CXXXVIII
Du i3 avril i646.
Monsieur, Je ne vous escrivis point le lendemain de Pasques, parceque ce jour là ma sœur n'escrivit point à son filz, et que nos gens qui m'ont apporté vos lettres n'estoient pas encore arrivés. Je vous ay fait, depuis, deux despesches et assez amples, s'il m'en souvient bien : vous y aurez veu que j'entre tout à fait dans vos sentimens et que je suis le plus doux et le plus pacifique animal de la nature. Je dis d'ordinaire mon avis avecque liberté : je me déclare sur telle et sur telle chose; mais, après cela, choque mon opinion qui voudra, il me suffit
d'avoir opiné, el je n'aspire | >< > ■ i ■ i à la tyrannie. S'il y a des esprits incurables, je ne m'opiniastre point à les guérir, el i s'ils disent <l<-s injures à leur médecin, n'ayez pas peur que leur médecin rende injures pour injures, et que la pétulance d'autruy me face perdre ma gravité.
Mais, Monsieur, pourquoy me recommender si souvent une mesme chose? Je suis muet toutes les fois que je le veux estre, et personne ne sçauroit dire, sans dire un mensonge, que je luy aye descouvert le moindre mol que vous m'ayez confié. Reposez-vous là dessus, je vous en supplie, et sur ce fondement vous pouvez respondre à toutes les questions que les intéressés vous pourroient faire clans les doutes qu'ils pourroient avoir, et de lus plus satis, amicissime Capelane.
Que veut dire le filz de Daniel, et de quoy s'avise-t-il de faire responsc à une lettre de l'année passée, et encore à une lettre qui estoit une response? Je nie suis veu dans son livre auprès de Mr nostre Gouverneur l, et pas loin de nostre amy, qua socictate mirum in modxim gloriamnr ut prœchris Mis laudibus. Mais ma vanité a esté un peu mortifiée quand j'ay veu la demoiselle de Gournay aussy bien ou mieux traittée que moy2, et, à vous dire le vray, je ne tire pas beaucoup d'avantage de cette seconde société. Je ne laisse pas d'eslre obligé à l'autheur Batave; et vous me ferez bien la faveur de le remercier pour moy de son livre, de la plus belle façon que vous sçachiez remercier les faiseurs de livres.
Mille très humbles baisemains, s'il vous plaist, et deux mille asseurances de gratitude pour notre très cher, qui ne se lasse point de me faire des faveurs et des courtoisies, tesmoin l'Epigramme qui est à la fin de la belle Elégie que j'ay receue. On me presse de finir. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
1 Le Liber Elegiantm de Nicolas Hein- de Heinsius, que mademoiselle de Gournay sius, dédié à Montausier, venait de paraître était entrée en lice avec les hommes, et (Paris, in-i°). qu'elle les avait vaincus , Ausa virgo con-
ï M. Léon Feugère a cité (Les femmes currere viris scandit supra viros. poètes au xvi' siècle, p. 166) cette parole
J'escrivis à l'homme, il y a huit jours, et du style que vous m'aviez ordonné; l'une et l'autre lettre luy serviront peut estre de quelque chose.
Du i5 avril 1GÎ16.
J'ay receu par un mesme ordinaire vostre dernier paquet et la lettre de Mr Conrart. Il ne me sera pas difficile de suivre le conseil que vous me donnez, puisqu'il est conforme à mon sentiment et que je n'ay point combatu pour la victoire, mais seulement pour la vérité. Si, après ma lettre, jem'embarquoisdansun procès, j'agirois contre les principes que j'ay posés par ma lettre et ne serois pas d'accord avecques moy mesme. Condamnons la chicane par nostre exemple, après l'avoir condamnée par nos raisons. Sauvons, comme vous dites, les apparences. Mais faisons, Monsieur, quelque chose de plus. Conservons, s'il y a moyen, le solide, et ne désespérons pas du salut d'un homme qui a tant d'esprit, qui a tant de lumière pour faire différence des choses, pour juger de jînibus bonorum et malorum. Essayons de changer et de convertir le Patelin; rendons le meilleur, si faire se peut, par vos inductions socratiques, par vostre sage et sainte dissimulation, par vos fines et ingénieuses remonstrances : employez-y mesme, s'il est besoin, le secours des fables et des parabolles et tout ce qui a esté pratiqué de plus subtil en pareilles occasions par les habilles médecins des âmes. Mais, au reste, dormez en asseurance, et reposez-vous sur moy de tous les secrets que vous m'avez confiés. In me habebis Harpocratem, et , pour descendre de la plus haute antiquité jusqu'à nostre temps et à vostre lettre, je dis que ma langue n'est pas moins en vostre puissance que celle de nostre excellent Mr Conrart. Je suis très aise qu'il n'y ait que luy qui voye la lettre qui doit estre supprimée. Mais, avant la suppression , je voudrois bien qu'il vist la dernière copie que vous eustes par le courier de la semaine passée, et de utraque, ut jam dictum est, dwmi in dextram aurem.
Qui csi ce saint dont vous m'avez envtfyé tes vers avecques la lettre du père Hercule? P«r XHo eanto, c'est un galant homme et un^grand poète, et c'est de luy qu'il foui dire, famam moretotr, alii habent1. Maie I1, niai esl que la réputation oe vient jamais sans amener la médisance avecques clic Celui cy scia repris quand il sera connu, et l'envie rend tesmoignage au mérite «les choses en les attaquant :
Tanli ergo sil invideri quod pins quam in laudari est.
I.audis agent <ju;o sunl niodiocria; livor iniquus Comnicniliit ehartas, o Capelane, tuas.
Si je suis payé de Catelan, je tiendray cette grâce de vous, et De laisseray pas, en cas de besoin, de remercier de nouveau Mr de la Milletière. L'Eclogue de Mr de Grasse est trop belle et trop parfaite pour moy. Mais il y a deux ou trois endrois (en ce qui regarde la versification, si bien m'en souvient) qui ne sont pas dignes de luy et qu'il peut retoucher sans faire tort à sa Seigneurie illustrissime. Je m'asseure que son bon parent, nostre cher amy 2, en demeurera d'accord avecques vous.
Le messager n'est point encore arrivé, et par conséquent je n'ay point encore le gros paquet. Je suis sans réservé, Monsieur, vostre, etc.
Je vous demende, Monsieur, un billet d'une ligne au petit Bonair, et, si vous voulez, qui ne contienne que ces quatre mots : a Qu'est dectvenu le Seigneur Rampalle?^ afin que je sçache au vray s'il est en la nature des choses 3. Mandez moi si Mr nostre gouverneur vous a
' Allusion à cette phrase de Juste Lipse : Quidam merentur famam, quidam habent.
(Epist. cent. I, Ep. I.) Joseph de Maistre s'est trompé, à cette occasion , dans les Soirées de Saint-Pétersbourg (t. 1, p. 4a 3 de la 7" édition, i854). Voici ses paroles: trLa fortune des livres serait le sujet d'un rtbon livre. Ce que Sénèqueadit des hommes <rest encore plus vrai peut-être des monunments de leur esprit. Les uns ont la re-
(t nommée et les autres la méritent, n L'éditeur a mis en note : trSénèque est assez riche en ir maximes pour qu'il ne soit pas nécessaire trque ses amis lui en prêtent. Celle dont il « s'agit ici appartient à Juste-Lipse. . . etc.»
* Conrart.
' Rampalle était encore si bien en la nature des choses, qu'il publia, deux ans plus tard (Paris, in-4° et in-12), ses Idylles, qu'il dédia à la duchesse de Chaulnes.
• ft7.
montré l'Imprimé de son advocat, qui a présenté ses lettres de provision au Présidial d'Angoulesme, mais ne luy en parlez point, s'il ne vous en a rien dit. Ma langueur dure, et je cherche une nourrice afin de m'asinifier1 comme l'année passée. Vivez sain et heureux, mon très cher Monsieur.
Du 3o avril i046.
Monsieur, Je n'ay rien à répliquer à vostre dernière lettre, de tous les points de laquelle je demeure persuadé, avec une entière satisfaction de ces fortes et généreuses bontés que vous continuez d'avoir pour moy; soyez moy tousjours bon, je vous en conjure; ne vous lassez point d'aymer un malheureux, une personne si peu aymable, si lasche et si inutile, si pesante mesme et si incommode à quiconque s'est résolu de l'aymer. Mon humeur noire s'espaissist de jour en jour : je ne sçais plus que faire de mon mauvais corps. Tout ce que je mange m'est poison; et, si l'esté et l'asnesse ma nourrice ne font un petit miracle, actum, actum est de Bakacio.
J'ay receu la lettre de Mr Heinsius et l'ay trouvée très avisée et en quelque sorte très obligeante. Je ne me laisseray pas vaincre de courtoisie; mais en Testât où je suis, je ne suis pas capable de rien. On me vient d'interdire le papier et l'encre, toute sorte de lecture et d'escriture; et je seray mesme contraint de me priver pour quelques moys du seul contentement que j'aye en ce monde. Je prens donc congé de vous les larmes aux yeux et le cœur serré de douleur; je vous supplie, mon très cher Monsieur, de me faire l'honneur de bien croire que je suis et seray toute ma vie de toute mon ame, Monsieur, vostre, etc.
Je vous envoyay il y a huit jours une lettre pour le père Hercule : vous m'aurez bien fait la faveur de la luy faire rendre par quelqu'un des vostres.
1 Prendre du lait d anesse.
DE JEAN-LOUIS GUEZ l>K BALZAC. 875
cm
Du 3 1 m. iv ll.'ifi.
Monsieur, J'ay receu toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire et je n'y ay pas respondu; c'est mon malheur et non |i;is ma faute, Je le vous dis tout de bon. Je souffre plus de cette interruption de commerce que de la perle de ma1 santé. Je trouve ce remède si cruel, qu'il m'auroil desjà tué, si je ne vivois de l'espérance (jue j'ay de recouvrer la liberté que l'on m'a ostée. Le convive dont vous me parlez est, à ce que je voy, plus que faiseur d'Épigrammes. On peut espérer un Poème Épique de sa façon, si pour cela il ne faut que bien mentir sur un petit fondement de vérité. Je ne suis pas fasché de la complaisance que je luy ay rendue. Il est vrai pourtant que, s'il fust arrivé en ce pais un jour plus tard qu'il ne fîst , il en seroit parti aussy mal satisfait de moy qu'il tesmoigne d'en estre content. Ses relations me seroient beaucoup moins avantageuses qu'elles ne sont, parce qu'en effet il n'auroit pas esté mon convive et que j'aurois esté Cyclope pour luy, aussy bien que pour quelques autres qui sont venus icy depuis luy,
Nec visu facilis, nec dictu affabilis ulli2.
11 m'attrapa à Angoulesme à la veille de ma retraitte de Balzac; et, m'ayant dit d'abord qu'il venoit passer quatre jours avecques moy, je me résolus sur le champ à la constance et fis de nécessité vertu. La brièveté du terme me consola et j'eus mesme asssez de pouvoir sur les mouvemens de mon visage pour luy faire voir de la joye d'une courtoisie qui m'affligeoit. J'ay joué mon personnage jusques au bout le mieux qu'il m'a esté possible. Je luy ay fourny des Docteurs le matin et l'après disnée; je luy ay trouvé un Allemand pour luy tenir compagnie
1 Le copiste a écrit vostre au lieu de ma, méprise qui s'expliquerait difficilement, si l'on ne savait qu'on peut tout attendre de son étourderie. — ' Virg. JEneid. lib. III, v. 621.
à table et pour boire à la mode de Bitias1, me contentant de mouiller mes lèvres dans le verre, à la mode de Didon2. Enfin, Monsieur, je n'ay pas voulu estre incivil, puisque ma civilité ne devoit durer que quatre jours, et, me ressouvenant de ce vieux mot qu'il faut faire des pons d'argent aux ennemis qui s'enfuient3, je n'ay pas seulement donné de bon cœur à cettuy cy les quatre repas qu'il fait tant valoir, mais j'eusse payé encore plus volontiers son voyage au messager de Paris, s'il m'eust voulu quitter dès le premier jour. J'oubliois à vous dire que je l'ay loué, que je l'ay admiré tant qu'il luy a plu, que j'ay crié mille fois Vivat et Sophos; que je l'ay appelle Magicien et luy ay dit que sans doute il avoit évoqué l'ame d'Horace et celle de Juvénal , afin d'apprendre tous leurs secrets. Mais néanmoins, avec tout cela, que de contraintes, que de gesnes, que de malédictions dans le cœur, que de murmure entre les dents, que de vœux faits Deo liberatori!
Et quam difficile est imitari gaudia falsa !
Je suis en peine de la maladie de Heinsius, et vous envoyé sa lettre avecques la dernière que j'ay receue deMrCostar. Je vous demende, mon très cher Monsieur, la continuation de vostre amitié, qui, en conscience, est la seule attache que j'ay en ce monde. C'est, Monsieur, vostre, etc. *
1 Tum Bitiœ dédit increpitans : ille impiger hansit Spumantcm pateram , et pieno se proluit auro. (Vibg. £neid. lib. I, v. 738, 739.)
1 Primaque , iibato , summo tenus attigit ore. (H. ibid. v. 737.)
3 Rabelais a fait dire à son Gargantua (livre I, chap. xim): (rOuvrez toujours à trvos ennemis toutes les portes et chemins, «et plus tost leur faites un pont d'argent, (rafiu de les renvoyer. »
4 Ici mancpie une lettre dont l'abbé d'Olivet parle ainsi dans une note de la page 5i du tome I de Y Histoire de l'Académie française (édition Livet) : (tUne lettre non irait primée de Balzac, du h juin 1 666, m'aptr prend que de tous les Académiciens nomrrmés dans cette Requête burlesque (de Méirnage), il n'y eutcme l'abbé de Boisrobert trcjui s'en fâchât sérieusement.»
IALII.
Du aO juin îl'i 'iii
Monsieur, Quoyque ma dicttc et mon invisibilité ' continuent , je n'ay pas voulu faire fermer la porte à Mr le chevalier de Méré. Il eust pourtant esté traité connue les autres faiseurs de visites, si je ne me lusse souvenu que j'avois affaire à luy, et si vous n'eussiez esté le sujet de nostre affaire. Je l'ay confessé curieusement sur les choses qui se sont passées à Paris. Il m'a presque tout nié et ne m'a avoué que fort [peu de choses]. Mais je vous puis dire qu'apnée une longue conférence et un examen assez rigoureux, je ne suis pas demeuré mal satisfait de ses justifications. Il s'en faut bien que l'Enseigne des Gardes de la Reyne ne soit de sa force2. Le Chevalier a de l'esprit et du jugement. Il est beaucoup plus sage, et, par conséquent, il vous estime beaucoup plus qu'on ne vous avoit rapporté. Nostre bon homme de Saint-Céré prend l'un pour l'autre et s'équivoque la pluspart du temps. Outre que je le trouve tout assoupy, et qu'il me semble (hors de son Alcipe et de Cloris) que l'esprit luy baisse au déclin de son aage, depuis que nous nous connoissons, il m'a tant débité de relations apocryphes, que la vérité m'est aujourd'hui suspecte en sa bouche. En certaines choses il est encore plus simple que le Patelin n'est double , et ils ne me persuadent pas facilement ny l'un ni l'autre, parce que l'un trompe et l'autre peut estre trompé. Je feray pourtant ce que vous m'ordonnez par vostre lettre, et nous ne désespérerons point les pécheurs , afin de leur donner lieu de se repentir.
Pour faire le plus beau caractère du monde du Grammairien de Bergerac 3, il ne faut que copier l'Article de vostre lettre qui me le descrit.
1 Si l'on en croyait les citations réunies Vaugeias cité par le Dictionnaire de Tré-
dans le Dictionnaire de M. Littré, ce mot voux. serait seulement du sviii6 siècle. Mais, avant 2 Le comte de Gominges.
Bonnet et Mercier, ce n'était pas seulement ' Peyrarèdc.
Balzac qui l'avait employé, c'était aussi
Mais je ne suis pas mesrae en estât de copier, et vous n'auriez pas un seul mot de vostre pauvre amy, s'il n'avoit d'autres mains que les siennes à son service. Vous trouverez dans mon paquet quelques copies de vieilles dattes desquelles vous pouvez faire part à Mr Silhon, en attendant qu'il les voye en leur place parmy les choisies que Mr l'Official envoyera bientost à Paris et dont il prend soin à mon défaut. Le Latin a esté admiré par nos Docteurs, mais nos Docteurs ne sont pas les vostres : et la lettre pour le bien aisé passe icy pour l'idée des lettres de recommandation, mais ce n'est pas icy où sont les Hermogènes et les Longins1. Vous me feriez très grand tort, si vous n'estiez très persuadé de mon respect et de ma tendresse pour vous. Je vous jure, Monsieur, par tout ce qu'il y a de saint dedans et dehors le monde, que je suis plus que personne du monde, Monsieur, vostre, etc.
Au premier voyage que Mr le Chevalier de Méré fera à Paris il ira chez vous, vous asseurer de son service et vous demender votre amitié, etc. Mr de la Motte2 m'oblige trop de se souvenir de moy et de me le tesmoigner par de si excellentes marques de souvenir. Je vous supplie, Monsieur, qu'il sçache le parfait ressentiment que j'ay de ses courtoisies et de ses faveurs.
Du 3i juillet i646.
Monsieur, Les festes d'Angoulesme ne sont pas muettes, et l'artillerie de son chasteau se fait entendre jusques icy. Elle vient de m'apprendre une nouvelle de laquelle je me resjouirois extrêmement, si
1 De ces deux rhéteurs, le second est qu'on l'avait surnommé le Polisseur. (Voir
trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en la thèse de M. D. Rebitté : De Hermogene,
dire un seul mot. Je rappellerai que le pre- 1 865.)
mier vivait sous le règne de Marc-Aurèle, a Le baron de Saint-Surin, dont il été
et qu'il était si exigeant, si raffiné pour question dans la lettre GXXXIII. tout ce qui regardait l'élégance du style,
l'extrême joie pouvoit compatir avec le chagrin <pii me dévore1. Toul ce que je puis, c'est de louer Dieu de tout mon cœur du contentemenl de M1 le Marquis «le Montausier et de luj en souhaitter de plus purs encore el de plus sensibles pour l'année prochaine. Nous m'entendez bien, Monsieur, je parle de la naissance d'un filz qui Im ressemblera, el <|ui sera digne du Héros e1 «le l'Héroïne que nous révérons9. Ils ne sçauroienl rien faire que de parfait, et, après une Julio, il faut avoii nu César de leur façon. Peut estre qu'en ce temps là mon espril sera mieux disposé qu'il n'est à recevoir les inspirations du Ciel, el je pouria\ peul estre chanter sur le ton de Sicelides Musœ:
Jam i'alis promissus Olympo miltitur alto Montosidesque aller terris dalur: 0 tibi quantum Praesidium, Engolca, et qualcs sperare bïumphos, etc. Dis genite et geniture Deos, tu {florin oostra, Montoside, sic semper cris; sic postera sœcla Extremosque tua recreabis luce nepotes, etc.
Celuy qui implora ma faveur auprès de l'Intendant de Justice m'eserivit que son amy pauvre et malaisé avoit esté mis au nombre des riches et bien aisés. Ce fut sur sa lettre que je fis la mienne, estant par la grâce de Dieu très ignorant des termes et de la ebose dont il s'agissoit. Cette langue m'est entièrement inconnue, et je ferois bien d'autres barbarismes et d'autres incongruités, si je me hazardois de la parler. Sed hœc œternum ignoremus, pereatque utinam inter nosferalis Ma doclrina, et emissœ Erebo artes, quibus sœculum suum illustra/oit Eminentissimus mortalium. Sequemur inter ea, temonenle, receptum, usum, et commendatus a me Itomuncio etiam una sillabajiat brevior. Au reste, Monsieur,
1 La nouvelle de la naissance de la pre- du duc de Montausier, ce qui n'a pas emmière fille du duc de Montausier, Marie pêche' M. Paul Louisy (article Montausier Julie; mariée le 1 6 mars iGG4 à Emmanuel de la Nouvelle Biographie générale) de lui de Crussol, duc d'Uzès, morte le 19 avril donner quatre enfants, notamment la mar- 1675. quise de Grignan, laquelle, au lieu d'être
2 Ce fils, né en 1667, ne tarda pas à sa fille, était sa belle-sœur (Angélique-Claire mourir, et Marie Julie resta la fille unique d'.Angennes).
sij'ay failli dans la conférence <jue j'ay eue avec le Chevalier, ça esté à bonne intention, et ma faute a procédé de mon zèle. Les moindres de vos interests me touchent de telle sorte, que je ne puis souffrir qu'il y ait un seul mortel sur la Terre qui ne vous rende pas des honneurs divins. Si ceux qui m'ayment ne vous adorent, je n'ay que faire de leur amitié : je leur déclare la guerre ; je jure leur ruine quand je me conseille à mon humeur; mais, me conformant à vos maximes, je cherche leur conversion plus tost que leur mort. J'ayme mieux vous les gagner que les perdre. Faites moy l'honneur de croire que j'ay toute la reconnoissance dont est capable un homme de bien, obligé par une infinité de bienfaits, et que je suis plus que personne du monde. Monsieur, vostre, etc.
Je ne sçay si Mr Maynard est de Fontainebleau ou de Sainl-Ceré. ny si son livre a veu le jour sous les auspices de son Eminence1. Mais je sçay bien que les meilleurs livres ne sont pas aujourd'huy les meilleurs moyens de faire fortune. On m'a dit que vous faisiez cas de ceux d'un autheur de Périgort, qui compose des Romans2 : si cela est, il faudra que je me les face lire, etc.
>ANNES LUDOVICTJS 1 S. P. D.
Magalottum4 ex vulneribus obiisse moleste equidem fero. Sumenim
1 Le recueil des poésies de Mainard ( OEu- publier les premiers volumes de sa Cléopàiïe
vres, 1 646 , in-4") ne parut pas sous les ( 16^7-1 658 , îa vol. in-8).
auspices de Mazarin. 3 Cette lettre a été imprimée dans les
' 11 s'agit là de Gautier de Costes de la Epistolœ Sclectœ (p. 5 9 de la seconde partie
Calprenède, né près de Sarlat vers 1613. du tom.ll des OEuvres complues).
mort eu 1 C63 , qui avait déjà publié les pre- 4 Pierre de Magalotti , dont il a été ques-
miers volumes de son roman de Cassandre tion plus haut (sous la date du 4 sep-
(i64a-i65o, 10 vol. in-8), et qui allait tembre 1 645). Placée à tort parmi les
el Romani nuiiiiiiis, ciiam ciiiii aliqua religioae Btndtosua, h majorern m iiiixliiin | fevebam | liuic eeternœ arbia <i\i, qui ad famam, ad glonain, ad smiiiiia quœquei, «gnosoe wrlia tua, magm's passibus prope-
rabal. Sed de inagnaniino lîoimili Nepote Inrsan alias *, De lloma \ero. Iindicrna iiii|iiain lionia, imlicllis cl . ilrcrc|iihr sciii-clnlis, aliquid am (itfus adilcinluiii es! in hoc otio |>ro\ inciali. Atque, si placet , coininnni cabo ego tecum, sapientiesime Capelane, qua> olim accepi cura in lialia agerenii ab ingeniosiesimo eodemque dkertissimo viro.
\iebal i Ile milii, et nna tnnc in Quirinali sp&tiabatmur s, Romam quideco pressenti rerura statu, Cliristi virtuto felicem, et diuturno silentio bellorum desiietam Majorum triumphis, per mullos jam annos composuisse se in ea, qua fruebamur, tranquillitate, quae sopori ac somno simillima sit. Cœterum quod in Dorienses a Polycrate olim jocose dictum, idem in Homanos homines non absurde conferri posse : ul, enim 3 dicere solebat Polycrates, Dorios omnes nasci musicos, nisi quid eorum obstrepat auribus, ul Natura vocem ac se polissinnun ipsi e\audire non possint, itidem aiiirmandum esse Romanum propggatione generis bonum militia gigni, nisi simple sponte sic futurus occupetur protinus alienis artibus et naturam expellat disciplina. Vel quod is est4 latini Cœli tractus et plaga Mundi, ea Romœ positio atque sedes. cseteraque necessitudo naturalium causarum, unde genitalis ducitur origo vitœ, ut exiis vitalem sphïtum haurientibus, indita simul semina prœstantis anirni, flammam laudis avidi corripiant, facillimeque excitentur ad a?mulationem operum pukherrimorum : vel quod ab urbis incunabulis, satus atque ortus gentis, ex parte Martius est paternus, ex parte durum a stirpe Lacedeemoniorum ac Sabinorum, maternum genus. Hue accedere temporura testem et nunciam vetus-
Lettres de l'année i646, cette lettre a dû * On lit dans ce même texte : et vna in-
êlre écrite dans l'été de 16/1 5, peu de temps clinato in Vesperam die, ad ripam Tiberis
après la mort de Magalotti. spatiabamur.
1 On lit dans le texte imprimé : Sed de 3 Le copiste a mis ei pour enim.
tnagnanimo Roinuli nepote Bellorwn nostro- " On trouve dans le texte cette phrase
rum historia, incidente : addebat ingeniosissimw vir.
Intis liisloriam; tum carmina nobilium Poetarum, de Quirini popuii triuinphis décanta ta vulgo; tum caetera litterarum immortalia nionumenta Majorum inscripta rébus pacc et bello Terra et Mari gestis. Illud quoque pristinœ gloriae bustum, illum aspectum vetustatis nondum evanescentis, illam in disjectis sibi maie superstitis antiquae famae reliquiis velut sepulchralem imaginem, insignitam passim magnis ilominibus ac trophœis nonnullum [credebat] ad imitationom generis in bene notis ingeniis monumenlum habere : nec esse paru m quicquid illud csl , quod e parietinis illis, atque ex illo semisepulto Roma- cadavere generosum quiddam et quasi bellicum spirat. Quamvis enim jam. in alto pulvere consederil late olim resonans flamma Victoriarum, \ tctoiiim tamen memoriam, suoruni triumpborum funere contectani necduïD extinctam, si paululum agitetur, intennicare subito et quodam quasi vapore recalescere cinerem gloriae fugientis. Adeo ut quo se cumque vertat homo Romanus, inler tôt sacra urbis patriae monumenta, praeclara rerum memorabilium species objecta oeulis obversetur aninio, quae illum quotidie Camillorum, Fabriciorum, Scipionumque prope modum vocibus appellet; quae velut ardentibus taedis et dormientem excitet, nec patiatur vigilantem consistere.
Haec magnifica certe quaeque non parum faciat ad togatae gentis gloriam, plenam animorum et spiritus pêne tragici orationem nolui te nescire, praestantissime Capelane, qui Romanos animos et Romana ingénia, principern locum quem per tôt annos tenuere tueri adhuc posse cum dormire desinent mecum ingénue fateris. Vale J.
Audio Clarissimum Silonium de scribenda sui temporis bistoria serio cogitare. Ronum factum; vel quod fœlix, faustum, etc. Enim vero gratulor hanc mentem tanto viro, posterorum negotium agere meditanti. Imo posteritati ipsi gratulor, quae arcana Imperiorum, rerum causas et consilia, quare, quomodo, quo fine gesta sint, qua stupet etiamnum Terrarum orbis, ab eloquentissimo scriptore summa cum voluptate docebitur. Amicum non unum ex multis, et quem scis a
1 Le post-scriptum qui suit . si flatteur pour l'historien Jean de Silhon , n'est pas dans le texte imprimé.