‹ Lettres de Jean-Louis Guez de BalzacChapitre 15 sur 28 · CUV · texte numérisé non relu

CUV

Du i3 février i f>'i-.

Monsieur, D'abord je rendis mes devoirs à la mémoire de nostre amy. Mais je ne me contente pas d'un seul acte de piété ; mes Muses viennent de faire un second effort, et je vous envoyé des vers un peu plus historiques que les premiers -. La mort de ce pauvre amy m'afflige, mais la dernière partie de sa vie m'a desplu, et je n'ay pas moins eu de despit de le voir demender l'ausmone, que j'ay regret de ne le

justement accusé le disciple de Chapelain conde partie du tome II des Œuvres cornât ne l'avoir pas assez bien secondé. plètes. On y trouve ces vers :

1 Ciirmiiîitm \ib.l, od. m, v. o. r. . n » -r j • » i ti i

' ' V Et lu Palladiee decus îinmortale Tholosœ,

Francisa Mainariij V/ri ciarissimi, poclœ Quo pater exultaus vale Garumna tumel.

ekgantixsimi , memoriœ, p. 1 5 de la se-

voir plus. Que Bçay-je mesme Bi bb gueuzerie n'esl poinl cause d< mort? Il \ a de l'apparence; el on nous a dit que le ehagrin qu il mpporta «lu Palais Royal le pril à la gorge -i losl <|n il fual arrivé en 8a maison. S'il n'en fus! |><>ini parti ou qu'il fust revenu icy, comme cestoil son premier dessein . il vivroit peul estre encore, et, au lieu d'un assez mauvais livre que voub lu\ avez laissé publier à Paris, nous vous envolerions de sa pari quelques bonnes rouilles qui seroienl dattées ou du bois de Balzac, ou «lu rivage de la Charente. Plus d'une Cloris el

plus d'un Ucipe eusseni veu le jour, el tout ce peuple d'Épigran îs

auroil esté ou exterminé, ou condamnée prison perpétuelle. Disaliter risiim est : vous pouvez faire part de mes vers à nostre très cher M' Ménage, mais je ne désire pas que le inonde les \<>\e que dans la foule de mes autres vers. S'il se pouvoil rien ajouster au comble, je suis encore plus ce soir que je n'estois ce malin. .Monsieur, vostre, etc.

Du 3 m;iis i li'i-j.

Monsieur, Sans mon indisposition vous auriez receu mes remercimens et j'aurois fait l'éloge de vostre boette. Je n'y aurois pas oublié, comme vous pouvez penser, le mérite du pourvoyeur, la jalousie de Martial , et les autres belles circonstances qui accompagnent le beau présent. Mais, en Testât où je me trouve encore aujourd'hui, ne pouvant vous remercier que du cœur, agréez, je vous prie, mon intention, et contentez-vous du bon ou du mauvais mot de Catulle, pour toutes les excellentes choses que j'ai trouvées dans la boette; à l'ouverture de laquelle (afin que je n'oublie pas le bon ou le mauvais mot) :

Deos rogavi

Totura ut me facerent, amice, nasum1.

.le prens très grande part à la glorieuse justification de nostre brave

Quod tu quant olfacies . deos rogabis .

Totum ut te facianl, Fnbullc, nasum.

i Ti ::.. Carmen ivni, ». i3 , li.

,'i02 LETTRES

calomnié. Mais un joui' peut estre je fcray davantage, quoyque dans l'approbation universelle la mienne luy doive estre peu considérable, et qu'après un arrest du Conseil de Guerre il n'y ait point de paroHes qui ne soient faibles ny de Rhétorique qui ne bégaye. Le Comte1 est en abomination à tous ies gens de bien, et j'ay vu plus d'un Officier de son armée pester publiquement contre luy, et rendre tesmoignage à la bravoure et à l'innocence du Marquis. Ce que j'apprébende en suitte du procès, c'est un combat; et il y a de l'apparence que le désespoir donnera ce dernier conseil au calomniateur deshonnoré. Sur quoy resvant quelquefois dans ma solitude, je vous avoue que la bizarrerie de Mars donne de l'inquiétude à ma passion, et que je crains beaucoup parce que je n'ayme pas peu. Je crains mesme pour la valeur et la justice en pareilles occasions. Je sçay que la Fortune et la Victoire ne font pas tousjours ce qu'elles doivent, etc.

L)i carum servate caput : sit victor unique Trossius1, et méritas det iniqun calumnia pœnas.

Vostre dernier sonnet me semble heureusement retouché. Mais est-il possible que, dans la vie de Paris, vous trouviez du temps à faire et à retoucher des sonnets? Je vous admire, mais je vous plains encoreplus dans l'accablement de tant de différentes occupations. Et comment est-ce, Monsieur, que vous vous estes imaginé que je vous voulois donner de nouveaux employs? Ce n'a point esté mon intention, et mes parolles m'ont mal expliqué. Vous n'estes pas homme que je mette à tous les jours. Travaillez au nécessaire, et n'ayez pas peur que je vous charge du superflu; vostre repos, mon cher Monsieur, ne m'est pas moins cher que le mien propre. Je suis de toute mon ame, Monsieur, vostre, etc.

1 Le comte d'Harcourt, appelé tantôt Riaux, t. H, p. 1 15) dit, à cette occasion,

eomte, tantôt prince d'Harcourt. - quVil était estime brave, honnête homme,

5 La chère tête ne fut pas conservée. «et si civil, que, même quand il se battoil

François le Hardy, 'marquis de la Trousse, *en duel (cequi lui arrivait souvent), il fai-

mourut en Catalogne (devant Tortose) eu «soit des compliments à celui contre qui il

juillet i648. M"" de Motte ville (édition «avoit affaire. . . »

DE JEAN-LOI IS Gl 11 DE BALZAC. S03

I ) il I 'i inril I li'17.

Monsieur, Voua me faites donc de ces supercheries \ Vouscoraj des mies de quatre cens soixante vers, qui son! imprimées chez la veufve Gamusat, qui s<>ni admirées à la cour, qui spnl payées par Son Eminence, sans que je sçache que vous ayez eu dessein de les composer1. Je me resjouis extrêmement de ces heureuses nouvelles', bien quej'aye sujei d'esfcre un peu estonné de vestre- secret, el que je croye que Virgile ne traifctoit pas ainsi Varius*. Mais c'est que Virgile n'esloil pas homme du monde, el que les escholiers comme luj el mm ne sçavent point faire de réserves, n\ rien garder pour le lendemain; Toul do hou. Monsieur, je ne pouvois pas estre surpris par un plus excellent inopinatum, el je vous avoue qu'il n'appartient qu'à vous de chauler les Dieux et les Deiny Dieux, les Princes et les Ministres. \ ous estes en possession de dire les grandes choses, vous estes maistre, vous régnez partout; mais il me semhle que c'est dans les comparaisons que vous régnez principalement; c'est là le siège de vostre empire, où réside vostre majesté, où vostre force paroist toute entière. Qu'ainsy ne soit, je ne pense pas qu'au jugement de MMrs les trois C.2 il se puisse rien imaginer de plus beau que vostre soleil", qui, au travers de vos espaces immenses, fait ici-bas tout ce que nous y voyons,

Seulement par le l'eu qu'il preste à ses rayons.

Je suis infiniment obligé aux bontés de Mr le comte et Me la comtesse de Maure; je vous conjure, Monsieur, de les asseurer comme il faut de ma parfaite reconnoissance; vous pouvez croire qu'elle ne mourra pas dans mon cœur. Je garde tout exprès pour cela le billet

1 Ode pour Monsieur le cardinal Ma:a- duc d'Enghien de trois cent soixante vers. nn (Paris, in-4", 16/17). Chapelain était 2 C'est-à-dire, comme on le voit dans la

l'homme aux longues odes. Son ode à Riche- lettre suivante, Cominges, Gostar el le Cheiieu était de trois cents vers, son ode au valier de Méré.

i]ue vous m'avez envoyé. Je le considère cent fois le jour. Je le cullive des yeux et de la pensée afin qu'il en germe quelque chose de meilleur qu'un compliment et de plus grand qu'une lettre. Mais je me plains encore de vos réserves. Vous ne m'aviez point descouvert le trésor que ma bonne fortune m'a apporté jusques à mon chevet du lit. Tout malade que j'estois je ne fus jamais si satisfait que de l'audience que je donnois en cet estât là à Mr le comte de Maure. Qu'il dit de bonnes choses et qu'il les dit bien! Qu'il me plust et qu'il m 'instruisis! ! Et tout cela sans faire le docteur ny le charlatan, et avec une modestie que je n'estime guères moins que ses bonnes choses et que son bien dire. M1 le marquis de Montausier m'a fait l'honneur de respondre à une lettre que je luy avois escrite, et me comble de nouveau de ses faveurs. 11 n'a point, vous le sçavez bien, un plus fidèle ny plus passionné serviteur que moy. J'ay lame toute pleine de ses louanges; et, si elles n'en sortent à toutes les heures, mon silence mesme a quelque mérite. Dans cette pause je n'oublie pas ce que je luy dois, je médite ce que je luy veux rendre :

Et meminisse juvat, sed me ad majora réserve

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Je voy par la lettre du jeune Mainard qu'il n'a pas receu la mienne. Failles en reproche à celuy que vous appelez Helluon1, et que j'appelleray Père goulu (après avoir effacé son nom de mon livre), s'il a. eu si peu de soin d'une chose qui luy avoit esté recommandée de ma part. Je trouve froid et mauvais le bon mot de ceux qui disent que le cher Président est mort de faim. Dans les provinces on a du pain et du vin de reste, et c'est à la cour où pretiosa famés-...

1 De Itelluo, gourmand. Il s'agit là de cherat (Thésaurus poeticus linguœ latinœ),

Flotte, qui n'était pas moins grand man- mais j'ai vainement cherché la citation à

geur que grand buveur. l'endroit indiqué par le savant auteur ( Epigr.

- C'est un mot de Martial , selon M. L. Qui- lib. X . xcn ).

Ce G mai i

Monsieur, Les plaintes qui naissent de l'amour onl plus de douceur que d'amertume, et doivent |>lns losi plaire que fascher. Mais, en conscience, je oe pensois pas m'estre plaint. J'a) accoustumé de rire avecques vous dans [es lettres que je vousescris,el n'a; pas cru, la dernière lois que je \ons a\ escril . qu il me fallust changer de manière. Me trouvant bien de cette liberté < |ii<* vous me donnez, parce qu'elle me l'ait faire quelque trêve avecques mes maux , j'en use comme d'une grâce qui m'a esté accordée, el suis résolu d'en userjusques à ci; qu'elle m'ait esté interdite par une défense expresse de vostre part. Comme c'est lousjours tout de bon que je vous ayme, (pie je vous honnore, que je vous estime infiniment, ce n'est jamais tout de bon. Monsieur, que je vous contredis, que je vous demende raison de ce que vous faites, que je vous fais des plaintes et des reproebcs. Tout est innocent, tout est pur et sincère dans mon cœur, pour tout ce qui vous regarde, et je n'avois nul besoin, pour ma satisfaction, du manifeste de \ irgile et de Varius. Je suis bien aise néanmoins de l'avoir leu pour la gloire de vostre esprit, et je vous avoue que j'ay admiré en le lisant cette estendue et cette force d'esprit cpii poursuit les eboses jusques à l'extrémité, voire mesme les images et les fantosmes des choses :

Umbras sic fugat .•Eneas Àclierontc sub iruo

Ut viclor sit ubique , et pugnaru exereet inanera.

Cominges, Costar et le chevalier de Méré sont les trois que vous n'avez pas pris la peine de déchiffrer, neque hic desideramus acumen mgeniitui, laudamus potins cœsarianam animi magniludinem! Mais c'est encore l'enchérir sur Jules César, car il se contentoit de ne se souvenir pas des injures, et vous oubliez le nom de ceux qui les font.

Guyet est un vieux fou confirmé, qui, dans ses meilleures heures,, n'agit que par caprice et par occasion, il excommunie le soir les personnes qu'il a canonisées le malin. Je lay veu disputer jusqu'à la fu-

/iOG LETTRES

reur contre son bon maistre, le cardinal de la Valletle, et contre son bon amy, le Père Bourbon. Je luy ay ouy dire mille biens et mille maux de l'un et de l'autre, selon l'humeur où il estoit et le parti qu'avoit celuy qui luy en parloit :

Velle tuiun nolo, Dyndime, nolle volo.

Si je voulois le traiter comme il mérite, quelle fertile et ample matière! Je ferois un second Barbon qui seroit tout pour luy.

Vous m'obligez extrêmement d'approuver ce que j'ay déjà fait et d'aymer mon bien aymé. 11 me semble qu'il vaut bien un chapitre du seigneur Caporale1, et qu'il n'est pas indigne de coucher une nuit ou deux dans le cabinet de M. le marquis de Montausier, à qui je vous prie de le faire voir. Je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.

Ce 3 juin \ù!i-j.

Monsieur, Je vous escrivis, il y a un mois, et je n'ay point eu de vos nouvelles depuis ce temps là. Je ne vous en demende que de vostre santé; el si voles, beneest, quoy que je ne puisse pas achever le reste, m dire : ego quidem valeo. Je vous envoyé un oracle qui fust rendu, il y a quelque temps, par un des Apollons de Virgile. Dieu veuille qu'il ne soit pas menteur, et que ce qu'on nous conte de Cataloigne ne soit pas vray ! Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Ce 20 juin 1C67.

Monsieur, Vous ne m'avez pas seulement tiré de peines; vous m'avez

1 César Caporali, poète né à Pérouse en sur lui, outre Tiraboschi (t. Ml) et Gin- 1 53 1 , mort en 1601. La première édition guené (t. IX), YAnti-Baillet de Ménage (t. I. de ses poésies est de 1 770 (Pérouse). Voir. p. 226, cb. lxxi).

DE JE \\ LOUIS GUEZ DE B \l.Z IC, 'i07

donné du plaisir, el je vous avoue que je ne Miis jamais si languissant que vos parolles ne me mettent en meilleur estât. J'àyme pourtant mieux 111,1 langueur que vostre incommodité, el je vous ordonne de ne venir à moy que quand vous avez fait avecques les Muses el avec les Princesses. Il faut ajouster avec les Princes, el ne pensez pas, Monsieur. que je sois si iniliscrei que île, vouloir troubler vos méditations n\ vos lectures. Je me contente de porter envie dans mou «unir ;iux hieu heureuses personnes <|ui vous donnent audiance el de dire : Polices quibue isia el quos ta nectare pascul Detur saUem optare, potiri quando negatum est.

Le malheur du pauvre Bonair me touche, et, si vous luy pouvez rendre quelque office charitable, je vous conjure de le faire pour l'amour de moy. Le nom est un bon mot, mais ce seroit une très mauvaise chose, et réservons nos bons mots pour les Guiets insolens. puisque nostre Quintilian nous défend de rire des Bonairs affligés. G'estoit ce vieux loup ' cpie tous les bonnestes savants dévoient attaquer de toutes leurs forces et non pas le misérable Monmor, qui ne vaut pas la peine qu'il a donnée. Je voy bien que vous esles d'advis que je face celte célèbre justice et que je vange la raison et l'humanité, qui sont violées il y a si longtemps par les brutales extravagances du plus insupportable pédant de l'Europe. Je vous obéiray. Monsieur, et au plus tost, et ce sera dans un discours qu'il faudra ajouster au Barbon et qui pourra luy servir, de commentaire.

J'atlens le dialogue que me promet vostre lettre et vous en envoyé une latine adressée à M* Ménage; mais vous la garderez, s'il vous plaist, sans la luy donner, parce qu'elle a peut-estre encore besoin de lunettes de mon Priscian. Je présuppose que le Barbon luy a pieu, aussy bien qu'à vous, et prétens, de plus, que le compliment en prose el en vers (quoy qu'adressé à un tiers) m'acquitte de tous les complimens que je pourray jamais devoir au jeune Heinsius. Je suis de toute mon aine, Monsieur, vostre, etc.

1 Ce vieux loup avait alors soixante el douze ans. Il devait vivre encore huit années.

Ce 3o juin îfi'i-.

Monsieur, J'ay releu la lettre latine, mais je ne nie suis point sem de ma lime pour la retoucher. Au contraire, pour m'espargner de la peine, j'ai esté bien aise de m'imaginer que la négligence est quelques fois plus agréable que rajustement. Que veut dire le philosophe Pyrrlionicn1 de dire que vous nous avez mis mal ensemble? C'est un visionnain' qui songe en veillant, ou peut-estrc un artificieux, qui cherche querelle afin de se faire accorder. Il voudroit faire avantage d'un aceomodement qui luy peut donner réputation et ne nous peut donner que de l'importunité. N'est-il pas vray, Monsieur, que nous sommes et voulons estre toute nostre vie ses très humbles et très obéissants serviteurs, que nous le considérons comme une des grandes lumières, un des grands ornemens de 1 Académie françoise, comme le restaurateur de la philosophie sceptique, comme le successeur de Montaigne et de Charron, voire mesme, s'il lu\ plais! , de Cardan - et de Vanini, la mémoire duquel est en bénédiction à Tholose 3? Ajoustez à cela ce qu'il vous plaira, je vous avoueray de tout, et, si j'estois à Paris aussy bien que vous, j'aurois desjà fait les avances avecques plaisir, et lui aurois rendu une célèbre visite, pour arrester ses plaintes et. ses prétextes.

J'ay commencé à donner la chasse au vieux loup et à le traiter comme il mérite. Quatre vers ajoustés à ses louanges dans XEucharislicon ad Ménagium feront voir que tout le bien que je dis de luy e>l ironique et descouvriront la feinte en la finissant, non sine cxemplo

1 La Molhe-le-Vayer. Vanini (9 février 1619), supplice si élo

! Sur Jérôme Cardan je citerai la curieuse quenmienl décrit par M. Victor Cousin ( Va-

notice de M. Victorien Sartlou (Nouvelle Bio- nini, ses écrits, sa vie et sa mort, dans la

graphie générale), notice qui résume tous Revue des Deu.r- Mondes du 1" décembre

les travaux anglais, français et italiens, dont i843, et, depuis, dans les Fragments philo-

le médecin-philosophe a été l'objet jus- sophiques). 11 y a contre Vanini, et au sujet

qu'en 180/i. de ses derniers moments, une page terrible

3 Cruelle allusion au supplice de Lucilio dans le Socrate chrestien (p. 260).

bona antiquitatù, quœ aliquando eliam uéurpavit figwalum hoc scribendi gentu.

Le Patelin a de la légèreté, mais il n'esl pas incorrigible, el il n y a rien de noir dans son âme. Minwin bono constata quam gnavum inmaliiiii ingenium. Celui ry au contraire esl incurable, indisciplinable, etc. .le unis escris après une nuit qui m'a bien l'ail de la peine, etc.

Ma lettre à uostre liés cher est une response, el , par conséquent, je ne luy demende rien que la continuation de ses lionnes grâces, etc.

Ce -jj juillet 16/17.

Monsieur, L'Epistrc qui vous est venue de la Gaule Narbonnoise esl belle et Horatienne, et vous m'avez obligé de m'en faire pari. Mais je peste contre l'homme qui est cause que je n'ay pas encore veu la traduction de Tholose. Cet homme, qui part tousjours de Paris el n'eu part jamais, me fait sécher de langueur par ses longueurs et par ses remises importunes. Je voudrois avoir payé le port une douzaine de l'ois et qu'on eust chargé le messager de ce qu'on a baillé a cet homme. Mais la faute est faite : il se faut munir de patience icy comme ailleurs.

puisque

Lovins lit patientia Quicquid corriger*' est nofas '. •

Je suis bien aise que mon dernier latin vous ait pieu, et que nostre cher ne l'ait pas trouvé mauvais. Vous estes la fidélité mesme; qui ne le sçait? Vous estes la prudence incarnée, comme parloit autrefois le bon Monsieur de Lisieux 2. Mais ce n'est pas dans mes petits interests et dans la confidence d'un particulier qu'il faudrait vous louer de prudence et de ponctualité. Ce devroit estre dans une négotiation impor-

1 Horat. Cartmnum lib. [,od. xxiv, v. 19 2 Philippe Cospean, mort à l'âge <Ih

et 20. soixante et dix-huit ans, le 8 mai 16A6.

/ilO LETTRES

tante à la République chrestienne, dans une charge de secrétaire d'Estat, si la fortune faisoit justice à vostre vertu.

Il y a longtemps que j'ay descouvert la cruche que couvre le bonnet il u philosophe Suburbain1, et vostre lettre ne m'apprend rien de nouveau. Je trouve pourtant estrange qu'on ait pris de son argent chez Monsieur le chancelier, ayant leu des loix grecques et romaines de doctovum el philosophorum immimilate. Mais il y a veu aussy d'autres loix qui ont chassé de Rome les philosophes, et les islesont esté autres fois remplies de Docteurs. Celui cy n'est pas meilleur amy de Jésus Christ que celuy que nous voulons chastier 2. A la vérité son athéisme a un peu plus de discrétion, et il se contente de siffler à l'oreille de ses disciples ce que l'autre voudroit faire sçavoir à son de trompe dans les places et sur les théâtres. L'un et l'autre méritent l'indignation des fidèles. Mais le Capanée Grammairien doit estre publiquement foudroyé. Il faut de nécessité en faire un exemple :

Ne se jus commune hominum, ne quicquid ubique Augusti sanctique colunt, laetetur ineptus Gramniaticus violasse, et spreto insultet Olympo.

Je vous envoyé Y Eucharisticon avec la queue, mais c'est par le messager qui part dimanche prochain, et avec mes autres vers, dont j'ay fait faire un recueil. Ne vous estes vous point souvenu de ceux de Tasse, quand vous avez leu l'article de la Gazette où il est parlé des larmes de Picolomini? Tu piangi, Soliman, etc. L'audacieux auroit besoin que de temps en temps un impromtu le fit souvenir de sa naissance3, ou plns-

1 Toujours La Molhe-le-Vayer. Réaux (t. IV, p. 193) et de Luillier (ibid.

- Guyet, qui . quoique prieur de Saint- Appendice, p. 5o2). Andrade, négligeait non-seulement la messe 3 Voiture, comme le montrent, dans les

du jour de Pâques et ne savait pas quel vers qui vont suivre, les plaisanteries sur le

était son confesseur {Menagiana, t. II, vin que vendait son père et sur le cabaret

|). 3o3), mais qui était encore franchement où il le vendait, incrédule, au témoignage de Tallemant des

lus! qu'un page l'en advertist tous les malins, comme celui <pii rhsoil .mi coy de Perse : N oubliez pas que vous estes homme :

o qni Costardi es magni irel Numinia instar l'iiiiiiii.ini reverenler habe ', viniqna pateroi

Cauponœq aemor veteres oedetpice amicos

Principibua qnamvia dominai permutas el anlae,

Ce1 Impromtu ae vaut-il pas bien celuy « I * • Belot8? Je vous Bupplie de dire à M. Conrart que je l'ayme el l'honnore de loul mon cœur, voire mesme < |uc je ne croy pas vous aymer n\ vous honnorer davantage, quoyque je sois plus qu'homme du monde. Monsieur, vostre, etc.

Ce 28 juillet 16/17.

Monsieur, Le livre de vers que je vous promis il y a huit jours part ce malin, par le messager d'AngouIesme, et est adressé à M. Conrart. \ ous y trouverez des pièces que vous n'avez point veues, et il n'y en a guères que je n'aye retouchées pour l'amour de vous, afin que le tout vous parust nouveau. J'espère que M. le marquis de Montausier ne se desdira point du jugement avantageux qu'il en Ot, lorsque les choses ne faisoient que naistre, et si, en ce temps là, il me mit au dessus du grand Scévole 3, je veux croire maintenant qu'il ne m'ostera pas la place

1 Balzac , suivant son habitude , môle ici à ses propres vers un hémistiche antique (Auson. Epigrammata, vm, v. 7).

Cet hémistiche est devenu célèbre depuis que Binct ( Vie de Homard) a raconte' que le poète, pour se venger de l'impolitesse de Philibert de l'Orme, l'inscrivit en l'abrégeant {Fort, révèrent, habe), sur la porte du palais des Tuileries. On a contesté l'anecdote, mais M. Adolphe Berty (Les grands architectes français de la Renaissance , Paris, 18G0, in-8°) veut, pour de bonnes raisons.

qu'elle soit maintenue dans la double biographie de l'artiste et du poète.

2 Le talent de Belot pour l'impromptu était proverbial. Scarron, cité par M. P. Paris (Historiettes , t. VI, p. 119), a dit de lui :

Belot , dont la féconde veine Enfante mille vers sans peine, Homme sage, à l'esprit pointu.

Inimitable en l'impromptu...

3 Scévole I" de Sainte-Marthe, dont il a déjà été question dans la lettre LXV. Un (ils de Scévole, Albert I" de Sainte-Marthe,

qu'il me donna. Je sceus hier son contentement et en fus ravi; mais mon transport ne fut pas muet. A l'heure mesme l'enthousiasme me prit et voicy un impromtu que je dictay à mon homme, miranlibus amiris aliquoi qui aderatit :

Hune tibi, Mouloside, dat Julia natuni'

Plurimus in tenero cui micat ore paler, Et cui virtutesque tuas nec fa ta. minora

Promitlit sumrai Stella benigna Jovis.

Fortunate nimis, casto quera Julia amore

Quem tanta caslus proie beavit anior.

J'ay fait des épigrammes plus fortes et plus pointues, mais non pas plus... ny plus romaines que celle là, et il y a de l'apparence que le juge Tarpa lui eut donné son approbation. Une personne à qui je ne puis rien refuser veut absolument que le Barbon soit imprimé, et que je n'hésite pas davantage à luy faire voir du beau caractère de M. Courbé2. Pour donner corps au livret, j'ay dessein d'y joindre quelque autre pièce, et particulièrement la métamorphose du perroquet de nostre amy. Priez-le donc de ma part que je. l'aye au plustosl de sa dernière révision. C'est à mon gré un excellent poëme, mais ce sera un poëme achevé, s'il veut prendre la peine d'en fortifier trois ou quatre endrois. Amynte est très asseuré de l'innocence et de la vertu de son cher Daphnis, mais il est en grande peine de sa santé dans un voyage si dangereux eu cette saison, et vous l'obligerez extrêmement de luy en faire sçavoir des nouvelles. Je n'a y point receu vos paquets, et l'homme qui s'en est chargé se moque de nous. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

cultiva aussi la poésie, et ce fut à lui que lieu de six. Je n'ose essayer de le restituer.

Balzac écrivit, le a septembre i63o(p. 354) s Le célèbre imprimeur a été oublié dans

pour le remercier de ses beaux vers. Voir la Biographie universelle et dans la Biogva-

les poésies du fils réunies à celles du père plde générale. En revanebe, on trouvera

dans les Opéra lalina et gallica du der- une bonne notice sur lui dans X Histoire de

nier (édition de Paris, i633,in-4°). l'imprimerie de La Caille (p. 2/10-2A2). Le

1 Par la faute du copiste certainement, Barbon parut cbez Aug. Courbé en i648

ce vers est faux et n'a que cinq pieds au (in-80), la même année que XArislippe.

CLXÏII.

- ] gou I I 'i'17.

Monsieur, Il est enfin arrivé cel homme qui s'esl tanl fail attendre, Je luv fais des caresses après ln\ .noir donné des malédictions, et la jouissance du bieq présenl m'empesche de me souvenir des inquiétudes passées et des désirs qui m'ont tourmenté. Cet homme m'a apporté <|uaniil('' d'excellentes choses, mais je ne voussçanrois parler que «lu Dialogue , parce qu'il m'occupe tout l'esprit, el que, depuis six juins, je ne pense ny ne resve qu'à Lancelot1. Ce ne sont pas icy des louanges que j'accorde volontiers à quiconque m'en demande, c'est un tesmoignage que je rens à la vérité qui m'a convaincu. Je ne vis jamais rien de mieux en ce genre là. Mais que ce genre me plaist et que je voudrais voir de semblables dialogues sur de semblables sujets! La critique est la plus belle chose du inonde, quand elle agit de cette manière, et qu'elle employé la raison aussy bien que fauthorité. \ ous vous sçavez servir admirablement de l'une et de l'autre. Vous laites semblant de plaider et vous prononcez; vous estes Président quoyque vous vous desguisiez en Advocat; vous jugez. Monsieur, vous jugez, et le suburbain ne fait que redire et que rapporter, n'est qu'orateur et philosophe perroquet, n'est pour le plus que messager de l'Antiquité et conteur de vieilles nouvelles. Ce docteur ne sçauroit rien, s'il n'avoit point estudié, et les livres des autres ont fail les siens2. Ne voyez-vous

1 Ce dialogue, qui parut pour la première fois, en 1728, dans la Continuation des mémoires de littérature el d'histoire de Mr de Sakngrc par Desmolets et Goujet (tome VI, a" partie, p. a8i-3Û9), a été publié de nouveau (Paris, A. Aubry, 1870. in-8°) par M. Alpb. Feillel, d'après les Papiers de Çonrart, de la Bibliothèque de l'Arsenal , sous ce titre : De la lecture des vieux romans. L'éloge donné ici par Dalzac

au travail si nouveau, si ingénieux, de son ami, a été confirmé par tous les lecteurs de l'opuscule qu'a si bien annoté railleur de Lu misère au temps de la Fronde. En ce qui regarde l'appréciation des romans du moyeu âge, Chapelain (et cette gloire ne peut être revendiquée pour nul autre critique) a devancé les meilleurs juges de notre temps. 2 Par une piquante coïncidence, c'est émeut le même reproche que Théo-

pas mesmc qu'il ne peut me reprendre sans alléguer, et qu'il n'a pas le courage de dire de son chef: Balzac ne fait rien qui vaille? 11 lin faut pour cela des Auteurs, tant il est accoustumé à citer quelqu'un et à ne parler pas de luy-mesme; tant il se plaist au stile de nostre bon amy, quand il disoif en preschant: Ce n'est pas l'Evesque de Lizieux, c'est S. Paul, c'est S. Augustin qui disent cela. Que sert-il pourtant de vous le dissimuler? Vous estes un peu à blasmer en cette affaire, et je vous apprens, si vous ne le sçavez pas, que sa mauvaise humeur ne vient que de vos rigueurs. Pour moy, je ne scrois pas si cruel que vous, je l'aurois recherché, je l'aurois flatté, j'aurois employé tout le miel du vieux Nestor pour adoucir son ame irritée. Quoy davantage? Bien qu'il ne me veuille pas traitter d'Unico Eloquente, et qu'il ne demeure pas d'accord avec vostre Seigneurie de la divinité de mes lettres, j'aurois de bon cœur receu de sa main des compagnons et des ^sgaux en Éloquence, voire des supérieurs et des maistres. Le Dieu mesprisé auroit esté au devant du desdaigneux et téméraire mortel et de his hactenus.

Je vous suis infiniment obligé, Monsieur, des bons offices que vous avez rendu au porteur du Dialogue, et vous en remercie de tout mon cœur. Je fais le mesme remerciement à M' Gonrart, à qui j'en ay tant d'autres à faire, et qui me comble de ses bienfaits. J'ay receu nouvellement de luy une bourse parfumée, et dont la peau ne cède guères en bonté à celle de vos gans d'Espagne. 11 faut que je luy envoyé pour cela quelques fruis de nostre village; mais il faut qu'ils soient plus portatifs, et qu'ils souffrent mieux la voilure que les melons, les figues et les muscats. Vous vous doutez desjà de quelque Epigramme : je ne m'explique point plus particulièrement, là dessus, et vous scaurez bientost ce que je veux dire. Mais, Monsieur, que je suis glorieux de l'Épigramme de M. le Marquis de Montausier, et du compliment de

phile avait adressé à Balzac : «Les sçavans rrnoissent sçavent qu'elles ne sont pas à

«disent que vous pillez aux particuliers ce «vous." {Lettre à Balzac, p. 286 du t. II

«que vous avez leu. S'il y a de bonnes des OEuvres complètes de Théophile, édition

r-choses dans vosescrits, ceux qui les cog- de 1 855. ^

Madame sa Femme: Ge Boni des faveurs qui nje donneraient grand crédit dans la province, si j'en m m lois faire le vain, el si j'estois homme à publier mes bonnes fortunes. Je me suis contenté de monstrer à ma nièce la prose de Madame la Marquise el d'apprendre à I Echo de Balzac les vers de Monsieur sou man : entre le génie et les grâces <|ui les animent, ils oui beaucoup d'élégance H de netteté; et, n'en des plaise a la superbe Italie , je soutiens que sou Conte Baltazar Caetiglione (qui faisoit aussi des Élegiaques) n'estoil point si heureusemenl inspira que nost i-«> Marquis:

Die mes lameo patriœ, snl principe dignus Urbe Rémi, ciiin Sripiadag Fobiosqme ferebat, Monlosides Alhesi' faclis el cogaitus. . .

Je le vous dis encore une fois cl je le publieray hautement dans mes Ici lies ad \liicum, c'est vous qui m'avez fait poète, et qui m'avez donné le courage qui me manquoit, pour monter sur ce lieu si eslcvé' et de si difficile accès, d'où le pauvre Monmor a esté chassé à coups de fourche par les Muses de M1' Ménage :

Tu Phœbum mibi concilias et le duce prinnnn Musarum pulsare fores , sanctisque Dearuni Ausus me miscere eboris.

et ce qui s'ensuit.

Recevez donc, Monsieur, les prémices qui vous sontdeiies, et Cereri et Baccho pia turba quotannis. Faittes de plus ce que vous me promettes et que je n'ay garde de refuser. Si vous me faittes la faveur d'entreprendre la correction de mes vers nec Stephanos nec Palissonos-, imo nec Ltpsios et Scaligeros desidevabunt. La pièce sera imprimée après les vers

' Alhesis était le nom que portait autre- Mamert Pâtisson, né à Orléans, morl

fois l'Adige, et l'on se souvient du vers de en 1601, épousa eu i58o la veuve de Ro-

Virgile: bert Eslienne II: il avait, dès 1 568, établi

Sive Padi ripis , Athesim seu prupter amœnum. à Paris son imprimerie, qui devint justement

Montausier, à peine âgé de vingt ans, célèbre. Voir ce qu'en dit Adrien Baillet dans

s'était distingué, non loin de l'Adige, en ses Jugements des savants (édition de 1722 .

prenant part, à côté de son frère Hector, à t.I, p. 365), et, mieux encore, IsaacCasaubon

l'héroïque défense de Casai (i63o). (Epistolœ, édition de 1709, in-f°, p. 156V

el do même caractère, et j'ay des exemples de tout cela dans les impressions de Florence et de Venise, et auxquelles préeidoit l'hypercritique Victorius1.

Pour le Barbon ma parolle est donnée, mon cher Monsieur, el je vous prie de ne pas trouver mauvais que je rende quelque chose à une personne à qui je dois tout. Mais, avant qu'il soit achevé d'imprimer avec certaines pièces estrangères de mesme genre que je feray mettre en suitte, le Capanée Grammairien2 pourra bien estre en estât de faire l'arrière garde de ce petit corps. Au reste ne vous ay-je jamais dit l'obligation que m'a Capanée? Sans moy il seroit mort à l'hospital, ou il gueuseroit encore dans le collège. En un temps où il avoit besoin de pain, je le remis auprès de Mr le Cardinal la Vallette qui lu\ avoit donné son congé à la prière de Mr le duc d'Espernon son père, et qui commençoit à l'oublier. Ce fut un coup de ma faveur auprès du Duc et je l'employay toute entière en cette occasion :

Sic nocui mundo, corumunemque omnibus hoslem Servavit pietas incauta , feranique cruentam Immisi populis, nec nescia corda futuri Balzacio débet Rcspublica lœsa Guietum, Qui lacérât sine fine bonos , qui bella profanus ^Eternoque Jovi et superis , etc.

' Puisque je retrouve ici le nom de Victorius, déjà rencontre' dans la lettre XIX, j'indiquerai sur lui un curieux passage des Mémoires de la vie de J. A. de Tliou (livre I, sous l'année i573). De Thou, qui, tout jeune alors, accompagnait Paul de Foix en Italie , vit beaucoup à Florence Pierre Vettori ou Vittori, ir vieillard vénérable,» et il résume ses longues conversations avec ce

savant homme, conversations qui roulaient principalement sur les éditions d'auteurs anciens déjà données par lui et sur celles qu'il aurait voulu donner encore.

2 Guyet. Ai-je besoin d'appeler l'attention du lecteur sur l'intérêt des renseignements que Balzac nous fournil au sujet de la biographie de ce personnage si original et si peu connu?

DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZAC

\ Ni uillai , ce i g ioubI â cinq hi lira du »ir.

Monsieur, Je vous fais ces lignes dans les pleurs el gémissements d'une famille extrêmement affligée et dans on des plus sensibles desplaisirs que je pouvois jamais recevoir. Nous venons d'apprendre la nouvelle de la blessure mortelle de mon pauvre neveu de Campaignole1. Ayea pitié de nostre douleur, mon 1res cher et très parfait amy, et, s'il y a quelque chose à faire après une telle perte, soyez tout ensemble nostre Solliciteur et nostre Conseil. Ma sœur doit encore l'argent de la charge de mon neveu et en paye la rente à Paris, comme vous pourra dire M' d'Argence. Il seroit bien, ce me semble, raisonnable qu'elle fusl désintéressée en cela parceluy qui obtiendra ladicte charge, en cas que ce ne soit pas M1' de Forgues2, pour lequel on nous mande que M'" le Tellier la devoit demander à la prière de Mr le Président de Nesmond3 et de Mr de la Nauve4. Le désordre dans lequel je vous escris ne me permet pas d'aller plus avant; et vous sçavez trop bien aymer pour avoir besoin de plus de parolles de ma part, et

1 Bernard Patras deCampaîgnol, lieutenant au régiment des gardes , tue' à l'âge de ■J7 ans, non « à la bataille de Lens, en 1 64 9,1 comme l'a dit M. F. Castaigne, cité par M. P. Paris (p. 110 du t. IV des Historiettes), mais au siège mis devant la ville de Lens par le maréchal de Gassion (juillet 1667), siège qui précéda d'un an la bataille du nlème nom (20 août i64S). Le jeune lieutenant s'était distingué, en 16/16, au combat de Bozolo (voir Histoire militaire du règne de Louis le Grand, par le marquis de Quincy , 1. 1 , p. 7 1 ).

2 Le beau- frère du défunt.

5 Le président de Nesmond était un cou-

sin de Balzac , dont la mère était une Nesmond , d'une famille qui appartenait , dans les premières années du xvi" siècle , à la petite bourgeoisie commerçante de la ville d'Angoulème , comme l'a parfaitement établi M. G. Babinet de Bencogne (Les origines de la maison de Nesmond, rectification au dictionnaire de la noblesse de la Chcsnaye des Bois, brochure in-8°, Angoidème, 1869).

4 On a plusieurs lettres de Balzac à Mr de la Nauve, conseiller du Boy au Parlement de Paris (pages 166, 176, 218, 634).

Balzac écrivait aussi à un autre M. de \a Nauve, qui, en i634, commandait une compagnie en Piémont (p. a38, 297, etc.).

pour n'employer pas tout vostrc crédit et tout celuy de vos amys dans une occasion qui nous est si importante que celle cy. Ma sœur n'espère plus de joye en ce monde, mais la justice du Roy la peut gualantir de la pauvreté. Je suis de toute mon ame, Monsieur, vostrc, etc.

Ce 2G aoust 1 G ^ 7 .

Monsieur, J'avois le cœur blessé il y a huit jours; je l'ay maintenant tout déchiré, et ma douleur est bien près du désespoir. L'image de ce pauvre garçon que jay perdu me tourmente jour et nuit. Je ne pensois pas l'ay mer au point que je fais. Hélas! mon très cher [Monsieur], si vous m'aviez veu au misérable estai où je suis, que vous auriez pitié de mes larmes continuelles et de mon affliction inconsolable ! Ne fera-t-on rien pour cette mère désolée et triste véritablement jusques à la mort? Perdra-t-elle tout avec son Olz? Luy refusera-t-on :

Solatia luetus Exigua ingenlis, miseras sed débita malri1.

L'amitié de Mr le Marquis de Montausier et de Madame sa femme nous sera-t-elle inutile en cette occasion? L'Estat sera-t-il insensible à leurs prières et à vos sollicitations? Sil y a si peu de justice en pays Clirestien, je suis résolu d'aller achever ma vie en Turquie et de faire ce qu'avoit médité Fra Paolo. Je trouvera) peut estre des Barbares plus humains que ceux que je laisseray en France. Je n'en puis plus, Monsieur.

Le Latin de Mrde Saint-Blancal n'est pas indigne de vostre François. Le poème commencé de Mr de S1 Génies2 peut estre beau, peut estre

1 Balzac s'est servi, saDs variante cette ' Jean de Saiut-Geniez , né à Avignon le

fois, de la citation de \ irgile {.Eneid. 1. XI, îa septembre 1607, mort le 25 juin 1660.

v. 62, 63), dans sa dissertation sur Mal- rr mérite un rang distingué parmi les poëtes

herbe adressée h M. de Plassac-Méré (p. 683 « latins qui ont écrit dans le xvn' siècle , "

du tome II des Œuvres complètes) : dit le Morêri de 1759, qui cite sur lui

Solatia luetus Guillaume Colletet (Discours du poème bu-

Exifrua ingentis , misera sed débita patri. colique), de Saint-Didier ( Voyage du Par-

/ii;i

admirable, mais il n'es! pas à mon goust. J'aj peur que otondil Sieur de Saiiii Blancal o'ail pas receu an remerciment latin que je lu] a\

l'ail il y a plus d'un ;m cl demj <i que j'avois envoya a M' Mainard pour le ln\ laire tenir. Plusieurs personnes en onl des copies, et ce seroit un grand malheur si celuy à qui il s'adresse ne l'avoit pas reu. Sçachez le s'il y a moyen, mais ne sçachez que cela car je suis accablé de complimens.

Je voudrois bien avoir la Métamorphose1 retouchée, dans laquelle je trouve partout le poète, niais où je cherche le vei sificateur en quelques endroits. Touche/, en un mot à nostre très cher, mais ne m'alléguez pas s'il vous plaist, et je vous deffens absolument de luy monslrcr cet article. Que direz-vous de l'audace de mes ternies et de l'insolence de l'amitié? Mon copiste est malade, et je n'en puis plus. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.

Ce 2 septembre 1647.

Monsieur, Je receois de vous tout le soulagement que je suis capable de recevoir. Mais les remèdes n'agissent point sur des parties si malades que mon cœur. Vostre bonté m'oblige sans cesse, mais ma perte m'afflige tousjours. Je n'ay pas eu un supportable moment, pas un moment de relasche depuis la nouvelle de cette cruelle perte. Ne sim lam ambiliosus in malis, et œternis questibus obtundatw amicisswmm caput, quittons ce fascheux discours et respondons à vostre lettre comme

nasse), Des Forges Maillard (lettre au président Bouhier, insérée au tome IX des Amusements du cœur et de l'esprit, lettre de laquelle il résulterait que Boileau aurait beaucoup profité, sans en rien dire, des poésies de cet auteur). LeMoréri renvoie encore à une lettre pleine d'éloges que Costar adressa au poëte provençal (p. 375 du tome II de ses Lettres, in-6°) Le recueil des poésies de

Saint-Geniez parut à Paris, en i(i54, sous ce titre : Joannis Sangenesii Poemata (Aug. Courbé, in-4°). Dans ce volume on trouve diverses mentions de Peiresc, de Ménage, de Balzac et surtout de Chapelain , pour qui Saint-Geniez parait avoir eu grande affection et grande admiration.

1 La métamorphose du pédant en perroquet.

nous pourrons. Si je me portois bien et que je n'eusse que vingt cinq ans, je serois peut estre tenté par les propositions qui me sont faittes; mais en l'aage et en Testât où je suis, je ne les puys ny ne les veux accepter. 11 nefaudroit que trois jours de Cour pour achever vostre pauvre amy, et la sujettion qu'il m'est force de rendre à mon mauvais corps, lors mesme que je me porte le mieux , ne laisse point de lieu à une autre sujettion. Ne sçavez-vous pas bien d'ailleurs que je suis l'antipode de M' de Boisrobert et qu'encore que je n'aye pas le mérite de Mr de Saumaise, mon courage n'est pas moindre que le sien? Sçacliant cela et me connoissant au point que vous faittes, je m'estonne, Monsieur, que vous ayez attendu ma response pour asseurer Monsieur Silhon de ma constance dans le genre de vie que j'ay choisi. En effet je ne changerais pas mon hermitage pour un Evesché. Je parle tout de bon et sans faire le Rbétoricien, dix mille escus de pension ne me feraient pas aller à Paris; et celuy qui, à la sortie de son enfance, ne voulut pas estre Secrétaire de la feue Reyne mère, et qui, depuis, s'est confirmé dans l'esprit de la solitude par une persévérance de plusieurs années, seroit sans doute tombé en sens réprouvé, si , sur ses vieux jours, il vouloit jetter des fondemens de fortune et bastir des espérances à la Cour. Je ne laisse pas, Monsieur, d'estre infiniment obligé aux soins de Monsieur Silbon et aux bontés de Son Éminence, qui m'a fait l'honneur de penser à moy, et qui, jugeant de la disposition de mon esprit et de mes désirs par ceux des autres, a cru que c'estoit me présenter le souverain bien que de m'oflrir quatre ou cinq mille livres par an pour subsister à la Cour. Si je puis me remettre un peu et si vous le jugez à propos, je luy tesmoigneray à elle mesme ma reconnoissance et prendray sujet et la hardiesse de luy escrire sur ce que M* Silbon m'a fait sçavoir de sa part1.

Cependant, Monsieur, outre l'extrême douleur de ma pauvre ame

' Voir la longue lettre de Bal/ac à Mazarin, rrbord j'ay pris pour un songe ce que

du 7 novembre 1667, p. 99! à 100a. En trMr Silbon m'a escrit par le commande-

voicile début : rr Monseigneur, j'ay eu de la trment de V. E. . . » Balzac y parle beau-

r peine à croire mes propres yeux, et d'à- coup de sa malheureuse sœur.

DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZAC. 421

affligée, mon corps sou lire encore de nouveaux maux à l'heure présente, el je suis arresté au lit depuis quelques jours. L'une ei l'autre Infirmité, si vous les appuyez de vus charitables offices, mjexcuseront de tous les devoirs que je ne suis |>;is eo estai de rendre. Mais particulièremenf je vous demende auprès de M' le Marquis de Montausier tout ce que vos propres sentira ens vous peuvent inspirer de plus pratique el de plus ardent afin «le pouvoir aller jusqu'où vont les respects, la reconnoissance, la dévotion quej'a\ pour luj et pour les doux divines personnes qui ont esté touchées de nostre affliction et oui eu pitié d'une mère désolée. Ce dernier honneur qu'il m'a fait et que je reccus hier au soir m'oblige certes au dernier point; et parce que la moindre de mes passions m'est plus chère que le plus grand de mes intercsls, je fais bien plus de cas de la lettre qu'il m'a escrit, que de celle que le Toutpuissant1 me voudroit escrire, si j'estois en estât de lu y obéir. Je vo\ aussy bien que vous, Monsieur, qu'il falloit aller tout droit à luy. et que le Président3 n'eust pas esté refusé, s'il eust agy sans interprète et de la bonne façon. Il sçait aussy bien que moy que la charge couste neuf mille escus, dont ma sœur paye la rente partie icy, partie à Paris, et il me semble que Mr Silhon pouvoit croire que je n'estois pas menteur, puis que je vous l'avois escrit. Mais je voy bien qu'on n'ose pas lousjours répliquer au Maistre, et que les Présidens cousins parlent plus tost pour dire qu'ils ont parlé, que pour obtenir ce qu'ils demendent, quand ils ne deniendent pas pour eux. 0 le dur et impitoyable monde !

Et pur son vivo et gli huomini non fuggo . Et non fuggo la luce.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Vostre lettre [est] du 2 5 et nous venons d'apprendre par une du 28, que la charge n'est point encore donnée, et qu'on ne désespère point de la récompense. Si cela est, Monsieur, je vous conjure de nous

' Mazarin. — * Le président de Nesmond.

continuer vostre assistance en cette occasion, et de reparler à M. le Marquis de Montausier, qui ne se lassera point, je m'asscure, de nous obliger. Je Iuy escriray si tost que nia santé me le permettra, et cependant vous luy direz, s'il vous plaist, que je suis plus à luy qu' homme du monde. Je n'ay montré vostre lettre à qui que ce soit, et, quand M. de Forgues sera à Paris je vous prie de ne luy point parler des conditions qui m'ont esté proposées.

Toutes mes lectures sont funèbres, et je cherche dans Virgile toutes les morts de ses Braves. Celle de Lausus1 m'a fait faire des vers sur le pauvre garçon que je pleure. Je vous les envoyé en deux façons et vous choisirez. Je ne douteray jamais de l'amour et de la tendresse de M' Conrart. Aussy n'a-t-il point un plus fidelle ny plus passionné serviteur que moy. Je le plains extrêmement de sa goutte, et luy souhaite une fortune contraire à la mienne. Je vous demande pardon . Monsieur, de tant de peine que je vous donne.

Du 7 septembre 1G&7.

Monsieur, Je pars d'icy pour aller je ne sçais où :

Nec satis est fiigisse homines : jara nobilis exut Quid nisi me fugiam et dilectas prosequar umbrœ , Vel per ioane Chaos, vestigia : quis mihi Tkirsin Exsangueni gelidumque.

Après avoir vagué quelque temps je pourray inarrester en quelque lieu, et de là je ne manqueray pas de vous faire sçavoir de mes nouvelles. Je laisse un laquais à ma sœur pour m'apporter des vostres, si vous me faittes l'honneur de m'escrire. Aymez-moy tousjours, car je vous honnoreray toute ma vie très parfaitement et seray de toute mon aine, Monsieur, vostre, etc. Mille baisemains, s'il vous plaist, ànostre très cher Mr Conrart. Je le porte dans le cœur.

' JEncid. tib. X, v. 790-908.

DE JEAN-LOUIS GDEZ DE BALZAI

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