela, Monsieur, c'est que je le pousse et que je veux courir. J';i\ des brides el des espérons donl je me sers selon l'occasion, et le faquin m'ayanl fait un sensible desplaisir, trouvez-vous mauvais que j'aye voulu m'en consoler par l'agréable vengeance que j'en ay prise, que j'aye tiré quelque remède de mon mal et quelque plaisir de ma douleur? Vous dites merveille pour sa justification. Il me seroit néanmoins aisé <le réfuter Ion i ce que vous dites, et de prouver2 que mesme eu qualité d'asne, de figure ursine, d'idée de marrucinite3, et agissant selon sa nature, il devoit estre moins massif , et avoir un peu plus d'instinct qu'il n'en a montré en cette occasion. El hœc hactenus , ne loties de hoc stipite verba faciam .
Je vous ay escrit deux lettres par un mesme ordinaire sur le sujet de vostre Ode, et j'en aurois encore deux autres à vous escrire, si je voulois m'arresler sur toutes les beautés que j'y ay trouvées. Ma critique n'est pas moins sévère que celle du Patelin, et peut estre mesme qu'elle va plus droit au but; mais elle ne voit rien icy qui ne soit digne d'estime, de louange, d admiration. Et vœillis ineple ingeniosis , misère dclicatts, quibus non sapiunt Deorum (lapes. J'ay de la peine à croire cette seconde lasebeté; et ne se pouroit-il point faire que le petit poète de Cour auroit voulu donner de l'autorité à ses notes par un plus grand nom que le sien et ce amplius deliberandum. Cependant je loue vostre magnanimité et tout ensemble vostre prudence; et c'est ainsy que mon petit sens commun m'a fait agir autrefois contre mes plusviolens ennemys, je veux dire en n'agissant point et en ne poursuivant point une guerre dont la victoire m'eust fait une douzaine de guerres.
Le cber Ménage ne se souvient point de la Demoiselle de Schurman. Aurem, quœso, velle amicissimo capili, et que je sçache aussy par
' Rocolet. qui s'établirent, sous l'empereur Léon le
Le copiste a écrit procurer. philosophe, dans les Alpes. Voir Du Gange,
De Marruci, nom donné à ces Maures Glossarium, au mot Marrones.
son moyen si Holstenius1 est encore en la nature des choses, parce qu'il m'importe de le sçavoir, et, de plus, si on n'a point de nouvelles de Gronovius, lequel me devoit envoyer son TiteLive, et duquel je n'ay pas ouy parler depuis le temps de celte promesse 2, ne sçachant point s'il a rcceu mon dernier ouvrage qu'on donna pour luy à [M. de] Sarrau. L'épigramme au Président fut oubliée par le dernier ordinaire. Je la trouve aussy bonne et aussy Romaine que la plus Romaine que j'aye faite. Advertissez de rechef l'abbé autrefois comique (car il a souvent besoin d'esire adverti plus d'une fois) que l'Epistre nouvellement envoyée a esté escrite il y a longtemps et qu'elle n'est pas de l'empire de Anna Augnsta3, mais de celuy de Maria Avgusta^. Je suis tout à vous, voire mesme ad ruinas, ad incendia, si vous estiez Catilina comme vous estes Caton.
Du 5 février i646.
Vous devriez estre persuadé aussy bien que moy de tout ce que je vous ay escrit sur le sujet de vostre Ode. Je vous en ay escrit non seulement de l'abondance du cœur, mais encore de la teste, avec amour véritablement, mais amour qui a des yeux et qui n'agit pas sans connoissance; amour qui discerne, qui examine, qui juge du mérite de la chose aymée. Laissez pateliner les Patelins tant qu'il leur plaira; s'ils veulent mordre vos ouvrages, ils se casseront les dents, au lieu de les
1 Luc Holstenius (Lukas Holste), né à rrcatel, mais ce n'est qu'un eschantillon."
Hambourg en 1 5 96, ne mourut que le 9 fé- (Voir sur Holstenius d'excellentes pages de
vrier 1 661. Balzac disait de l'habile e'rudit, M. Raoul Rochette, rendant compte, dans le
qui était alors bibliothécaire du Vatican Journal des Savants de 1817, du recueil de
(Lettre à l'abbé Bouchard , du 1 9 mars 1 6/10, M. Boissonade : L. Holstenii epislolœ ad di-
p. 536): tJe ne doute point des grandes versos; Paris, in-8°, 1817.)
rrrichesses de M. Holstenius ; je me plains a Le Tile-Live de Fr. Gronovius parut à
"•seulement de son bon mesnage. Que sert l'a- Leyde, chez les Elzeviers, en 4 vol. pet.
<rbondance sans la libéralité? J'ay receu ce in-12, de 16W à i645.
<rque vous m'avez fait la faveur de m'envoyer 3 Anne d'Autriche,
irde sa part. C'est de la pourpre et du bro- 4 Marie de Médicis.
deschirer. Mais, Monsieur, y a-t-il plue d'un Patelin à Paris? Ou pariez miiis Qguréiuenl comme quand vpus dites les Demosthenes et les Cirerons? Vous me ferez plaisir de m'instruire là-dessus, et vous ne sçauriez croire combien je suis ignorant «les choses de vostre monde. Par exemple, \<ms me pariez de Mon Groius; et c'est u» nom qui n'eatoii poiui venu encore jusques à moy1.; vostre lettre m'en a donné la première connoissance, et an albus an ater Itonio ûi adhuc equjdem nescio. Vostre autre, lettre (si je sais bien lire) met Cominges au nombre des poètes de Cour, el le joint au petit Benserade2. Seroit-cc Cominges enseigne des Gardes de la Reine3 et neveu de Mr de Guitaut4? J'ay de la peine à le croire, et il me faseberoit qu'il fut poète, parce qu'il ne le seroit que très médiocre5; et qu'il vous eust aussy desplu, parce que je luy dois quelque bon oflice qu'il m'a voulu rendre.
Je ne sçay si je vous ay parlé de l'Orayson de nostre très cber Mr Gassendy °. En vérité je l'ay admirée. Et milii summus Me vir (ut le-
1 Si ce n'était pas là un nom défiguré par le copiste, je pourrais dire qu'il n'est pas davantage venu jusqu'à nous.
1 Le petit Benserade , né en 1612, avait alors 3/i ans. Balzac paraît avoir eu très-peu de relations avec Isaac de Benserade, beaucoup plusjeunequelui.il ne s'en est occupé, ce me semble , que dans ses Remarques sur les deux sonnets d'Uranie et de Job, qui forment la sixième des dissertations critiques (en treize chapitres, p. 58o à 5o,û du tome II des Œuvres complètes). Voir, sur Benserade , Tallemant des Beaux, Ménage, Charles Sorel, Perrault, Baillet, Niceron, Bayle, Leclerc, Joly, Chaufepié, l'abbé Tallemant, l'abbé d'Olivet, Titon du Tillet, l'abbé Goujet, Viollet-le-Duc , M. Jules Sandeau (Dictionnaire de la conversation), M. C. Hippeau (Nouvelle Biographie générale), M. Victor Fournel (Les Contemporains de Molière, 1866), le Bulletin du Bouquiniste du i"août 1866, eto.
3 Gaslon-Jean-Baptisle, comte de Cominges, qui fut plus tard capitaine des gardes de la reine, gouverneur de Saumur, ambassadeur en Angleterre, et qui mourut en 1670. Voir, sur ce personnage , ainsi que sur le suivant, presque tous les mémoires du temps , surtout ceux de Madame de Motteville, et une notice, mise par celui qui trace ces lignes en tête de la Relation inédite de l'arrestation des princes (1 8 janvier 1 65o), écrite par le comte de Cominges (Paris , 1871. Victor Palmé).
1 François de Pechpeyroux-Cominges.
sieur deGuitaut, mort en i663 plus qu'octogénaire.
6 Tallemant des Beaux (t. IV, p. 267) cite un quatrain épigrammatique que l'on attribuait à Cominges.
6 Probablement quelque discours prononcé par Ga"ssendi comme professeur de mathématiques au collège de France, où il avait été appelé l'année précédente.
nissime dicam) ingetiiosissima dixisse visus est disertis&imis ver bis. Je vous demende ses bonnes grâces et vous prie de l'asseurcr de la continualion de mon très humble service.
Au reste, Monsieur, je sens très vivement et comme je dois les nouvelles obligations que j'ay à Mr de Silhon : faites en sorte, s'il vous plaist, qu'il ne doute point de ma parfaite reconnoissance. lien verra mille marques dans mes papiers. Je luy en donneray en françois et en latin, modo vila super sit, et c'est tout ce qu'il peut attendre d'un pauvre inutile, à qui il ne reste que le cœur et la langue pour payer ses debtes.
Que diable veut faire ce docteur extravagant du faubourg St-Michel '. avec ces montagnes de lieux communs , et cette éternité de farrag* qui ne finissent jamais? Je vous en demende rayson, et à nos autres chers amis qui sçavent escrire et composer, au lieu que celuy cy ne sçait que descrire et copier.
Ergone, Menagi, Camerari, lu que Godelle3. Ingemio in chartis et vestro fonte fluentes Aulorem hune spurium peregrina hœc furta feretis? Finis nuilus erit scribendi aliéna, tocosque Communes nunquam et collectum exhauriet imbrem. Plurima quem cisterna tenet.
Vous voyez comme les vers naissent tousjours dans ma prose. Je ne suis pas d'advis de les en tirer pour les mettre ailleurs, et, quand je n'aurois pas l'exemple de Fracastor dans quelques lettres italiennes que j'ay veues de luy, trouveriez-vous mauvais que je fusse fondateur de cette galanterie de regione pedana? Mon chagrin, mes veilles et mes autres infirmités continuent. Quem das finem, bone Cliriste, dolorum? Je suis tousjours de toute mon ame, Monsieur, vostre, etc.
1 La Motte-Le-Vayer, comme je l'ai déjà rage employé, dans le sens primitif (le mé-
noté. lange de grains des anciens) , par Olivier de
s Traduction métaphorique du Farrago Serres. des Latins. M. Littré a trouvé le mot Far- 3 Ménage. La Chambre et Godeau.
1)K JKWI.OI IS GUEZ l)K ItALZW :t.r,:i
Du 1 g (lévrier 1 646.
Monsieur, .1 aj oublié mes lettres quand je reccoy vosresponses; e( par conséquent j'ay beau courir après les parolles du mois |>assé, je n'attrape point ce que vous y avez trouvé de bon. Les vers mesmes qui tiennent plus fortement à la mémoire, parce qu'ils s'y attachent par les mesures comme par de certaines agrapb.es, eschappent incontinent à la mienne, et, en conscience, il ne me souvient pas d'une seule sillabe de ceux (pie vous me loués. Ce qui mérite peut-estre d'eslre loué, c'est la facilité avec laquelle je les fais, et encore plus celle avec laquelle je les oublie. Cette oubliance si subite, et qui suit de si près i'escriture, est une marque visible de l'inspiration, est un effet de cet esprit cstrangcr qui vient de plus haut, et qui ne me possède qu'un petit instant. A cœlo, a cœlo est, diceret fclicissimœ memoriœ Mamwra et débet inlra divina numerari.
Je ne suis point obligé à deffendre la cause du Patelin l, ains au contraire, comme vous sçavez. Néanmoins la justification dont me parle vostre lettre , et la connoissance que j'ay, si non de sa prudhomie et de sa bonne ame, pour le moins de son bon esprit et de sa prudence mondaine, me font un peu suspendre mon jugement, et douter de la vérité du rapport qui vous a esté fait. Ne croyons point si viste, mon cher Monsieur; et ne se pourroit-il point que le cher Ménage, qui n'ayme pas fort le Patelin, vous auroit débité pour histoire un de ses soupçons, auroit cru fait ce qu'il a jugé faisable, se seroit imaginé que toutes les apostilles ne peuvent venir que du premier apostilleur? H a lame naturellement chicaneuse, je le vous avoue; il ayme à gloser, à barbouiller, à castelvetrer ; mais c'est générallement toutes sortes d'escritures et plus pour satisfaire à son inclination et se contenter en
1 Le Patelin serait ici Costar, Balzac in- Balzac a parlé , dans une lettre précédente , voquant plus bas , en latin , le témoignage du de deux patelins. secrétaire dudit Costar, Paucjuet. Du reste,
3S/i LETTRES
particulier [eliam uno Pauqueto leste) que pour l'aire du bruit au dehors, et chercher l'approbation du public. D'ailleurs, Monsieur, quand il n'auroit point de révérence pour vostre [génie]1, il a quelque esgard à l'opinion du monde. 11 ne mesprise pas les suites et les conséquences des choses; il se souvient de ce qu'il m'a protesté, de ce qu'il m'a juré sur vostre sujet. El quand mesme il seroit vray qu'il vous eust apostille, comme il est certain qu'il apostilleroit Pindare et Horace, s'ils revenoient dans le monde v faire des odes , il n'y auroit point d'apparence qu'il eust envoyé ses apostilles au petit Benserade, et cette seconde action me fait fort douter de la première.
Je vous envoyé un mot pour Mr Bonair et vous prie de luy dire allirmativement de ma part que je ne veux pas loucher un teston de l'argent promis au mois de Juillet qu'il n'en ayt pris quinze ou vingl pistolles qu'il donnera à son vallet, s'il luy pîaist, pour les messages chez le seigneur Calelan.
Mr de Foigues a eu la fièvre continue quinze jours entiers. Je voudrois bien que vous luy eussiez rendu une visite durant ce temps là . ne parum amari mit negligi se a meis, ut prona est in pejus suspicio, ojjicium hoc obUlum interprclelur . J'attens par luy les papiers lesquelsje vous renvoyeray 1res fidellement et avec l'exacteté2 de Mr Arnauld, ou l'exactitude d'un autre Monsieur qui m'escrivit il y a quelques jours3. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.
Exterminatum est ex rerum nattera nomen Rampalii^, ut jussit amicissimus Conrardus. Mais, s'il vous plaist, que j'en sçache la rayson, après luy avoir rendu une obéissance aveugle; vous me promistes il y a plus
' Je comble hardiment par le mot génie teté. Voir Sainte-Beuve : Van gelas , dans les
le vide laissé par le copiste, parce que Bal- Nouveaux lundis, t. VI, p. 3i 2.
zacne marchandait pas les hyperboliques 3 Vnugelas, dans ses .Remarques (1667),
éloges à son ami , et que, ses habitudes étant dit: «C'est un mot que j'ai vu naître comme
connues, l'emploi du mol génie est beaucoup mm monstre et auquel on s'est accoutumé;
plus vraisemblable que tout autre. «On lui a en vain opposé exacteté.n
* C'est dans la Fréquente communion que * Le mauvais poëte (Bampalle) dont il a
le grand Arnauld avait risqué le mot â'exac- été déjà question.
DE JEAN-LOI is GUEZ DE l! ILZ II 365
de bu mois de me la faire scavoir. •!'• vous prie de voua en vouloir Bouvenir.
M1 de hi Thibaudière m'oblige aensiblemenl de se souvenir de moj de la Façon crac voua me mandez, Je vous prie, Monsieur, <le l'asseurer de la continuation <le mon service très humble, et do luy dire que oostre Barbarie est plus Barbare de la moitié, qu'elle nVsloit, depuis qu'il nous a abandonnés. Il est certes an peu trop cruel.
Du 19 février 16&6.
Je n'ay que deux momens pour ce petit mol, et il ne sera que pour accuser la réception devostre dernière lettre. Un très lionneste fascheux vient de me ravir le temps que je vous allois donner. Une autre fois, je ne me laisserai pas surprendre par les fascheux, ni opprimer par le garçon de la poste. Je demeure fixe dans la haute estime que j'ay faite de vostre Ode et suis toujours plus que personne du monde, Monsieur, vostre, etc.
Du 36 février i6iG.
Monsieur, Dans une société pareille à la nostre il ne faut plus qu'il y ayt de tien et de mien, et, par conséquent, soit que je vous doive Patelin, soit que vous me le deviez, ce n'est qu'une mesme chose. Il n'importe pas beaucoup de prendre icy l'un pour l'autre; l'importance est de sçavoir si le docteur a esté chef de la bande révoltée et s'il est coupable du crime dont il est accusé, car, en ce cas là, il mérite un plus mauvais nom que celuy de Patelin.
Est-il possible que Mr de Cominges se soit porté aux extravagances que vous me mandez, et qu'il ayt perdu le jugement dans le ridicule aymer mieux perdre sa charge, que je n'ay pu lire sans indignation. Je l'ay connu à Angoulesme lorsqu'il y passa quelques jours avec Mr le
Marquis de Montausier; il eust dessein pour ma nièce bientost après ' et m'en fit parler par un gentilhomme de ses amys. 11 m'a depuis obligé, à ce qu'on m'a dit, en quelques rencontres; et de fraische datte il a tesmoigné chaleur pour Campagnole, qui me pria de luy en faire six lignes de remerciement, ce que je luy refusay. Vous voyez par là qu'il n'y a point de commerce particulier entre luy et moy, et par conséquent qu'il me sera bien aisé de vivre à l'ordinaire avecques luy, puisque nostre vie a esté jusques icy sans parolle et sans action, quod sahistianis verbis dicere possumus vitam silenlio transigere : et hoc tamen in posterum non erit si placet illuslri do?ninationi veslrœ. Je me déclareray hautement quand il vous plaira, et il ne tiendra qu'à vous que je ne publie par un manifeste nostre ligue offensive et défensive.
Pour le chevalier2, qui juge des coups sous la galerie, il m'a tousjours mis au dessus de tous les autres mortels, et me traite lousjours avec des respects extraordinaires. Devant qu'il partist pour Paris l'esté dernier, il vint disner icy avec moy, et nous eusmes ensemble cinq ou six heures de conversation, dans lesquelles je vis véritablement qu'il avoit estudié depuis que nous ne nous estions veus; qu'il parloit teste à teste à Aristote , qu'il connoissoit les autres honnestes gens du mesme pays. Mais ny ses respects, ny ses visites, ny son Grec, ny son Latin, ne me le sçauroient plus faire gouster, et je ne veux pas qu'il ignore que mes inlerests ne peuvent estre séparés des vostres; il m'a offensé sensiblement par l'intempérance de sa langue.
Je ne vous dis rien de son prevost de salle, de cet homme qui joue en cette pièce deux personnages si différens. C'est un gros Thibaut dont les passions sont toutes tièdes et languissantes; qui ne cherche dans l'amitié que le seul plaisir de la conversation, ou, pour mieux dire, qui n'ayme que le babil et qui ne hait rien que le silence. Com-
1 Mademoiselle de Campagnol était fort de trente ans, Sibylle-Angélique-Émilie
jolie , si l'on en croit une lettre de son oncle d'Amalbi , fille unique d'André d'Amalbi ,
du 3 mai i635 (à Madame de Campagnol, conseiller au parlement de Bordeaux, et de
P. 3i6). Le comte de Cominges épousa, le Sibylle des Aiguës,
aa mai i663, étant âgé d'un peu moins s Le chevalier de Méré.
DE JEAN-LOUIS GliliZ DE BALZAC. 553
nii'iii se Bouviendroit-il de l'affection qu'il vous a promise, puisqu'il a oublié celle qu'il doil à sa femme et à ses enfans! Sa femme, qui est
preste à se remarier, s'il ne vient bien tost; ses enfans, qui vont présenter requeste à la Cour, pour ravoir leur père, ou pour avoir en sa place un curateur1.
Je suis 1res ayse de l'Iionneste curiosité de son Eniinence; mais je ne sçais point la gratitude et les ressentimens de Son Altesse. Peutelle trouver bon qu'on barbouille son image, voire que l'on renverse ses autels ? Peut-elle tenir pour ses serviteurs ceux qui ne sont pas vos amys? et n'ay-je pas leu, je ne sçais où, que qui bonajide Deos colit, amal et sacerdoles? Sans doute Mrnostre Gouverneur est un de vos propugnatcurs; mais non pas de ces foiblcs et de ces impuissaus dont vous me parlez, et je me représente son amour de feu, ses généreuses esmotions, son ton de commeiidement, et toutes les autres pièces de sa naturelle autorité qui foudroient la malice et l'ignorance des petits docteurs. Conteniez ma passion sur ces articles : elle est aussy violente qu'elle est juste ; elle me tourmente jour et nuit et ne me donnera point de patience que je n'aye fait imprimer mes lettres ad Atticum; ce que je feray au plustost quand ce ne seroit que pour faire voir à toute la Terre qui sçait lire, que, dans la cause présente, je suis l'Anti-Cominges et l'Anti-Méré! J'attens donc le reste des lettres, affin de travailler à ce dessein.
Vous ne me mandez rien de Holstenius ny de l'autre Allemand, mon cher amy2. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.
On me vient de dire que ce Mr Catelan, sur lequel je suis assigné3, est gendre de Mr de la Milletière 4. Mr de la Milletière autem me promit
1 Le président Gandillaud. la Société de l'histoire de France (t. I.
2 Frédéric Gronovius. p. n3-i3()).
' François Catelan, financier, sur lequel 4 Théophile Brachet, sieur de la Mille-
on peut voir, outre Tallemant des Réaux, tière, conseiller d'État, mort en mai i665.
le Catalogue des partisans, pamphlet de Ce fut sa fille aînée , Suzanne , qui devint la
1 64g, réimprimé par M. C. Moreau dans femme de Catelan. son Choix de Mazarinades , publié pour
amitié à mon dernier voyage de Paris, et me rcndist mesme une visite. Si , à sa recommandation , son beau père me vouloil faire grâce de trois mois, et payer en Mars ce qu'il promet en Juillet, je serois obligé à Mr son gendre et vous sçavès bien, Monsieur, que je ne manquerois pas de gratitude. Je vous prie d'en toucher un mot à nostre très cher M1 Lhuilier, et voyez si on pouroit faire quelque chose par son entremise et par son adresse.
CWXIII.
Du 12 mars 16&6.
Monsieur, A mon grand regret il faut que je vous rejoue mes vieilles pièces. Vous auriez trop pitié de moy, si vous estiez tesmoin de ma triste vie et particulièrement si vous pouviez voir de quelle sorte je passe les nuits. Asseurez-vous pourtant que ce n'est point le désir de faire fortune qui cause mes inquiétudes et que je ne suis pas plus resveillé par les Prélatures qui se donnent en mon absence que par les trophées de Miltiades, quorum curas procul habeo. Tous mes maux ont leur principe et leur siège dans mon mauvais corps. Ce n'est point mon esprit qui me donne la jaunisse [hoc amicoolim meo baroni de Saint Surin1 exprobratum es/), et cette fumée de mon visage ne vient point du feu de mon ambition. Je lis donc sans y prendre aucune part les belles choses que vous m'escrivez de temps en temps, du mespris du monde et de la folie de ceux qui se fient en luy. C'est pour moy l'histoire de l'Amérique ou quelque matière encore plus esloignée de mov,
1 N. de la Motte , baron de Saint-Surin , dont Tallemant des Réaux (t. Il, p. 11) parle ainsi: et Gentilhomme de Xaintonge, rhomme adroit et intelligent et qui sçavoit tfort bien la Cour.» Voici l'explication de la phrase latine de Balzac : Tallemant, à propos de l'amour de Saint-Surin pour M"° de Beringhen, dit (t. III, p. 363) : rrOn a remarqué que, quand il en lenoit
frbien, il estoit jaune comme soucy.» On a une lettre de Balzac à Saint-Surin , écrite de Rome le 1 1 mars 1 62 1 , et dans laquelle il cherche à le détourner du protestantisme (p. 37), et une autre lettre du 7 septembre i63a (p. i58), dans laquelle il lui adresse des compliments de condoléance au sujet d'une blessure reçue devant Maëstricht.
et, par conséquent, j\ gouste le plaisir toul pur de la vérité*, el ae sens poinl la douleur qu'il \ a de se l'appliquer ;i soy-mesme, quand on fait le contraire de ce qu'elle ordonne.
Mais, Monsieur, je ne puis m'imaginer de quelle sorte dan ihition es! malade aostre Président, el vous pouviez bien me la faire entendre, en me faisant Bçavoir les offices que vous lu) rendez en cette rencontre. Voudroit-il estre suivanl en l'aage on il est, et mourir sur les coffres d'une antichambre1? Je n'ay pas si mauvaise opinion de son courage. Il y a de l'apparence <[ue c'est pour son fils que vous travaillez, et force gens me disent qu'il est très bien l'ail et de très belle espérance-.
Le Minotaure dont vous me parlez par vos deux dernières lettres3 est une besle qui n'est plus à mon service. Après le desplaisir qu'il me fit de retenir vostre paquet en suitle de plusieurs autres qu'il m'avoit laits, ma sœur lu y manda de ma pari que j'estois irrité contre luy au dernier point et que je ne voulois plus recevoir de ses nouvelles. Elle n'a pas laissé d'entretenir commerce avecques luy pour ses affaires particulières, mais elles n'ont rien de commun avecques les miennes, et de moy il n'y a ny attache ny engagement qui m'oblige à rien : il m'a fasché au contraire et desobligé plusieurs fois de belle façon. Présup-
1 Mainard mourut peu de mois après, le a 5 décembre.
2 Mainard avait épousé Françoise Gaillarde de Boyer, d'une maison noble de Toulouse, dont il eut au moins deux enfants; un, l'aîné, qui mourut avant son père (voir Lettres de Mainard , pages 102, 120, 862, etc.); l'autre, nommé Gbarles, qui fut gentilhomme ordinaire du roi et épousa Louise ou Elisabeth d'André de la Ronade et de Salers, en Auvergne. M. Pr. Blanchemain (Notice déjà citée sur le président François de Maynard) a eu le tort de prétendre (p. 285 du Bulletin du Bouquiniste du i5 mai 1867) que le poëte toulousain
n'avait eu qu'uo seul enfant. Pellisson (Histoire de l'Académie, l. I, 199) dit formellement: rU a laissé, entre autres enfants, un fils trnommé Charles, dont il est souvent parlé ffdans ses vers , et de qui j'ai reçu quelques tr mémoires sur sa vie, écrits fort nettement rteten beaux termes. 11 en avoit un autre qui tfétoit son aîné, et qui donnoit de grandes trespérances.» Voir, en tète des Œuvres de Maynard (î 646), neuf vers latins en l'honneur de l'auteur, signés : Carolus Maynardus, Francisci Jilius.
3 Ai-je besoin de dire que cette injure s'adresse encore à Rocolet?
posant donc, s'il vous plaist, ce qui ne se peut dire que de vive voix, vous verrez bien, je m'assure, que je ne suis point homme à rien faire contre mon honneur, et que, rompant avecques ce maraut, je fais seulement ce que je devois avoir fait il y a dix ans. Pour le petit négoce de l'impression, je m'en suis tout à fait deschargé sur Mr l'official, et ne veux m'en mesler en façon du inonde, ny en avoir la teste rompue par qui que ce soit, et de his kactenus.
Vous ne m'aviez rien mandé du desmeslé de M. Ménage. Mais ce n'est pas tout que de m'avoir fait sçavoir la querelle : il faut m'envoyer la satyre, car, à vous dire le vray, quoyque j'ayme l'Abbé Comique1, j'ayme aussy à lire quand je le puis, et de tout temps cette belle Académie m'a semblé une chose ridicule, jusqu'à avoir eu l'audace de le tesmoigner à Mr le Chancelier, qui m'en parloit sérieusement.
Vous pouvez sçavoir du petit le véritable destin de Rampalle. Ils estoient tous deux camarades chez Mr de Gordes2, et je seray bien ayse de ne sçavoir pas l'histoire douteusement. Si le mesme petit n'a receu ma lettre (dans laquelle je pense que je ne luy particularise rien), il aura le sujet de me demander ou de se demander a soy mesme, qu'est devenue la civilité Balzacienne. Je vous prie, Monsieur, d'ouvrir la lettre et de la luy faire rendre après cela.
Le Patelin m'avoit escrit un livre, et je luy en ay respondu un autre à l'heure mesme que j'ay receu le sien , et dans une chaleur d'esprit dont je me suis moy mesme estonné. Ce feu du ciel, mon très cher Monsieur, me donne la vanité de croire que, dans mes maux, il y a je ne sçais quoy de divin dont parle la Médecine. Ma boutade me dura un
1 La querelle de Ménage et de Boisrobert fut causée par la satire du premier contre l'Académie française, la Requeste des Dictionnaires, satire composée vers i638, imprimée pour la première fois en 16^9, mais qui circula manuscrite bien avant cette époque. Boisrobert y était fort mal traité. Voir Tallemant des Réaux, le Menagiana, Y Histoire de l'Académie française (édition
Livet), etc. Dans ces deux derniers ouvrages a été reproduite la Requeste présentée par les Dictionnaires à Messieurs de l'Académie pour la réformation de la langue françoise. Voir aussi une lettre de Ménage à Nublé (dans le recueil de M. Matter, p. 228).
s Est-ce Guillaume de Simiane, marquis de Gordes , capitaine des gardes du corps sous Louis XIII?
DE JEAN-LOUIS HUEZ DK i:\LZAC. 361
jour loui entier, Ce lui avanl hier que j'eus cet admirable intervalle, et mon homme copie tant qu'il peut les choses que j'aj escritesafin de vous en taire part, ausBj bien que de l'article qui vous regarde dans la lettre dn Patelin, qui esl desjà copié.
Je ne m'imagine point que Gronovius m'a promis-son Titefcive, mais je scray extrêmement aise qu'y ne me donne point ce qu'il m'a promis, et j'ay beaucoup plus de chagrin quand je fais deux lignes de compliment, que je n'aarois dejoye si je recevois toute la librairie des Elzeviers en pur don.
Est-il possible que vous ayez fait deux lieues à pied pour l'amour de moy ou de mon amy ? J'en crie mercy à vostre bonté, mais j'apprens de là que l'usage des chaises est aboly à Paris1.
Je suis. . . . mais que ne suis-je point à la personne du monde que j'estime et que je révère le plus? Aymez-moy toujours bien, mon très cher Monsieur.
Du r 9 mars i646.
Monsieur, Je vous escrivis au long il y a huit jours, et vousadressay un paquet pour nostre amy le Président et une lettre pour Mr de Gomberville. Leur négociation ne me donne point de peine, parce que je ne m'en mesle point et que Mr J'Officiai me doit descharger de tout ce tracas , dont je ne veux plus ouir parler. Je vous diray seulement que je ne trouve pas que la proposition du libraire soit si grande pour ne pouvoir pas estre aisément exécutée, et que, si j'eusse voulu mettre à prix mes autres ouvrages, j'en eusse eu à proportion une fois autant pour le moins que ce que ce libraire promet. Mais je vous supplie , laissons là les libraires et les imprimeurs, et ne faisons point descendre
' Induction illégitime. Chapelain, par d'une sorte de fluxion de poitrine. (Segraiéconomie, ne se servait jamais de ve'hicule, siana; Auger, article Chapelain, de la Bioet ce fut, dit-on, pour être allé à pied graphie universelle; Guizot, Corneille et son un jour de grande pluie qu'il mourut temps, etc.)
nostre esprit (non pas mesme dans nos lettres) à ce commerce indigne de sa noblesse. Si je n'avois un rang qui me soulage de cela et un solliciteur qui agit pour moy de l'autre costé, je ne songerais de ma vie ny à Catelan ny à Courbé, et faites moy la faveur de croire que je suis l'homme du monde le moins affairé d'argent et le plus ennemy de toutes sortes d'affaires.
On me fit voir hier une Regueste des Dictionnaires à F Académie. J'en a\ d'abord deviné l'autheur, qui ne peut estre que le cher Ménage. Mais je trouve que le cher Metel a esté mal conseillé de tirer esclaircissement là dessus et de remuer les ordures des choses passées. Il est toujours homme à corriger une faute par une autre faute, et son pâtelinage, dont il est parlé dans la Requeste1, n'a garde d'estre si fin que celuy de vostre Notaire2. Cellui cy néanmoins, à dire le vray, est souvent impertinent pour vouloir estre trop fin, et, quoyque je ne face point comme luy profession de Sophiste et de Grammairien, quoyque je n'aye point de pleins magazins d'observations et de lieux communs, je puis vous asseurer qu'il ne m'a jamais fait d'objection que je n'aye toujours battue en ruine. Le peu d'émotion que vous avez tesmoigné en cette dernière rencontre ne m'a point surpris, et je ne m'attendois pas à moins que cela. Puisque, sans philosophie, j'ay mesprisé vingt ans durant et de bien plus grandes forces et de bien plus cruels ennemis, que seroit-ce si une légère atteinte avoit esbranlé [quelque] peu Socrate, et si un sage ne pouvoit faire par principe de vertu ce qu'un paresseux a fait par principe de poltronnerie et par pur désir de ne faire rien 1
Je vous suis doublement obligé de vostre admirable prophétie, car, outre qu'une si charmante lecture a rempli mon esprit de mille belles
1 Sans que l'abbé de Bois-Robert. » Costar, comme on n'en peut douter à la
Nommé Grand-Chansonnier de France. j . 1 i i. • •* \r ■
„ » ' lecture de la phrase qui suit. Mais pourquoi
Favori de son Eminence, ' . ' . *
Cet admirable Patelin . . . Bdzac * apprflerait-il le notaire de Chape-
lain? Je propose de lire, l'annotateur, car Suit une grossière allusion que je n'ose pas on a vu que Costar avait fait des observaciter. tions sur la pièce de Chapelain.
images, la promptitude de IVnvoy a prévenu mon impatience, quo iimrbo in prttnù hiliiinii stxliilis tuus, cum hic expectantur res longe puhsherruinr. Si voua n'nvcz, BUT ce sujet, d'aussy longues lettres que celle que je vous oscrivis quand je receus le premier poème^ ce n'est pas faute de matière, c'est que je manque de loysir. Il me suffira «loue de vous «lire que je me desdis et que les deux aisoées n'ont aucun avantage sur leur jeune sœur. Celle cy a celuy de la aouveauté, et en plus d'une façon, ne aliquid dicam amplius.
11 y a dix ou douze jours que, lisant les Eclogues de Mr de Grasse et songeant à vous aussy bien qu'à luy, je fis des vers sur le champ qui, depuis, m'ont semblé beaucoup meilleurs que beaucoup d'autres qui m'ont cousté davantage. Cette bonne fortune m'arriva au bord de nostre canal, un de ces beaux jours qui précédèrent ce second hyver de l'année présente, et vous ne serez pas peut-estre fasché que je vous en face part. La dernière pensée de la Sylve n'est pas une pure invention de mon esprit. C'est une pensée d'un ancien profane qui a esté expiée et consacrée en un vray culte, comme les Temples des Idoles dont on a fait des Eglises. J'ay leu autres fois dans je ne sçay quel scholiaste que le poète Pindare avoit composé un Hymne pour le dieu Pan , qui plust si fort à ce Dieu , qu'il le chantoit luy-mesme dans les forests et sur les montaignes d'Arcadie1. J'attendois par cet ordinaire vos remarques sur mon discours à la Reyne. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Du 22 mars i646.
Monsieur, Je vous prie de jetter dans le feu Y Extemporale que je vous envoyai avant hier et de donner à nostre Mr le Prélat une des deux copies que vous trouverez cy encloses. Il importe aussy, à mon advis, qu'il voye ce que j'ay escrit au Patelin, et je pense qu'il n'y au-
' Voir M. Villemain, Essais sur le /renie in-8°), chapitre II, intitulé : Quelques tradide Pindare et sur h poésie lyrique (1859. lions sur Pindare, p. 3()-4o.
roit point de mal non plus que vous en fissiez part à Mr nostre Marquis. Ce Patelin est un grand docteur, mais avouez moy que je sçay donner le fouet aux grands Docteurs. Sa chicane est faible contre ma justice : ses plus rudes coups ne m'effleurent pas seulement la peau. Je brise comme du verre des machines qu'il croioit estre de fer. Et tout cela soit dit, Monsieur mon cher maistre, sans tirer vanité de mes prouesses, ny avoir dessein de me signaler en cette occasion. Hocunum addere liceat Patelinum plerumqtie cum raiione insanire ingeniosum esse in nugis denique, ut olim diclum est, Arcem facere solitum ex Cloaca1. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Du 26 mars 1666.
.Monsieur, J'auray, Dieu aidant, dans peu de jours, ce que me doit apporter Mr de Forgues, et je vous en remercie d'avance dès l'entrée de cette lettre. J'avois desjà veu et admiré la harangue funèbre de Bazas2. Ou je ne m'entens point en pareilles choses, ou elle est digne du meilleur temps de l'Eglise Greque. Je parle de la Greque , parce qu'à vous dire le vray, je ne suis pas grand admirateur de l'éloquence de la Latine, et il me semble aussy bien qu'au docteur de Rotterdam3, que les Anges fouettèrent S'-Hierosme très injustement4. Une chose
' Cicéron (Oratiopro Cn. Plancio, CXLI), a dit: trNunc venio ad illucl extremum, quod «dixisli, dum Plancii in me meritum terbis ■ tt extollerem , me arcem facere ex cloaca, ri ce que l'on a traduit bien librement ainsi : changer une chaumière en palais ( Œuvres complètes de Cicéron, édition de Jos. Vict. Le Clerc, tomXI, in-8°, p. 53g). Voir, sur l'adage Arcem ex cloaca facere, Érasme, édition de 1579, col. 871.
2 Le 2/1 novembre i645, Antoine Godeau, évêque de Grasse, avait prononcé à Paris, dans l'église du grand couvent des
Augustins, l'oraison funèbre de Henri Litolpbi Maroni, évêque de Bazas, mort le 18 mai i645. Cette oraison funèbre fut imprimée en i646 (in-4°) chez Vitré, par l'ordre de l'assemblée générale du clergé de France, à qui elle est dédiée.
3 Érasme, né à Rotterdam le 28 octobre 1 4 6 7 . De la sévère sentence d'Érasme , Balzac aurait pu rapprocher la sentence plus sévère encore de Joseph Scaliger (Scaligerana; verbo : Hieronymus).
* Le récit que nous a laissé saint Jérôme du rêve dans lequel il se crut flagellé
qui m a déplu el que j'ay trouvée ridicule dans la Harangue, c'est la parenté de Virgile alléguée sérieusement, et comme une pièce de bon alloy1. Mais S'-llici'osine, dont nous vouons de parler, en (ait bien d'autres. Paeem toati viri dixerim. O'est un grand débiteur de Causse monnoye, (,i , en pareille matière que cette; cy, ue fait-il pas descendre sa S**-Paule d'Agaoïemnon9? Hoc certb ferendum non est, et ces endrois fabuleux font douter de la vérité du reste.
Je voudrais bien que nies vers fussent plus intelligibles qu'ils ne sont et je ne dispute jamais contre vous. Je vous diray seulement que je ne demeure pas d'accord avecque le Patelin sar le sujet de ses dernières objections, et j'ay trop de raison de luy dire : Si vous ne m'enlentendez pas, ce n'est pas ma faute. Je vous envoyay, il y a trois jours, copie de la lettre que je luy ay escrite, et vous aurez veu si ce n'est pas très impertinemment et très ridiculement qu'il a vouleu faire le Grammairien. Mais ce n'a pas esté la principalle fin de ma lettre que de vous faire voir son impertinence. Qu'il explique, au reste, mon intention comme il luy plaira, je suis consolé de la perte de son amitié, et il est fascheux, pour me servir de vos termes, d'estre tousjours la dupe volontaire d'un faux amy.
La copie qui vous a esté envoyée n'est pas de la dernière révision ,
pour avoir lu avec trop de plaisir et d'assi- a Saint Jérôme s'exprime ainsi dans le
duite' Plaute et Cicéron, a été très-bien Ira- chapitre I" de la Vie de sainte Paula : irQue
duit par M. Amédée Thierry (Revue des * d'autres, reprenant les choses de plus haut
Deux-Mondes du 1 " septembre 186Z1 ,p. 37). tr et comme dès le berceau de sa race, disent
' Le Moréride 1769 reproche à Godeau rcs'ils veulent qu'elle eut pour mère Blésilla
d'avoir, à ce sujet, avancé «ce qui serait net pour père Rogat, dont l'une est des-
ir sans doute fort difficile à prouver. » Pierre treendue des Scipions et des Gracques, et
de Marcassus, dans ses Commentaires sur « l'autre, par les statues de ses ancêtres.
les élégies de Ronsard , dédiés au futur évêque rrpar l'illustre suite de sa race et par ses
de Bazas(p. 877-968 du tome II des OEu- ^grandes richesses, est encore aujourd'hui
vres complètes de Ronsard, édition de 1609, <tcru presque par toute la Grèce être des-
in-8°) , avait soutenu la même thèse , mais il tteendu du roi Agamemnon , qui ruina Troie
est triste que Godeau ait osé redire du <r en suite d'un siège de dix ans; quant à
haut de la chaire de vérité ce qui avait déjà imioi , je ne louerai que ce qui lui est
paru excessif dans l'épître dédicatoire d'un » propre • . . » famélique gascon.
mais elle ne laissera pas d'estre assez bonne entre vos mains pour persuader tout animal qui sera raisonnable, et, comme je ne désire point qu'elle soit publique, je pense qu'il vous importe et à moy qu'elle soit veue de quelques personnes.
Je vous ay escrit par les deux ordinaires de la semaine passée, et mes depesches ont esté recommandées à Mr de Gampagnole. Je suis tousjours mal et ne sçay plus que faire de mon mauvais corps.
Monsieur, J'ay appris depuis peu d'un Intendant de Justice, Police et Finances, Maistre des Requestes de l'bostel du Roy, neveu de feu
Mr le Président \\ voilà bien des qualités sans venir encore à
son nom, que le Seigneur Catelan est le plus menteur et le plus infidelle des Publicains, et que, pour avoir de luy un escu, il faut faire marcher le canon. Tout ce que je désire de vous, Monsieur, c'est que vous me faciez la faveur d'en donner avis à Mr Silhon par le moyeu du petit Ronair, afin qu'il sçacbe que, n'ayant point d'artillerie, je ne prétens point d'avoir de l'argent, etc.
Je désirerois bien que Mr de Grasse eust retouché les endrois de son Eclogue que j'ay marqués; c'est son honneur que je cherche et non pas le mien, etc.
Du 9 avril 16&6.
Monsieur, Nos gens de Paris ne sont arrivés icy qu'après la feste , et je n'ay eu vostre première despesche que quand le courier a esté parti : si, dans la dernière, le mot de rheume, quoyque passé, ne m'avoit fait de la peine, j'aurois receu égale satisfaction de l'une et de l'autre. Vous me faites tousjours plus de bien que je ne vous en demende. Vos bontés préviennent tousjours mes désirs et vont mesme souvent au delà, tesmoin l'office que vous m'avez rendu nouvellement auprès de Mr de la Milletière. Je vous prie de l'asseurer, Monsieur, ou de le faire
1 Le copiste n'a lu qu'une partie du nom place des deux premières lettres de ce nom : de ce président, laissant deux points à la . . runel. Peut-être Brunel?
asseurer par uostre très cher qu'il n'obligera jamais personne qui sente plus vivement que moy, ny qui reconnoisse avec plus de gratitude les laveurs receues. Et, quand il ne m'obligeroit j)oint en celte rencontre, je ne laisserois pas de l'Iionnorer par obligation et de rendre justice à une vertu qui n'est pas commune, en l'estimant extraordinairement.
Le Président doil avoir sa lettre, il y a liuit jours. Je vous en envoyé une seconde copie changée et fortifiée en plusieurs endrois, et vous me ferez plaisir de jetter la première dans le feu. Il a fallu que j'aye parlé de moy dans ladite lettre ad Patelinum, parce qu'il fallait respondre à la sienne. Mais vous feriez tort à mon affection, si vous vous imaginiez que voslre interest tout seul ne fust pas assez fort pour me remuer, et qu'il eust besoin de ce meslange et de ce véhicule, dont vous me parlez, à mon advis sans nécessité : car, comme je ne veux point vous faire valoir mes prouesses et que j'avoue vous devoir beaucoup plus que tout ce que je vous sçaurois jamais rendre, il me semble aussy qu'il est de vostre générosité d'agréer mon zèle, sans le croire intéressé, ny l'interpréter si subtilement. N'estant résolu, en cas qu'il en faille venir là , de faire imprimer de la lettre que les seules choses qui vous regardent, vous verrez par cette publication la véritable cause de mon ressentiment; et vous pouvez encore vous souvenir que je vous avois offert de le publier par un manifeste avant que le Patelin m'eust escrit et que cette cause ou cette occasion d'escrire fust née. Mon escrit , au reste, n'est point un arrest de condamnation que je luy prononce. C'est une remonstrance que je luy fais , pleine de douceur et de charité , et de laquelle il fera son profit, s'il croit le conseil de son bon ange. En tout cas il ne sera pas difficile de se consoller de la perte d'une amitié si fragile et si fausse que la sienne; ce ne sera pas un amy perdu, ce sera une vérité descouverte, et une erreur dont nous nous serons détrompés. Si ce faux amy ne vous avoit dit faussement et laschenient que je n'aymois rien, je n'eusse eu garde de rappeler sa mémoire, par la conclusion de ma lettre. Mais, estant obligé au secret par la loy que vous m'imposastes quand vous me descouvristes la trahison , et, depuis , m'ayant souvent adverty, dans plusieurs de vos lettres ,
que les injures faites aux mœurs estoient insupportables aux gens de bien, je n'ay pu m'empescbcr de reprocher à sa conscience, par un petit mot, qu'il devoit dire de moy tout le contraire de ce qu'il avoit dit.
Mon frère est revenu de Paris, très édifié de vous, e con grandissimo concello de vostre très grand mérite. Il m'a expliqué quelques articles de vos lettres, auxquelles vous luy avez dit que je n'avois pas respondu , et là dessus j'ay trouvé bon que ma sœur entreprist de rajuster Rocolet avecque moy, sed de hac, illustrissime Capelane, allum, si placet, silentium.
Vous trouverez avec la grande lettre françoise un petit compliment latin escrit de l'année passée, après la réception du poème de Saint- Blancat; Mr l'Official m'accuse de l'avoir desrobé à quelque Romain et m'oblige de vous l'envoyer.
J'ay donné à un des mes amys, qui a commerce en Saintonge, vostre paquet pour Mr le Chantre, et il m'a promis de le luy faire tenir seurement, car, sans cela, je l'eusse envoyé par homme exprès. Ce que je devois recevoir par Mr de Forgues n'est pas encore arrivé, et le messager à qui il laissa ses malles luy a manqué de parolle. Mille très humbles remercimens de vos remarques sur mon discours à la Reyne. Je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.