III-: JKAiN-l. (HilS (il ■Y./. I»K HALZ IC
me unice diligi ac ooli, ex me si salvere jueseris, mihi gratissimum feceris; idque ul facial te etiam atque etiam rogo, [terum vale.
Dll '.•> .ÏOIISl 1 (i'ili
Monsieur, J'ay receu les livres que vous m'avez l'ait la faveur de m'envoyer : mais je voudrais bien <|ue celuy de nostre Cher l'ust encore dans son Cabinet. J'ay grand peur que l'imprimé ne conservera pas l;i gloire que nous avions donnée au manuscrit, et qu'on dira de luy comme de l'Empereur Galba: Major privato visus , dum privatiser at, etc1. En cecj il est des Docteurs comme des Princes : on espère beaucoup de leur avenir; mais, quand on y est arrivé, les espérances se trouvent trompeuses et le présent gaste tout. L'approbation des Iiuellcs n'est pas tousjours suivie des acclamations du Théâtre, et plusieurs ont perdu en public la réputation qu'ils a voient gaignée en particulier. Combien de fois ay-je esté pipé par le fard, par le faux or, par les diamans d'Alençon, par les perles de Venize! Ces belles choses font leur effet dans l'obscurité de la nuit et veulent être veiies aux flambeaux. Le jour juge de la vérité; la grande lumière descouvre l'erreur que la petite favorisoit, et u'ay-je pas ouy dire à un galand homme qu'entre chien et loup, les chevaliers de Saint Lazare estoient chevaliers du S1 Esprit? Mais je me retiens et ne veux pas aller jusqu'à l'application de ces images peu avantageuses à nostre Cher. Dieu veuille que le peuple soit aussy sot que l'Acteur a esté hardy, et qu'il se trouve assez de dupes pour maintenir que la mauvaise raillerie est bonne, et pour s'opposer au party de ceux qui se connoissent en Épigrammes ! Nous ferons cependant vous et moy ce que nous conseille la Sainte Escriture, et nostre Charité couvrira la multitude des péchés de nostre amy.
De bonne fortune, Mr de la Thibaudière s'estant trouvé icy lorsque le paquet du Messager fust ouvert, il a pris luy mesme le livre qui
' Tacite, Hist. lib. I, cap. xlix.
luy cstoit addressé. Nous avons leu ensemble des endrois miraculeux de cet admirable livre. Il ne se peut rien de plus fort ny de plus pressant que ses raisons; et, s'il estoit aussy aisé à l'Abbé Thaumaturgup ' de persuader les Hérétiques que de les vaincre, on verroit bientost tous les ministres rendus et tous leurs temples abandonnés. Je ne le remercie point de la faveur qu'il m'a faite: Mr de la Thibaudière s'eal chargé de mon compliment, et le doit faire avec le sien, et vous sçavez combien cr Monsieur est grand maistre en matière de complimens. crvous n'ignorez pas qu'il règne dans le genre Épistolaire , et qu'il va cr disputer le rang aux Bembes, aux Manuces, etc. n
J'ay à Angoulesme une cousine Religieuse, que 1 on croit estre ma gouvernante, et qui en effet a beaucoup de pouvoir sur moy. Elle et Monsieur l'Official m'ont arraché des mains qnatre livres de mes choisies, pour les envoyer au père Hercule. G'estoit jadis le directeur de la Religieuse, auquel elle promist les quatre livres il y a quelque temps. J'ay souffert cette violence à la charge que j'aurois mon manuscrit dans un mois, et qu'il ne seroit communiqué qu'à vous, a Mr le Marquis de Montausier et à Mr Conrart (Mr l'Official peut y avoir ajousté quelque autre). Vous trouverez une fois autant de lettres qu^ l'an passé, et celles là mesmes que vous avez desjà veiies, changées et réformées en plusieurs endrois. Mais il faudra les copier de nouveau pour ce que j'ay changé de dessein à la prière dune personne qui m est très chère, et qui veut absolument quelles soient imprimées en petit. On en ostera quelques-unes comme celles à Mr le Chancelier, pour les mettre ailleurs. Le latin aussy sera mis à part, et il se pourra faire du françois deux ou trois volumettes séparés qui se débiteront 1 un après l'autre. Mr l'Official a escrit de ma part à Mr Conrart pour un privilège que je désire, et je vous avertis que j'ay tout à fait rompu avec Rocolet. C'est un maraut qui nous a désobligés (j'entens par nous,
1 Le copiste a-t-3 bien lu ce mot? Je ne au mot Thaumaturge, ne remonte pas plus
trouve partout ailleurs que la forme thau- haut qu'à l'époque où Flécbier prononçait
maturge. M. Littré, du reste, dans les cita- son panégyrique de saint François de Paule
tions du Dictionnaire de la langue française , (1681).
DK JEAN-L0UI8 OUEZ DE BALZAC. B8B
1 1 1 ( > y ci les miens) en des rencontres qui u'onl rien de commun avec les livres ny l'impression des livres, autrefois il n'en etwl pas esté (|iiiu< à si bon niiirclit', et peut-estre qu'A auroii esprouvé en oc temps là les misères el les calamités du siècle de bois.1, mais mes cheveux
;;ns. mes maladies, etc.
le meurs toutes les nuits el ressuscite imis les malins : non pas glo«
rietisemenl. Monsieur; car. en vérité, mon \isa;;e \oiis feroil peur el vous auriez pitié du meilleur estât où je me trouve. En voulez-vous davantage? Je suis plus asne que ne le fut jamais Apulée, et je n'espère pas comme luy de revenir homme en mangeant des roses-. On m'a condamné à tetter ma nourrice toute ma vie, et mon remède doit estre désormais ma nourriture:
Sic rudere incipio, constans et alumnus asellas, Dedidîci , Capclane, loqui.
Qu'on demande après cela des lettres dorées et des complimens estudiés à qui a perdu l'usage de la parolle. Je ne me plains point du Politique mon ancien amy; je ne peste point contre le Publicain3, gendre de Mr de la Milletière. Je me loue inGniment de vous, Monsieur, de vos soins, de vostre tendresse, de vostre chaleur et suis de toute mon ame, Monsieur, vostre, etc.
J'ay leu deux fois la harangue de Mr le Goadjuteur, et il n'y a qu'une heure que je l'ay receue. Pensez-vous, Monsieur, que l'Églize
' C'est-à-dire la bastonnade. On sait que Balzac, dans sa jeunesse (11 août t6a8), fit bâtonner Javerzac par un ami trop complaisant. Lui-même, s'il faut en croire la terrible lettre de Théophile, aurait été bâtonné en Hollande. (Œuvres complètes de Théophile, édition de M. Alleaume, t. II, p. 287). Voir, sur toutes ces aventures, le spirituel petit livre de M. Victor Fournel : Du rôle des coups de bâton dans les relations
sociales, et, en particulier, dans l'histoire littéraire (Paris, i858, in-3a, p. 5o, 89- 91, etc.).
2 rtTunc ego trepidans, assiduo pulsu itmicanti corde, coronam, quas rosis amœnis (r intenta fulgurabat, avido ore susceptam, rrcupidus cupidissime devoravi,ji etc. (Apuleii Metamorphoseon lib. XI. )
3 Catalan.
ait jamais parlé par une plus éloquente bouche ? Pour mov , ce n'est pas mon opinion, sans excepter mesme le siècle des Basiles et des Chrisoslomes : mais j'avoue de plus que je ne vis jamais tant de sagesse avec tant de liberté, ny un si beau tempérament de zèle et de discrétion. Mr Ménage m'a extrêmement obligé de me régaler de ce nouveau présent, et de l'ajouster à son Epistre Latine, que j'avois admirée dès l'année passée. Je le remercie de tout mon cœur, et Mr Sarrau aussv, de la bonté qu'il a a eue de se souvenir de moy en la distribution de ses bienfaits. Asseurez le, je vous prie, Monsieur, de lapassion et de l'estime que j'ay pour luy. Je luy en rens un tesmoignage autentique dans le manuscrit que le Père Hercule vous doit mettre entre les mains.
Du 5 septembre 1 646.
Monsieur, Mes maux ne sont pas petits , et ils durent certes depuis longtemps. Vous dites vray néanmoins. Je les considère avec trop d attention et en fais une estude trop particulière. Je devrois esloigner de mon esprit ces fabuleux objets et me fuyr moi-mesme , s'il estoit possible. Vos conseils sont très sages et seroient très salutaires à qui pourroit en user. J'y acquiesce et les veux suivre. Mais que sert une volonté impuissante? Mon tempérament force et emporte ma résolution. Il faudroit me refaire pour me faire heureux ; et je serois triste avec des couronnes ou dans les palais, comme il y en a qui rient en chemise et à l'Hospital. C'est icy, Monsieur, où le quolibet latin est un oracle et où se vérifie : Gaudeant bene nati et a contrario doleant maie nati. Je suis de ces derniers, à mon grand regret, et n'ay point sujet de me plaindre de l'injustice du Monde, puisqu'il ne m'a rien donné qui me pust rendre content. En quelque place que la fortune me mist, il n'y en a point sur la terre de bonne pour moi; point de charge qui ne m'incommodast; point d'honneurs, de dignités, de faveur de cour, dont je ne me trouvasse embarrassé. Dans nostre petit commerce mesme
I appréhende plus un remerciaient à faire que je D'estime une bibliothèque donnée.
Que vcni le Batave que j'escrive de ses vers? et n'est-ce pas trop de la moitié de l;i lettre que j'ai déjà escrit? \ vous parier Eranchement, je n admire poinl les vers <lu Batave, et quoj qu'il allègue dans l'épistre, pour justifier la simplicité, il me semble qu'on peul estre excellent dans le genre médiocre, m;iis qu'il est au dessous du genre qu'il a choisi fi très-médiocre dans la médiocrité. Quid agit Bàbaehu tuus? ne Lusse [tas de m'obliger. Mais, en l'estat que je suis, on ne peut respondre à cette interrogation obligeante <jue ces quatre mots : Nec agit, me loquilur, infelùc ! sed patitur et lacet.
Ne condamnons pas le Président tout entier, il en faut sauver quelque partie :
Sunt bona, sunt qusdam mediocria, suiit mala multa '.
Je ne dis pas la mesme chose de la raillerie de l'abbé comique. 0 bienheureuses personnes qui riez si facilement et qui avez une si grande disposition à la joye! J'espère, et mon cœur me le présage, que Dieu nous a conservé nostre cher M. Silhon. Si nous l'avions perdu, je ne serois pas capable de consolation. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
J'ay fait reflexion sur ce que vous m'avez escrit autresfois que les lettres estaient beaucoup plus lettres, quand elles ne traittoient que d'un seul sujet. Cela est cause que, pour la future impression, je mettray en pièce quantité des miennes, de celles mesmes qui sont à Paris et que j'attens, et j'espère que, les ayant toutes veues en cet estât là, vous les estimerez un peu plus que les Epistres de Sidonius Apollinaris, et gousterez un peu moins la raillerie de l'abbé comique que celle de vostre très humble, etc.
1 Martial, Epigramm. lib. I, ep. 17. Ad Aeitum. Il y a, dans te vers si conautle Martial, plura au lieu de invita.
Du il» septembre i 646.
Monsieur, Les belles et bonnes choses que vous m'avez escrit de l'Amitié m'ont extrêmement instruit, mais l'application que vous en fautes à vous et à moy m'oblige parfaitement. Et si, à l'heure que je vous parle, je ne sentois de la douleur qui me rend incapable d'un long discours, je prendrais plaisir à vous faire voir, par mes reflexions sur vos maximes, que j'ay profité de vostre doctrine et que je ne suie pas indigne de vostre bonté. Cela se fera une autre fois, et je vous diray cependant, Monsieur, qu'il faut que je me sois très mal expliqué sur le sujet du nouveau livre de l'abbé comique l. Je le trouve absolument mauvais, et si mauvais, que je penserois luy faire faveur et mentir de la moitié si je disois :
Siint mata, sunt quasdarn mediocria, sunt bona nuita.
0 frigidissimum et insulsissimum Scurram! 0 togatum tnancipium! 0 natum ad servitutem pecus! En effet, comme son esprit est d'un poète vulgaire de la vieille Cour, son ame est d'un esclave confirmé de cette cy. Et quel moyen de souffrir, à un homme qui ne manque pas de pain, ces bassesses, ces laschetés, cette passion aussy violente pour entrer dans la maison de Msr le Coadjuteur que celle de David pour aller en Paradis, lorsqu'il disoit : Melior est unus dies in atriis tais 2, et ce qui s'ensuit. Vous voyez, Monsieur, que je suis imprenable par ia flatterie, et que la divinité que me donne le prélat comique 3 n'a point corrompu mon jugement en sa faveur. Qu'il s'en prenne (pour
1 Les Epistres du sieur de Bois-Robert- 2 Mous avons déjà rencontré celte cita-
Metet, abbé de Chaslillon, ne parurent lion dans la lettre du 9 novembre 1 643.
qu'en 16&7 (Paris, in-4"), mais sans doute, J C'est à la page 27 (Epitre VI) que
comme il arrivait souvent, quelques exem- Bois-Robert s'écrie :
plaires en furent distribués d'avance aux Divin Balzac, prince de l'éloquence,
amis de 1 auteur. Tu veux qu'enfin je rompe mon silence! etc.
m1 point parler d'une plus haute antiquité) aui Nouvelies>de Boccace, aux Comédies d'Arioste el de Machiavel, à quelques chapitres de Berni, etc. Après de tels ragousts ei de telles sausses, je oe puis gouster leurs citrouilles i i isi| >i« 1 1-- h mal apprestées, etc. Je suis, \lonsieur, etc.
'lie i'-i'oii oe l'ail point de lettres de raillerie, mais il \ a de la raillerie presque dans toutes ses lettres. Iliilri sapirns, ted non prqfitetur ridiculum atque in hoc prœcipue urbomu» diêtmguitur a Seurra. Je pense «pie le cher ' l'emil mieux d'aller faire vendanges en Gascogne que de s'amuser inutilement à Fontainebleau *2. La bonne nouvelle de la guérison de uostre excellent amy 3 me donne la vie :
Di, tantura servate caput, nec lugeat orbis Extinctam virlutein Aula !...
Du sa octobre l646.
Monsieur, 11 est vrai que je mesprise trop le moderne imitateur de Marot 4; il est encore plus vray que je ne sçaurois assez estimer le dernier historien d'Alexandre 5. Les autres traducteurs suivent leur auteur et sont ses valets. Celui-cy mène et conduit le sien, il se sert hardiment de la raison, parce qu'il s'en sert en maistre. Son jugement va viste mais il va droit, et, quand il change ou remue le texte, il ne gaste pas, il améliore la chose. Il est plus tost œconome que dissipateur du bien dautruy. L'Epistre à Mr le duc d'Anguien me plaist si fort, que je voudrois l'avoir faitte, moy qui suis grand Epistolier de France, et vous ne sçauriès croire combien j'ayme ce courage et cette noblesse
1 Mainarri. 4 Bois-Robert.
2 Le vieux poëte n'e'tait donc pas 5 Perrot d'Ablancourt. Sa traduction des
Las d'espérer et de se plaindre Guerres d'Alexandre par Arrien parut à
Des muses, des grands et du sort' Paris (Ùl-8°, 1 666).
Silhon.
de stile, voire cette audace et cette bravoure, pourveu que le bon sons en ayt la direction.
Je serois trompé, je vous l'avoue franchement, si mes choisies n'estoient à vostre gré, et si vous n'estiez de l'opinion de celuy qui dit que ce sera un livre d'originaux. Il faudra se servir du sieur Courbé, et je lui feray sçavoir le tesmoignage que vous me rendez de son mérite.
Qui est ce Monsieur Mascaron ' dont il vous a porté le livre? J'attendray impatiemment ceux de M1" i'Evesque de Grasse, et je vous conjure de ne pas me faire languir. Je pensois vous envoyer aujourd'hui une montre que je vous ay fait faire du plus bel or que le soleil ayt jamais produit, et de la main du meilleur ouvrier de l'Europe; mais, appréhendant le peu de soin du messager d'Angoulesme, j'ayme mieux la fier à un amy qui doit partir de ce pays à la Saint-Martin.
Mr le Marquis de Montausier m'a escrit la plus obligeante lettre du monde : je luy en tesmoygneray mon ressentiment à son retour de l'armée. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Que je sçache, s'il vous plaist, Monsieur, les nouvelles qui se peuvent sçavoir de Mr de Saumaise. A quel travail il est présentement occupé, quels sont ses appointemens et sa qualité au lieu où il est; si luy et Heinsius vivent bien ensemble; si ses amis de Paris espèrent de le revoir bientost, etc. Une conférence d'un quart d'heure que vous aurez avec Mr Ménage me peut esclaircir de tout cela.
Le cher Président est encore mieux dans sa cabane qu'à la porte du palais. Pour moy, je ne voudrois pas faire un seul jour ce que l'abbé comique voudroit faire toute sa vie 2, quand je serois asseuré que, le lendemain de ce jour, la Fortune changeroit ma Seigneurie en Emi-
' C'était Pierre -Antoine de Mascaron, la première fois (i863, in-8°, p. 8 et 9).
père du célèbre orateur Jules de Mascaron. On trouvera , dans une des lettres sui-
Pierre-Antoine était avocat au parlement de vantes (n° CL), des détails sur le livre dont
Provence. Voir, sur cet avocat , les Notes pour il est ici question.
servir à la Biographie de Mascaron , évêque 2 C'est-à-dire des bassesses. d'Agen, écrites par lui-même et publiées pour
nence. Si je n'estois malade que d'ambition, ihl letict et pancratice va- Irrciit ; mais mon mauvais corps m'oste l'usage de tous les biens que je recevrais, si je ne \ i\ <>is que de l'Esprit.
Du 13 novembre îfi'iti.
Monsieur, A vous dire le vray, je n'ay ieu des deux livres que les remarques qui sont à la fia et Pépistre qui est au commencement. D'ailleurs je ne juge pas tousjours si sévèrement que si j'étois Aréopagite ou Inquisiteur. Je veux quelquefois obliger et faire grâce. Et que m'importe que mou amy ne révère pas les auteurs comme il dcvro.it, pourveu qu'il m'ayme comme il faut et qu'il me soit plus fidelle qu'il n'a esté à Tacite ou à Arrian ll Rendons luy le tesmoignage que nous lui devons. Il a l'esprit haut et courageux, et, quoy que vous puissiez dire, c'est bien un autre homme que l'adorateur de Coefleteau 2, traducteur de Quinte Curse, qui travaille après cette benoiste traduction dès le règne de Charles Neuviesme. Il faudroit avoir traduit toute une bibliothèque depuis ce temps là.
L'or dont je vous ay parlé n'est point en figure, et il n'y a point de sens allégorique sous mes parolles. Ce n'est ny Philon Juif, ni Origène qui vous envoyé la montre, de la main du plus habile ouvrier de l'Europe. C'est le véritable Balzac qui vous veut faire ce petit présent; et l'ouvrier qu'il a tant loué est résident à Angoulesme, mais il est plus estimé que ceux de Bloys, et ses ouvrages sont admirés à Paris. Quelques uns mesmes ont passé les Alpes et l'Océan, et M1' de Chasteauneuf 3 en a régalé des princes et des princesses. Mais, je vous prie, à qui sont mieux deùes qu'à vous pareilles machines; et qui use des heures plus utilement et plus dignement que celuy qui, dans l'embarras de Paris , a presque achevé un poëme héroïque ? Puisque ces
' Perrot d'Ablancourt. gracié, fut, sous te ministère de Richelieu ,
* Vaugelas. interné à Angoulême pendant dix an-
5 On sait que M. de Chateauneuf, dis- nées (i633-j643).
heures sont des déesses dans les labiés Grecques et guères moins belles que les Grâces; puisqu'elles font garde à l'entrée du Ciel et quelles 1 ('veillent l'Aurore, et qu'elles ont soin de l'équipage du Soleil, et qu'elles ne manient là haut que des roses et des pierreries, il est bien raisonnable que, venant en terre, elles soient logées agréablement : et il me semble qu'une maison faitte de la mesme estoffe que le chariot qu'elles attèlent tous les matins, n'est point trop magnifique pour elles. Après tout, Monsieur, ce n'est pas vingt pistolles que je vous donne; et encore, afin que vous sçachiez que je trafique plus que je ne donne, je vous demende (à votre commodité) deux paires de gans d'Espagne, soit que vous les receviez d'une dame, soit que vous les achetiez d'un marchand, ou que ce soit vostre part du butin de vostre amy, après la prise de Madrit. Mais souvenez-vous, s'il vous plaist, en ce temps là , que mes mains sont un peu plus [grandes] que les vostres, afin que la conqueste de Mr de la Trousse l soit à mon usage, et que je me puisse servir commodément de ce que je recepvray.
J'ay la teste si dure que je ne puis comprendre pourquoy vous ne voulez pas de son Aisé. L'amy qui me prie d'escrire à l'Intendant de Justice me pria pour un autre et non pas pour luy , et, par conséquent, ce n'est pas sa taxe, mais celle de l'autre; et j'appelle l'autre son Aisé, c'est-à-dire l'Aisé qu'il me recommande, comme, par exemple, je dirois que j'ay demendé au général des Gallères vostre forçat et qu'il ma donné vostre forçat, au lieu de dire le forçat que vous m'aviez recommandé.
Je vous supplie de bien asseurer Mr Silhon de la continuation de mon très-humble service. Je ne désire point qu'il s'incommode pour l'amour de moy, et j'ay me beaucoup mieux que mes interests demeurent à terre que s'il faisoit un effort pour les relever. Dieu me garde d'estre mis au nombre de ses importuns et de vouloir prendre les grâces par force! Sans me plaindre de l'avarice de l'Estat, je me lotie de la bonne volonté de mes amys. Et ne parlons plus de cette af-
1 J'ai eu déjà l'occasion de rappeler epue Chapelain avait été le précepteur de M. de la Trousse.
DE JEAN-LOUIS « ; I j i: Z DE BAL2 IC. S91
faire, « 1 1 ■ ■ ne vaul pas le moindre article de ce que roua m'avez escriA.
Je suis, Monsieur, \oslre. etc.
réécrivis il y b quelques jours à M' le marquis <le Montausier, el bailla) ma lettre à ma sœur, qui l'a recommandée h mon neveu. Je croj
iiu'il doil esliv de retour a l'a lis.
Du i" décembre i646.
Monsieur, Esl-ce assez de dire du livre de M1 Mascaron qu'il n'a pas esté mespnisé à la Cour? Nous ne sommes pas si dédaigneux au village, où il a esté extrêmement estimé, et je vous déclare que, si ici homme uavoit que vingt-cinq ans, j'en espérerois plus que d'homme de France. J'ay jette les yeux sur toutes les pièces ' , mais je me suis particulièrement arresté sur l'Apologie pour Coriolan, qui m'a semblé très ingénieuse et très éloquente. Elle a de la force et de la beauté; elle m'a piqué en certains endrois; elle m'a chatouillé en d'autres. L'apologiste pense bien et parle agréablement. Souvent il porte les choses jusqu'où elles peuvent aller; et, si quelquefois sa raison et son discours vont trop loin, encore aymé-je mieux le desbordement que la sécheresse. Ce qui me fasche, c'est que je voy qu'il ayme et qu'il cherche les éloges, voire mesme les impertinens et ridicules; et qu'avoit-il que faire d'une mauvaise Epigramme pour la recommandation d'un bon livre?
Si Charles, filz de François 2, continue comme il a commencé, ce sera un mauvais faiseur d'Epigrammes. Il ne pouvoit pas débuter plus
1 Les bibliographes n'ont pas signalé le re- la Vie de Messire Jules Mascaron (en tête des
cueil dont parle ici Balzac. La Bibliothèque Oraisons funèbres, 170^) regrettait déjà la
historique de la France indique seulement perte de la plupart des ouvrages de celui
plusieurs pièces détachées (harangues, re- qu'il appelle *le plus fameux avocat du par-
lations, discours funèbres) qui parurent élément d'Aix.n
de 1637 à 1667. Le Père Bordes . auteur de 2 Charles Mainard.
mal, et en tout ce que j'ay veu de luy, je n'ay pas trouvé un seul grain de sel.
Huncque malos inler numerabit Ronia poetas, Mœvius et fiet, magne Garumna, huis.
J'ay presque envie d'en dire autant du poète de la Dordogne '; les bouquets dont il a couronné les princesses sont trop bien payés, s'il en a eu une cbaisne de cuivre doré, et le comte de la Garde 2 est plus que Got et Visigot, s'il a fayt grand cas de ces bouquets.
Je suis trop obligé aux bontés de M1 l'évesque de Grasse et de Mr l'abbé de Cerisy, qui mont fait l'honneur de me régaler de leurs beaux ouvrages 3. Je vous supplie, Monsieur, de les asseurer de ni;. parfaite reconnoissance. Comme je souffre toujours, je me plains aus-\ tousjours , mais je suis las de vous importuner de mes plaintes.
On vient de me rendre vostre lettre du 2 5 du passé, mais, n'ayant pas le temps d'y respondre, je me contenteray de vous dire qu'elle m'a ravi et que je la trouve toute pleine d'amour, de galanterie, de bon esprit, de bons mots, etc. Je révoque ma sentence contre le poète de la Dordogne; les vers que vous m'avez envoyés de sa part sont excelleus. et le seroient encore davantage, s'il n'avoit point parlé de Mr d'Utique. Les lettres de M1 de Grasse ne sont point perdues, mais il me faudroit plus d'un an pour les trouver dans la confusion de mes papiers, et je ne voy pas d'ailleurs qu'il en puisse avoir aucun besoin, quod inter nos dictum sit, amicissime Capelane. Le paquet de ma sœur s'est perdu, mais Mr l'Official a grand tort, s'il a oublié dans le sien la copie que luy Gt mon homme de la lettre de Mr le marquis de Montausier.
Je vous prie de me mander si Mr Mascaron est à Paris 4; il mérite
1 Peyrarède, né sur les bords de la Dor- 4 Jules de Mascaron dit de son père (Notes dogne, à Bergerac. déjà citées, p. 9) : rrll mourut à Paris l'an
2 Le comte Magnus de La Gardie, petit- m 6/17, où il étoit allé pour présenter à la fils du célèbre Pontus de La Gardie, et alors trreyne régente, Anne d'Autriche, deux haambassadeur de Suède en France. trrangues qu'il avoit faites au Parlement et à
3 Oraison funèbre de M. l'évêque de Butas, cela Chambre des comptes de Provence par par Godeau (16A6). — Vie de Béride, par «un très-honorable ordre de cette princesse, Germain Habert (Paris, in-4°, i6i6). «lorsque les provisions de la charge d'Ad-
DE JEAN-LOUIS QUEZ l>K BALZAC, 898
bien une douzaine de lignes de remercimenl '. Je suis pourtant en an
si mauvais estât, qu'il n\ a point de ligne qui ne Boil mie corvée el
un nouveau mal, etc.
Du 1 ii décembre ni'iii.
Monsieur, A l'avenir, parlons en termes plus propres et moins ohligeans. Je ne suis |ias magnanime pour ne vouloir pas eslre coyon2, n\ libéral pour faire présent d'une bagatelle. Au premier concile grammatical qui se tiendra chez les Frères Putcans \ il sera conclu (ou je n'y aurav point de voix) que vous n'abuserez plus des grands mots si licenlieusement, et que ceux de magnanimité el de magnificence seront employés autres fois en de plus dignes occasions que celles que mes lettres vous font naistre. Vous ayant (comme vous dites) donné tout mon cœur, tout le reste doit estre compté pour rien , n'est que l'accessoire du principal, n'est qu'une petite marque de vostre souveraine possession, el partant ne vous faitles plus de tort en me faisant de l'honneur.
\ gréez les hommages et les sacrifices qui vous sont deus, mais espargnez la pudeur de vos dévols. 11 me suffit que vous receviez le paquet que je vous envoyé par le messager, sans prendre la peine de me mander seulement que vous ayez receu le paquet que je vous envoyé. Ce seroil trop d'une seconde confusion dans laquelle me jetteroit vostre honnesteté. Et œtemurn sit, mi Capelane, litterarum nostrarum silentium de lus me felicioribus horis, quœ brevi tecum habitabunt.
rr mirai, chef de la navigation et commerce tronum, candidatum stoicœ sectœ, declama-
rede France, que le Roy avoit données à la torcm eximium. Balzac débute ainsi : fReyne-mère, furent enregistrées en ces MassBis decus, et patrii spes magna aenatus,
«deux coure.» Mascaro,...
1 Balzac paya sa dette en vers latins. 2 On ne connaissait aucun exemple de
Voir, à la page 18 de la seconde partie du l'emploi, par un bon auteur, de ce mot s tome II des Œuvres complètes, la pièce por- bas et si libre. Voir (au mot coïon) le Dictant ce titre : Ad Pctrutn Anlonium Masca- tionnaire de Trévoux el celui de M. Litlré. ronem, disertissimum in Aqucnsi curia pu- 3 Du Puy (Puleani).
Au reste, je vous félicite de vostre concile grammatical et de tant d'autres endrois urbanissimcs de vostre dernière lettre. Il n'y a que vous qui soyez capable de forcer mon opiniaslre chagrin, et de faire luire des rayons de joye dans une humeur beaucoup plus noire que ne fut jamais celle du bonhomme Heautontimorumenos l.
Je vous prie, que je sçache si Mr de Saumaise est arrivé de Hollande . et si ses amys espèrent de le garder longtemps à Paris. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
glu.
Du 8 janvier i6U-.
Monsieur, Pour un peu d'or vous me rendez quantité de diamans. et vos parolles sont bien plus riches et plus esclatantes que mon présent. Mais ce n'est pas en dire assez. Je trouve Archimède dans Démosthène; j'admire l'intelligence de l'artisan dans la rhétorique de l'orateur; et, si j'eusse envoyé une montre au feu Empereur Rodolphe2, il ne m'en eust pas escrit une lettre avec des termes si proches et si choisis; il en eust parlé moins agréablement sans doute, mais encore moins doctement que vous n'avez fait. Je conclus de laque vous estes le vray sage de Chrysippe et de Zenon; que vous estes cet homme qui se mesle généralement de tout ; qui sçait tous les ars et tous les mesliers; qui feroit des cadrans et des horloges, des arquebuses et des canons, aussv bien que des dilemmes et des syllogismes, etc. Cet etc. est une bride qui arreste ma fougue oratoire, et qui m'empeschera de m'aller précipiter dans les espaces imaginaires de la philosophie stoïque. Pour le reste je n'ay pas plus de courage qu'à l'ordinaire. Vous avez beau là dessus me gronder éloquemment, et me reprocher ma pusilanimité en brave et en Philosophe; il n'y a point moyen que j'aspire à vos grandes choses, ny que je m'eslève de ma terre. Je renonce de
1 Tout le monde connaît le héros gron- " Rodolphe II, empereur d'Allemagne,
deur d'une des plus jolies comédies de Té- mort le 20 janvier 1612. rence.
nouveau à la gloire, ^i ce n'esl à la gloire de bien ayraer; car pour celle là, à la vérité, j a] i|iiel.|ne d mil (|'y prétendre; et il est certain que je sens pour vous, mon cher Monsieur, les joyes, les tristesses, les mouvemens doux, les mouvemens violons, les contractions et les espanouissemens de cœur, eu un mot toutes les peines et tous les plaisirs des ames véritablement amoureuses.
Avant que j'eusse receu vos lettres, l'endroit, ambigu de la Gazette m'avoil esté suspect; je m'estois douté, en le lisant, de, la malignité du x. x. \. (-1 des mauvaises excuses qu'il cherche, et, dans une compagnie assez célèbre où je me trouvay immédiatement après , je blasmay l'obscurité du Gazetier et défendis la bonne conduite du Marquis1. Si, de mon propre mouvement et sans avoir esté instruit, j'ay esté capable d'agir de la sorte, que ne feray-je point à celle heure que vous avez pris le soin de m'esclaircir du particulier delà chose et que j'ay entre mes mains de quoy réfuter les relations apocrifes? Mais c'est principalement à la Cour, où la malice et l'envie attaquent et blessent les gens de bien. En ce pays là la plus haute vertu est la plus exposée aux atteintes des plus [mauvaises] langues. Ceux-mesmes qui sont bien persuadés des choses en parlent mal; quoy qu'ils ne croient point les fables qui se débitent au désadvantage de l'histoire, ils font semblant de les croire et profitent de l'erreur d'autruy. Il faut détromper la simplicité du peuple, et s'opposer aux artifices des Grands.
Nous ne manquerons ny de party ny de chef; et, si le véritable Héros (je dis le héros de vostre ode et de vostre dernier sonnet2) est informé, comme il le doit estre, de la vérité, une seule parolle de sa bouche fera taire les calomniateurs, et les cent bouches mesmes de la Renommée, si elle avoit esté gaignée par le faux Héros. Ce Prince est aujourd'huy le Dieu de la Guerre, le successeur de la réputation de Gustave, l'arbitre et le juge des vaillans. Il a tous les rieurs, tous les
1 Le marquis de La Trousse, gouverneur Condé par la mort de son père (26 déde Roses, qui était alors dans l'armée de cembre i646). Condé, dès les premiers Catalogne en qualité de maréchal de camp. jours de l'année 1667, fut mis à la tête de
5 L'ex-duc d'Engliien devenu prince de l'armée de Catalogne.
approbateurs, tous les admirateurs de son costé, et, s'il est pour nous, qui sera le téméraire qui soit contre nous, si ce n'est à sa confusion et à son malheur? De vostre grâce j'ay leu la lettre qui luy a esté escrite et celle qu'on a escrite de luy. Dans la première il me semble que, quand Fauteur fœminin n'cust pas dit les Mânes de ses soldats, il se pouvoit mieux expliquer par un autre mot. Le stile Attique de la seconde lettre ne me desplaist pas. J'y ay remarqué un certain air de coqueterie , qui m'a fait penser que le Plénipotentiaire pouroit bien estre piqué1. N'auroit-il point autant d'inclination pour la Fille que le Cardinal Bentivoglio en tesmoigne pour la mère, dans la Relation qu'il fit de la fuite de son mary2? Je receoy une infinité de faveurs de noslre très cher Mr Conrart; je vous supplie, Monsieur, de luy tesmoigner la part que vous y prenez. Remerciez le particulièrement des civilités de sa dernière lettre, très belle et très obligeante, et de la vie de Fra Paolo qu'il m'a envoyée pour mes estrennes. Je n'ay point encore receu les autres livres; et je l'advertis que le messager d'Angoulesme est la moins régulière de toutes les personnes publiques. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.
Je ne désire de gans d'Espagne que sur la fin du mois de Septembre, mais j'en auray besoin d'une paire en ce temps-là, etc. Je vous prie, Monsieur, de demender à Mr Ferramus un exemplaire de l'ode qu'il m'a fait l'honneur de m'addresser, et généralement tout ce qui est
' D'Avaux, un des plus habiles des plénipotentiaires du Congrès de Munster. On sait que la belle duebesse de Longueville, qui était alors dans tout le rayonnement de ses vingt-huit ans, était allée rejoindre, l'année précédente, son mari à Munster.
M. Cousin a publié, d'après les papiers de Conrart, la lettre de d'Avaux à la princesse de Condé (au sujet de la prise de Dunkerque par le duc d'Enghien), a la page 2 85 de la Jeunesse de Madame de Longueville (4' édi-
tion, 1859). — Balzac avait bien deviné.
Voir la Jeunesse de Madame de Longueville , p. 279, 280, etc.
2 Eelalione délia fuga di Francia d'IIenrico di Borbon, principe di Coude, etc. Il faut rapprocher de la phrase de Balzac un passage des Mémoires de M"" de Motteville cité par M. P. Paris (à la suite de l'historiette de Madame la Princesse, p. 186 du t. I). Voir encore M. V. Cousin, la Jeunesse de Madame de Longueville, p. 61.
imprimé de luy. Vous me l'envoyerez, s'il vous plaist,aTèc les œuvres de l'Eschassier, qui m'ont esté promises il y ;| 8i long temps. Nec »aleo tspero unquam, Gapelane, valere.
CLD.L
Du 3 février 16 '17.
Monsieur, Vous dittes des merveilles de mon mariage avecques la gloire. 11 ne faudroit que rimer celle excellente tirade pour en faire naistre un sonnet, une epigramme, un tout ce qui vous plairoit. Mais j'ay peur que vous parliez sans charge : estes-vous bien advoué de la Dame de la part de qui vous me parlez; il y a apparence que non (je ne dira y pas de l'apparence, quand ce ne seroit que pour faire despit au grammairien Yaugelas); vous faites des avances de vostre chef: sans doute la gloire vous desdira de plus des trois quarts de l'excellente tirade; et ne seroil-ce point d'elle comme d'Hélène, qui estoit en Egypte, pendant que Paris croyoit coucher avecques elle à Troyc? Quoy qu'il en soit, Monsieur, soit que je possède ce corps et la vérité, soit que je ne jouisse que du simulacre et de l'apparence, je vous suis obligé de vostre consentement à mon mariage, et vous remercie de l'opinion que vous avez que je mérite d'estre le mari , etc.
Je me presse tant que je puis pour venir au second article, et j'ay liaste de me descharger de ce qui me pèse sur le cœur depuis la réception de vostre despesche. Ne doutez point, je vous prie, que je ne vous aye gardé le secret avec toute la religion que vous pouviez attendre d'un Confesseur Jésuite et plus que Jésuite. Ny Plassac, ny son frère1, ny qui que ce soit n'a eu communication de vos lettres, et quand vous n'auriez exigé de moy, je n'aurois pas laissé pour cela d'estre maistre de ma langue. Je ne descouvre jamais les blessures de mon ame qu'à ceux qui me les peuvent guérir, et je cache tousjours ce qu'il est inutile de publier. Le Patelin ne peut donc avoir appris de
' MM. de Méré.
mes nouvelles, ny directement ny indirectement, comme on dit, et de cela vous en devez faire un fondement asseuré. Il faut qu'il ait raisonné sur la connoissance qu'il a de sa faute, et que ce soit cette conscience coupable que l'Antiquité a nommée Mille tesmoins, qui lui ait donné ou du remors ou de la honte ou du despit; après quoy je ne mestonne pas qu'il haïsse les personnes qu'il sçait avoir offensées. Mais n'y a-t-il que la discontinuation des visites qui vous ait fait entrer en soupçon, et n'avez-vous rien senti de Mr Voiture, qui est si libre, et qui se soucie si peu de fascher le monde, ou de Mr Ménage, qui est si franc et à qui les interests de ses amis sont si chers?
Ce dernier mot me fait passer au troisiesme article. Pourquoy ce très officieux et très obligeant laisse— t-il gronder contre moy à Rome? Ne pouvoit-il pas prévenir toutes ces plaintes romaines par un petit apostille1, et faisant scavoir en ce pays là que je suis plus qu'à demy mort, qu'on ne reçoit plus de mes nouvelles à Paris, que je n'escris plus de lettres, et que j'ay pourtant admiré celle que m'a escrite celuy qui se plaint. Mais ce seroit Rome elle-mesme qui se plaindroit, ne pouvoit-il pas luy dire de la part de son pauvre amy :
Jam parce fesso, Roma. gratulari.
Parce clienli.
En effet, Monsieur, je fais beaucoup plus que je ne puis, et on me fait injustice de ne me pas dispenser de tous les devoirs de la vie civile. En Testât où je me trouve je devrois ou me moquer ou me scandalizer de toutes les plaintes que l'on fait de moy. Je vous advoiie néanmoins que la tendresse de mon front, que ma sotte honte, que l'appréhension que j'ay de desplaire, me donne de grandes peines en pareilles occasions que celle-cy : et, en conscience, je voudrois avoir acheté bien cher deux douzeines de lignes latines pour Nicolas, fils de Daniel. N'y a-t-il point de Latin à vendre dans l'Université de Paris? Ne sçau-
Jean Marot, cité par M. Litlré, faisait apostille du masculin. M. Liltré n'a signalé qui' cet exemple.
rohVon employer quelque tiercelet1 de Tarin* ou de Granger' pour respoudre à la lettre que je vous envoya} à mesme temps que je la receus? Il me souvient que je la trouvay lionnesie el judicieuse; et, si en ce temps là l'inspiration fuel venue du Ciel (vous sçavés bien que ce n'es! que l'humeur et le bazard qui me font parler la langue de Romulus), le Batave seroit aujourd'hui entièremenl satisfait et se loueroii encore plus de mes civilités qu'il ne s'offense de mes desdains. Pour l'amour de luy, je supprimeray tout ce que j'avois dit de plaisant contre son père, quand M1 de Saumaise, mon protecteur, m'en devroit sçavoir mauvais gré; et je feray bien davantage une autre lois, mais il faut que ce soit par fantaisie et non par obligation uy par contrainte. Cependant, de grâce, mon cher Monsieur, trouvez quelque docteur, puisque vous estes au pays de la doctrine, qui traduise en Latin ce que vous luy direz en François pour me justifier de mon silence et en rejetter la faute sur ma mauvaise santé, qui me rend incapable de toutes les belles sociétés. Je ne manqueray jamais à ce que je dois : estant très persuadé de la haute valeur et du mérite extraordinaire de vostre Marquis', je l'estimera y tousjours extraordinairemenl, jusqu'à haïr et mespriser le prince son calomniateur0, et de telle
1 Tiercelet, d'après le Dictionnaire de Trévoux, se dit figurément et par mépris : un tiercelet de gentilhomme, un tiercelet de docteur. Un tiercelet de Tarin ou de Granger était donc un latiniste bien au-dessous de ces deux personnages.
2 Jean Tarin , d'abord professeur de rhétorique au collège d'Harcourt, puis professeur d'éloquence au collège royal , enfin recteur de l'université de Paris. Il mourut en 1661 (et non en 1666, comme l'a avancé le P. Lelong et comme l'ont répété la Biographie Universelle el la Nouvelle Biographie générale). Il laissa quelques traductions du grec (i6a4, in-i"), une oraison funèbre (en latin) du cardinal Pierre de Gondi ( 162 4, in-4"). Voir, sur lui, l'abbé de Ma-
rolles, qui. dans ses Mémoires ( t. III, p. 367), l'appelle ifl'un des plus savants hommes de rmos jours , » et l'abbé Goujet (Mémoire sur le collège royal).
3 Granger ou plutôt Grangier (Jean), professeur d'éloquence au collège royal, puis principal du collège de Béarnais. On a de lui plusieurs discours de circonstance, en latin, imprimés de 1619a 1628, et une dissertation, également en latin, sur le lieu où Attila fut vaincu (16&1). Voir .Nieeron et Goujet.
1 Marquis de la Trousse.
5 Le prince d'Harcourt (Charles de Lorraine), qui, vice-roi de Catalogne, avait échoué devant Lérida (novembre 16/16), et qui, dans sa mauvaise humeur, avait in-
sorte, que de ce pas je m'en vais effacer je ne sçay quoy (lassez beau, qui estoit à son advantage (je dis du faux Héros) dans une de mes choisies, et qu'il eust leu peut cstre avec plaisir.
J'ay beaucoup de regret de la mort de nostre pauvre Mr Mainard el vous envoyé une Epigraminc qui le vous tesmoignera, car il est certain que j'ay senti de la douleur en la faisant, quoyqu'après l'avoir faitte elle m'ait tenu lieu de quelque consolation. ISunquamenimexpertus mihi visiis sum faciliores nostras Deas.
Vostre Sonnet à Olympe est beau en perfection, et vous faittes le desgousté du Nectar et de l'Ambrosie. Je suis plus voslrissimo qu'Annibal Caro ne le fut de celuy pour lequel il inventa ce nouveau superlatif.
Quand le Patelin auroit à l'entour du cœur robur el œs triplex Horatianum1, il verra dans mes choisies des choses qui l'obligeront de nous aymer et de se repentir de ses petites malices pour ne pas dire de ses grandes.
Le seigneur Flotte m'a escril, et vous luy direz ou luy ferez dire, s'il vous plaist, qu'il se verra bientost imprimé dans nostre nouveau volume.