‹ Lettres de Jean-Louis Guez de BalzacChapitre 2 sur 28 · BALZAC · texte numérisé non relu

BALZAC

Du 7 septembre i663.

Monsieur, Mon indisposition n'a pas duré, et la fièvre, qui m'avoit donné lallarme, s'estant contentée de me menacer, je me trouve en estât de traiter avec vous à l'accoustumée. Je vous diray donc, pour commencer, que la raison par laquelle vous refusez mes [compli-

1 Le copiste a ainsi défiguré le nom des célèbres imprimeurs : Estreinnes.

2 Je substitue sinon à seroit, parce qu'il est évident pour moi que le copiste a substitué seroit à sinon.

3 Slilicone et Encherio cœsis, ara libevtaii. Voir cette épigramme, une des mieux réussies de Balzac , dans le tome II des OEuvres complètes, seconde partie (Lwlorici Guezii Bahacii Cnnnina et epistolœ , p. 3g).

4 Au lieu de la particule de, le copiste a mis la majuscule P.

5 L'édition de 1 665 renferme (p. 606) une lettre de remercîment écrite, le ao novembre 1 635, à un M. de Bonair. qui avait

cité Balzac dans un de ses livres. Cet auteur, maintenant si inconnu , est-il le même personnage que celui dont parle ici rrl'erfrmite de la Charente ?j> Est-ce le même que le Bonair auquel , dans une lettre du i4 février 1639 (p. 676), Balzac se plaint du retard qu'on lui fait éprouver pour le payement de sa pension, s'écriant : n-Je « suis le plus mauvais gueux de France, , et irne sçay ni mendier, ni me resjouir d'une it grâce mendiée, 1 et auquel (p. 677) est adressée enfin une autre lettre du h janvier 1 64i, relative encore à la pension toujours irrégulièrement payée ? Le nom de Bonair se retrouve dans la partie de la cor-

mente]1 est égaiemenl obligeante el ingénieuse, mais je ne Lusse pat de demeurer tousjours dans les mesmes termes, el avec quelle | » i •<'•aomption, Monsieur, oserois-je vous appeller une partit; (quoyque la principalle) de moi- mesme? Les aultres parties seraient trop disproportionnées à celle-là, el ceseroil faire mi tout qui feroit ui mstre.

Il csl bien plus raisonnable <|iie, sans nie séparer de vous, QJ vous de moy, je vous considère soubz un au lire nom, el. dans un estât plus noble, voire dans uni" nature plus relevée (pie la noslre : Chapelain ne peut estre Balzac : l'un est trop sage, l'aultre bien trop peu : mais Chapelain pourroit bien estre le bon démon de Balzac, ou, pour parler plus chrestiennement, l'ange gardien de Balzac. En ce cas là, les prières, les hymnes, les vœux, les offrandes, les autels, et toutes les aultres reconnoissances bumaines luy appartiennent : et en ce cas là je doihs et je rendray en despit de vous des remerciements continuels à vostre continuelle protection. Verum enim vero.

Hactenus hsec , tibi , dulcis olor ; nostrique Maronis Dum memor ipse ruei, dum spiritus hos reget artus 3, Semper honos nomenque tuum, taudesque manebunl". Balzacum dixisse puta. '

Vous vous mocquez bien de moy de me destiner pour l'Anstarque de vostre Iliade5. Je n'ay garde, Monsieur, d'estre de la force de celuy

i espondance de Chapelain qui a été publiée par M. Livet à ta fin du premier volume de son édition de Y Histoire de l'Académie française (p. 378, 38o, à l'année 1639).

' Le mot manque dans la copie.

' Le copiste a mis : vous mesme, ce qui est démenti par le sens.

3 Virg. Mneid. IV, 336.

" Id.ibid. I, 61 3.

s Cette Iliade, hélas! c'était La' Pucelle . poëme auquel Chapelain , qui certes n'avait pas la tête épique, travaillait déjà depuis plusieurs années, malgré Minerve, et dont les douze premiers chants ne devaient pa-

raître que deux ans après la mort de Balzac (Paris, i656, in-fol.). Balzac n'a pas seulement comparé son ami à Homère, il l'a aussi appelé (lettre à Conrart du ai décembre i65i, p. ga3 du tome I" des OEuvres complètes) itnostre Virgile frantrçois. 1 Godeau, l'évêque de Vence, a, lui aussi, placé Chapelain sur la même ligné qu'Homère et que Virgile ( Bibliothèque française de l'abbé Goujet, t. \VH, p. 377). On a un ironique parallèle de \ Iliade avec La Pucelle par Jusl Van Ell'en , à la suite du Chef-d'œuvre d'un inconnu du docteur Mathanasius. sous le titre de : Dissertation sur

Qui soneti lacerum collegit corpus Homeri. 'Jni< jur* notas spuriis vefsibus apposuit1.

Je ne suis pas grammairien dominant, comme Casteivetro2; je suis grammairien valet : comme vous diriez un régent de la cinquiesme, et ne puis vous olïrir que mes yeux, [ma] main et [mon habituation]3 à l'imprimerie.

Aujourd'huy, septiesme de ce mois, le messager part chargé du reste de nostre coppie, c'est à dire de dix discours qui, avec ceux que vous avez, feront, à mon advis, un juste volume. Je vous en envoyé le cathalogue y enclos; et, si quelqu'un trouvoit quelque chose à redire aux tiltres, il en faudra accuser le neveu du sieur Rocolet et dire que le père n'est pas le parrain. Reste maintenant le Discours à la Reine4 qui doibt tenir lieu de préface, et estre imprimé de plus gros charactère que les aultres. Je n'y ai pas encore songé, mais Dieu m'inspirera , et vostre amy fera peut estre quelques périodes oratoires qui ne

Homère et sur Chapelain (p. 2Ô5-3oo de l'édition de Lausanne, 1758). Signalons encore une appre'ciation de La Pucelle dans un volume manuscrit (non paginé) de la Bibliothèque nationale, inscrit au Fonds français sous le numéro 12793.

1 Quique sacri lacerum collegit corpus Hooieri . Quique notas spuriis versibus apposuit.

Ausok. Epitt. nui, 38. 39.

" Louis Casteivetro , subtil commentateur de la Poétique d'Aristote, mort en 1571. Voir sa vie par Muraloi i en tète des Opère varie endette (1727. in-4°). En France, le président de Thou, Teissier, Bayle. l\iceron. Ginguené , se sont occupés de lui. Teissier et Bayle ont rappelé que Balzac avait écrit à Chapelain en 16/10 : rJe n'ai -guère vu de grammairien de la force de rre Modénois.»

8 On lit dans la copie : mes yeux, une

main et une habitation à l'imprimerie. Ces derniers mots sont inintelligibles. Il est clair pour moi que Balzac a voulu mettre sa grande expérience en matière typographique à la disposition de son ami. C'est ce qu'il appelle son habilitation à l'imprimerie. 4 Discours à la reyne régente, présenté à Sa Majesté le vu novembre 16 Ù3 , composé par le sieur de Balzac. Ce discours parut pour la première fois dans les Œuvres diverses (i644); puis, pour la seconde fois, la même année, quand on réimprima ce volume (Paris, in-8°, chez Bouillerot). Il y eut une autre édition du même volume en i658 (Paris, chez Barbier, petit in-12). Les FJzeviers ont publié les Œuvres diverses (Leyde, i65t, 1 658; Amsterdam, i664, petit in-12). Dans l'édition de 1 665. le Discours à la reyne régente se trouve parmi les Dissertations politiques (t. II, p. 466-

vous desplaironl pas, etletoul Bans se jetterdaos les lieux commun gs des panégj l'isics.

Outre la coppie, voua trouvères dans le pacquel que vous porte le messager les lettrée de Madame Deslogea1 pour- Monsieur Conrart8, HiDii privilège que je vous prie de garder, et la harangue manuscrite di' Mr Delhi Casa4, qu'il faudra desplier ei manier bien délicatement,

Marie de Hruneau, qui épousa, en i.rM)i), Charles de Bechignevoisin, seigneur îles Loges., et qui mourut dans le Limousin en juin 16/11. Le Morèri de 17^9 la proclame «une des plus illustres femmes du «xvif siècle. 1 Balzac en a bien souvent et bien élogieusement parle" dans ses Lettres et dans ses autres ouvrages {Entretiens , Sacrale chrétien, Carmina et epistolœ, etc.). Bayle a fait remarquer «combien elle était «estimée, non-seulement des plus grands «esprits, tels que Malherbe et Balzac, mais «aussi des plus grands princes* (roi de Suède, dur d'Orléans, duc de Weimar). On peut citer encore sur M?" des Loges Tallemant des Beaux, le P. Hilarion de Goste, Wicquefort , le commentaire de M. P. Paris (t. III des Historiettes, p. 365-37g), commentaire où sont reproduites plusieurs lettres inédites de M™" des Loges à Pierre d'Hozier (Bibliothèque nationale) et une notice anonyme sur cette dame trouvée par M. de Monmerqué dans les manuscrits de Courait (Bibliothèque de l'Arsenal). Il reste encore, dit M. P. Paris (p. 365), un assez grand nombre de lettres de M"" des Loges dans les recueils de Conrart. M. Am. Roux en a publié une (à M. de Beringhen) aux pages 1 17-1 a 1 de ses Lettres du comte d'Avauœ h Voiture.

s Au lieu de pour, on lit très-distinctement par dans la copie.

Conrart fut un des meilleurs amis de

Balzac, irui lui adressa 1111 grand nombre de lettres publiées d'abord en 1659 (Paris. Courbé, in-8"), réimprimées ensuite à diverses reprises, notamment par les Elzeviers (Leyde, 1659; Amsterdam, 166/1.

petit in-12), et insérées enfin dans l'in-folio de i665 (liv. XXIII, XXIV, X\V et XXVI, p. 867-989). On sait (pie Courait, malgré le mauvais état de sa santé, prépara l'édition des CEuvres complètes de Balzac. Voir, sur le premier secrétaire de l'Académie, d'abondants détails dans les Mémoires concernant les ries et les ouvrages de plusieurs modernes célèbres, par Charles Ancillon (Amsterdam, 1709. in-ia. p. 1 à 1 33), et dans l'ouvrage de M. Victor Cousin : la Société française au xvu' siècle d'après le Grand Ctjrus (i858, t. II, ch. si. xii, xiii, xv, xvi, et passim, à l'Appendice).

4 Jean délia Casa , habile poëte et habile orateur, né près de Florence en i5o3, archevêque de Bénévent en i5/i4, mort à Rome en 1 556. Balzac avait ainsi parlé de Jean délia Casa à Chapelain (lettre du 2 3 novembre 16.87, P- l^>l) '• *^e slus bien «aise de l'estime que vous faites de Monsi- «gnor Délia Casa. C'est une de mes an- «ciennes inclinations, et feu Mr de Buccel- «lai, son petit-neveu, m'en avoit donné le «premier la connoissance. Depuis, j'ay leu «avec soin tout ce qu'il a escrit en langue «vulgaire, et me glorifie d'en avoir fait au

pour ce qu'elle est deschirée en quelques endroicts, sans que neantmoins il y ait un seul mot de perdu '. Il n'y a que trente cinq lettres de Madame Desloges, quoyque j'en aye reçu beaucoup davantage; mais ma nièce2, qui en avoit une bonne partie dans sa cassette, n'en a pas esté si bonne mesnagère qu'elle devoit, et cum quœdam sttpersint, plures desiderantur.

Je ne vous diray rien là dessus pour nostre très cher M1' Conrart, et je serois bien trompé et bien mal traicté, si je n'estois bien avant dans ses bonnes grâces.

Souvenez-vous au moins, Monsieur, que vous m'avez promis la révision de Mr Ménage pour le grec de nostre livre 3. Je croy très aisément qu'il s'y trouvera un grand nombre de faultes à corriger; mais sans cela qu'auroit il à faire et Quis tam lynceus^, et ce qui s'ensuit. La lettre grecque de Fabrice est, comme vous sçavez, de Plutarque et dans la vie de Pyrrhus, où vous la pourrez mieux considérer5.

rrhazard le mesme jugement que vous en tr donnez par une science confirmée, etc.» Voir encore une autre lettre à Chapelain du 8 octobre i64o (p. 832) et un chapitre des Dissertations critiques (t. II, p. 610- 618).

1 II sera bien souvent question , dans les lettres suivantes, de la harangue de Jean délia Casa. Je suppose que cette harangue, que Balzac voulait tant publier, est celle qui parut, en 1667 (in-8°, Paris), par les soins de Ménage, sous ce titre : Orazione per muovere i Veneziani a collegarsi con il Papa, etc., et qui a été réimprimée ensuite dans les diverses éditions des Œuvres complètes , notamment dans celle de Venise (1728-1729, 3 vol. in-4°).

J M"' Marie de Campagnole, fille d'Anne Guez et de François Patras de Campagnole. Cette nièce de Balzac se maria, en février tfilio, avec Bernard de Forgues, maréchal

de camp . propriétaire du château de Neuillac ( aujourd'hui dans la commune d'Asnières , à quelques kilomètres d'Angoulême), château d'où sont datées tant do lettres du recueil de 1 665 et quelques lettres du présent recueil. Une des plus jolies lettres de Balzac est celle qu'il adressa . le i5 décembre 1637, à MUe de Campagnole, qui lui avait envoyé des roses en plein hiver (p. 442).

3 Gilles Ménage, qui fut lui aussi un des grands amis de Balzac, et qui édita ses poésies latines (i65o, in-4°), était beaucoup plus jeune que lui. Né en 161 3, il n'avait que trente ans quand Balzac réclamait son concours comme helléniste.

4 Quis est tam Lyncœus, qui tantis tenebris tlikil oj'endat? Nusquam incurrat? (M. T. Ciceronis Epistol.e, lib. ix, Epistola II M. Terentio Varroni.)

5 Chap. xxv. Voir, sur Fabricius et Pyr-

DE JEAN-LOUIS (il l./ DE BALZ IC. 17

Si le pelil ;iim\ ' avoil tousché le reste de mon argent el qu'il vous l'eus! mis entre les mains, j'a) trouvé un homme qui me le donneroit à tagoulesme el le prendroit à Paris. Je vous conjure, Monsieur, de presser !•' |>lus que vous pourrez cette affaire. Je dors- en achevanl

celle ligne, el suis, Monsieur, voslre, etc.

.1 ;i\ peur que Rocolel et ses ouvriers ne s'avancenl guères.

Du l 'i septembre io43.

Monsieur, Le mesme jour que je vous escrivis par3 le dernier ordinaire, je vous envoyay par le messager le reste de mes discours accompagnés de la harangue de M. de la Casa, des lettres de Madame Des Loges pour Mr Conrart et du privilège du Roy pour l'impression

de mes ouvrages.

Ce seroit, certes, une belle chose si M. le Chancelier' preuoit l'in-

rhus, le Romain dédié h M" la marquise de Rambouillet ( Œuvres complètes , t. II . p. h 19); De la conversation des Romains | à la même, ibid. p. 4a8); surtout la Réponse à M. de Pressac (ibid. p. 660).

* Ce petit ami, dont la mention reviendra souvent, s'appelait de Bonair, comme on le verra plus loin. Est-ce lô même que le Bonair de tout à l'heure? Est-ce le lils de celui-là'? Quoi qu'il en soit, le petit ami e'tait chargé des commissions de Balzac et rendait des comptes à Chapelain , le grand surveillant des affaires de rr l'ermite de la "Charente."

s Le copiste a lu et a écrit : je doibs, ce qui ne présente aucun sens. Balzac a souvent, en pareil cas, employé la formule finale je dors, et je la relève, par exemple, au bas d'une lettre à Ménage du h sep-

tembre 1666 (p. 5y3) : "Je vous donne le * bonsoir et dors en achevant cette ligne."

3 Le copiste a mis pour.

4 Pierre Seguier, chancelier de France depuis la fin de l'aimée i635. Quand Seguier avait été nommé garde des sceaux, deux ans auparavant, Balzac s'en était grandement réjoui dans une lettre écrite à Girard, le secrétaire et l'historien du duc d'Epernon (mars i633, p. 181). Là, Balzac vantait la modestie, la probité et les autres vertus de Seguier, et assurait que son élévation serait l'occasion d'une fête publique et universelle. Voir aussi (p. 4i3) les félicitations envoyées directement à Seguier par Balzac, dans une lettre à tort datée du 1" avril i636. Delogieux vers latins ont été adressés encore par le même lllitstrissimo Seguerio (p. 6 . 1 0 , 1 1 , 58 de la

terest de Tibère1 el de Stilicon, et si posl morlem domini, ut Me'2 ail, convervos serviremus. J'espère mieux du gouvernement présent, et de l'équité de la Régence, et- il me semble que c'est bien assez de pardonner au nom du grand homme 3 (que j'estime très-petit in his quœ vere magna sunt) sans qu'il faille révérer (pour l'amour de luy) la mémoire de touts les Busiris, de touts les Phalaris et de touts les Denis ses prédécesseurs. Souffrez-moy encore cette tirade de juste ressentiment, et asseurez-vous que je n'ay pas moins subject de me plaindre de l'injustice du mort, que ceux qu'il a tenus des siècles entiers dans la Bastille. Vous mesme, Monsieur, n'avez point tant de sujet de vous en louer que vous pourriez bien vous imaginer, et je sçay de science qu'il a parlé aultrement qu'il ne devoit du mérite de vostre Pucelle*, et qu'encore que vous fussiez un de ses pensionnaires5, il estoit un de vos envieux; sed hœc hactenus, hactenus, hactenus.

Je soubaiteray donc l'amitié de vostre amy6, mais de ce desiderio de-

seconde partie du lome II des Œuvres complètes). <

' Voir trois petites pièces en vers latins sur Tibère, à la page 38 de la seconde partie du même lome II.

2 Le copiste n'a fait qu'un seul et même mat des mots ut ille.

3 Le cardinal de Richelieu, pour lequel Ralzac se montre aussi sévère en ce passage . qu'il s'était montré complaisant dans les lettres écrites en 169.0, en 162-2, en 169/1 ( p. 3 à 1 9 du tome I (les Œuvres complètes).

4 Ce dédain de Richelieu pour la Pucclle n'avait, ce nous semble, été connu jusqu'à ce jour d'aucun biographe ni d'aucun critique.

5 L'abbé d'Olivet raconte ( Histoire de l' Académie française , éd. de M. Livet, t. II, p. i3o) que ce fut après un discours sur l'indispensable observation des unités de temps, de lieu el d'action, prononcé devant

Richelieu, que Chapelain obtint du cardinal une pension de mille écus. La somme a paru un peu forte à M. Guizot (notice sur Chapelain dans Corneille et son temps , 1 866. p. 399). Ce fut en décembre 1 636, comme Chapelain lui-même nous l'apprend dans une lettre à Rois-Robert citée par M. Livet (t. Il, p. i.3o), que le cardinal le pensionna.

6 Henri d'Orléans, deuxième du nom.

duc de Longueville, mort le 1 1 mai i663. 11 s'intéressait vivement à la Pucelle, en sa qualité de descendant de Dunois. D'Olivet affirme que le duc de Longueville assura h Chapelain 1,000 écus de pension pour l'engager à continuer son travail; le Menagiana parle seulement de 9,000 livres, et c'est aussi le chifl're indiqué par Tallcmant des Réaux, qui donne beaucoup de détails à ce sujet (I. III, p. 967, 268). Le duc de Longueville doubla la pension quand le poëme, qui lui est dédié, eut vu le jour.

I>K JEAN-LOUIS Gl \/. DE BALZAC. 19

ndtravi1 et <l<' ce sitivit animamea2 àou\ il est parlé dans I Ecriture. S;i grande mère, comme vous Bçavez, estoil une excellente personne, célébrée par lous nos anciens, Latins H François, née ipsaSaphone imdot iini\ ied née caetior, s'il en fanlt croire les histoires mesdisantes8.

le lus bien, dès le commencement, de l'advis de M' «le Voiture4 pour la dédicace de mes lettres, el je \<>us en escrivis, s'il vous en Bouvienl : mais le petit9, <[ui avoit desja entretenu la Gnancière de von dessein, crul que son honneur estoil engagé dans cette affaire, et je lu\ promis tout ce qu'il voulut. A tout cela il y a remède, car j'escris une lettre d'importance au plénipotentiaire6 qui vaudra un volume de préfaces et d'epislres liminaires, au jugement niesme de M1' Voiture, niei me sententia fallu1. 11 faudra attendre la fin des trois mois pour le payement de la seconde partie, et cependant je vous prie' de me conserver ce Très Cher Amy qui ne laisse pas de m'escrire des

' Desiderio desideravi hoc paseha muiulitcurc vobiscum. (Loc, xxn, i5.)

J Sitivit anima mca ad Deiim. ( Psalm. xu .

3 II s'agit ici de Henriette de Clèves , duchesse de Nevers, si fâcheusement compromise par sa liaison avec le comte de Coconnas, et mère de Catherine de Gonzague, qu'Henri d'Orléans , premier du nom , épousa en février i588. Voir, avec les Mémoires de l'Eslat de France et le Divorce satt/rii/ite, le Journal de L'Estoile, les Mémoires de Castelnau (éd. Le Laboureur), les Mémoires du duc de Nevers, etc.

4 Voiture et Balzac se connurent de bonne heure. Dans une lettre du 7 octobre i6a5 (p. 120 du tome I des Œuvres complètes), Balzac écrivait déjà à son rival : ftVostre compagnie, qui me fut d'abord r très-agréable, m'est devenue entièrement <r nécessaire. » Voir d'autres lettres à Voiture (du i5 juillet i63o, du h novembre i634 , etc. p. 370, 371, etc.). Les diverses

lettres, françaises ou latines, écrites par Balzac à Voiture, ont été réunies par M. Am. Roux à la suite îles Lettres du comte d'Àvaita à Voiture (p. 33-55). Sur Voiture, je citerai, outre les deux derniers éditeurs de ses Œuvres, M. Ubicini(i855) et M. Am. Roux ( 1 858 ) . dont les notices se complètent l'une l'autre, M. Victor Cousin (la Jeunesse de Madame île Longueville, ch. h, Madame de Sablé, ch. r", la Société française, ch. vin ).

s Le petit ami de la lettre précédente, Bonair.

6 Le duc de Longueville, chargé, avec d'Avaux et Servien, de représenter la France dans les conférences de Munster, ouvertes en juillet i643, et d'où devait sortir (24 octobre 16/18) le traité de Westphalie. Le duc de Longueville , chef de la députation , ne se rendit à Munster qu'en i645.

7 Nec te sententia fallit. (Virg. .Eneid. x. 608.)

lettres très ridicules, et où souvent il n'y a pas de construction, comme parlent les filz des grammairiens.

Ne m'escriviles-vous pas dernièrement que le philosophe du fauxbourg S1 Michel1 vous faisoit le froid? Si je ne me trompe, c'est un visionnaire, et qui d'ailleurs cache beaucoup de bonne opinion de luymesme soubz une apparence toute contraire.

Mon bon homme de père - s'avisa de vous escrire, il y a huict jours3. Test un orateur qui a les années de Nestor4 quoiqu'il n'ait5 peutestre pas son miel.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

Dans mon i 6e Discours, il y a une douzaine de lignes pour Mr Bour-

' Ce personnage est La Mothe-le-Vayer, (jue Chapelain, dans une lettre à Balzac du iô janvier i63g-(Livel. t. II. p. 3y3). appelait le suburbicaire. On voit, par celte lettre de Chapelain et par quelques autres. que l'auteur du Petit discours chrétien de l'immortalité de l'âme lui inspirait très-peu de sympathie. Balzac écrivait à ce philosophe. le 6 septembre i63i (p. 269):

t Quelque soin que vous apportiez à cacher -une belle vie, il en est venu des rayons " jusques à moi. » Voir une lettre très-favorable sur un ouvrage de La Mothe-le-Vayer, adressée à Chapelain le 10 juillet 166 1 (p. 855). Dans le post-scriptum d'une autre lettre adressée, le 9 janvier iG£8, à Conrarl . Balzac dit de La Mothe-le-Vayer : «r J'admire la fécondité de son esprit et la va- "Hété de sa doctrine.» On a sur La Mothele-Vayer une thèse de M. L. Etienne (Rennes, i84g, in-8").

2 Bon homme voulait dire alors homme âgé. C'est une expression familière à Balzac. Il s'en est servi , à l'occasion de la mort du vieux Guez, dans cette phrase, qui lui a valu tant de reproches (Demogeot. Histoire

delà littérature française , 1 855 , p. 36a; Sainte-Beuve. Port-Royal, 1867, t. II.

p. 63. elc.) : <r Depuis la dernière lettre ■?quc je vous ay escrite. j'ai perdu mon rrbon homme de père. . .» (Lettre à Conrarl du 10 octobre io5o, p. 890.)

1 La lettre du bon homme a été ainsi analysée par Tallemant des Réaux (p. 88 du tome IV) : n-Quelques années devant que de -mourir, il escrivit à M. Chapelain pour -faire, disoit-il, amitié avec luy. au moins -par lettres, et qu'après avoir ouy dire tant rde bien de luy à son fds. il vouloit avoir r cette satisfaction là en mourant. 1

1 Tallemant dit (ibid.) : <rCe M. Guez a -vescu plus de cent ans.» Guillaume Guet mourut à quatre-vingt-dix-sept ans, comme l'a déclaré M. Castaigne (Recherches déjà citées), et comme on pouvait facilement le calculer d'après une lettre écrite par Guez à son fils le 20 novembre 1662 . et communiquée par ce dernier à Ménage le 1 2 mai j644 (p. 695 du tome I des OEuvres complètes), lettre où il annonçait qu'il était entré irdans la 89' année de son âge. »

s Le copiste a mis n'ai oit.

DK JEAN-LOUIS GUEZ DK B\l,Z\c.

bon1. 1*1 1 1 les ln\ faisanl remarquer, je m'asseure que vous les rendrez bien meilleures qu'elles ne Boni '.

Dm go septembre 1 643.

Monsieur, Nous attendons Monsieur D'Argence, qui sans doute se sera amusé par les chemins, si tamen une dévotion à Nostre Dame de Saumur, ou quelque autre remore3 de mesme nature se doibt appeller

amusement. Bon Dieu, Monsieur, quelles nouvelles et quels change-

' Nicolas Bourbon, petit -neveu d'un

autre poêle latin nommé aussi Nicolas Bourbon et auteur des Nuga'. Bourbon le jeune a \w excellent article dans le Woréri de 1789, où il est appelé "un des plus "grands portes latins que la France ait ja- Tinais produits.» Il l'ut tantôt l'ami, tantôt ! adversaire de Balzac. Ce dernier lui écrivit de Rome, le 25 mars i6ai (p. 1 38) . une lettre avec cette suscription : "A Monsieur Bourbon , professeur du Roy aux -lettres grecques, n lettre où il s'étonne de lui voir faire si loin de Rome « de si "beaux "vers, et si proches de la majesté de ceux "de Virgile.» Balzac (octobre 1637) disait à Chapelain (p. 755) : rr Je veux rendre, à -I advenir, le bien pour le mal, et commenrrcer par M. Bourbon, que je recherche le ^premier, sans me tenir sur le poinct •'d'honneur, ni me souvenir des choses passées.» Pourtant un peu de rancune survivait encore dans l'âme de Balzac, s'il faut en juger par un billet adressé à Chapelain . le 6 novembre de la même année (p. 756), au sujet de la "plaisante eslection» de Bourbon à l'Académie française. Balzac se moque là très-vivement du style du nouvel

académicien : "Je vous ay autrefois monstre "de ses lettres franroises, qui sont escriles « du style des bardes et des druides. » On peut voir (Livet, t. I, p. 166) la réponse de Chapelain, en date du 1 7 octobre. <••■ qui montre combien est fausse la date assignée par les éditeurs de 1 605 à la lettre de Balzac (91 octobre). Dans les Passages défendus (t. II, p. 368), Ralzac salue avec reconnaissance Bourbon comme son maître pour la latinité , et il prodigue les éloges à cet "incomparable guide.» Enfin, on trouvera (ibid. seconde partie, p. 33) des vers latins en l'honneur du poëte, mort le 6 août 16A& : Nicolaï Borboniï m Aeademia Parisienei Grœcarum literarum professons regii , sacerdotis ineulpatissimœ rilœ , oratoris disertissimi, poetœ ma.rimi spirilus , memoriœ.

' Ces lignes commencent ainsi ( t. Il . p. 368) : "Pour le latin, la sçavante con- "Versation de Monsieur Bourbon m'en avoit " piqué d'une estrange sorte. Ce fut luy qui " me refit et me forma l'esprit. »

3 Retard, du mot rémora. M. Litlré n'a cité, pour l'emploi de ce mot, aucun écrivain antérieur à Regnard et à Saint-Simon.

ments! Que deviendra la silve1 du Père de l'Oratoire2 adressée au ca'rdinal désigné3? El que sera-ce de tant d'aultres choses qui ne s'accordent nullement avec l'article de la Gazelle'" où il est parlé du satyrique moyne Sainct-Germain5? Seriez-vous assez charitable pour m'expliquer toutes ces énigmes, et pour me faire une relation d'un demy feuillet, qui m'instruise de Testât présent de nostre Cour? Sans cela je pourray m'équivoquer d'une estrange sorte, et vous en serez quitte pour autant de peine que vous en pristes à m'informer de l'avénemenl, progrès et perfection de Mr le Cardinal Mazarin0, qui fut

1 Aulieude/«si7w,le copistea lu/c salut.

1 Ce Père de l'Oratoire notait autre que Nicolas Bourbon, dont Pellisson dit (Histoire de l'Académie, t. I, p. i85) : <r II se m-etira dans les Pères de l'Oratoire, mais il n-ne voulut être obligé à pas une des fonctions ni même souffrir qu'on l'appelât ffPère,» ce que confirme cette lettre de Chapelain à Balzac, du i3 février 1639 (apud Li\et, t. I, p. 376): «Le Père qui trne le veut point être...» L'abbé d'Olivet, annotant le livre de son devancier (ibid. p. i85), cite des vers latins en tête d'un livre de M. de Bérulle sur les Grandeurs de Jésus (i6a3), signés : Nie. Bourbon, Consregatiouis Oratorii Presbytcr.

3 Augustin Potier de Blancménil, qui fut évêque de Beauvais du 1 7 septembre 1617 au 19 juin i65o. En même temps que la reine régente avait nommé le cardinal Mazarin chef de son conseil, elle y avait fait entrer (18 mai i663), avec le titre de ministre d'État, l'évêque de Beauvais. Ce premier aumônier de la reine avait été présenté pour le cardinalat , lorsqu'il fut brusquement disgracié (septembre i643) et fut obligé de se retirer en toute hâte dans son diocèse.

4 Voici cet article (numéro du 12 sep-

tembre t643, p. 796) : rLe septiesme, le <t sieur de Saint-Germain de Morgues, cirr devant premier aumosnier de la reine «mère du Roy défunt, estant retourné de tf Flandres en cette ville, salua Leurs Majestés, et fut fort bien reçeu.n Le volume 63 1 de la collection Dupuy, à la Bibliothèque nationale, renferme les lettres d'abolition accordées, en i643, à l'abbé de Morgues.

5 Matthieu de Morgues, sieur de Saint- Germain, fut un bien satyrique moine, en effet , car il passa sa vie entière à écrire des satires. Il en fit contre le cardinal de Richelieu, contre le P. Joseph, contre l'Académie française, contre Balzac, contre Scipion Du Pleix, contre tout le monde. Balzac, comme Bayle l'a observé dans son curieux article sur le fécond pamphlétaire, l'a fort maltraité à son tour (lettre du i5 juillet 1 635, et non 1625, ainsi qu'on l'a imprimé dans l'in-folio de i665), l'appelant f déserteur «de plus d'une douzaine de partis, parasite «des Espagnols, secrétaire des mauvais n François qui sont à leur cour, etc.»

6 Ce fut quatre jours après la mort de Louis XIII, c'est-à-dire le 18 mai i643, que Mazarin fut nommé, par Anne d'Autriche, chef de son conseil.

celles une information excellente au jugemenl d'un excellent bon •

qui la \ii i«'\ le jour que je reçeus vostre lettre.

Je voua envoyé une coppie de la lettre que j*a\ esefite a M' D \

Vaux1, .le \oudrois bien <|iie ce l'nsl l'original, parce qu'elle est mieux .

ce me semble, et que [j'ay eu]8 le temps [de] la revoir ei corriger, c'est-à-dire le temps de deux ou trois jours. Vous ordonnerez au petH de rendre cette-«y, si de bonne fortune la première n'avoit point encore esté rendue; niais d'ailleurs. Monsieur, si vous me trouvez excessif en mes affections et en mes reconnoissances, vous vous souviendrez tousjours nihilesse honestius culpa bentgnitatis.

Sollicitez donc la diatribe3 puisque le diatribeur* s'en souvient encore, et qu'il ne lu y fault que quinze jours pour s'acquitter de sa debte5. Mire frigent opéra imita, et Rocolet rapporte la longueur de l'impression à la beauté du travail. Au dernier discours, sur la fin, où il v a : «Elle produira tousjours des héros de Robe longue, des Cantons, des Scipions et des Gicérons," je vous prie qu'on mette : «Elle produira tousjours des lumières à la France, des Gâtons, des '• Scipions et des Gicérons françois6. v

1 On a conservé des lettres écrites par Balzac, le 11 mai 1627 et le 20 décembre de la même année (p. 1 38, 3y3 de l'in-folio de 1 665), au comte d'Avaux, alors trmaistre wdes requestes de l'hoslel du Roy et ambassadeur à Venise. 1 mais non celle dont Balzac parle si complaisamment à Chapelain.

2 Les mots j'ay eu ont été oubliés par le copiste.

1 Du temps de Balzac, diatribe voulait seulement dire : dissertation critique.

4 Diatribeur doit être un mot créé par Balzac , en plaisantant. Les lettres suivantes nous apprennent que le diatribeur était Claude de Saumaise.

5 Saumaise travaillait avec une extrême facilité. Balzac en a souvent fait la remarque, notamment dans cette lettre à

Conrarl. du h avril i65o (p. 878) :

rr.M' Courbé pense, peut-estre, que j'aille tr aussi viste que Mr de Saumaise, qui va «■plus viste que les copistes et les impriti meurs. Une petite lettre me cousle plus rr qu'un gros livre à ce dévoreur de livres." Voir une autre lettre à Coniart du i3 novembre i65i (p. 918) dans laquelle lialzac s'écrie : rO bienheureux escrivains. M' de rr Saumaise en latin, et Mr de Scudéry en <r françois! J'admire vostre facilité et j'admire tr vostre abondance. Vous pouvez escrite irplus de calepins que moi d'almanachs. . . » Boileau s'est souvenu de l'exclamation de Balzac quand il a dit (satire II) :

Bienheureux Scudéri, dont la fertile plume

Peut tous les mois sans peine enfanter un volume!

6 Voici la rédaction définitivement adop-

Il n'y a pas moyen de passer outre; j'ay une plume qui me faict suer sang et eau.

C'est, Monsieur, vostre, etc.

Mille très-humbles et, comme disent les Moines, très-affectueux remerciements pour la faveur que vous m'avez faite et la peine que vostre homme a prise. Au reste, Monsieur, je vous doibs les huict livres qui manquoient et que vous avez fournies, car je suis très-asseuré que vous ne les avez point à moy.

Du 27 septembre i643.

Monsieur, J'ai reçeu les Centuries, qui ne vallent que ce que vostre estime les fait valloir, et ne sont vostre thrésor que dans les termes de l'Evangile, à cause que vous y avez mis vostre cœur1. Petrus Monmor'2 vous allégueroit là-dessus les thrésors de vent desquels parle Job3; et le thrésor de charbons, duquel les Grecs ont faict un proverbe4. Mais moy qui ne suis pas si sçavant5, je me contenteray de

tée dans les dernières lignes du Discours dixhuitiesine ( Response fuicle sur le champ, à Monsieur de Pressac , conseiller du Roy , etc. ) : rr Vostre Thoulouze est de ces villes privirrle'giées et choisies du ciel. Elle produira rrtousjours des lumières à la France; des tr Gâtons, des Sulpices et des Cicérons fran- -rois.n

' Bonus liomo de boiw thesauro corchs sut profert boiuim (Luc, vi, 45).

2 Pierre de Monlmaur, parasite et pédant sur lequel il faut citer, avec l'article du Dictionnaire de Bayle, le recueil de Sallengre : Histoire de Pierre de Montmaur (la Haye, 1715, a vol. in-8).

3 Balzac a été" mal servi par sa mémoire. Il n'est nullement question, dans le livre de Job. de trésors de vent, mais seulement de

trésors de neige et de grêle : Numquid ingressus es thesauros nivis, aut tliesauros grandinis aspexisti? (xxxvm, 2a.) Balzac aura confondu Job soit avec l'auteur du psaume cxxxiv ( Qui producil ventos de thesauris suis, verset 8), soit avec Jérémie (Et produxit centum de thesauris suis, li, 16).

4 itMais, comme on dit, mon trésor s'en est allé en charbons.» (Lociex, Zeuxis ou Antiochus, chap. n. Voir Adagiorum Des. Erasmi Roterodami Chiliades , etc.. Paris. 1579, in-iol., col. 276).

6 Balzac fait ici allusion à ce qui se passa un jour chez le chancelier Seguier, où l'audacieux Montmaur, expliquant, en présence de plusieurs érudits , un passage des Epîtres de saint Pau), invoqua l'autorité d'Hesychius, de Manilius et de Strabon. Nicolas

DE JEAN-LOUIS GUBZ DE B ILZAC. !S

vous dire avec le Itaron « I « • Fœneste, iimpii voisin, qu'il n \ a point «!«• mal d'appeler les choses par noms honnorables ', el que 1rs plus beau* ne coustenl pas davantage que les plus vilains. Mais en conscience, \ en a-l-il d'assez noble el d'assez illustre dans tout le Vocabulaire de M' de Vaugelas* pour le billet que m'a apporté Mr d'Argence, ce l>illel . «pw j'estime des volumes : cujus tôt puneta, toi lumina, et ce qui s'ensuit? V doutez pas, Monsieur, de ma ponctualité el de mes soings, puisque vous me les ordonne/., et asseurez-vous que je vous rendra] très-fidèle conte, non-seulement de toutes les lettres des Centuries, mais aiissy de toutes les enveloppes des lettres, de toute la loille et de toute la tiscelle sil est besoing, que je vous renvoyeray par une voye encore plus asseurée que celle par laquelle je lesay reçeues.

Ce que vous me mandez de Mr le Chancelier me desgoute et me descourage extrêmement. Seroit-il possible qu'il voulust qu'on exerçast l'inquisition contre moy?Je parle de cette inquisition cruelle, ignorante, ennemie de la vertu et des Muses; car pour la juste auclo-

Bourbon. ayant voulu vérifier l'exactitude

de ces citations, reconnut que Monlmaur s'était moqué de la docte assemblée, et. livres en main, il confondit le charlatan. C'est Bourbon lui-même qui a raconté l'historiette, cinq ou six jours après, dans une piquante lettre écrite en latin, le 3 novembre 1637, au comte d'Avaux.et imprimée à la page 671 du livre de Charles Ogier : Iter Danicum, Suecictim, Poloiiicum (Paris, i65tî, in-8").

1 irFœneste : Encores ne coustera il rien «de nommer les choses pour noms honorr ravies. s (Chap. I des Aventures du baron de Fœneste, page 8 de l'édition donnée par M. Prosper Mérimée dans la Bibliothèque Ehéririerme, i855.)

2 Claude Favre, sieur de Vaugelas. n'avait encore rien publié à cette époque, quoiqu'il eût déjà de beaucoup dépassé la cin-

quantaine (étant né le 6 janvier i585.)Ses Remarques sur la langue française, tant attaquées par La Mothe-le-Vayer et par Scipion Du Pleix. parurent seulement en 1667, et sa traduction de Quinte-Curce ne vit le jour que trois ans après sa mort , en i653. Balzac, par le Vocabulaire de Vaugelas, entend le Dictionnaire de V Académie . auquel le philologue savoyard travailla pendant une quinzaine d'années. Balzac écrivait à Faret, le 12 décembre i6a5 (p. lia): rr Je n'attends qu'un peu de santé pour estre ren estât de partir d'ici, et aller jouir avec irvous de nos délices communes : je parle « de la conversation de Mr de Vaugelas, qui «me feroit trouver la Cour au village et Patrris dans les Landes de Bordeaux. 1 Voir diverses lettres de Balzac à Vaugelas (années i6a5 et suiv., p. 121, 129 à 1 33. 376. 4i4).

rite des légitimes censeurs, je ne croy pas avoir subject de l'appréhender. Mr l'Official, qui est homme de Sorbonne, et déplus homme dé jugement1, a examiné mon ouvrage avec toute la sévérité théologique : les plus pieux et les plus sçavants Jésuites de ces provinces me l'ont renvoyé avec éloges, avec couronnes de laurier et chapeaux de fleurs, ont dit tout haut (je pense vous l'avoir déjà cscript) que la Modestie elle-même ne sçauroit se défendre plus modestement. Depuis ce temps là j'ay osté le nom de Phyllarque de touts les endroits où il estoit -, sans parler de plusieurs aultres adoucissements, ausquels Mr l'Abbé de Sainl-Cyran (s'il eust esté en ma place) ne se l'ust jamais résolu, quand il en eust esté prié par le Pape3. Et après cela, Monsieur, on trouvera encore à dire en mon procédé. Mon

1 C'était le frère de Guillaume Girard, secrétaire et historien du duc d'Epernon. De nombreuses lellres de Balzac sont adressées aux deux frères. Presque toujours Balzac les distingue en donnant à Guillaume le titre de secrétaire du duc d'Epernon (p. 87, 181, 255, 558, 559, etc.), et à Claude le titre d'offîcial d'Angoulême (p. 377, 390, 438, 43g, 589, 700, etc.). Claude, qui. d'official de l'Église d'Angoulême, devint, en 1 65a, archidiacre de la même Église, mourut le 2 septembre 1 663, au moment où il allait publier les œuvres complètes de Balzac et où il en écrivait la vie , dont personne . dit l'abbé Cassagnes (Préface déjà citée), ne savait n tant de particularitez que luy.s Ce l'ut Claude Girard qui publia les Lettres familières à M. Chapelain (i656), les Entretiens ( 1657) et les Lettres à M. Conrart (1659). Ce fut lui aussi qui s'occupa des funérailles de celui dont il avait toujours été le «confident amy.» On a souvent confondu les deux frères Girard, comme on peut s'en assurer en consultant le Dictionnaire de Moréri , celui de Chaudon , la Biographie universelle, la Nouvelle Biographie

générale, le Munuel du Libraire (au mot Bakac), elc.

s On sait que Jean Goulu, général do feuillants, publia contre Balzac deux volumes intitulés : Lettres de Phyllari/ue à Ariste (le premier en 1627, le second en 1628). D'Olivet (Histoire de l'Académie, t. II, p. 68) explique ainsi le choix du pseudonyme du P. Goulu : irPhyllarque, it comme qui diroit Prince des feuilles, par rr allusion à sa qualité de général des feuilrrlauls.i (Voir aussi Tallemant des Beaux. t. IV, p. 90.) Quant à M. de Balzac, ajoute d'()livet,il ne fit rien paraître là-dessus, car son apologie , laite par lui-même , sous le titre de Relation à Ménandre, ne parut que dans ses Œuvres diverses, imprimées pour la première l'ois en i6/i5 (sic, pour 16&&). L'histoire de la querelle de Balzac avec les feuillants a été très-complètement racontée par M. E. de Certain, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes de 1861-62, à propos du monastère de Saint-Mesmin (p. 3y3- 385).

' Duvergier de Haurannc mourut quelques jours après que Balzac eut fait ainsi

Kl. li. \\ L001 Gl B2 DE I! ILZAG. 11

grand ci souverain protecteur, que j'aj appelle Solon dans a

épierai ee'i m'abandonnera à la violence des Barbares, c'est-àdire à la chicane des pédans? souffrira que la canaille persécute incessamment le plus passionné de ses serviteur»; el < [ n i (railleurs m- (ail point de déshonneur à son siècle? scia d'avis que les libelles diffamatoires ci les épitaphes insolenss m'outragent j nsq u«-s devanl le grand autel, sans qu'il me soit permis «le faire sçavoir au monde par un mot, par une plainte, par un soupir, que je n'approuve pas ces outrageai J'espère de la justice de Solon, et de l'amitié {yerbo ait miiii) qu'il m'a l'ait l'honneur de me promettre. Mais si, par malheur, j'espérois à faux, et que M' le Président de Marra3, Mr de Priesac4,

.illusion à Sun orgueilleuse opiniâtreté (i i octobre i(j43). Amis et ennemis ont, du reste, toujours été" d'accord pour reconnaître que le Fameux janséniste avait nne inflexibilité de caractère toute béarnaise. Balzac avait beaucoup connu l'abbé de Saint-Cyran.

Déjà, le la janvier i6af>, il lui écrivait i p. 109 1 : »Je n'a) jamais entré dans vostre ir chambre si homme de bien que j'en suis « sorti. »

' Le chancelier Seguier. J'ai déjà indiqué, dans une note de la leltre III, les petites pièces en vers latins que Balzac lui adressa.

2 M. Litlré remarque (Dictionnaire delà Langue française) qu'au xvne siècle épitaphe était indifféremment des deux genres , et il cite, pour un exemple de ce mot employé au masculin, une phrase de Corneille (Suite du Menteur). Le Dictionnaire de Trévoux rappelle que Ronsard a toujours fait épitaphe du masculin.

3 Pierre de Marca avait été nommé président du parlement de Pau, en 16 ai.

Au moment où Balzac réclamait son intervention auprès du chancelier, dont ce magistrat était très-con sidéré. Marca avait

obtenu, depuis plusieurs mois déjà, le titre d'évêque de Conserans. mais la cour de Rome, ayant trouvé dans le De concordia sacerdotii et imperii ( 16Û1) de trop libres sentiments , ne lui accorda que beaucoup plus tard (1667) ses bulles d'institution. Balzac lui avait écrit (p. 536), le 6 avril 1G61, au sujet du De concordia : it Vostre science rest large, vostre liberté est discrette, vostre trzèle n'est pas aveugle, * II lui dédia ( p. 286 du tome II) son Apologie contre le docteur de Louvain , dans les Dissertations chrétiennes et morales. Le 1" octobre iG5a (p. îoôy du tome 1) il lui écrivait : « Je vous ay loué «dans un livre qui ne flatte point (le Socratc «chrétien). . . Vostre vertu m'a été saincte. savant que vostre personne eust esté saccrée. . . »

4 Comme Marca, Daniel de Priézac était, à cette époque, conseiller d'Etat. C'était le chancelier Seguier qui, sur le bruit de sa réputation de jurisconsulte, l'avait attiré à Paris, en i635. Priézac avait (dès 1621) professé en l'université de Bordeaux. Il fut membre de l'Académie française. Balzac lui adressa plusieurs lettres, notamment une bien spirituelle du 12 septembre 1661

Mr Esprit1, el calera, ne me servoient2 de rien auprès de Solon, je vous supplie, Monsieur, de ne nie le point dissimuler, et à l'heure mesme que' vous le sçaurez d'arrester l'impression de mon livre, de la suppression duquel je me consolerois très facillement, nisi3 me patenta ptetas moveret, et si je ne considérois l'intérest qu'y prend le bonhomme à qui vous avez escrit et que vous avez béatifié par vostre lettre4.

Puisque Mr de Saumaise est entré dans la carrière, il sera bientosi au bout, et, puisqu'il combat, je ne doute point de son entière et pleine victoire5; mais, à mon advis, vous entendez bien que ce n'est pus

(p. /j84), en faveur d'une dame qui avait un procès à Paris. Balzac a fort loué un livre de Priézac dans une lettre à G. Girard du 3 janvier i6io (p. 706).

' Jacques Esprit, un des favoris du chancelier qui, dit Pellisson (Histoire de V Académie, t. I, p. 289) , cr lui donna sa table et ^cinq cents écus de pension, lui procura de trplus une pension de deux raille livres sur (tune abbaye el le brevet de conseiller tr d'Etat. a Esprit était ,'depuis 1639, membre de l'Académie. Balzac lui écrivait rarement , car je ne trouve qu'une seule lettre de lui à ce confrère, dans le recueil de i6G5(p. 578; la lettre est du i5 octobre i643). Une lettre du 2 9 mai iG4o (à Chapelain, p. 819) roule sur les frères Esprit, dont un avait été l'hôte de Balzac au château de ce nom.

" Le copiste a écrit serviraient.

1 Le copiste a substitué moi à nisi.

" Guillaume Guez, qui désirait depuis longtemps voir paraître l'apologie de son fils, comme on le voit par la lettre du Bon homme, queBalzac envoya, le 19 mai 166 à, à Ménage, et dont il a été question dans une note précédente. Le père, dont Balzac tint sans doute la main, sinon la plume, y disait : 'rSi l'envie d'estre loué des hommes

nne vous tente point, pour le moins celle trdeme plaire doit faire quelque impression (tsur votre esprit, »

5 Claude de Saumaise était alors à Dijon, où l'avait appelé, en i64o, la mort de son père, et d'où il ne repartit qu'en i6&5 pour Leyde, ville où il occupait , depuis 1 63 1 . la chaire illustrée par Joseph Scaliger. Balzac admirait beaucoup Saumaise. S'il plaisante un peu, comme on l'a vu déjà, sur l'inépuisable fécondité du professeur de Leyde, cela ne l'empêche pas d'écrire à Conrarl , le 3 5 juillet iC5i (p. 881): rrj'ay reçu des •nouvelles du grand Mr de Saumaise.- Ce sentiment de la grandeur de Saumaise éclate en beaucoup d'autres passages des lettres de Balzac , et surtout dans les lettres qu'il lui adresse (i5 juin i643, 10 octobre i663, 7 mai 1668, p. 54o, 665, i,oo3). Je citerai, entre tous les autres, ce passage de la première de ces lettres : s . .'. Après avoir veu une si grande multitude "d'excellens ouvrages, et tant de ir belles et de bonnes choses , jedisqu'd n'est rrrien de si vaste ni de moins borné que " vostre doctrine. Je n'en excepte pas l'esirlendue de l'Océan, ni la profondeur de ses irabysmes. Je soustiens que vostre esprit est

DE JEAN-LOI 18 Gl Y./. DE BALZAC. 99

assez de faire du mal à l'adversaire, il Eaull , outre cela , obliger l'amy el l obliger de J • « bonne sorte. Je suis l'homme du monde (vous le voyez par la lettre que j'escris à Mr d'Avaux) qui me picquele plus de gratitude el qui mets 1rs grâces à plus baull prix. Nostre très cher M'Ménage, ou, en 1 « * langue deMamurra1, Duke decus meum a, ne l'ignore pas, el je le conjure de vouloir assurer mon bienfaiteur de mon éternelle recognoissance, namque erit ille miht semper Deus9.

Je vous renvoyé la lettre à Mr d'Avaus retouschée encore une fois, .■i vous prie de faire part de cette cy à M' Voiture. J'aj jette les yeua sur quelques endroits des Centuries, et je juge à peu près qu'il s'en pourra faire un juste volume, sans violer la religion de nostre secret. Ce se oit principallement in gratiam cariesimi nobii olearii, oui plut tapiunl quandoque obvia; islœ el innii/iiir dopes, qua/m longe petita ci transmarinœ deliciœ.

Je vous remercie de tout mon cœur de celle diabolique, ou, pour mieux dire, divine chose, qui vous est venue de Rome. Jamais pape ne fit de si beaux vers, ny poêle lambique de si innocens ïambes4. Mais

ml'iini' autre espère i|iic les nostres, et qui: miiis sçavez plus qu'où no peut sçavoir hu- • maniement. . . n II paraît que la modestie de Saumaige n accepta pas de telles louanges, car Balzac s'excuse presque de l'avoir lâché i lettre du q5 avril i644, p. 666).

' Ménage écrivit de sa plume la plus malicieuse la vie de Montmaur, sous le titre de : Vita Gargilii Mamurrœ, parasito-pwdagogi , scriptorc Marco Licinio ( Paris , l643, in-/i°). L'épitre dédicatoire à Balzac est datée d'Angers, le ■>.<> urlobre îli.'iti. Celle vie lut réimprimée avec le poëme satirique intitule : Mnmiirrœ Metamorphosis , dans /Egidii Wenagii misccllanca (Parie, Courbé, i652, in-'r ; i(i.ri(i. in-H"). On la trouvera aussi dans le recueil déjà cité de Sallengre. l d '■ traduction française en a été donnée par Jean Hou (Mémoires inédits et opuscules,

t. Il, 1857, p. 1 38-i 04). Balzac écrivait à Ménage, le 4 novembre i643 (p. 5 a 4 ) : -Au reste, Monsieur, je ne me lasse p. nul •file lire la vie de Marnurra ; je l'ay trouvée fret plus belle et plus nouvelle la dixiesme "liiis que la première. Qu'elle eusl l'ail rire -île lu m ni'iir le raid mal l)n Perron! Ou elle ff plaira au cardinal Bentivoglio! Que le - Père Strada en estimera le sel el les salisses . -luy qui ril quelquefois a la romaine el qui ••se niesle de la belle raillerie aussi bien que

«vous... 11 Voir encore, 1. II. p. 689, l'épitre dédieatoire du Barbon.

* 0 et praesidium, et dulce decus meum. (Hobat. Od. lib. I, carmen 1, v. a.)

1 Vinc. Ducol. ecl. I, v. 7.

' Urbain VIII (Malien Barbcrinij. élu le 6 août 1623, mort le 39 juillet i644. (!e pape ne se contenta pas de protéger,

comment >c peut accorder cet exercice avec celuy de la guerre, laquelle il ayme si fort, à ce qu'on m'a dit, que peut s'en faull qu'il ne porte un collet de buffle sur un pourpoint vert et qu'il ne veuille qu'on luy donne de Sa Bravoure au lieu de Sa Sainteté1?

Mon père vous vouloit répliquer, mais je vous ai espargné cette seconde civilité, et luy ay conseillé de se laisser vaincre à vostre éloquence.

Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.

Celuy dont vous avez reçeu le poëme est mon parent et cousin issu de germain de feu Mr de Villetry, conseiller de la grande chambre. H a la naissance heureuse et se peut dire honneste homme, quantum patitur mtmiàpalis fragilitas. Obligez-moi de dire à Mr Drouet2, quand vous le verrez, que je vous en ay escript des merveilles, car autrement je passerois pour mauvais parent ou pour amy peu officieux. Je voudrois de bon cœur que Mr le Chancelier eust leu mes discours ou Mr de Marca, pour luy en faire son rapport. Je m'asseure qu'il n'y trôuveroit rien qui le choquast ny qui doive offenser son parent3, autrefois général de l'Ordre et à présent évesque d'Avranches. Que si ce parent

pendant toute la dure'e de son glorieux pontificat, les écrivains et les artistes; il cultiva les lettres avec beaucoup de zèle et beaucoup de succès , et de grands éloges ont été donnés aussi bien à ses poésies italiennes (Ritne, Rome, 1660, in-12) qu'à ses poésies latines (Poemata, Bologne, 1629, in-8°; Rome, i63i, in-6"; Paris, imprimerie du Louvre, i64a, in-fol.; Oxford, 1726, in-&\ cum vita auctoris). On peut voir sur les vers d'Urbain VIII les Jugemens des savons, de Baitief (édition in-4°. 1722, t. Y).

1 L'historiette répétée par Balzac trouve son explication dans la petite guerre de l'année précédente. Urbain VIII avait déjà occupé Castro et faisait marcher des troupes

contre Parme et Plaisance, quand la médiation de la France ramena la paix en Italie.

a On a une lettre de Balzac (12 octobre 1 636 ) à M. Drouet, docteur en médecine (p. 4o5).

3 Charles Vialart, plus connu sous le nom de Charles de Saint-Paul, supérieur général des feuillants. "Comme il éloit paient de M. le chancelier Seguier, 1 dit plaisamment le Moréri de 1759, il fut nommé à l'évêché d'Avranches. en i64o. Vialart occupa le siège d'Avranches du 6 juillet 16Û2 au i5 septembre 1666. n est l'auteur de Geographia sacra (Paris, 1 64 1, in-fol.). des Mémoires du ministère du cardinal de Bichetieu (Paris. 1649). etc.

DE JKAN-LOMS GUFZ DK BALZAC.

estoil aussy délicat que l'ancien prince des feuilles ' el qpe l'ombre d'une injure le lit cabrer, je m'oflre à lui escrire une lettre, après la publication du livre, qui sera imprimée avec les aultres, el dans laquelle je lui donneray toute la satisfaction que sa vanité eçauroil désirer. Quia neget hoc ntmtum, ted vit sait».

Si je fais un discours à la Reine, je parleray des princes du sang (le mieux qu'il me sera possible) et n'oublieray pas le victorieux beaufrère5 de vostre héros. Vous ne sçauriez croire au reste, Monsieur, combien j'ay eu d'indignation ces joins passes contre la petite fille du cuisinier La Varenne8. Du, tantum punite nef as!

1 C'est-à-dire le I'. Goulu, qui était mort à Paris !e 5 janvier itiay, peu de temps après la publication du second volume des Lettres de Phy Unique.

s Le copiste a écrit : beau-père, ("est bien du beau-frère du duc de Longueville, du jeune et brillant vainqueur de Rocroy. qu'il s'agil dans le Discours à la Reyne régente . discours, ne l'oublions pas, qui est une des plus éloquentes protestations lancées en quelque temps que ce soit contre le fléau de la guerre. Voici le passage qui justifie ma correction (p. A78) : ir Quand ce ne se- •M'oit que pour conserver à la France une "vie qui lui est infiniment chère, et qui se «r hasarde tous les jours; un héros de la race rrde nos dieux, vostre général de vint et un "an; sans doute, Madame, sans doute vous «désirés la fin de la guerre. Vous devez «craindre l'infidélité de Mars et le destin «de Gustave, pour un prince qui va au pé- «ril comme il y alloit...»

3 Cette petite-fille du cuisinier La Varenne, comme parle Balzac, à l'imitation de l'injurieux auteur de la Confession de San cij , était Marie de Bretagne, fille aînée du comte

de Vertu et de Catherine Fouquet. Catherine avait eu pour père le célèbre Guillaume Fouquet, marquis de La Varenne, maître d'hôtel, et, comme le dit M. Victor Cousin . en se servant d'un adroit euphémisme «serviteur très-complaisant de Henri IV. * Marie, digne de sa mère par sa beauté el encore plus par sa galanterie, avait épousé en 1638, Hercule de Rolian, duc de Montbazon. Balzac fait allusion aux lettres 1 1 ;i — mour méchamment attribuées par M"" de Ylontbazon à M°" de Longueville, calomnie qui causa tant d'orages dans la haute société parisienne (août 1 643), et qui amena, quelques mois plus tard (12 décembre), entre le duc de Guise et le comte de Coligny. un duel qui devait être si funeste à ce dernier. Sur toute cette affaire, voir il. V. Cousin , qui , dans le chapitre 111 de la Jeunesse de M"" de Longueville , a parfaitement tiré parti des récits de M"'' de Monlpensier, île M"" de Motteville. de La Châtre, de La Rochefoucauld, de d'Ormesson, ;iinsi que de quelques documents inédits de la Bibliothèque nationale et des archives des affaires étrangères.

Du 5 octobre i Mt'i.

Monsieur, Vostre lettre du 26 du passé, que j'ay reçue ouverte, est cachetée au dedans, c'est-à-dire est toute pleine des marques de vostre Pallas, et n'a rien qui ne sente la déesse du bon sens et de la sagesse. En conscience, j'ay esté ravy de la façon dont vous avez pris la nouvelle que je vous avois mandée du cardinal qui n'est plus1, et je. ne sçaurois assez admirer cette modestie plus que socratique avec laquelle vous parlez ensuite de vostre mérite et de celuy de vostre Pucelle. Si vous craignez tant pour l'avenir, en quelle peine devrois-je estre maintenant, et pourquoy m'avez-vous laissé entreprendre un si périlleux voyage et auquel vous appréhendez si fort de vous exposer? Je parle de l'indignité, du peu de prix de mes discours; car pour leurs hérésies et pour les crimes d'Estat, je n'en suis pas autrement inquiet. Je pense, Monsieur, qu'ils ne méritent point de couronnes, mais je pense aussy qu'ils ne sont pas dignes de la corde; et, s ils n ont de la vertu, ils ont pour le moins de l'innocence. Quand ils seront achevez d'imprimer, jeseray très-aise, s'il est besoing, qu'on les mette entre les mains deMrle président de Marca, à qui j'escriray un petit mot; et, si son rapport à Mr le Chancelier ne m'est entièrement favorable, je condamne desjà mes Muses, tant latines que françoises, à un silence perpétuel. Pour les épigrammes, je ne sçay pas ce que vous appeliez despaïser, si elles ne sont, despaïsées, et si les précautions que vous exigez ne devroient pas estre plus grandes pour la mémoire des Louis et des Henris, si nous avions résolu d'en mesdire finement. Mais vous ne relaschez jamais en ma faveur de vostre première sévérité. Vous n'estes indulgent qu'aux tyrans, et parcequ' Armand vous est cher2, vous voudriez, je croy, qu'on aimast Tibère et Stilicon pour l'amour de luy.

' C'est-à-dire du cardinal de Richelieu se s'honore en défendant avec tant de fermeté moquant de la Pucelle. la mémoire du grand ministre contre les

J Le cardinal de Richelieu. Chapelain implacables rancunes de Balzac.

DE JEAN-LOUIS Gl Y./. DE B ILZAC. 33

Puisqu'il n'\ a poini moyen de rhabiller leurs épigrammes à vostre fantaisie, .illiu ilf vous oster le goût que leur amertu vous a laissé,

j'ayrûe mieux vous en envoyer d'aultres sur d'aultres matières moins désagréables. Celle que je lis cet hiver, de l'impertinent autheur de Poitou, est reformée de la façon que vous la verrez et pourra avoir pour titre : Retpondel Capelkmo, « quû blanàùsmù vérifia objurgatus fverat, quod cujusdam autant malum poema pro bono venditasaet1. La seoonde, que vous n'avez point encore veue, esl sur un bouquel de roses que Diane portoil dernièrement à la teste2, el qui me sembla jetter des esclairs de la nuée noire tle ses cheveux.

\u reste, Monsieur, vous ne deviez point attendre de mes nouvelles pour résoudre du lieu de l'impression de la diatribe. Il fault que ce soil à Paris, et vous estes merveilleux de me demander, comme en doutant , si Rocolet voudra l'imprimer. H sera trop heureux et trop honnoré d'entreprendre une si noble besoigne; et, pour cet elïect, je vais luy escrire, affin qu'il face tout ce que vous lui ordonnerez : l'importance est que la dissertation soit à vostre gré comme je veux croire qu'elle sera à mon advantage. Je me suis expliqué au long là-dessus par le dernier ordinaire.

\\ez toujours un peu pitié du chagrin et des infirmités de vostre amy, qui vous ayme, révère et admire plus que toutes les personnes du monde.

Monsieur, l'article du papier est un excellent article et bien obligeant pour vostre très-humble serviteur3. Il n'est que voisin du lieu où se fait cette charte4 renommée, aussy blanche que les lys et que les ligustres5, sur laquelle néantmoins lot Aquiniï, tôt Volusii cocore

' T. II, p. 20. Le titre définitif est ce- à in page 27) sous œ titre: Diana Santonis,

lui— ci : De non optimo poetu, quem per sum- sive Galatci insania.

mam humankalem laudaverat. Respondel Ca- 3 Balzac fournissait, chaque année, à

pclano. Chapelain comme à plusieurs autres amis.

2 Voyez cette pièce (Diana rosis coronata) quelques rames de papier d'Angoulême.

autome II, p. 26, des OEuvres de Balzac , à la 4 Le copiste a écrit charité.

seconde pagination, parmi dix ou douze gra- 5 C'est le nom latinisé du troène, un des

rieuses petites pièces réunies (de la page 2 5 plus jolis arbrisseaux de la famille desjas-

:j'i LETTRES

audmt1, pour user des vilaines paroiles de celuy «jui fit une épigramme

contre Caîsar'-.

On me vient de monstrcr une gazette manuscrite dont certains endroits m'ont depleu, et, entre autres certains : « \Ir le Prince ayant -l'ait instance pour le gouvernement de Languedoc, moyennant la réf compense de la charge de grand maistre, il en a esté nettement refusé -et, sur3 ce refus, ayant fait reproche des services rendus cette cam- • pagne, cela a fort brouillé l'intelligence entre la Reine et Madame la r Princesse. Mr le duc d'Anguien ayant prétendu le gouvernement de k Bourgoigne et de Bresse par l'eschange cy-dessus, et ce refus l'en ayant •exclus, il est accusé d'avoir composé avec les petits maistres quelques ff rimes4 scandaleuses contre lespuissanc.es supérieures, de quoy on ap- -préhende des suites fascheuses. n Cela est-il vray ou non5, Monsieur? et, de grâce, deux ou trois tirades de vostre politique sur Testât présent de nostre cour.

Je ne demande point d'aultres privilèges que celuy que je vous ay envoyé. H est pour vingt ans, à commencer du jour de la publication ou de l'achèvement de chaque volume. Je ne pense pas que ce soit par vostre ordre qu'on a mis dans les vers du second discours : nos encens pour nostre encens 6. Dans ce que j'ay veu , il y a quelques aultres légères faultes.

minées. On se souvient du vers de Virgile :

Alba ligustra cadunt. vaccinia nigra leguntur. Bue. Eclog. n, 18.

1 Annales Vol usi.cacata ckarta...

Caicixi Carmen xxxvi in Annales Volusii, 1.

3 Carmen xxix in Cœsarern :

'luis hoc potest videre, quis potest pati, etc.

1 Sur a été omis par le copiste.

' Le copiste a écrit : remies.

s Le bruit était faux. Le duc d"Enghien obtint, pour récompense de ses services, le gouvernement de Cbainpagne et la \ille de

Stenai . cédée depuis peu à la France par le duc de Lorraine, et rien n'indique qu'il ait été mécontent, en cette occasion, de la reine régente. Rappelons que, moins de deux ans auparavant, le ao novembre t 6'i 1 . don avait été fait par le roi d'une pension annuelle de 1 00,000 livres au duc d'Engbien ( Archives nationales, carton-; des Rois. K. ni-i 16).

6 La faute dont Balzac se plaignait w te retrouve pas dans les diverses éditions de son second discoure. Partout nous h'sons :

Et portons nostre encens où l'on cherche vos temples.

DE JEAN-LOUfS GUEZ DR BALZAC.

Du i •.' oatobrt i 648

Monsieur, Vous m'avez f;iil voir fil [«'lit toute nostre cour, i'l j'av

leu avec grand plaisir l'histoire <l»*s Importuns1, «|u<^ vous ramassez «mi peu deparolles, mais qui signifient beaucoup, .le comtois, il \ a Iodj;icinps. la pluspari de l'es Messieurs, h ne me suis poini estonne* du mauvais succès de leur politique. Mou estoanettieirt n'alloit qu'à M' de Beauvais3 el à \l"'c de Ghoisy*, laquelle n'est pas pourtant tombée, comme le bruit en avoit couru partout; mais dans la relation des importans, pourquoy avez-vous oublié les petits maistres4 et l'article de Saincf-Germain (|ue je demandois sur toutes choses? Je ne puis comprendre que celuy qui a chassé de son liostel5 le frère d'un mareschalde France11, pour n'avoir pas assez respecté la mémoire du

' M. Bazin ( Histoire de France sous Louis XIÏI, etc. t. 111. p. 3ag) prétend que

le public avait Liien jugé la cabale du duc de Beaul'ort et de ses compagnons, en appelant ces personnages «les importants." M. V. Cousin (La Société française au mu' siècle, t. II , p. 228) dit dans un charmant chapitre sur M°" Cornuel, d'après le témoignage Formel deTallemant des Réaux : «C'est elle, en 1 643 , qui, en voyant Beau- «fort et ses amis Fiesque , Montrésor, Bérr thune, La Rochefoucauld, prendre de «grands airs et juger superbement tout ce Mjui n'était pas de leur parti, les appela « Messieurs les importons, mot nouveau qui «•est resté et a pris place dans l'histoire. 1

! J'ai déjà rappelé, dans une note de la lettre V, que c'était Augustin Potier de Blancménil.

3 Le copiste a écrit : Venisy. Jeanne Olympe Hurault de L'Hospital, arrière-petite-fille du chancelier, mariée en 1628 à

Jean de Choisy, maître des requêtes el chancelier du duc d'Orléans, fut une des femmes les plus distinguées du xvne siècle. Sa correspondance avec la reine de Pologne ( Marie de Gonzague), avec la reine de Suède (Christine), avec les sœurs de Louis XIII (Madame Royale de Savoie, Christine de France), lui donna beaucoup de célébrité. On peut voir sur elle les Historiettes de Tallemanl des Réaux, les Lettres de Mainard, les Mémoires de M"" de Montpensier, ceux de M"' de Motteville , ceux du cardinal de Retz . el surtout ceux de l'abbé de Choisy.

4 rr On avait appelé," dit Voltaire (Siècle de I^ouisXIV, chap. iv) , tria cabale du duc de « Beaufort , au commencement de la régence , «celle des Importants, on appelait celle de <rCondé le parti des petits-maîtres , parce «qu'ils voulaient être les maîtres de l'Etat, a

5 Le cardinal Mazarin.

6 Le frère de Jean de Saint-Bonnet, seigneur de Toiras . nommé maréchal d«'

deffunt, sou lire dans le Louvre l'enneiny juré dudit deffunt, et qui le traite non seulement de tiran (Juec quidem Itius est), mais aussy de fou et de ridicule : hœc mihi sunl obscura salis.

Je voudrois bien que la dissertation Salmasienne fust entre voa mains et qu'elle parust en mesme temps que mon livre.

J'ay escrit trois fois au petit depuis un mois, et n'en ai point eu de response.

J'ay ajousté un distique à vostre epigramme, qui luy estoit nécessaire pour la remplir et pour en faire un poème de quatorze vers. Le compliment, à mon advis, ne sera pas mauvais, et la latinité n'eu est pas impure.

Un notaire, avec touts ses instrumens de chicane, me tient présentement à la gorge et m'empesche de passer outre. Le reste à une anltre lois; et je demeure cependant, Monsieur, vostre, etc.

Du il) octobre 1 r

Monsieur, La postérité n'aura garde de me reprocher la confidence que j'ay eue avecque vous. Au contraire, c'est le plus bel endroit par où elle me regardera; et, si ma gloire ne m'estoit moins chère que la vostre, j'aurois grand peur qu'on ne dist un jour que le second Atticus valoit beaucoup plus que le premier, mais qu'il s'en falloit bien que le nouveau Ciceron ne fust du mérite de l'ancien.

A Dieu ne plaise que j'aie rien entendu de mauvais par l'innocence des ïambes de Nostre Saint Père. C'est oit seulement pour les distinguer de ces ïambes Iruces ou minaces, dont la rage armoil Archilocus1, pour user

France le 1 3 décembre i63o, et tué d'un génaire. (Voir le Moréri de 1769. au mot coup de mousquet devant Fontanette . le Sainl-Bonnet.)

Archilochum proprio rabies armavit iambo.

1 4 juin i636, était Simon, seigneur de La Forêt , gouverneur de la ville et du château

, r> ■ , £0 1 Hckitii Arspoctiea, 80.

de Foix, mort après 1680 plus cpie nona-

DE JEAN-LOI is GUBZ DE BALZAC .les iciiin's du lepidiasimiu homuncio1 qui refusa I « • charge de Secrétaire d'Estat*. La dévotion deM1 des Noyers' seroit-elle auss) desgonstée el aus8> désintéressée que la liberté de cel honeste pourceau <>u aultremriii porcus Deorum euîtor et injreqxtens*, comme il se nomme luy raesme? Je ne respons point de La vertu de demain el prenez seulement en la personne de ce jésuite travesti8 un grand etpuissanl op pugnateur du livre De h fréquente communion0. Mr l'Archevesque de Thoulouse1 a passé par <<■ pays el m'a fort entretenu <le ce livre el • If plusieurs aultres. Il m'a dit d'estranges choses du dëffunct8 et un

-i ainsi que l'empereur Auguste appelail son cher Horace, dit Suétone (Horatii poetœ vita).

1 Balzac s'est trompé'. Ce fut seulement un emploi de secrétaire particulier, de secrétaire des commandements , qui fut offert par Auguste à Horace. Le texte de Suétone esl formel : Avgustvs ci epistolarum ojficium obtulit, et la lettre d'Auguste a Mécène , citée par le même Suétone, est, s'il se peut, plus formelle encore : Anle, ipse scribendis episiolis amicorum sufficiebam : mute occupatissimus, cl infirmas , Horatium nostrum a le cit~ pio abducere. . . Xos in scribendis epislolis juvabil.

a François Sublet de Noyers (suivant sa signature), et non des Noyers, Comme on l'appelle ordinairement , secrétaire d'Etat au département de la guerre , fut disgracié (avril i643), et mourut peu de temps après (ao octobre i665). N.Bazin (Histoire de France sons Louis XIII , t. III, p. iq3) caractérise ainsi ce ministre : a Ambitieux , * remuant et dévot. « M. Micbelet (Richelieu et la Fronde , aux notes . à la fin du volume ) , le maltraite encore davantage. C'est pour lui irun sot fieffé, dangereux, baineux, vetrnimeux. etc.i M. Micbelet l'accuse d'avoir détruit, dans sa stupide pudeur, la sublime

Léda de Micbel-Ange que l'on admirait an palais de Fontainebleau. Il ajoute, en son pittoresque langage, qu'il i creva d'ambition

it rentrée. ■> 1 Horat. Od. liv. I. Carmen xxuv, \. 1.

5 Le copiste, confondant une épithète avec un nom propre imaginaire, a écrit : Ce jésuite Trametli.

6 Le livre De la fréquente communion, le premier de ceux qu'Antoine Arnauld donna au public sous son nom. parut en août i643 (Paris, Ant. Vitré. in-i°). Sur les livres

'écrits par les jésuites contre celui du disciple de l'abbé de Saint-Cyran, voir les pages 21 à 23 de la Vie d' Antoine Arnauld (Lausanne, in-k°. 1783). le Porl-Iioyal de M. Sainte-Beuve, dernière édition (t. II. p. 179-185), etc.

' Charles de Montchal . qui , avant d obtenir du protecteur de Balzac, le cardinal de La Vallette, la cession de l'archevêché de Toulouse, qu'il garda du 9 janvier 1638 au 22 août 1 65 1 . avait été abbé de Sainl- Amand-de-Boisse , au diocèse d'Angoulême.

Balzac lui écrivit plusieurs lettres . de i63ô à 1 643 (p. 200 . 570, 098).

' Montchal détestait le cardinal de Richelieu . comme on le voit par ses Mémoires (Rotterdam, 1718, 2 vol. in-12). On cite.

jour de conversation avec luy m'a instruict de beaucoup de particularités que j'ignorois ou que je ne sçavois pas bien. Il estoit présent lorsque Laforest, frère de Mr de Thoiras,fust maltraité par Mr le Cardinal Mazarin. Mais la chose se passa tout aultrement qu'on ne vous l'a ditte, et ce fut la propre injure du Cardinal qui excita son ressentiment, et non pas l'interest de son amy mort. M. le Mareschal de Vitry èl M. l'évesque de Lizieux ' virent tout ce desmêlé aussy bien que Mr l'Archevesque, et je conclus de là, s'il vous plaist, Monsieur, que Ips nouvelles se corrompent quelques fois à quatre pas de leur source.

Il n'y a rien de si vray que le mesme Cardinal a reçu trop favorablement Sainct Germain et que le mesme Sainct Germain a desjà ilisné plus de trois fois avec Mr de Chavigny2. Comment s'accorde tout cela, Monsieur, avec la générosité de Mr le Chancelier, lequel , à vostre dire, delusit timbrant et colit exequias , voire mesme pourroit révérer les mânes de Tibère et de Stilicon, si j'estois si impie que de les vouloir violer, je ne sçay combien de siècles après leur mort?

II ne me souvient point d'avoir demandé des louanges à Mr de Saumaise, mais ouy bien de la civilité et de la faveur, et je ci-oy qu'il est trop honneste et habile pour ne m' avoir pas sçeu obliger en me voulant obliger.

Mon parent le poète m'a envoyé coppie de la lettre que luy a escrite Mr le Cardinal Mazarin : vous la trouverez cy enclose, avec un extrait d'une aultre lettre escrite par le petit médecin, qui est un encomiaste3

en outre, de lui plusieurs mots piquants contre le grand ministre.

1 Cet évêque était Philippe Cospéan , quisiégea du a5 juillet i636au 8 mai i646. i>t qui avait été auparavant évèque d'Aire (en 1607), puis de Nantes ( 16 1 3). Cospéan fut un des grands amis de Balzac, qui lui a adresse de très-nombreuses lettres (p. 12, i3, i5, 16, 19, 123, 260. a65, 26G, 967, 3/17, 396), et aussi des vers latins (seconde partie du tome II, p. 83 et 93). On a de M. Ch. Livet une intéressante mono-

graphie intitulée : Philippe Cospéan, su ri, et ses centres, i85i.

2 Léon Le Routhillier, comte de Chavigni et de Rusançois , ministre et secrétaire d'État, mort le 11 octobre i652. Ralzac lui a écrit quelques lettres (p. 162, 1Ô2, etc. 1. et lui a consacré des vers latins (t. IL seconde partie . p. 8 ) : De illustrissimo Leone , comité Chavinio , et : Ad evndem illustrissimum comitem.

1 Èyxa>tii*ai)js , louangeur. Le Dictionnaire de M. Littré. comme le Dictionnaire de

très-impertinenl et très-menteur, si je ne me trompe. Ce petit faquin p-astera l'esprit de ce pauvre provincial, qui d'ailleurs certes ésl honneste homme, et qui croit à la bonne foy ce <|m^ l'aultre luy mande de

Paris.

.Ii' vous recommande le pacquet pour nostre cher présideni ' el j aj peur que Flotte8 ay< esté quelquefois yvre le jour que le courrier esl parti, car nous ne trouvons pas nostre compte.

.le suis inriliilliliis. Monsieur, voslrc etc.

Trévoux, n'a cjtë de l'emploi de ce mot qu'un seul exemple, emprunté au discours de l'archevêque de Lyon en faveur de Jacques Clément (dans la Satire Ménippée). ' François de Mainard . qui était présideni au présidial d'Aurillac, né à Toulouse en i fi 8 -î , mort, non dans cette ville et non le û3 décembre 1G6G, comme l'avance la Voxwelfe Biographie générale t mais à Saint- Céré (département du Lot, arrondissement de Figeae), le a$ décembre, ainsi que le prouvent les registres de la paroisse de Saint-Céré. Voir, sur cet ami de Balzac . outre Tallemant , Pellisson . ïiton du Tillet . Adrien Baillet, M. de Labouisse-Rocheforl , M. Geruzez, M. Sainte-Beuve (t. VIII des Causeries du Lundi), un excellent travail de M. Prosper Blanchemain (Notice sur le président François de Maynard, dans le Bulletin du Bouquiniste, du 1 5 ruai 1867). L'habile éditeur de Ronsard , de Mainard, de N. Vau- (juelin des \ veteaux , s'est servi de la bio-

graphie inédite que Guillaume Colletel re traça de l'académicien, son confrère \ Vies des poètes Jrançoù, naguère a la Bibliothèque

du Louvre), et de divers documenta qui lui ont été communiqués par un descendant de ce même académicien, M. Th. de Lavaur.

Balzac a mille fois parlé de Mainard dans ses lettres et dans ses autres ouvrages.

' Le copiste a écrit : Lotte. On chercherait en vain le nom de Flotte dans nos dictionnaires biographiques anciens ou modernes. C'était un homme de plaisir, en même temps homme de goût, auquel Mainard. qui l'appelle toujours «son cher -maître, 1 a adressé un grand nombre de lettres recueillies en i653 (Paris, chez Toussaint Quinet , 1 vol. in-4°de 873 pages). De Flotte, éditeur de ce recueil, fut trèslié avec Scarron et avec Saint-Amant, qui l'ont souvent célébré dans leurs vers. Voir une lettre que Balzac lui écrivit le 28 décembre i6h (p. 683).

Du 26 octobre i643.

Non tanlum, Capclaue, viris concurrere virgo Audct J, at indigetes vocal in certamina Divos 3, Theseaque, yEneamque, el sœvum ambobus Acliillem :. Inferîorque loco nunquam cessisse priori, Diceris mihi , Romano nec mollius œrc Nec Graia sonuisse tuba

Si vous continuez à me contredire, j'iray bien plus loin. Mais c'est assez pour aujourd'hui, et peut estre que cette dernière fougue achèvera de forcer le retranchement dans lequel se deffend vostre modestie. Pour les louanges que vous donnez à ma prose, elles me sont extrêmement agréables, à cause qu'elles partent d'une extrême affection, el que vostre estime naist de vostre amour, in quo uno abjeclissime alias et pœne doloribus confecli serio triumphamus. Ce que dit nostre très-cher* des libres historiques des Épigrammes est très-bien et très-judicieusement dit; mais, après avoir considéré celle de l'enfer5, je ne pense pas qu'elle ait besoin d'aultre tiltre que de Respondet Capelano. Et, présupposé que c'est une response à un aultre poème, l'esprit du lecteur seroit bien diverti , s'il n'entendoit d'abord de quoy il s'agit ; et il seroit peu délicat, s'il ne trouvoit beaucoup meilleur, est ex abrupto, qu'avec préparation plus longue et plus estendue6 de deux ou de quatre vers. Toutes les responses des lettres sont obscures de cette sorte d'obscurité, présupposant des choses dittes qu'elles ne répètent pas et il y a encore moins de clairtés dans plusieurs sonnets du Cardinal Bembe7.

1 Souvenir du vers de Virgile : 4 Ménage.

Audetque viris concurrere virgo. 5 T. II, seconde partie, p. 30, déjà citée.

JEneid, I, 497. ' Le copiste a écrit : esteudiée.

J Souvenir de cet autre vers de Virgile : ' Pierre Bembo, un des plus élégants

Démens, et cantu vocat in certamina divos. écrivains italiens du XVIe siècle, dont les

76irf. VI , 173. œuvres complètes ont été publiées à Venise

3 C'est décidément ici un centonvirgilien. (1729, en 4 vol. in-fol.) et réimprimées à

car ce vers est encore emprunté (infidèle- Milan (de 1808 à 1810, en 12 vol. in-8°).

ment il est vrai), à Y Enéide (I. 662) : Voir le Manuel du Libraire pour les éditions

Atridas, Priamumque, et saevum ambobus Achillem. particulières de ses poésies ( l53o, 1 535.

DE JEAN-L0UI8 GUEZ DE BALZAC. 'il

de Mr de la Casa el d'Annibal Garo1, qui respondenl à d'aultres bouueta de leurs amys, Mais pour revenir bus tiltres commentateurs,

que dites-vous, Monsieur, de celu\-cy de noslre ;nn\ Cerisantes : /// rciiiiim qui vehementùatmus flabat, cum in menu Imnchionensem ascenderent, Geniua loci alloquitur subeuntem, ei de plusieurs aultres tiltres de celle nai ure, quos pasrim videre est apud optimos quosque œvi no8lri postas?

Je \ous renvoyé 1 Epigramme a à la lin de mon Elégie4 que j'a\ reformée pour le feu lïoy et qui a esté changée en plusieurs endroits. il la faudra datter de l'année de la prise de Pignerol5, lorsque toutes choses en Italie sembloient favoriser l'entreprise du voyage de Naples, si le Roy eusteu ce dessein et qu'apparamment la Nimphe Parlhenope luv tendoit les bras.

le croy avoir dit des choses assez jolies de cette Nimphe, et les lettres qu'elle a escriptes à la Nimphe d'Anjou, sa parente, dans

1 568, cette dernière édition revue par Annibal Garo), etc. Jean délia Casa, dont nous avons déjà trouvé le nom dans une précédente lettre, a écrit l'histoire de la vie de Bembo. En France, deThou, les deux Scaliger, Baillet, Teissier, etc., l'ont plus ou moins favorablement jugé.

1 Annibal Caro , dont les sonnets ont été l'approchés de ceux de Pétrarque et de Bembo , et dont la traduction de V Enéide a été mise au-dessus de toutes les traductions en vers qui aient jamais été faites de ce poëme. Les œuvres d'Annibal Caro ont été insérées dans la collection des classiques italiens (Milan, 1806. 8 vol. in-8"). Balzac a souvent fait l'éloge d'Annibal Caro (p. 722. 782, 788 du tome I de i665).

9 Marc Duncan de Cerisantes, tué au siège de Naples en i648, a gentilhomme de - beaucoup d'esprit et de cœur, » dit Bayle , qui lui a consacré un très-bon article, qu'il

faut rapprocher du récit de Tallemant des Beaux (V, p. 424-465), de celui de l'abbé Arnauld {Mémoires, t. XXXV de la collection Petitot , p. 2 58-2 5 9) . et enfin de celui du Menagiana (édition de 1 7 1 5, t. II. p. 292- 296). Voir une ode latine de Balzac en l'honneur de Cerisantes (p. 99 de la seconde partie du tome II des Œuvres complètes). Le Menagiana reproduit cette odelette avec une autre odelette en latin adressée à Voiture. Sur Cerisantes poëte on peut encore consulter le Parnasse français de Titon du Tillet ( 1732, p. 23o).

3 Ad Regem Christianissimum Ludovicum semper victorem post pugnam in Alpil>it*. epigramma (tome II, seconde partie, p. 3).

4 Ad eundem Elegia (ibid. p. 4).

5 La ville de Pignerol , assiégée le 2 3 mars i63o, se rendit le 3i mars delà même année, jour de Pâques.

lesquelles elle se plaint de sa mauvaise fortune, me semblent assez poétiques. Je ne suis pas encore mal satisfait de

Pictuni Ludovix dum circuit orbem, ... .Et duce sub Fabro ',

et je voudrois bien que vous trouvassiez bon que je 6sse venir dans l'esprit du Roy l'envie de délivrer l'Italie, dès ses plus tendres années, et lorsqu'il estudioit sous M1 le Febvre, qui luy devoil, à mon advis, apprendre la carte. Mais tout cela soit dit néanmoins sans aucun dessein de préoccuper vostre jugement, et je suspandray le mien jusqu'à ce que vous ayez prononcé pour ou contre.

Rocolet m'envoya, il y a buict jours la Métamorphose de la Marmitte2 et me parle de quelque autre pièce latine que vous lui avez donnée pour moy; mais il ne me l'envoyé point. Je vous prie que je sçaclie qui est l'auteur de cette Marmitte, et que veut dire nostre trèscher de ne m'avoir pas encore régalé de la Vie de Mamurra. qui apparemment doibt être imprimée.

J'ay reçeu ce qu'il vous a envoyé de la Diatribe et en demeure extrêmement satisfait. Le commencement me semble très-beau et escrit avec très-grand jugement, mais cette guerre de campo cedere et de arma abjicere ne me pique-t-elle point, et qu'avait-il besoin de dire une chose de son amy qui l'eust rendu infâme dans la République de Sparte? Je suis pourtant trop obligé à ce grand et illustre personnage

1 Nicolas Le Febvre , né à Paris en 1 5 4 k , un des plus savants nommes de son temps. Henri IV l'avait donné pour précepteur à Henri de Bourbon, prince de Condé, qui avait été amené, en décembre i5o,5, à l'âge de sept ans , au château de Saint-Germain. Dans l'été de 161 1, il devint le précepteur de Louis XIII. (Voir, à ce sujet, le Journal de l'Estoile et surtout le Journal de Jean iléroard).

' Monmori parasito-sycophanto-sophislœ ,

etc. Sallengre explique ainsi le titre de cette satire : « Comme qui diroit en françois la mar- Kinitodéification de Montmaui'. i 11 ajoute (p. xxx du t. I de Y Histoire de Montmaur) : n Cette pièce, qui est fort rare, a été im- * primée à Paris, 111-8°. L'année n'y est pas et marquée. L'auteur n'en est pas connu." On trouvera le texte latin de cette pièce dans le t. I du recueil de Sallengre (p. 927- 359), et la traduction française dans le t, II

Cl>- 67-76)-

de s'cshf \ ou I h mesler de mes affaires el je luy en tesmoigneray ma reconnoissance en temps et lieu.

Kst-il \ray que la Reine a commandé à Mr de Gemberville d'escrire l'histoire de oostre temps1 .'

Par le dernier ordinaire j'escrrvisà M'Conrart et vous addressay un pacquel pour le préaident: J'ay receu depuis une de ses lettres, par laquelle il me prorael de me venir voir après la leste. Si mon pacquet ne le trouvoit pas à Sainct-I 1ère, je vous prie que, [»ar le moyen du seigneur Flotte, il revienne à Paris, affin que vous nous le puissiez renvoyer.

Je suis sans aucune retenue, Monsieur, vostre, etc.

Du a novembre l6i3.

Monsieur, Auray-je lousjours sujet de me plaindre de la vecordie2 du dur et de l'indisciplinable Rocolet? Laissera-t-il tousjours vieillir mes lettres ou au bureau de la poste, ou sur la table de sa chambre, OU dans les pochetes de ses garsons? Ne doutez point, Monsieur, que je ne vous aye escrit, et laites faire, s'il vous plaist, perquisition de mes lettres, dans lesquelles il y avoit quelque chose qui ne devoit estre veue que de vous. Un mal extraordinaire pourroit bien estre cause de I interruption de ce commerce ; mais ayant un Totila 3 pour vous en

1 Marin Le Roy de Gomberville, l'auteur de Polexandre (i63a , h vol. in-i"), l'éditeur des OE uvres poétiques de Mainard (iC46. in-4°) et des Mémoires du duc de ùrvcr.s (1 CG5 , 9 vol. in-fol.). Je ne vois nulle part que Gomberville ait été chargé par Anne d'Autriche d'écrire l'histoire de son temps. Pellisson (Histoire de l'Académie française , 1. 1, p. a65) nous apprend qu'il avait commencé d'écrire l'histoire des cinq derniers rois de France , de la maison de Valois , mais que le peu qu'il en fit n'a point été con-

servé, quoique le P. Lelong l'ait mentionné sous le n° 8201 de sa Bibliothèque historique de la France. On en trouve seulement le plan dans l'excellente préface des Mémoire:; du duc de Nevers.

2 Mot qui manque dans tous les dictionnaires et qui a peut-être été forgé par Balzac lui-même avec le latin recordia, sottise.

3 Voir, sur ce secrétaire de Balzac, une lettre à Chapelain du 10 septembre 1637 (p. 758 du tome Iet p. G -20 du tome II . Dissertations critiques, ix). Il est question de

Vi LETTUES

donner advis, vous devez croire qu'au milieu mesme du mal extraordinaire j'auray soin de vous envoyer de mes nouvelles.

V ous m'avez obligé de me faire part de cette belle préparation à la mort que j'ay veue dans le sonnet de vostre Epicure1. C'est un faune que j'ay surpris aultres fois dans ses bocages- avec un [bousseau3] de paille , un pourpoint de satin blanc i et une grande chaisne au col de patenôtres 5 musquées. En ce temps là il aymoit l'une et l'aultre Vénus G i>t se servoit d'un Marotus aussy bien que d'une Délie. Je pense qu'il ne s'est point converti et qu'il a encore toutes ses pensées de vingt-

Totila dans plusieurs écrits des contemporains de Balzac , notamment dans les Lettres de Costar, t. I. p. 629.

1 Cet Epicure est évidemment Nicolas \ aiupielin, sieur des Yveteaux, né en 1567 au château de laFresnaye, près Falaise, mort le 9 mais 1669. C'est un des petits poètes du ira" siècle dont on s'est, de nos jours, le plus occupé, et, pour le prouver, il nous suffira ilt- citer 1rs notices de MM. Viollette-Duc, J. Picbon. Blanchemain, Rathery J. Travers. On avait déjà bien des renseignements sur ce singulier personnage (Historiettes de Tallemant des Réaux; Origines de Caen , de Huet: Mélanges de VigJieul-Maraille; Parnasse français , de Titon du Tillet. Bibliothèque françoise , de 1 abbé G ouget , etc.).

2 Balzac veut sans doute parler de ce grand jardin rrque possédait Vauquelin auprès de sa maison située dans la rue des -Marais, au faubourg Saint-Germain , vers tries Petits Augustins.* Yoir, sur ce jardin, le commentaire de M. Paulin Paris (L IV de son Tallemant des Réaux, p. 355).

Le copiste a écrit housteau, mot qui n'existe pas. Faut-il lire bousseau, qui serait un diminutif inconnu jusqu'ici du mot housse, nom ancien d'une couverture que les paysannes mettaient sur la tète et sur

les épaules , pour se défendre de la pluie et du froid? Le housseau de Balzac aurait été rrle chapeau de paille doublé de satin coufleur de rose* décrit par Vigneul-Marville. Peut-être tout simplement Balzac avait-il écrit chapeau ! Huet assure, du reste, que le costume de son compatriote n'était pas aussi fantaisiste que l'on a bien voulu le dire, et sa coiffure notamment, d'après le grave auteur, consistait, <r pendant les chaleurs de t l'été, s en run chapeau de paille couvert de «satin noir pour la légèreté. 1 N'oublions pas de signaler encore une autre version, celle de Tallemant des Réaux. qui prétend (p. 3 h 3 ) que Vauquelin parut devant M™* de Rambouillet avec nun chapeau de peaux de f senteur, r

1 Tallemant dit (p. 343) que, la première fois que M"" de Rambouillet vit Vauquelin. iril avoit des chausses à bandes, comme -celles des suisses du Roy. rattachées avec irdes brides; des manches de satin de la « Chine, un pourpoint, etc."

5 Chapelets. Le copiste appelle patenotles le bizarre ornement enroulé autour du cou de Vauquelin. Tallemant parle tout simplement (p. 343) dVune chaisne de paille à r son cou."

6 Voir Tallemant. p. 34 a.

I)K JEAN-LOUIS GUEZ l>K ItAI.Z w,

cinq ans1; c'esloit le Bouhail * I « ^ messer1 Tibulle, <] ni dieoit à la figure de sa maistresse :

Te leneam morieua déficiente menu '.

Depuis quelque temps le messager d \ngoulesme part Ions les huit jours de Paris; mais la grosse teste ' oe Bçait rien et uc so veut enquérir de rien. Per Dio santol je n'en dis pas davantage; mais c'est un faquin qu'à la fin j'abandonneray, et qui ne tient plus à vostre amy que par vostre protection.

J'ay leu une partie du livre que vous me promettez. En certains endroits il m'a donné du plaisir; en d'aultres il m'a fait peur, mais partout il m'a causé de l'admiration. Et hœc serio et ex animo libi dicta sunt. Vostre héros est donc bellandi fatidique potens, et l'ait honneur à nostre mestier. Peribit inter nos hoc arcanum ; mais je ne laisseray pas de gaudere in sitm, et de me glorifier d'estre vaincu par un prince, en un art qui m'a donné quelque gloire5,

Si, pnestans Gapelane, velim tibi credulus esse.

Je n'avois garde de vous rien mander de la lettre qui est à la suitte de la dissertation, ayant fait sçavoir, il y a desjà longtemps, à Rocolet,

' Quelques-uns onl cru que celui que l'abbé deCbaulieu surnomma tria gloire de tr nostre aage et l'Épicure de son temps » ne se convertit jamais , Saint-Évremond et Vigneul-Marville, par exemple. Mais Huet a dit : <t 11 répara le scandale du sonnet litreencieux qu'on a cité, lorsque, approchant «de la lin de sa vie, touché d'une sincère " pénitence, il en fit un autre plein de senrrtimens véritablement chrétiens et parlant rrd'un cœur humilié et contrit." Le premier sonnet est beaucoup plus connu que le second : on le retrouve jusque dans l'article ( non exempt d'erreurs) que M. Éd. de Manne

a donné sur Vauquelin au tome \LV de la Nouvelle Biographie générale.

* Le copiste , oubliant que Balzac s'amuse souvent à employer l'expression messer, a écrit mesler.

3 Lib. I, Elegia prima, v. 60.

' La grosse teste est l'infortuné Kocolet. Jamais imprimeur n'a été autant maudit par un auteur.

s Quel pouvait être cet ouvrage alors manuscrit et resté probablement toujours manuscrit composé par le héros de Chapelain? Le secret confié à Balzac n'a été que trop bien gardé.

que je ne désirois pas qu'au tiltre mesme de la dissertation1 on niist le nom de Huygens2 ny celuy de Heinsius3. Quand il aura violé en cela mes ordres, l'inconvénient ne sera pas grand, et nous remettrons à une aultre fois à effacer les noms odieux.

Vous trouverez dans ce pacquet deux coppies de mon ancien remerciement à M. Guy et4, l'une pour vous, l'aultre pour nostre très-cher.

' Dissertation sur une tragédie intitulée : Hebodes ixfa yTiciD.i . C'est . dans les OEuvres diverses, le septième discours, et, dans le tome 11 des Œuvres complètes, la troisième des Dissertations critiques (p. 53o).

2 Le copiste a écrit Huggeus. La dissertation est adressée rA Monsieur Huygens de trZuyhchem, conseiller et secrétaire de Monseigneur le prince d'Orange.» Constantin Huygens. né en i5o,6, mort en 1687. fut à la fois célèbre comme littérateur et comme homme d'Etat. Il fut lié non-seulement avec Balzac, mais encore avec Descartes et avec Corneille. On a de lui une curieuse autobiographie : De vita propria sermones. Voir, avec un excellent article de Bayle (au mot Zuylichen) , une bien flatteuse lettre que lui écrivit Balzac, le 10 mars i63a (p. i5/). Pour d'autres lettres , voir pages ^7 9, 607, '487. etc. Nous signalerons encore une lettre du 9 juillet i64i, sur Huygens, à M' de Couvrelles (p. 5oi). On y voit que Huygens avait pris pour devise le mot constanter.

* Heinsius (Daniel), dont M. Ernest Grégoire a très-bieu résumé la vie et indiqué les travaux dans la Nouvelle Biographie générale. Nous n'avons pas besoin de dire que son nom revient bien souvent dans les lettres de Balzac, par exemple page 219, où nous lisons, sous la date du 5 décembre 1 634 : *Je ne suis pas le seul qui vous regarde travée vénéra lion assis dans le throsne de irScaliger et donnant des loix à toute l'Eu-

trrope civilisée... La lumière de vostre doctrlrine esclaire plus d'un peuple et plus d'un npays.» Heinsius trouva les éloges de Balzac insuffisants. Celui-ci, dans une lettre à Chapelain du 2a août 1687, se plaint (p. 700) de l'injuste mécontentement du docte Hollandais, lui reproche son irhumeur rrsauvage,» mais ajoute pourtant : nJe le trtiens pour un des grands hommes des derniers siècles, poëte, orateur, philosophe, rrcritique, etc.» N'oublions pas de citer une lettre latine de Heinsius à Balzac (p. 646 du tome I des Œuvres complètes ).

4 Sur François Guyet, né à Angers en 1575, précepteur du futur cardinal de La Vallelte, prieur de Saint-Andrade (près de Bordeaux), mort à Paris le 12 avril iG55. voir Tallemant des Beaux. Huet, Moréri . Bayle. Charles Nodier (Mélanges tirés d'une petite bibliothèque, p. 38o). Voir aussi le Menagiana, où les vers latins de Guyet sont fort vantés (édition de 1715, t. I. p. 3i6; t. II, p. 287). La vie de Gnyel a été écrite en latin (i6Ô7,in-i2) par Portner, qui 1 appelle vir acutissimi ingenii. Balzac l'a souvent loué dans ses lettres, soit en lui écrivant directement (A Monsieur l'abbé Guyet, p. 669), soit en écrivant à ses amis (p. 346. 366). Il l'a aussi choisi pour sujet d'un petit poëme latin { tome H. seconde partie, page 4 h) : De hypercritico Galeso , ad .Egidium Menagium , ludus poeticus.

DE IEAN-L0UI6 Gl B2 DE BALZAC. M

Il y ;i des endroits remplis et des vers ajoustés qui, à mon ad vis, ae vous desplairont pas. Si je n'estais exlrêmemenl pressé par le courier, vous auriez encore une Silve *i uo je viens d'achever pour M'd'Avaux1. le la vous promets pour l'auitre ordinaire et demeure, Monsieur. ,de toute mon âme, vostre, etc.

Je prendra y grand plaisir à l'aire iinpurement un volume de lettreml Pomponiutn Atticum, quand ce ne seroit que pour faire voir deux ou trois endroits où il est parlé de vostre ou de nostre héros, pour parlèl plus purement :

Namque erit ille niihi semper Deus2.

Je vous suplie de me mander de quelle grosseur sera la dissertation de M. Saumaise3. Je vous ay escrit au long par les deux derniers couriers. Aymez-moi bien tousjours, mon très-cher et très-aymahle Monsieur. Le redoutable Guyet s'est autrefois meslé de censurer Pétrarque et Hetruscos et Romulidas. C'est pourquoy j'en dis mon petit mol dans le poème, et, s'il vous plaist, on mettra Galesus en la place de Guietus, etc.

1 Dans la seconde partie du tome II des Œuvres complètes, on trouve (p. 6) une pièce de vers Ad illustrissimum comitem Claudtum Memmium, summum sacri œrarii prœfectum, Régis Christianissimi extraordinarium in Germanium legatum. Cette pièce . dans les Œuvres diverses, suit le Discours" présenté à la Reyne régente.

' Virg. Biicol. Ecloga i, v. 7.

3 On voit combien Balzac se préoccupe du secours que Saumaise devait lui appor-

ter par sa dissertation apologétique. Citons ici le Menagiana (t. I, p. 3 12) : nie priai rrM. Saumaise de prendre sa défense contre «ceux qui écrivoient contre lui. Il fut si conjrtentde ce que je lui avois procuré un défenseur d'une si haute réputation, qu'il «me dit un jour en me remerciant : Non nhomini, sed scienliœ deesl quod nescinit rrSalmasius. On ne peut rien dire de plus •r spirituel et en même temps de plus flat- « teur. -i

Du 9 novembre 1 663.

0 béate lu, d'avoir passé quatre jours avec l'illustre Julie1; et celuy qui s'escria autrefois, voyant la princesse de Sulmone, Ave, liegina eœlorum2, diroit bien aujourd'lmy à celle-cy : pluris est unus dies in atriis tuis3. Si vous ne vous souvenez du reste, demandez-le au paraphraste du Roy David, qui omnes ejus versiculos in numerato habet, et qui est encore plus souvent sur les bords du Jourdain que sur ceux de la Durance4. Mais pourquoy n'a-t-il point donné d'approbation au livre de nostre amy 5, non plus que MMrs de Beauvais et de Lizieux6? Les Jésuittes en tirent grand avantage et me sont venus dire jusques icy que ces trois sages prélats n'ont point voulu approuver une doctrine creuse et mélancliolique. Il est bien vray que

1 Julie-Lucie d'Angennes, marquise de Rambouillet et de Pisani, puis (i3 juillet 1 64 5) duchesse de Montausier. Née en 1607, elle avait 38 ans quand elle épousa le futur gouverneur du dauphin. Voir Tallemant des Réaux, Voiture, Fléchier, et, de nos jours, Rœderer, Walckenaër, V. Cousin, Amédée Roux, Ch. Livet, etc. Déjà, le 1" décembre i636, Balzac écrivait à Chapelain (p. 736): trLa princesse Julie est r admirable, et vous la chantez admirabletfinent. Mais j'ay grand peur qu'elle sera n-cause que vous ferez une infidélité à la trPucelle d'Orléans, et que la vivante vous fffera oublier la morte. »

' Tiré de l'antienne à la sainte Vierge , que l'on chante depuis complies du jour de la Purification jusqu'au jeudi saint exclusivement.

1 Tiré du psaume lxxxiu, v. 10.

' Godeau (Antoine), évêque de Grasse et

de Vence. Sa Paraphrase des Psaumes de David, en versfrançois , parut à Paris , chez la veuve Camusat, en i648, ia-4°. Il en avait déjà paru plusieurs pièces détachées (Paris, Jean Camusat, i635, 1636,1637, i638, in-4°). L'ouvrage eut plusieurs éditions. Godeau, sur lequel on peut consulter Tallemant des Réaux , \eMenagiana, Moréri, Pellisson, Niceron, Cousin, M. l'abbé Tisserand (A. Godeau, évêque de Grasse et de Vence, 1" partie, in-8", 1870), avait depuis longtemps les meilleures relations avec Balzac. Dès le 26 novembre i63i, Balzac adressait beaucoup d'affectueux compliments à ce cousin de Conrart (p. 263). Voir les autres lettres des pages 179 (10 mai i632), 53a (12 avril i63g), etc.

5 Antoine Arnauld.

6 Augustin Potier de Blancménil et Philippe Cospéan , dont il a été déjà parlé dans de précédentes lettres et de précédentes notes.

DE JE IN l.nUIS GUE2 DE BALZAC. VJ

j'ay remarqué en nostre apostre1 une extrême aversion pour le prophète nouvellement décédé1 el que plusieurs fois il m'en a parlé comme d'un animal puremenl Imaginatif et suject à la maladie de Belleroplion'? Or est-il, Monsieur, (|iie tout le monde croit qu'il est le Dieu qui a Inspiré la Sibiileoule Socrate que Maton a débité, pour parler lousjours ' M1 d'Espesses5, aed de perfectissimo opère alias, el de toute relie excellente famille, si fertile en capitaines, poêles, orateurs, théologiens, et cœtera6.

Je vous rends mille grâces, Monsieur, de la continuation de vos soins, soit pour la correction de mon livre, soit pour la vraye7 et agréable peinture que vous me faistes de nostre cour. Mr l'Archevesque de Toulouse8 pourroit bien estre historien suspect, s'il escrivoit la vie du cardinal mort, mais il est véritable de ce qui se passa chez celuy qui vit, et personne ne peut mieux sçavoir que luy une aventure qui arriva en sa présence.

1 Balzac a souvent donné ce titre à Philippe Cospéan. Mais il semble qu'ici l'expression nostre aposlre se rapporte à 1 évoque de Grasse.

5 Ce prophète était l'abbé de Saint-Gyran, qui venait de mourir quelques jours auparavant (î î octobre).

3 Le copiste a écrit Bellerophane , nom inconnu de toute l'antiquité. Balzac fait ici évidemment allusion à ces vers d'Homère {Iliade, chant VI) qui nous montrent Bellérophon devenu trodieux à tous les immor- •li'ls. errant seul dans les champs d'Alée, «dévorant son âme et fuyant les sentiers -fréquentés par les humains.» La maladie de Bellérophon était donc une sorte de mélancolie farouche.

4 C'est-à-dire à la façon de M. d'Espesses.

5 D'Espesses , appelé par le copiste d'Epesses, était Charles Faye , seigneur d'Espesses ou d'Espeisses, fils de l'illustre

président et ambassadeur Jacques Faye, seigneur du même lieu. Voir, dans la seconde partie du tome II des Œuvres complètes (p. la), deux lettres de Balzac à M. d'Espesses, conseiller du Boy en son Conseil d Estât et privé, l'une du a6, l'autre du 27 novembre 1 636. D'Espeisses tit eu l'honneur de l'Académie française des vers qui furent présentés à cette compagnie , le 19 juin i634, par Cerisy et Desmarets. Voir principalement sur ce personnage les Historiettes de Tallemant des Beaux et les Lettres de Guy Patin. Ce dernier annonce sa mort le 5 mai 1 638 , et, à cette occasion, le proclame rrfort savant. »

" Sur la famille Arnauld, depuis son origine jusqu'en plein xvn' siècle , on trouvera les plus exacts et les plus intéressants détails dtuis Port-Royal (t. I, p. 53 et. suiv.l.

' Le copiste a mis vaine.

8 Charles de Montchal. Voir la lettre VIII et les notes qui l'accompagnent.

Vous trouverez dans ce pacquet la Silve que je vous promis par !<• dernier ordinaire, et j'ose me promettre que vous ne la trouverez p;is mauvaise. Elle demande la paix et l'extermination de la Maltôte, celte chère fille de feu Bullion l, et pire que la fatale Céléno, qui fait tant de ravages dans le troisième (livre) de l'Enéide2.

Je viens de dicter un billet pour nostre incomparable Mr Voiture, que vous me ferez la faveur de luy donner avec la Silve 3.

J'ay receu les despesches du petit il y a longtemps, mais je ne luy lis point de response, parce qu'il me mandoit qu'il partoit pour la campagne; les trois mois expirent dans quinze jours. Je vous prie, Monsieur, qu'il ne perde pas un moment de temps, et, si vous jugez à propos de luy faire quelque nouvelle gratification pour l'avancement de l'affaire, ne me consultez point là dessus, car vous pouvez tout sans me consulter.

J'attends ce soir le paquet que Rocolet a donné au messager d'Angoulesme et j'ay grande impatience de voir les livres que vous m'envoyez. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Je vous conjure, Monsieur, de faire sçavoir au vray si le dernier pacquet qui a esté porté au logis de Flotte, a esté envoyé à Mr Mainard. Il m'estoit important et je serois fasché qu'il se fust perdu.

1 Claude de Bullion, sieur de Bonelles. surintendant des finances en 1682, mort ie aa décembre 1660. Balzac ne l'a pas calomnie'. Le cardinal de Bichelieu, dans un mémoire du 10 janvier i63g, publié par M. Avenel (Lettres, t. VI, p. 271-272). exprimait le vœu crue Bullion, qui était en quelque sorte son enfant gâté, fût un jour aussi opulent au ciel qu'il l'était en terre. Si l'on voulait d'autres témoignages contre BulKon, on n'aurait qu à consulter les flw»

toriettes de ïallemant des Réaux [passim).

2 Strophades Graio stant nomine dicta;.

Insulœ Ionio in magno: quas dira Ceiœno. Harpyiaeque colunt aliae. etc.

(V. 211 et seq.).

! La Silve consacrée à glorifier Claude de Mesrnes, comte d'Àvaux, devait d'autant plus intéresser Voiture, que ce grand seigneur, après avoir été son condisciple, fui son protecteur et son ami.

DE JEAN NOMS (il EZ DE liAI.Z \C

1)11 1 .") IKIVl'IIlIlIC I li'l '..

Monsieur, J'a> receu dans an mesme pacquetle livre DelajréqttenU communion, un exemplaire de la Vieie Mamurrà el une tragicomédie de Mr GoHetet1, accompagnée d'une de ses lettres en date du 3 ou A du mois passé, ce que je vous particularise de la sorte affin de me justifier auprès de ce cheramy, qui nfaccuseroit peut-estre de la faute de mon libraire, et auroit sujet de trouver estrange que j'eusse gardé si longtemps le beau présent qu'il m'a fait avec autant de secret que si je le luy eusse desrobé. Quand j'auray achevé une si agréable lecture, je lui en tesmoigncray mon sentiment et mon ressentiment2 tout ensemble, affin de parler Lipse en françois, et cependant, Monsieur, si vous le voyez à l'Académie ou ailleurs, vous me ferez bien la faveur de l'assenrer de la continuation de mon service et de la parfaite estime que je fais de ce que j'ay desjà veu.

Mais, au reste, que dites-vous de la fatale vecordie de Rocolet, à laquelle il a ajousté nouvellement je ne sçay quoy encore de plus mauvais, puisque plusieurs exemplaires distribués ont esté réduits à un seul et qu'ainsy il a fait ses largesses à mes despens de la chose du monde que je trouve la plus belle en son genre? En effet, Monsieur, Licinius imprimé me paroist encore plus honneste homme et plus agréablement sçavant que Licinius manuscrit, et toutes les satyres

1 C'était Cyminde, tragi-comédie que Pellisson , dans sa liste par ordre chronologique des oeuvres imprime'es de Guillaume Colletet, place entre un Recueil de poésies qui parut en i64a, et la traduction du latin de Scévole de Sainte-Marthe des Eloges des hommes illustres, qui parut en i644.

3 On sait que ressentiment voulait dire alors, dans un sens très-favorahle , sentiment renforcé, redoublé. Chapelain (Lettre

à Mainard, écrite en août i6Sà,apml Lioel , t. I, p. 363) disait, quelques années auparavant : trNous lûmes à l'Académie les « termes honorables avec lesquels vous pailliez d'elle, et fûmes ouïs avec ressentiment rrde tous, i Racine est le dernier de nos grands écrivains qui ait employé le mot ressentiment pour exprimer le souvenir reconnaissant des bienfaits.

des docteurs bataves n'approchent point du mérite de cette ingénieuse composition. Quand on la réimprimera, il faudra mettre avec elle la Métamorphose du perroquet1 et prier cependant l'admirable autheur de ces belles choses d'exercer son urbanité2 sur quelque aultre matière qu'il choisira, ou que vous choisirez tous deux ensemble.

Je croyois Mr de Saumaise en Hollande il y a longtemps, me fondant sur les termes exprès de vos lettres, qui ne me parloient que de huit à dix jours pour le plus qu'il devoit séjourner à Paris; et. par conséquent, je remettois mon compliment après la publication de la diatribe, affin qu'il fust plus juste et plus régulier. Néanmoins, puisque vous jugez à propos que je le datte du mois d'octobre, et que vous me permettez de le faire court, vous le trouverez dans ce pacquet et le donnerez à nostre excellent ami pour le commenter à sa façon.

Par le dernier ordinaire je vous envoyai un Protreptique3 à \Ir d'Avaux. Depuis, l'ayant retouché, comme vous verrez par plusieurs notables changemens, je vous prie, Monsieur, que les deux premières copies soient jettées au feu et qu'une de celles que je vous envoyé aille en Allemagne avec le passeport de M. Voiture, si hoc qualecunqitr est , possit A Diva Pigritia impetrari.

Vous m'avez fait très-grand plaisir d'estimer mon Elégie et de

1 C'est-à-dire la Métamorphose du pédant parasite en perroquet, Gargilii Macronis parasito-sophistœ Melamorphosis. Ce petit poëme latin parut à la tin de i6/i3 (in-4°), pour reparaître en i65a et en 1715.

a M. V. Cousin (note delà page 1 2 3 de la Jeunesse de Madame de Longueville) prétend que le mot urbanité est de Balzac. Le Dictionnaire de Trévoux , dans une petite dissertation sur ce mot, assure, au contraire, que Balzac, loin de l'avoir créé, le tolérait à peine : « Balzac disait que nous nous y n accoutumerions lorsque l'usage aurait mûri * parmi nous un mot de si mauvais goût,

têt corrigé l'amertume qui s'y trouve. Méirnage, qui le protégeait, avouait qu'il en rr faut user sobrement . . . n

3 Je ne trouve ce mot dans aucun dictionnaire. Balzac aurait-il été le premier à franciser le mot Protrepticus? Voir la définition du poëme qui, chez les anciens, portait ce nom , dans la Poétique de Jules-César Scaliger (liv. III, chap. io5). Il y avait un Protrepticus dans Ennius (voir Patin , Etudes sur la poésie latine, t. II, p. 78). Le Protreptique d'Avaux est la pièce déjà indiquée dans une note de la lettre 10.

l'estimer sérieusement el eu ter s efficaces, ainsy que vous avez

fait, "'l ;iins\ que fonl ceux qui sonl persuadés de ce qu'ils disent, tares cela, je disputera) le rang au Romain Callimaclms, cYsi le nom que Properce lui-mesme se donne '; ei, si ce malheureux proverbe de Una hirundo non facit m-'- ue rabbatoil ma vanité, elle me porteroil au dessus d'Ovide, que j'estime le roy de l'Elégie, ih'h déplaise au tyran Guyel qui aultrefois luy a voulu tant de mal 3.

Si vous ne laites une terrible réprimande à Rocolel, je fera y quelque clnise de pis, et il me sera plus qu'ethnique et publicain, tant j'ay sujet de me plaindre de ses continuelles bévues et de son insupportable négligence. Où en serois-je maintenant, Monsieur, si j'avois fait estât asseuré de présenter mon livre à la Heine immédiatement après la S1 Martin?

Si le père Hercule est de retour à Paris, mandez le-moy allin que je luy escrive, c'est à dire que je lace une mauvaise response à une très-bonne lettre que j'ay receue de luy4. C'est le vray Hercule Musa-

1 LU nostris tumefacta superbiat l'mbria libris, Umbria Romani p.itria Callimachi.

(Lib. IV, Carmen I : Roi.-.a, v. 63, 64.) -

2 Ce gracieux proverbe e'tait venu de la Grèce en Italie : il est déjà cité par Arislote. Ronsard a dit :

Le printemps ne se l'ait d'une seule arondelle.

3 Les trois poètes favoris de Guyet étaient Térence, Horace et Virgile (lettre de Balzac du 38 octobre iG44, p. 669). Ménage possédait les corrections de Guyet sur Ovide. ( Voir ce qu'en dil le Menagiana, L III . p. tht.)

* Hercule Audifîret. supérieur général de la congrégation de la Doctrine chrétienne , né à Carpentras en i6o3, mort à Paris en 1659. Il fut oncle et maître de Fléchier. l'évêque de Nîmes. Voir sur le P. Hercule, qui passait pour un des meilleurs orateurs de son temps , les Mémoires de

Trévoux de novembre 1711, {'Histoire de Fléchier, far l'abbé Delacroix (i865, p. 5 et 9), etc. Balzac était en correspondance avec le R. P. Hercule. Le 1 5 décembre 1 643, il lui écrivait (p.5i5): « Pourmoy.je révère -rà tel poinct vostre vertu, que, s'il mestoit « permis, je jurerois volontiers par Hercule. fret dirois me Hercule, aussi bien que le car- «dinal Bembe et que le cardinal Sadolet.i Le 1 k juillet i646, il lui écrivait bien sagement (p. 566) : «Sortons du langage rr figuré, de peur de tomber dans le galimatias, qui luy est si proche." Dans une. lettre à Conrart du a septembre 1600, Balzac disait (p. 885) : «Mille baise-mains de tema part à nostre tout bon et tout sage ••Père Hercule. Dites-luy, s'il vous plaist. ir Monsieur, que j'ay grande confiance en ses «prières, et que je le conjure de se souvenir «de moy à l'autel.»

5/i LETTRES

gète1, et vous sçavez ce qu'en dit Eumenius en sa harangue pro iitsiouralione scholarum -.

Noslre volume de lettres, ainsy lardé de latin, aura plus de conformité avec celuy de Gicéron, qui n'est guères moins lardé de grec, et la bigarrure n'en sera pas désagréable à ceux qui auront connoissance des deux langues.

Je viens de lire dans une lettre ces mots : rtLe Cardinal Mazarin «est devenu pasle et resveur estrangement et ne parle presque plus. n J'attends là dessus un mot d'advis et vous supplie de me mander s'il ne songe pointa la retraite3 et si je ne perdrois point une vingtaine de lignes que je désirerois dire de luy.

Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.

H n'y a pas moyen d'obtenir une demy heure du courrier qui va partir, et mon copiste, qui s'est amusé ailleurs, en auroit besoing pour escrire la lettre que je pensois vous envoyer. Ce sera pour le premier ordinaire, celuy, Monsieur, qui part dans trois jours d'icy et qui arrive le mercredy à Paris. Je vous envoyeray par la mesme voye d'aultres copies de mon dernier poëme, car ces deux ne me semblent pas assez bien escrites. Que je sçache, je vous suplie, si mon dernier pacquet à M. Mainard luy a esté envoyé.

' Il est inutile de rappeler ici la légende qui attribuait à Hercule, le grand civilisateur, l'introduction des lettres, et qui lui avait valu l'honneur de partager avec Apollon le titre de conducteur des Muses.

2 Panegyrici veleres opéra cl studio Beau Rhénan! (Bâle, i520, in-6°, p. ago). Voir, sur le rhéteur gaulois et sur sa harangue en faveur du rétablissement du collège d'Autan, prononcée en 296 ou 298, Y Histoire littéraire de la France par les religieux bénédictins de la congrégation de Saint- Maur (t. I, seconde partie, p. 66-/19). l'Histoire littéraire de la France avant Cltar-

lemagne, par M. J. .1. Ampère (2° édition, t. I, p. 2o3-2oi), etc.

3 Chapelain , s'il était bien informé, dut répondre à Balzac que Mazarin. encore plus amoureux du pouvoir que d'Anne d'Au- Iriche, ne songeait nullement à la retraite. Les événements du mois de septembre précédent (emprisonnement du duc de Beaufort à Vincennes , éloigiiement du duc de Vendôme, du duc de Mercœur, de l'évêque de Beauvais, de l'incorrigible duchesse de Chevreuse, etc.) avaient, à l'intérieur, non moins consolidé la position du cardinal-ministre que ne l'avaient fait, à l'extérieur, les brillantes victoires du duc d'Enghien.

DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZ \<

Du i () novembre îii'i.'f.

Monsieur, je vous escrivis au long il y a trois jours et vous envoyé aujourd'hui le complimenl qui ne put pas estre copié à temps. J'a) quelque opinion que vous ne le trouverez pas mauvais. H est, ce me semble de ma plus belle manière; et, s'il y a de la galanterie m regione Pedana1, peut estre que U> smiiiiiuiii rmon jiuliciinn . . . mais j'en ay trop ilii , cl c'est de vous., Monsieur, de qui je dois apprendre ce qui en est.

Que le livre de M* ArnaUld est un sçavant, sage et éloquent livre! Il me paroist si solide, et si fort de tous costés, que je ne pense pas que tout ce qu'il y a de machines dans l'arscnac2 de la Société en puisse esgratigner une ligne. Je dis davantage, il donneroit de la jalousie au Cardinal du Perron ressuscité3, si la gloire de l'Eglise ne lui estoil plus chère que la sienne propre. J'en parle de celte sorte à nos bons amys les Révérends Pères; et, quoy que j'aye plus besoin qu'homme du monde de douceur et d'indulgence, en cette occasion. je suis pour celuy qui me menasse de la foudre, contre ceux qui ne me promettent que de la rosée4. Obligez-moi, Monsieur, de luy rendre

1 In regione Pedana. C'est là que Mardis Licinius fait naître son Mamurra (p. 69 du tome I du Recueil de Sallengre).

8 M. Littré a cité, dans le Diclionnu'm: de la langue française, quelques lignes de Ménage très-favorables à la forme arsenac. Ménage invoque précisément l'autorité de Balzac . qui a toujours écrit arsenac comme l'avaient fait Rabelais et Clément Marot. Au contraire, Amyot, Mainard , Vaugelas, ont préféré la leçon arsenal, qui fut définitivement adoptée après que Pascal s en fut servi dans les Provinciales.

Rnlzac avait la plus haute estime pour le talent du cardinal Du Perron. Dix fois,

dans ses œuvres . il a rendu à ce prélat un hommage des plus flatteurs. C'est ainsi qu'à la page i35 du tome 1 il l'appelle «ce tf grand cardinal, qui a triomphé de tous cries esprits du monde. . . s C'est ainsi encore que, dans les Dissertations critiques t. H, p. 629), il célèbre son entraînante éloquence et cite , un des premiers , ce mot si souvent répété du pape Paul V : r-Dieu ti veuille inspirer l'homme que je voy, car il «est a'sseuré de nous persuader ce qu'il luy rrplaira.3 Ralzac, comme il le rappelle avec fierté (p. 388 du tome I), avait, dans sa jeunesse , connu le cardinal Du Perron.

4 II me semble que les terribles ana-

LETTIiES

mille très-humbles remerciemens de ma part de l'honneur qu'il m'a fait de me juger digne d'un de ses présents.

Je vous escris d'une main gelée et avec une très-mauvaise plume, pei' quam non licet uherius progredi.

Je suis, Monsieur, etc.

Je seray bien aise que Mr Bourbon voye la Silve que j'envoye à Mr d'Avaux, son ancien disciple. Il seroit bon aussy que Mr le président Le Bailleul1 en heust2 une coppie, et qu'elle luy fut présentée par une main agréable. Je vous conjure, Monsieur, de vouloir chercher cette main.

Du a3 novembre i6A3.

Monsieur, Vous estes certes bien agréable dans vostre premier article, quoy que vous luy ayez dit des injures, après l'avoir fait : et ce libraire massif, sou Parménion 3, les lettres couvées et grassouillettes,

Quaeque satis per se pinguem redolere Minervam Nostra soient, nullo quamvis fœdante profano.

m'ont plu extraordinairement. J'ay conclu pourtant de cet article que

thèmes du jansénisme et que les complaisances infinies de certains casuistes de la compagnie de Jésus ne pouvaient guère être plus heureusement caractérisés. M. Sainte- Beuve, citant ce passage (depuis : Que le livre de M. Arnauld est un savant, sage et éloquent /(We/^d'aprèsTouvrageduP. Quesnel , que j'ai mentionné dans une note de Y Avertissement, dit trop malicieusement(Port- Royal, t. II, p. 68) : rrÔ Antithèse, ô Trope, que me veux-tu ?»

1 Nicolas Bailleul ou Le Bailleul, successivement conseiller au Parlement, maître

des requêtes, ambassadeur en Savoie, président au grand Conseil, lieutenant civil de Paris, prévôt des marchands, président ;i mortier au Parlement , chancelier de la reine , enfin (î 643) surintendant des finances.

Il mourut en i65a. Voir, sur ce personnage, les Historiettes de Tallemant des Réaux , les Mémoires du cardinal de Retz, ceux de M°" de MotteviUe, ceux de Montglat, les Lettres d'Arnauld d'Andilly, etc.

s Le copiste a écrit veust.

3 Le copiste a écrit Parmenon.

vous recevez mes pacquets quand on vous les porte, mais que vous m- les envoyés jamais quérir : et moy, Monsieur, je vous apprensque j'irois au devant «les vostres jusqu'à Poitiers et courroie après >'ux jusqu'à Bourdeaux , si je ne les pouvois avoir aultrement. Vous el moj avons rayson, el n'en parlons plus.

Je \icns à vostre second article, dans lequel m'es! apparu encore très-agréablement le spectre voisin de la Charité :

Seu Fatums, dubii scions futuri Barbatos, Capripesque, Cornigerqne, Seu malit pater Incubus vocari;

Illcsenex ', olidos vinccns prurilibus hircos, Lampsacio 2 haud multum castior illc Deo.

Que je sçache, s'il vous plaist, si la nymphe de ce faune est jeune ou vieille3, et si, après le sousris dont vous me parlez, la Reine n'envoya point chez luy, pour l'exorciser, une légion de Missionnaires, voire mesme leur grand patriarche, Mr Vincent, conseiller de conscience de Sa Majesté". Ce bon homme est un des restes de la Cour paillarde, et un des nourissons de Mr Des Portes, de la religion duquel il est dit dans le Catholicon : tcAussy athée (pie le poète de l'Amirauté5, n

Vous m'avez régalé d'un présent inestimable; je parle du poème de Mr Ferramus6, que j'ay desjà leu une douzaine de fois ettousjours avec

1 Nicolas Vauquelin de La Fresnaie, alors âgé de soixante-quinze ans.

3 Le copiste a écrit : Lampkàrio.

3 Celte nymphe était-elle la Du Puis, joueuse de harpe, que Vauquelin aima jusqu'à son dernier jour? ( Voir Tallemant , déjà cité.)

4 Saint Vincent de Paul , qui institua , en î Ga5, la communauté des prêtres de la Mission, et qui, après avoir assisté Louis XIII dans ses derniers moments, avait été nommé par la reine régente membre du conseil de conscience pour la direction des affaires ecclésiastiques. Voir l'excellent livre de

M. l'abbé Maynard (Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influence . h vol. in-8°, 1860).

5 (tAthéiste et ingrat comme le poëte de « l'Admirante. s (Satyre Ménippée, p. 9, édition de Ch. Labitte.) Sur les sentiments peu religieux de Desportes , voir encore la notice de M. Alf. Michiels déjà citée , p. lx, lxi. On a une bien louangeuse élégie de N. Vauquelin sur les œuvres de M. Desportes (p. 5-g de l'édition de M. Michiels).

8 Charles Feramus , dont le nom manque à tous nos dictionnaires biographiques , était un avocat au Parlement de Paris qui

un nouveau plaisir. Produobus versiculis, multa cum laude et dignilate nominis meiadditis UU heroum pari, quibus verbis grattas agent, non reperio : ita me plus Mi debere scntio quam qund declarare scrmone ullo possim : tu qui omnem dicrndi artcm mirabiliter tenes, promitto, si me amas, de tua Ma uberrima suavisstmaque facundia, aliquod genus verborum . ad liane rem idoneum, eique pro me gratias quam potes maœimas et quam amplissinuis agito. Quod si etiam alterum ejus poema brevi ad nos miseris. tibi omnia secundum iïïum debebo.

Sans avoir veu la Harangue de uostre Prince, gouverneur de Normandie1, j'en fais bien plus d'estat que de celle du Mareschal gouverneur de Languedoc2, quoy que je ne pense point qu'il faille accuser ce dernier de toutes les belles similitudes qu'il a récitées; la récitation estant, à mon advis, la seule part qu'il ait eue en sa harangue.

Je vous ay escrit par les deux ordinaires de la semaine passée . et vous ay envoyé parle dernier mon compliment pour Mr Saumaise. Ce compliment, et les louanges que je luy donne dans mon discours de

mourut vers 1 653 ou i654. (Mémoires de l'abbé de Marolles, t. I, p. 36a.) D naquit à Boulogne-sur-Mer. Outre la pièce : Macrini parasita- grammalici Hf^pa (ou la Journée de Montmaur), on a de lui une élégie latine sur la mort de Pierre Dupuy l'.uis, i65a, in-i°), une épigramme latine sur les Origines françaises de Ménage, etc. Ménage, dans ces mêmes Origines, a cité (aux mots Alian et Flegard) les commentaires inédits de Feramus sur la coût mue du Boulonnois. Voir encore de Ménage la 18e et la 34' de ses épigrammes dans l'édition de Wetstein. Parmi les lettres latines de Roland Desmarets, frère de Saint- Sorlin, il y en a une à Feramus, où il loue beaucoup le talent de cet avocat pour la poésie, m quo génère excellis, dit-il. Sallengre, à qui j'emprunte la plupart de ces i. nseignements (Histoire de Pierre de Mont-

maur, 1. 1 , p. vr), rappelle encore ce mot de Bayle, que Feramus fut un de ceux qui écrivirent le plus malignement contre l'infortuné pédant. J'ajouterai que La Mothe-le- Vayer , dans sa XCVII" Lettre, met Feramus au nombre des amis auxquels il a eu la douleur de survivre.

' Le duc de Longueville.

2 Charles de Schomberg, duc de Halluin . pair et maréchal de France. Le discours qu'il prononça le ai octobre i663, à l'ouverture des états du Languedoc, se trouve dans la Gazette de France de ladite année, p. 1005-1009. Il est souvent question du maréchal de Schomberg dans les lettres de Balzac (p. 100. 102, 8i5, etc. 1. Mais il s'agit là du père de Charles de Schomberg. Henri, qui mourut à Bordeaux le 17 novembre i63a.

DE JEAN-LOUIS (iHKZ DE B HZ IC. 59

l'Urbanité el dans mon second poèmeà M' Mainard, mériteroient bien an peu * I ** reconnaissance dans sa Diatribe, qui pouroil estre mise à la lin el bien à propos. Non pas, Monsieur, que je m- sois sou jusqu'à l;i gorge «If cette viande gnatonienne ' el que je me soucie de ses

louanges, mais quelques uns s'en soucient pour moy, cl Irniivcnl

estrange que mon ennemy m'eust traité de vir disertiasimus, el <|uo mon défenseur n'ose pas se hasarder jusques là. De dire là dessus que c'est beaucoup de me deffendre, entre nous. Monsieur, je ne le crû] pas, el nie persuade que mon opinion se soustient toute seule et d'elle mesme, sans l'assistance de mon amy, lequel mesme a pris de I exl rait d'une de mes lettres que vous luy envoyastes le vray moyen de renverser toutes les objections de Heinsius. Si cette période que quelques uns demandent est ajouslée à la Diatribe, ces quelques uns seront contens; et quand cela ne seroit pas, je ne laisseray pas de demeurer extrêmement satisfait.

Les trois mois sont expirés, velle aurem Bonarido2, et je voudrais bien qu'il eust. déjà mis entre vos mains ce que luy doit l'infidèle publicain. Puisque le massif3 m'a escroqué mes vies de Mamurra, j'aj recours à la libéralité de nostre très-cher.

Je suis, Monsieur, voslre, etc.

Du 3o novembre i643.

Monsieur, Ce que vous m'escrivez de la très-parfaite personne4 m'oste l'espérance de faire jamais son Eloge; je ne puis plus que le

1 Allusion à un personnage qui fut le primeurs, conseille à Chapelain, en riant, do type du parasite dans l'antiquité, à ce pincer l'oreille de Bonair, son chargé d'af- Gnathon le Sicilien dont l'excessive glou- ftiires. Sur l'adage aurem vellere, voir l'éditonnerie a été signalée par Plutarque en son tion déjà citée du livre d'Erasme, col. 22a. traité : S'il est vrai qu'il faille mener une vie 3 Rocolet, ainsi surnommé par Chapecachée. lain, comme on l'a vu au commencement

2 Balzac, impatient du retard des tré- de cette même lettre, soriers non moins que du retard des im- * Le duc de Longueville.

copier ou le paraphraser, ou le commenter, et en ce cas là Dieu veuille qu'Eustathius soit digne d'Homère l. Vous estes au lieu où se trouvent los très-parfaites personnes, et que je serois heureux d'estre cet Àubret(?) 2aussy bien que vous très-humble et très-dévot auditeur de ce jeune Cbrisostoma3, de quo in hac etiam soliludine mira nobis narranlur : designatum Parisiensium prœstdem facile intelliges. Mais mon exil ne doibt point finir : je n'enteudray jamais que braire des asnes, et in œtermm ad bestias damnati sumus 4.

J'ay fait tout ce que vous m'avez ordonné par vos dernières depesches, et vous envoyé aujourd'huy pour Mr Ferramus ma Sylve changée pour la cinquantiesme fois. J'ay achevé mon discours à la Reine et suis aussy las que si j'avois ramé quinze jours. Mais il me reste encore un aultre discours à faire, et vous aurez l'un et l'aultre au premier jour.

Le petit m'a escril, et je vous prie de luy faire tenir ma response. Je voudrois bien que l'argent fut en seureté, et vous sçavez que mullo cadunt mter calicem* et ce qui s'ensuit. J'ay failly à rendre l'âme la nuit

1 Encore ce sacrilège rapprochement entre l'auteur de Y Iliade et l'auteur de la Pucelle ! Personne n'ignore que l'archevêque de Thessalonique , Eustathe , nous a laissé un Commentaire sur l'Iliade et l'Odyssée, qui est d'une inappréciable valeur.

s Je ne trouve nulle part la moindre trace de l'existence de cet Aubret, et je me demande si le copiste n'a pas mis Aubret pour Abbé. Alors tout s'expliquerait à merveille. L'abbé serait Gilles Ménage , qui avait déjà pris la soutane sans entrer dans les ordres, et qui était communément appelé l'abbé Ménage.

3 Le futur cardinal de Retz, qui allait élre sacré quelques jours après (3i janvier i66i) archevêque de Corinthe in partilms. Ralzac lui écrivait, le 1" décembre i64A (p. 509) : <rVous traitez des

rr choses divines avec toute la force et toute « la dignité dont est capable l'éloquence hure maine.» Dans le Socrate chrétien (t. II, p. 271), on trouve un grand éloge de l'éloquence de ir l'abbé deRaiz» à côté d'un grand éloge de l'éloquence de saint Jean Chrysostome. Chapelain avait recommandé Ménage à Paul de Gondi, qui ne larda pas à l'attacher à sa maison et à le combler de faveurs. ( Voir Mémoires pour servir à la rie de M. Ménage, en tête du Menagiana.)

4 Allusion au terrible mot que prononçait la Rome de Néron contre les martyrs : Les chrétiens aux bêles! Combien de fois la spirituelle plaisanterie de Balzac a été renouvelée!

5 Multa cadunt inter calicem snpreinaque labra. C'esl notre proverbe : Il y a loin de la coupe aux lèvres.

passée, tanl ma toux .1 esté pressante el impétueuse. Encore à celle heure elle me tourmente H m'empesche d'aller jusqu'au boul il«' mon papier. le vous demande la continuation de mon bonheur, c'est à dire de vos bonnes grâces, ef mus. plus que personne du monde, Monsieur, vostre, etc.

Du ib décembre 1 663.

Monsieur, Je ne vous escrivis point par le dernier ordinaire, el aujourd'hui je fais un effort en vous escrivant. La fascheuse chose que le rheume et i'estrange chose tout ensemble dans un corps aride comme le mien! Je brusle et me noyé en mesme temps; et comment est-ce qu'il peut sortir des torrens de pituite de cet homme de brésil ou de pierre ponce ' ? Mais un second mal s'est venu joindre au premier, et la cholique m'a deschiré les entrailles quatre jours durant. Voulez-vous que je vous die une chose que peut estre vous ne sçavez pas, et que j'explique la fable au plus grand poète de nostre temps? Promethée et Tityus avoient la cholique sans doute, et la cholique est ce vautour ou cet aigle

Immortale jecur tundens , fœcundaque pœnis Viscera 2 . . .

Vous me faites tort, Monsieur, si vous vous imaginez que je sois affamé d'éloges et de magnifiques superlatifs. Le disertissime Balzac se passera fort aisément de la célébration du doctissime Saumaise. Je ne fais le fin avec personne, et moins avec vous qu'avec tout aultre. Un amy qui vit sur ma table le commencement et la fin de la Diatribe me

1 Nous lisons dans le Dictionnaire de sec, en effet, que le bois rouge propre à la

Trévoux : trOn dit proverbialement, d'une teinture que l'on appelle brésil; quoi de

"•chose très-sèche et qui brûle aise'rnent, plus sec, si ce n'est la pierre ponce? ^qu'elle est sèche comme du brésil, qu'elle s Virgii.. Mneid. VI. 598-099.

éprend feu comme brésil. » Quoi de plus

dist ce que je vous escrivis à l'heure raesme, à quoy depuis je o'aj pas songé. Ou je ne ra'entens point en odes, ou celle qui vous esl adressée est très-belle. \ ous m'avez extrêmement obligé de m'en faire part; et tandem aliquando il fault que les poètes changent de matière; celle de Montmaur est un peu trop rebatue et je commence à m'en ennuyer.

Ce poète de 1er (Ferramum inlelligo) est digne du siècle d'or d'Auguste et fait mieux des vers que la plupart de ceux qui ont la grande réputation de les faire bien. Je suis fasché de ce qu'il a mis Dousa1 au nombre des grands personnages du siècle passé, ayant à choisir parmi les Turnèbes, les Cujas, les Lipses et les Muret. Dousa estoit bon homme, brave homme et gentilhomme de bonne maison, mais au reste très-misérable poète et grammairien à la douzaine. Mais que veut dire le docteur Palatin de son orateur Mareschal de France? Pense-t-il luy faire beaucoup d'honneur de croire qu'il soit autheur de la harangue imprimée dans la Gazette? Je connois, il y a longtemps et assez particulièrement, ledit orateur; mais, sur ma parolle, croyez que sa sœur2 est beaucoup plus habile et plus judicieuse que luy3. La bataille de Leucate4 et quelques aultres [avantures précé-

' Jean Douza, seigneur de Norwik, qui fut gouverneur de la ville de Leyde (157a) et premier orateur de l'université de cette ville (i575), mort de la peste le 12 octobre iGoi. Quelques auteurs, trop indulgents, l'ont surnommé le Varron de Hollande. Ses vers latins ont été imprimés, en i586 (Leyde, in-6°), avec ceux de son iils ,~dont le talent et la mort furent également prématurés.

1 Jeanne de Schomberg, mariée d'abord avec François de Cossé, comte de Brissac, remariée avec Roger du Plessis-Liancourl, duc de la Rocheguyou , marquis de Liancourt et de Guercheville , morte le 1 4 juin îôai. L'abbé Boileau (de l'Agenais) fit imprimer, en 1698, un excellent petit livre composé

par M"' de Liancourt , sous ce titre : Règlement donné par une dame de haute qualité à Mm'... sa belle-fille. Voir, sur Mmc de Liancourt, une note de M. P. Paris (p. 5 du t. III des Historiettes), une note de ML Marty- Laveaux (p. i34 du tome I des Œuvres complètes de Corneille, dans la collection des Grands écrivains de la France), etc.

s Tallemant des Réaux affirme cependant (p. 5fl du tome III) que Cbarles de Schomberg avait bien de l'esprit et qu'il écrivait bien. Eu revanche, M. Cousin (Madame de Hauteforl, 3e édit. p. io5. 106) ne dit rien de l'esprit du mari de son héroïne.

4 La victoire gagnée par Charles de Schomberg sur les Espagnols , près de Leucate en Roussillon, le 28 septembre 1687,

dentée]' l'ont ressuscité , car je l'a) veu mor! civilement, el Eau M1 de Blainville*, qui n'eetou" pas sot, comme vous sçavez, m'ayanl on jour trouvé avec luy, faillit à me battre, et me lii une grosse réprimande sur le subie! de ma bonne renommée, comme si ce commerce m'eus! déshonnoré8.

J'ay receu jusqu'à la trente-huitiesme feuille de mon livre; maiBJe ll'a\ ])ii encore les lire, et ne leur ay donné que quelques légères œillades. Je suis tombé sur l'endroit de l'esponge et du rasoir au discours du charactère de la Comédie, et ne l'ay pas trouvé changé selon la correction que je vousavois envoyée, (le sera pour les cartons qu'il faudra refaire quand tout sera imprimé, et, ce pendant, Monsieur, je vous demande la continuation de vos soins el de vos bontés, ut te et mr prodeat (ligna editio. J'oubliois à vous dire que j'ay esté bien surpris de ne point trouver le nom de Monsieur Ménage au lieu où je pensois

lui valut le bâton de maréchal de France. ( Voir, sur la victoire et le vainqueur, Dora Vaissète, Histoire générale de Languedoc, i \. p. 610-616).

' Parmi ces aventures précédentes, on peu) placer, entre les années 1622 eti63a , le siège de Sommière. où Schomberg lut blessé, l'attaque du Pas de Suze, la prise de Privas , le combat de Rouvroi , où Schomberg fut encore blessé. Balzac n'aurait été que juste en parlant des aventures qui sui- \ irait la victoire de Leucate, le combat de Canet et de Sijanen i63g, la levée du siège d'Iihes, en i64o, la prise des villes de Perpignan et de Salces, en i64a , etc. Bossuet a magnifiquement loué le maréchal de Schomberg dans l'épitre dédicatoire de son premier ouvrage : La Réfutation du catéchisme du .sieur Paul Ferry (Metz, i655, in-4°). On peut rapprocher de ces belles pages reproduites par M. Cousin (M™* deHaulefort, Appendice, Note huitième : Relations de Rosmet arec le duc et la duchesse de Schomberg,

à Met: et à Paris), les vers dans lesquels Loret, payant sa dette de reconnaissance, célébra le sauveur de Leucate et le preneur de Tortose (Gazette du 10 juin i656).

2 Jean de Varigniez, seigneur de Blainville, conseiller d'Etal, ambassadeur en Angleterre (i6a5), mort à Issy, près de Paris, le 26 février 1628. M. Bazin (Histoire de France sous Louis XIII , t. II, p. g5) rappelle qu'en 1628 Louis \III donna à Saint- Simon -la charge de premier gentilhomme «•de la chambre, vacante par la mort d'un t habile négociateur, le sieur de Blainville. » Sur Blainville en Angleterre, voir les Mémoires du cardinal de Richelieu (collection Pelitot, t. XXII, p. 5oo, 5oi; t. XN.II1. p. 1 65 ); Michel Le Vassor, Histoire de Louis XIII, t. II, passim, etc.; deux notes de M. Avenel (Lettres du cardinal de Richelieu, t. I, p. 684, 685, et t. II, p. ia5). etc.

3 Voir, pour l'explication de ce passage. Tallemant. t. VI, p. 173.

qu'il deust estre, comme nous en estions demeurez d'accord, vous et moy. Je ne sçay que croire de cette omission qui m'a fasché, el suspicor carissimum illum noslrum ab illaudato viro laudari noluisse.

Je me console de ce que Mr de Montausier n'est que prisonnier ' ; le malheur nous l'a conservé, et je ne doute point qu'il n'ait fait tout ce qu'il faut faire pour mourir aussy bien que Monsieur son gé-

néral 2.

Vous aurez bientost une copie de mon discours à la Reyne; mais je vous avertis de bonne heure que là dedans je ne fais point le faquin, c'est à dire le panégyriste déclamateur, comme sont tous les faiseurs d'oraisons funèbres qui n'ont rien dit dont le monde soit persuadé. Je parle en homme de bien et en bon françois, et tempère pourtant ma liberté de toute la discrétion que l'art et le jugement me peuvent fournir. Mrl'Evesque d'Angoulesme3, qui voulutvoir hier mon discours, jure par sa mistre et par sa crosse qu'il n'a jamais rien veu de pareil; mais vous estes le primat de cet evesque et il faut attendre vostre décision là-dessus.

Le feu Roy Henry III donna dix mille escus en dix mille pièces, pour un discours que j'ay veu et que je n'estime pas dix quarts d'escu4. Vous estes bien asseuré que la Reine ne me fera pas un si grand pré-

1 Maréchal de camp dans l'armée du comte de Guébriant, Montausier fut surpris à Tutliiigen par les Impériaux et fait prisonnier avec Rantzau , les autres officiers généraux et une grande partie des troupes (2 5 novembre i643). Montausier fut emmené à Schweinfurt, où il fut gardé pendant près d'une année. On ne l'en laissa partir quV près le payement d'une rançon considérable. Voir mie lettre de Voiture ira M. le marquis «de Montausier, prisonnier en Allemagne,!) à la page 3i 1 de l'édition de M. Ani. Roux.

* Le maréchal de Guébriant, dont Montausier était le lieutenant , mourut la veille du désastre de Tutliiigen, le 2 4 novembre.

à Rothweil, d'une blessure reçue le 16, au siège de cette ville.

3 Jacques Du Perron, qui siégea de 1637 à i646et qui était un neveu du cardinal Du Perron. Voir une lettre que lui écrivit Balzac le 20 septembre i636 (p. 427).

4 J'ai vainement cherché quel était ce discours. Le Gendre, dans son Traité historique et critique de l'Opinion (3e édit. 1741, 1. 1, p. 98 el 99) , a oublié de citer ce trait de générosité dans la liste qu'il donne des bienfaits de nos rois, et notamment de Henri III, à l'égard de divers écrivains.

DE 1EAN-L01 [3 Gl B2 DE B ILZAC.

sent, et néanmoins avec beaucoup d'apparence j'aurois droit d'espérei beaucoup, si le pauvre M1' de Lizieux esloil auprès d'elle1.

Mandez-moy, s'il vous plaist, quelque chose de ee cher aray; et, si

vous ln\ escrivez. qu'il y ail. un article ppOT mny dans \oslre lettre;

J'achève celle-cy avec un remède dans le ventre, qui commence à un* bien travailler, Jugez par là. Monsieur, si je prens plaisir de m'enlretenir avec vous, qui nùhi unus es omnia.

Je vous recommande, Monsieur, les passages grecs.

[)n e i décembre iptid.

Monsieur, J'estois mal lorsque je vous escrivis par le dernier ordinaire, i'l ne suis guères mieux aujourdhuy. Ce sont des fruits de la mauvaise saison, et de ce cruel et funeste hiver, contre lequel je déclame depuis que je suis au monde : bienheureux sont les peuples qui -mil aymés du soleil2! J'attends Un rayon de ce bel astre pour achever de fondre mon rheume et pour travailler au second Discours, de quo me tam amanter interrogas. C'est un second discours à la Reyne, et qui a quelque rapport avec le premier, mais qui n'en despend pas de telle sorte que je sois obligé de les faire imprimer tous deux à la fois. Vous aurez bientost le premier, et j'espère qu'il partira d'icy dans huict jours. Il n'aura point d'aultre filtre que le Discours à la Reyne, quoyque celuy de la Paix ou pour la Paix ne lui conviendroit pas mal3. Je ne sçay ce que veut dire le petit de l'aultre discours qu'il croit avoir parmy ses papiers, et je vous prie qu'il ne s'en mette point en peine, pourveu que le papier de Mr Le Turc4 soit converti en argent comptant.

1 Philippe Cospéan, renvoyé de la cour lumière entrait dans son âme avec la joie,

en même temps que l'évêque de Beau- (T. II des Œuvres complètes, p. lioh.)

vais. 3 Le titre définitivement adopté par Bal-

4 Le cardinal de la Valette prétendait zac fut celui-ci : Discours à la Reyne Régente

jue Balzac était un adorateur du soleil, et sur In Pair.

lisait, lui empruntant ses paroles, que la 4 C'est-à-dire le surintendant des finances.

66 LBTTRES

Je ne sçaurois vous alléguer d'auteur certain des nouvelles qui nous sont venues de celte grande et souveraine éloquence qui remue tous les esprits de Paris avec une force plus qu'humaine1. C'est la Renommée, Monsieur, de qui j'ay appris ces belles nouvelles, dès le commencement de l'Avent, et laquelle se peut appeler en cette occasion :

Fama , bonum quo non aliud velocius nllum *.

D'autres nouvelles moins agréables arrivèrent icy, il y a trois jouis, et on parle d'un duel où Mr de Guise a eu avantage 3. Les grandes guerres ont eu quelque lois de plus petits commencements. Quoy qu'il en arrive, je me déclare pour le sang de Saint Louis, et vous en verrez des marques dans mon discours qui ne vous desplairont pas.

Mille remerciemens, s'il vous plaist, à Mr Corneille, pour son exquis et riche présent4. Je ne suis pas encore en estât de le lire avec l'attention qu'il mérite, et j'ay la teste si empeschée, qu'à peine ay-je peu vous barbouiller ces mauvaises lignes. Je vous porte tousjours dans le cœur, et suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.

Du 37 décembre i643.

Monsieur, Je chante palinodie5 et me desdis de tout le mal quej ay dit et de toutes les imprécations que j'ay fait contre le rheume et

1 L'éloquence du futur cardinal de Retz. Voir, sur Paul de Gondi prédicateur, M. P. •Jacquinel (Des prédicateurs du xvn' siècle avant Bossuet, in-8", i863, p. 3o5-3i8).

2 Vikgil. jfineid. IV, 17/1. Bonum a été substitué à malum.

' Le duel dans lequel le comte de Coligny lut mortellement blessé , et dont il a été parlé dans une note de la lettre VI.

* La tragédie de Polyeuctc, qui, représentée pour la première fois à la fin de l'année

16/10, ne fut imprimée qu'à la fin de l'année i643. L'édition originale de cette pièce a pour titre : Polyeucte martyr, tragédie ; à Paris, chez Antoine de SonunaviUe et A 11gustin Courbé, i6Î3( format in-4°). L'achevé d'imprimer ( Rouen , Laurens Maurry ) est daté du ao octobre t643.

5 Le copiste a naïvement écrit Palidonie , comme s'il s'agissait d'un nom propre, du nom d'une femme aimée et célébrée par Ralzac.

DE JEAN-LOUIS GUEZ DE i; \l.Z \< . 67

oootre la fluxion. Ce snni d'excellentes choses puisqu'elles m'ont pro* curé de si excellens Lesmoignages'de vostre amitié el de rostre estime. Kl c 1 1 1 ■ ne voudroit estre enrumé à ce prix là, voire nedésenrumer

jamais :

Tu Eacis ni loiis cupîam ttusire diebus,

El gclidi Jovis ri-lci-iios inilii ferre liiinlllliis

Dulce Bit, o i|u;iI] saudent mea auhile Bolel

J'aj peceu dans un mesme paquel les lettres de Mr Lhuilier1, el

celle du seigneur Gronovius'2; mais vous me menacez encore d'une aullre lettre; et, si je ne me trompe, l'antagoniste de G.»3 me demande de nouvelles louanges. Ma condition sera-t-clle donc tousjours auss\

1 François LuiHier, d'abord maître dus comptes, puis conseiller au parlement de Meta, père de Chapelle. Voir son Historiette dans le Tallenianl des Beaux de M. P. Paris (t. IV, p. 191-197). Voir dans ce même volume, à Y Appendice (p. /189-5 1 G ) , plusieurs lettres de Luillier à, son ami Bouilliaud. publiées pour la première fois d'après les niss. de la Bibliothèque nationale. Luillier fui aussi l'ami de Des Barreaux, de Gassendi ( qui fut le précepteur de son fils naturel), de Peirescde La Mothe-le-Vayer et surtout de Théophile, qui lui a adressé cinq lettres en latin ( Œuvres complètes, publiées par M. Alleaume dans la Bibliothèque ehemrienne, t. II, p. Uiït-hik). Balzac lui écrivait quelquefois (a3 novembre ifi36, p. 4oi; i5 août i64i, p. £96) : c'est là qu'est le remarquable éloge de Peiresc [f Toutes les vertus des temps héroïques s'esnloient retirées en cette belle ame, etc.»]; (3o novembre i644 , p. 569; 3 avril i664 . p. 638, etc.). Dans une lettre à Chapelain. du 25 août 16/11 , Balzac vantait beaucoup (p. 857) les vers latins de Luillier. Dans une lettre à Rigault, du 27 novembre 1 644

(p. 668), Balzac s'écrie : a L'admirable it Monsieur L'Huiliier. »

s Gronovius (Jean-Frédéric), né à Hambourg en 1611, mort à Leyde en 1671, un des plus savants philologues de l'Allemagne. Voir sur lui un bon article (de M. Ernest Grégoire) dans le tome XXII de la Nouvelle Biographie générale. Balzac lui adressa une lettre bien affectueuse, le 1" octobre 1660 (p. 667). Le i4 août précédent, il le remerciait (p. 688) des vers latins dans lesquels le grand humaniste avait célébré le bonheur qu'il avait eu dépasser (en i63g) une demi-journée dans TAngoumois, sous son toil hospitalier. Le 7 mars i644 , Balzac disait à Gronovius (p. 689) : « Qu'est devefrnue la candeur et la sincérité germanique? trelle s'est réfugiée dans vostre cœur.» Et il ajoutait, en jouant sur les mots, et pour marquer combien son voisinage lui serait précieux : s Vous avez fait un livre De Ses- «terciis... je ne compterois que par lalens.n

3 Mot laissé en blanc par le copiste. Il faut lire Chapelain. L'antagoniste était Costar. Voir plus loin la lettre du 1" janvier i645,n° LXXV.

t\b LETTKES

malheureuse que celle du Poêla vegius du siècle passé1'/ Ne me leral-oi! jamais de présent sans en exigera moi?

Semper et insidias potero tua dona vocare, Quisquis opus mihi mittis, et caetera.

Un intendant de justice, nommé Mr Vantorte, qui me vint voir ces jours passés, m'avoit appris la mort de Mr Daligre2, dont il se dit allié. H me parla de beaucoup de livres dans la conférence que nous eusmes ensemble; mais particulièrement d'une certaine vie deFra Paolo, qu'il a leuc escrite à la main, et de laquelle il me conta plusieurs choses remarquables3. Je vous prie de me mander si ce manuscrit est à présent imprimé, affin que j'en passe mon envie et que je commisse Paul par Fulgence.

On a chargé le messager d'Angoulesme d'un ballot qui s'adresse à mon neveu, et dans lequel il y a une copie, pour vous, de mon Discours à la Reyne. Je désire que Rocolet en imprime une cinquantaine d'exemplaires in-folio, sur la copie que je lui fera y envoyer dans Imict

1 Le poëte limousin Jean Dorât, auquel Charles IX donna, en 1567. le titre depoële royal, complimenta tour à tour tous les auteurs ses contemporains grands et petits. Balzac avait déjà écrit h Chapelain, le 8 novembre 1639 (p. 8o3) : n-Quelle pitié d'estre t obligé de louer tous les livres imprimez -nouvellement, c'est-à-dire d'estre de pire rr condition en prose que n'estoit Auratus h poêla regius , qui faisoit de bonne volonté » ce que je fais en forçat et eu condamné!-' Voir sur Dorât, auquel Guillaume Colletet avait consacré une ample notice, Elogiun: ■loannis Aurati, poetœ latini, auetore Papirio Uassono (Paris, i588, in-&°); le Scaligeraua, le Menagiana, Scévole de Sainte- Marthe, Isaac Bullard, Adrien Baillet, Niceron, Goujet, Moréri , Teissier, Bayie, Joly, Coupé , divers articles du Bulletin du Biblio-

phile, surtout un article de M. le marquis de Gaillon (1857), Jal (article Dorât, dans le Dictionnaire critique de biographie et d'histoire), etc.

2 Etienne d'Aligre, chevalier de Malte, tué dans un combat naval contre les Turcs, le 28 septembre i664. C'était le cinquième des dix-neuf enfants du garde des sceaux Etienne d'Aligre.

' C'est l'ouvrage auquej renvoie le Moréri (article Sarpi): <r Voyez sa vie par Fra trFulgentio, son compagnon.» L'ouvrage parut sous ce titre : Vita del Padre Paolo, dell' online de' servi (en Leida, 1G&6, petit in-12). La Vie du P. Paul a été traduite par un anonyme que l'on a pris à tort pour Fr. de Graverol (Leyde, Elzevier. 1661. et Amsterdam, 1 663 . in-12).

DE JEAN i.onis GUEZ DE BÂL2 kl

jours; et , si quelque mol dudil discoyrs vous donne quelque scrupule. je ne désire poinl vous faire de prière incivile en suitte de vostre scrupule, ei vous pouvez «lin-, si vous voulez, que je me suis «-acl m'- de vous en ceste occasion, ei que vous n'avez point receu de copie, mon neveu ' ne sçachant poinl si c'est le discours ou une aultre chose qu'on vous envoyé. J'a\ un second discours dans l'esprit, où je puis dire quelque chose de bien exquis de M' le cardinal Mazarin, pourveu qu'il m.' tesraoigne le désirer, et que Son Eminence lace quelque cas de ma seigneurie, aultrement, mea me virtute involvam, et omittam tnirœn beatœ fumwm et opes strepitumque Romœ2. J'ay assez d'argent pour mespriser lés couronnes et les chapeaux rouges; niais asseurez-vous, Monsieur, que j'auray tousjours du respect et de la révérence pour vous. Je ne m'expliqueray pas là dessus : vous lisez dans mon cœur ce que je veux dire; et qu'est-ce que je n'aurois point dit du Tyran mort, si vostre considération ne me retenoit? Je suis plus que touts les Marquis et touts les Evesques, vos chers amys, Monsieur, vostre, etc.

L)n 'i jamier itiiu.

Monsieur, Passe pour vostre modestie; mais il n'y a point moyeu de souffrir vostre médiocrité, et autant de fois que vous employerez cet injuste mot, autant de fois je m'y opposerai :

Summa tenes dudum Pindi juga ; nec mihi tecum Divisi imperii jura Godellus ' habet.

1 Le (ils de la sœur de Balzac, auquel, le et que M* de Campaignole, qui a esté maistre

10 août îO/ii , il adressait une lettre (p. 562) it absolu de tout ce petit négoce, peut n'avoir

avec celte suscription : A Monsieur de Cam- «pas songé à quelques-uns dft mes amis. »

paignole, lieutenant au régiment des gardes » Omitte mirari beatœ

du Roy. Le neveu de Balzac fut chargé de Furnum, et opes, strepitumque Rom*,

distribuer à Paris bon nombre d'exemplaires HoBAT- Carmin- "*■ m ' od- "n .»■»»."■

du Discours à la Reyne, comme on le voit J Godeau, l'évêque de Vence. déjà pin—

par cette lettre du i5 novembre i6A4 à sieurs fois mentionné. M. de Souchotte (p. 656) : <rJe pense bien

Et après cela demandez-moy ma censure de vostre dernier sonnet,, affin que je vous dise en une aultre sorte de vers :

Meamne, quaeso,

Censuram exigis, et bonus poeta Subis judicium mali poetœ? Prœscrtim tibi cum sit il le prsesto Anlistes pius, optimusque vates.

Hospes nunc dominée Godellus urbis.

Cujus, si sit opus, potes fideli Stare consilio, sed ipse nultis Eges consiliis, satis tibi unus.

Vous n'estes pas seulement grand poète dans vostre sonnet: vous Testes dans vostre lettre; et la punition de Promethée1 est une si belle chose, et expliquée si ingénieusement, qu'elle mériterait bien d'est re rimée.

Si le messager d'Angoulesme n'a fait naufrage par les chemins, mon Discours àlaReyne arrive aujourd'huy à Paris. Dieu veuille que l'endroit délicat ne vous fasche point et que vous ne vous preniez point à moy de ce quoy nous respondent les Espagnols quand nous leur parlons des mauvais conseilz de leur Comte Duc 2. J'aymerois mieux brasier tous mes ouvrages de mes propres mains que d'oster une seule sillabe de cet endroit, et je ne seray pas fasché de faire avouer à la race du tyran3 qu'il ne devoit pas m'avoir mal traicté. Pour vous.

1 Le copiste a écrit Promessée. Il ne se souvenait donc pas de la bonne leçon donnée par lui-même dans la première page de la lettre XVI?

~ Voici le passage du Discours à la Reyne (t. II, p. h-jh) contre Richelieu ; «Mais « parce que si nous soustenions si aflirmativetment qu'un Espagnol qui est hors de la fCour a commencé la querelle (Olivarez), tron nous repartiroit avec presque autant i d'affirmation qu'un François qui n'est

a plus au monde ne l'a pas voulu finir; et (rqu'ayant dessein de perpétuer nos maux. <rpour rendre éternelle son autorité, il a rrtousjours meslé son ambition dans la justrtice de la cause de la France, je ne suis trpas d'avis que nous examinions cette question avec trop de curiosité...»

s Le copiste a écrit Titan. Toutes les fois que Ralzac parle du tyran, c'est de Richelieu qu'il s'agit.

Monsieur, que je considère plus qiW les ducs, que les admiraux el

les mareschaux de Franco, j'espère qu'après avoir Lien regardé l'endroit, vous m'avouerez que ma douleur a esté sage (agîtOSCO lue verbo)

el que dans mon ressentiment niesme j'ay caché mou ressentiment, (le

u'esl pas \rniand qui doit estre voslre héros, c'est le comte de I) >is.

ou son petit lilz, auquel je me viens d'aviser dédier mon Gygtiéfranmis1 par le changement el l'addition de quelque vers, comme vous verrez par la copie que je vous envoyé. Mon dessein est de l'aire imprimer le volumette incontinent après l'asques, et pareeque vous estiez à Colommiers- lorsque le Cygne i'ust fait et que je ne suis pas bien asseuré que le héros se nomme Henry3, mandez-le-moy. s'il vous plaist, et s'il sera mal d'ajouster au tiltre : in Colomerio mm otiantem.

Mr le marquis deMontauzier me fait tort s'il croit que j'aye besoing de la relation pour l'estimer plus que tous ceulx qui l'ont pris en un lieu où il ne pouvoit se desfendre et pour m'escrier avec [le poète | élégiaque :

Inf'elix virtus Fortuuae forma superba \

J'ay pour luy une estime et un respect extraordinaire. Mais vous voyez, Monsieur, et par sa prison et par la mort de son général, si j'ay eu raison de dire des injures à Mars et d'appréhender cette solitude d'hommes excellens dont nous menace la continuation de la guerre5.

1 Olor gallicim, OEuvres complètes, t. II, ■i° parlie, p. î o . Ad excellentissimum et generosissimum pr'mcipem, Henricum Aurelianensem, ducem Longavilke.

2 On lit dans une lettre de Balzac à M. de la INauve, du 10 septembre i64o, p. 63fi : irA Goulomniers, où Mr le duc de Longue- » ville avoit mené M' Chapelain pour y pasuser quelques jours avec luy. » La véritable orthographe est Coulommiers (Seine-et-

Marne). Voir une description du château de Coulommiers par l'abbé de Marolles (Mémoires, édit. de 1755, t. I, p. 126, 127).

3 Henry était bien le prénom du duc de Longuevitle.

4 Je n'ai retrouvé ce vers nulle part , el de doctes humanistes, qui ont daigné le chercher pour moi, n'ont pas été plus heureux.

5 Cette fin de phrase, depuis le motso/i-

Je ne me fieray plus à la parole de Rocolet, et, si je fais imprimer un aultre livre, ce ne sera pas luy qui sera le directeur de l'impression. Quasi vero il n'y ait d'imprimeurs ni de compositeurs à Paris que ceux qui ont esté mis en prison. Je voudrois bien voir la diatribe imprimée, et apparemment elle l'est puisqu'elle ne contient que huit on neuf feuilles.

Si vous voulez que je face response à Jan Federic Gronovius, vous me renvoyerez sa lettre que je vous envoyai par le dernier ordinaire. Je vous envoyai aussy une lettre pour le R. P. Hercule, et je m'asseure que vous la luy ferez tenir seurement. Je n'ay point encore receu celle de M1' de Scuderi1, et Rocolet seroit bien fasché de ne garder pas un mois mes pacquels devant que de se résoudre à les faire porter chez le messager. Cette dureté de teste est insupportable et vous avez beau le protéger, je pense qu'à la fin il faudra lui donner le ban et le chasser honteusement de la République littéraire. Souvenez-vous au moins . Monsieur, que je ne veux point qu'il demande de nouveau privilège, et que je lui feray cession du mien par un escrit que je vous envoyerai au premier jour.

Dousa en toutes façons n'est pas grand' chose, jw/s^Me peritus Apollo'2 luy a fait grand' grâce de le placer parmy ses illustres. Priez-le. je vous prie, de ma part, de le vouloir tirer de là et de mettre en son

tude, est une citation textuelle du Discours à la Reyne (p. £78).

' Georges de Scudéry, l'éditeur de Théophile (i63a), le critique du Cid (16.37), l'auteur de tant de mauvaises tragi-comédies, etc. Voir sur lui Tallemant des Réaux, Pellisson, V. Cousin [la Société française) , Livet [Précieux et Précieuses), etc. Balzac lui écrivit le 27 août 1687 (p. 56 1), le 16 avril i643 (p. 587), etc. Non content de prodiguer directement les éloges à Scudéry, il les lui prodigua indirectement en s'adressant à Chapelain et à Courait,

trouvant des choses incomparables dans l'Amour tyrannique (p. 808 , Lettre du 8 janvier 16A0), et avouant qu'il dit aussi souvent le grand Scudéry que le grand Cyriis (p. 891, Lettre du ai octobre i65o). Scudéry, qui fut l'hôte de notre épistolicr, paya son écot par une longue et flatteuse description du château de Balzac [Poésies, in-4% i649).

2 Feramus, tout à la fois poète et jurisconsulte , comme on a pu le voir dans une précédente note.

DE JEAN LOUIS Gl BZ DE B ILZAC. 73

lien mi noslre Muret1 de Limousin ou vostre Vettori «le Florence4, il s'appelle autreraenl \ ictorius.

Le petil m'a escril an billel . dans lequel faj veu qu'on ne m'a poinl encore payé H que l'affaire est remise au quinsiesme de ce mois. Que j'a\ peu de sujet de me louer de l'Estal el des valets <l<- l'Estatl Ne se trouvera-t-il point quelque voix libre qui parle pour l'honneur de m. sire siècle, fi qui avertisse la Reyne qu'elle osl obligée de payer les debtes du feu Hov? Trois ou quatre mille livres de pension sur la première evesché3 ou grosse abaye vacante Beroienl justement ce qu'il me faudroit pour le soulagement de ma vieillesse. Et Paris tout entier ne devroit-il pas demander si peu de chose ni possim pœuh commodius otiari? Mais vous me désespérez tousjours de voir une meilleure saison : je suis asseuré pourtant qu'il ne tiendrait pas àl'apostre4 que je ne la visse, qnoy que vous puissiez en dire ou penser de luy. H parleroil encore, plus hault à la Reyne que ne sont les parolles qui .sont icy des-

' Marc-Antoine Muret, né en i5a6, à Muret (Haute-Vienne). Ses poésies latines parurent, sons le titre de JuœmSa,k Paris. en i ôôs (in-8°). Voir les abondantes indications données sur cet éminent humaniste par M. M. Audoin (tome XXXVI de la Nouvelle Biographie générale). Y ajouter les Lettres de PaulManuce, le Scaligerana , les Entretiens, de Balzae; le De claris interpr. de Huet; ï Académie des Sciences, de J. Bullard; les Eloges des hommes savans, de ïeissier, et surtout la notice (que je publierai bientôt 1 de Guillaume Colletet.

- Pietro Vettori, né, en 1^99, à Florence, où il mourut en 1 585 , après y avoir occupé avec éclat, pendant près d'un demisiècle, la cbaire d'éloquence grecque et latine. Editeur, commentateur, orateur, poëte, Vettori fut, à tous ces titres, un de ceux qui servirent le plus utilement la cause des lettres en Italie, et dont le nom restera le

plus glorieusement attaché à l'histoire de la Renaissance. rrPour Victorius, disait Balzac rrle 39 mai 1 638 (p. 732), c'est un homme r:à qui je veux beaucoup de bien, quoiqu'il « n'en ait guères dit d'Ovide, et qu'il ne soit ftpasmesme entièrement satisfait de la latirnité de Virgile." Dans une autre lettre du 29 juin 1 638 (p. 773), Balzac s'étend avec complaisance sur le mérite de Victorius. Il revient sur le même sujet (p. 7 7 &, Lettre du 6 juillet de la même année). Voir encore dans le tome II les Dissertations (p. 368). 3 Autrefois le mot évêché était féminin, el le Dictionnaire de Trévoux a pu citer ces vers de Ronsard :

Voudroit avoir le dos et le chef empesché Dessous la pesanteur d'une bonne evesché.

Régnier a mis aussi évêché au féminin ( Sat. 11 et Sat. m).

' L'évêque de Lisieux , Cospéan , comme je l'ai déjà rappelé.

Vt LETÏIM •

sus, soit, pour se faire honneur, soit pour me l'aire du bien. Ne m'oubliez pas quand vous escrirez à M* de Monlauzier. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Du 10 janvier iG4'i.

Monsieur, Vous m'avez consolé de mon rheume , et le temps m'en a guéri. C'est un médecin à qui personne ne sçait gré de ses remèdes. Mais vous estes un consolateur qu'il ne faut pas traiter de la sorte. Je vous remercie donc, Monsieur, de vostre agréable consolation et des jolies choses que vous m'avez escrites sur le sujet de la toux universelle. En ce pais elle a fait encore plus de bruit qu'au lieu où vous estes, et Jupiter mesmeen a eu sa part, car il tonna, il n'y apas quatre jours. Hic dicunl tussire Jovem , et pourquoy non, puisqu'autrefois hibernas nive conspuit Alpes1 1

Vous me comblez tousjours de grâce et de faveurs, et je voy bien que vous ne fustes disner chezMr le Coadjuteur 2 que pour me régaler d'un plat excellent, et pour nourir mon ambition de la véritable viande îles Dieux, ainsy nostre Aristote appelle la gloire3. Je vous sQplie •le croire, Monsieur, que ces bons offices me sont extrêmement sensibles, et que, ne pouvant vous rendre la pareille en un lieu où il n \

Parias hibernas caea nive conspuet Alpes. Hobat. Satir. lib. II, sat. v, v. 4i.

! Chapelain était un des familiers du futur cardinal de Retz. Lui, qui aimait à dîner toujours chez les autres, il dînait souvent, avec son ami Ménage, chez Paul de Gondi.

1 On ne trouve rien de pareil dans les livres qui nous restent d' Aristote. Après y avoir vainement cherché la citation de Balzac, j'ai, pour plus de sûreté, interrogé le savant traducteur des Œuvres complètes du philosophe, et M. Barthélémy Saint- Hilaire m'a fait l'honneur de me répondre

que Balzac, en cette occasion, n'avait été qu'un infidèle écho.

On lit dans une lettre de Guy Patin , du î" mars 1600 (édition de 171 5, 1. 1. p. 107 ) cette phrase: rrComme pourroil être *ce que Néron appelle, dans Suétonne. la s viande des Dieux, sçavoir des champignons *de l'empereur Claude. » Voici le texte de Suétone (Nero Claudius, \WII1) : trNeque rclissimulanter, ut qui holetos, in quo cibi «génère venenum is acceperat, quasi deo- <rrum cibum. posthae proverbio grœco colf laudare sit solitus.n

DE JEAN-LOUIS (.1 EZ DE B \LZ \c. i:,

,i poinl de grande seigneurs, je (esche tan! que je puis de taire Bçavoii

111,1 rcciniiKiiss.incr à la postérité, (|iii jugera de nous ci des grande - si imenrs, Gdw dont vous tne paniez es! célèbre parla conférence qu'il

rus! avec le l'eu Aue de Wrimar1, quand il Itiy demanda ravsou de la

bataille de Nortiinghen B, Mais ne içathVon point à Paris que l« rela lions des gouverneurs de provinces ou de places son! onliiiaireiiienl apocriphes. et que les plus liravcs ri 1rs plus lialiilrs inandrii! souvent des QOUVelies ridicules, pour avoir ordre de inrtlrr sur pié une compagnie de gens d'armes, ou pour augmenter de cent hommes leurs garnisons! Les assemblées qui se sont, faites et qui se font ne sont mauvaises, je vous en rrspous, qu'en ce qu'elles s'appellent assemblées el que ce nom est odieux à la Monarchie; car, pour l'intention et le pouvoir des assemblées, de his sk Regma seruru, comme je le suis dans ma solitude, où je ne pense point avoir à craindre de danger plus proche que celuy de la guerre de Cataloigne. N'ayez point peur non plus de voir de manifestes de Poitou, et beaucoup moins de voir de mon stile dans les manifestes; leur ayant coupé la gorge par cinq on six lignes du Discours à la Revue, où je dis qu'il failli que la pauvreté soit humble et obéissante, et ma pas fière ny séditieuse, et rœlera3. Vous devez avoir receu ledit Discours, qui vauit bien a mon advis une des mauvaises harangues funèbres qui ont esté faites à L. le J. [Louis le Juste4].

' Bernard, duc de Saxe-Weimar, sur lequel on peut voir tous les historiens de Louis XIII. Il est bien regrettable qu'on n'ait pas traduit en notre langue l'excellent ouvrage de Rœse sur le célèbre capitaine (a vol. in-8°, Weimar, 1828), ouvrage rédigé d'après les papiers de Bernard et divers autres documents inédits.

8 Le copiste a écrit Horlinghen. La bataille de Nortlinghen fut livrée le 6 septembre i634.

! Voici le passage lout entier: «Je l'ay r avoué, Madame, dès l'entrée de ce Disir coure, et je ne crie autre chose à ceux que

trje voy. Je crie de toute ma force qu'il rr faut que la pauvreté soit humble et obéissante , el non pas fière ny séditieuse ; qu'elle rr invoque et non pas qu'elle menace; qu'elle n agisse auprès de Vostre Majesté par la n\prrdestie de sa douleur, et non pas par les «murmures de sou chagrin. Il ne suffit pas «que le peuple ayt la fidélité dans le cœur, rr il la doit porter sur le visage : il doit évirrterla mine mesme et la ressemblance delà it révolte. 1

4 \ oir dans la Bibliothèque historique de la France, et mieux encore dans le Catalogue des imprimes de la Bibliothèque nationale, la

Ce que vous me mandez du cardinal MaTzarin] m'a dégoutté de ce

que j'ay dit de luy et m'a osté l'envie d'en dire davantage en un aultre lieu, ainsy que l'avois résolu. Il ne fault pas que les sçavans se prostituent à touts les heureux. Il fault conserver l'honneur des Muses haulaines et braves; et, si la Cour nous fait tort, faisons luy justice, c'està-dire parlons et véritablement et noblement [modo tuto) dans les discours que j'ay tout preste pour cela. Vous en sçaurez davantage une aultre fois, et je vous demande cependant s'il ne seroit point à propos qu'à la teste ' de la dissertation Salmasienne il y eust une epistre ou une préface de deux douzaines de lignes adressée ou à M1' le Chancelier ou à Mr le Coadjuteur, ou à quelqu'autre sur qui nostre amy jettera les yeux.

Je n'ay point receu le Minitius Félix de M. Rigaut 2, que les lettres de Mr l'Huilier me promettent. Je vous prie, que je sçache quand ces Messieurs doivent estre de retour à Paris. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

longue liste des harangues funèbres de Louis XIII.

' Le copiste a mis à la /este.

2 Le Minutais Félix, de Nicolas Rigault, alors conseiller au parlementde Metz , comme son ami Luillier, parut en i663 (in-6°). Le Manuel du Libraire n'indique pas cette édition. Balzac faisait le plus grand cas de Rigault. C'est à lui qu'il adressa, le a5 mars 1 633 , à propos du Tertullien que le savant magistrat allait publier (î 636 , in-fol.), cette fameuse lettre où le docteur africain est si bien apprécié: rr C'est un autheur avec r lequel vostre préface m'auroit reconcilié, "si j'avois eu de l'aversion pour luy, et si la a dureté de sa diction et les vices de son i» siècle m'avoient desgousté de sa lecture. *Mais il y a long temps que je l'estime, et

«que tout espineux et triste qu'il est, il ne urne parust point désagréable. J'ay trouvé trdans ses escrits ceste lumière noire, dont rr il est parlé dans un ancien poète, et je rerrgarde avec autant de plaisir son obscurité frque celle de 1 ebène bien nette et bien tra- "vaillée. Advouons aux délicats que vérilairblemeutson style est de fer, mais qu'ils nous ir advouent aussi que de ce fer il a forgé d'ex- Tcellentes armes...» Balzac lui écrivait encore, le aa novembre i64i (p. 668):

b... Quand je m'imagine que c'est le cher et rr dernier confident du grand président de rrThou, qui est aussi mon cher et parfait rrami, vous ne sçauriez croire quel advenir tage je tire de la seule imagination d'une rrsi illustre société."

DK JEAfl LOUIS GUEZ DH BALZAC. 77

Du i« janvier i644.

Monsieur, J'a\ receu, avec vostre lettre du 10 tic ce mois, la requeste de Mr Guyel à M' If Chancelier, de laquelle je oe vous diraj aultre chose, sinon qu'elle nie plaist bien davantage que le remerciemenl de Catulle à Cicéroil1, et cela sjius avoir dessein d'offenser la sainte el vénérable Antiquité.

J'espère que ce placet, si latin et si poli, produira ce qu'il mérite, et ceque nous désirons, el une affaire sollicitée par Calliope en personne sianiail-elle mal réussir auprès de nostre Apollon?

J'ay vu, par les dernières feuilles que Hocolet m'a envoyées, qu'il est mal servi dans son imprimerie, et qu'on y laisse les fautes que vous avez piis la peine de corriger. J'en ay trouvé de telles (comme vous diriez de mots obmis) que si on n'avoit tiré que dix feuilles du volume, j'arresterois tout à fait l'impression, et me servirois des Elzeviers, qui m'offrent leur travail et leurs soins, ainsy que vous avez pu voir dans la lettre du professeur allemand'2.

Je viens à l'article amer, c'est un mot que je vous dois, avec tant d'aultres choses. Nous avons tous deux.rayson; et vous faites bien de persévérer, mais je ne fais pas mal de me repentir. Premièrement, je croy que la cause du deffunt n'est soustenable que par un excès de charité pareille à la vostre, et que, s'il n'a esté tyran, Busiiïs et Phalaris ne l'ont point esté. Je croy de plus qu'il m'a voulu mal et qu il m'en a fait; et, par conséquent, je croy que ma guerre est juste et que

Carmen sus. 2 Frédéric Gronovius. On sait quelle

Ad M. T Cicebonbm charmante lettre de remerciment écrivit .

Disertissime Romuli nepotum quelques années plus tard , Balzac aux Elze-

Quot sunt, qiiotque fuere, Marce Tulii, viers, lettre qui parut pour la première fois

Quoique post aliis erunt in annis, dans l'édition de i65a des Lettres choisies

Gratias tibi maximas Catullus (Leyde),et qui, parun facheuxoubli.n'apas

Arjit , pessimus omnium poeta, etc . , ,. , , . .... ■ r> ■

été réimprimée dans tes éditions de raris.

j'ay droit de détester sa mémoire comme François, comme chrestien, et comme Balzac1 :

lnipii'Mi modo qui lantis terroribus orbera.

Pressit et indigno regia colla pede Annibal il le saeer, Brenni furor ille togati

Concidit. el vivit libéra Roiua metu.

Gantet Io longum, sed Io pia Rom a triumpke.

Non alias Christi sœvior boslis erat.

Ipse etiam Eois late regnator in oris,

Mamnietes. hostis mitior ante fuit.

Mais remettonsà une aultre fois l'intérest delà Religion el de l'Estat : le mien, Monsieur, ne doit-il eslre compté pour rien? Et il sembleroit que j'approuverais l'injustice qui m'a esté faite, sijenemeretractoisde fausses louanges que j'ay données: il sembleroit à la pluspart que ce serait mon indignité et non pas la cruauté du deffunt qui m'aurait laissé au lieu où je suis, au dessous2 des Grillets3, des Raconis* et ctetera, le moindre desquels il faut que j'appelle Monseigneur, moy qui estois bien premier en datte qu'eux dans les premières pensées de Son Eminence. Ce n'est pas pourtant ce qui me blesse le cœur, et, tout gueu\

1 Œuvres complètes, t. II. a* partie,

Le copiste a écrit au dessus, ce qui forme un contre-sens.

3 Nicolas de Grillet fut évêque de Bazas de i63i à i633, et évêque d'Uzès de iG33 a i0(5o. Son nom n'est ni dans Moréri, ni dans Cbaudon , ni dans nos recueils biographiques contemporains. On a de lui une Oraison funèbre prononcée dans l'église des Auguslins de Paris, le i" juini6ù3, pour le très chrestien roi de France Louys le Juste ■ Paris, i6i3, in-4°).

4 Le copiste l'appelle Draconis. Charles- François d'Abra de Raconis fut évêque de Lavaur de 1637 à 16Z16. Il composa plu-

sieurs médiocres ouvrages. Le moins ignoré (je ne puis dire le plus connu) est le Traité contre le livre de la fréquente communion (Paris, î&ltlt et 1 645, 3 vol. in-û"). On sait que Raconis a été une des victimes de Boileau. Voir, sur ce personnage, Tallemant des Beaux (passim), doni Liron (Bibliothèque chartraine), Bichard Simon (Lettres choisies), l'abbé d'Artigny (Nouveaux Mémoires d'histoire de critique, etc., t. VII. chap. x 1. M. Sainte-Beuve (Port-Royal, t. II , p. 1 84 '). Je dois faire observer que M. l'abbé Maynard a mis sur Abra de Baconis une note apologétique au bas de la page 34 1 du tome II de son Saint Vincent de Paul déjà cité.

que te suis, |a> mis mon aine mi dessus des mitres ci des couronnes. Il j ii un sujet, qui m'est |ilus proche, duquel je me suis expliqué à

vous. Mais au reste. Monsieur, si mou procédé me succède mal et s'il

reeule mes affaires au lieu de les avancer, ut mhividam ominari, je

suis iles|à tout CODSOlé <lu mauvais succès.

Je ne prétens point tant que mon discours soit un beau discours. que je désire qu'il passe pour uni- bonne action, et ne cherche point tant le nom de grand , éloquent et d'orateur figuré, que celuy d'homme de bien et de bon François. Je voudrois seulement n'avoir point parlé de t\^u\ personnes qui peut-estre ne vallent pas mes parolles. Mais à Dieu ne plaise que vostre très-humble serviteur ait mis le bon Dieu an rang des fantômes! Ne voyez-vous pas en termes exprès que ce sont les spéculatifs et les profanes qui courent après ces nouveaux fantosmes comme1 fortune, destin, maligne influence du Ciel'2, et que c'est moy qui les laisse courir après ces fantosmes pour monter à la véritable source des choses, et conclure par où j'ai commencé, que la guerre est une punition de Dieu, quichastie son peuple et cœlera. Les uns disent que c'est le comte d'Olivarès qui est la cause de la guerre, les aultres que c'est le cardinal de Richelieu; il y en a qui en accusent les astres ou la comète. Moy qui ne suis ny mesdisant, ny spéculatif, mais qui suis chrestien, je trouve dans les maux que nous faisons la cause de ceux que la justice divine nous fait souffrir. Si j'avois dit le Roy assisté de M. le prince de Condé et de M. le duc d'Orléans, j'offenserois sans doute le dernier, et il sembleroit que je luy voulusse faire perdre son rang; mais je puis dire, il n'y a point de prince estranger qui puisse aller de pair avec M. le Prince, beaucoup moins avec M. le duc d'Orléans, beaucoup moins avec le Roy, sans offencer M. le duc d'Orléans ny le Roy, M. le Prince n'estant qu'un degré pour aller à eux. Hic simile aliquid videbis, sapienlissime Capellane, si iterum orationem meam videas. Il n'estoit pas question de louer ex professo celuy qui avoit besoing de

' Le copiste a mis venge, ce qui est in- de son discours , sont si claires, que l'on compréhensible. ne s'explique pas la chicane de Chajpe-

3 Les paroles de Balzac, dans cite partie lain.

deffense et de justification pour la mémoire des choses passées, et néanmoins le nom de grand Prince le loue assez, et les aultres termes dont je me sers en parlant de luy. Mais après je deffie le plus bel esprit de messieurs vos panégyristes de ne rien dire de plus raisonnable ny de plus fort de cette personne-là, sans se rendre ridicule et. elle aussy.

Pour l'endroit des commissaires et pour celuy du Parlement, j'ayme encore mieux qu'on le trouve mauvais au Palais royal, que si on le trouvoit à dire à Paris, et j'ayme mieux ruiner mes petites espérances que de renoncer entièrement à ma liberté et faire le Sirmond ' ou le (îhastelet2. Si Son Eminence Mazarine ne me sçait gré de la période qui est pour luy, il sera fort aisé de l'effacer, et il faudra donner ou à Mecenas ou à quelque autre Romain les louanges que je luy avois préparées pour l'aultre discours. Je suis très obligé à vostre amitié des advis que vous m'avez fait la faveur de me donner, et parfaitement. Monsieur, vostre, etc.

Je seray bien aise de la clausule3 de la Diatribe; mais je le suis

1 Sirmond (Jean), neveu du P. Sirmond , le confesseur de Louis XIII , fut un des premiers membres de l'Académie française. Pellisson(t. I,p. 2 as) dit que, rr par la faveur du rrcardinal de Richelieu , qui l'estimoit un des r meilleurs écrivains qui fussent alors, il fut rrfail historiographe du Roy, avec douze cents rrécus d'appointements, i et qu'il <r fit pour rrce cardinal divers e'crits sur les affaires du -lemps, presque tous sous des noms supposés, il C'était à lui surtout que songeait Ralzac, dans la lettre XX, quand il parlait avec tant de mépris des Oraisons funèbres de Louis XIII. Sirmond, en effet, publia en i 643 (Paris, in-4") un mauvais discours intitulé: Consolation à la Reine Régente , sur la mort du Roi.

1 Paul Hav, sieur du Chastelet, d'abord

avocat général au parlement de Rennes, puis conseiller d'Etat ordinaire , un des premiers membres de l'Académie française, mort en i636. Il ramassa, dit Pellisson (t. I, p. 169), plusieurs pièces de divers auteurs pour la défense du ro'i et de ses ministres , les fit imprimer avec ce litre : Recueil de pièces servant à l'histoire, et mit au devant cette longue préface qui est comme une apologie du cardinal de Richelieu. M. R. Hauréau (tome X de la Nouvelle biographie générale, col. 71) prétend que Richelieu appelait familièrement Chastelet son lévrier, donnant ainsi raison d'avance à la sévérité du jugement porté par Ralzac sur la bassesse du personnage.

3 De clausulu, conclusion. Le mot manque dans le Dictionnaire de l'Académie et

DE JEAN-LOUIS Gl EZ DE BALZAC «I

beaucoup pins de cette ciansule de vostre lettre:/; commence à trouver qu'il y a longtemps que vous me resteriez mas lettres. Qu'il \ a de bonté el de tendresse cachée sous ces mots, et qu'il faut que vous m'aynûez pour estimer si fort < I **s choses de si peu de prixl .le vous envoyé les derniers vers que j'ay faits; mais vous ae vous estes pas souvenu de me renvoyer vostre sonnet. Je desirerois que la Diatribe fui dédiée <>u à \l. le Chancelier nu à M. d'Avaux, ou à M. le BaiUeul, et nostre cher pourroit méditer deux douzaines de ligues qui luy pourroieni ser\ ir à luy el. à moy.

Je n'exige rien de vous d'extraordinaire ny d'incivil, mais je ne sçaurois m'empescher de vous dire que vous me devez plus aymer que vous ne devez adorer le mort. En mesdisant de vous et de vos ouvrages, il vous a fait payer par vanité quelque chétive pension, prise de l'argent qu'il desroboit au public, et moy qui pour le plus n'ay que mille escus de rente1, je vous les donne dès aujourd'huy, si vous me voulez faire l'honneur de les accepter. Prenez-moy au mot, et vous verrez quel homme je suis.

Dans le discours à la Reine où il y a Princes et Ministres, capitaines el soldats, tous ont desrobé, il t'ault mettre, s'il vous plaist, Empereurs el lïoys, Conseil et Ministres, tous ont desrobé.

Du 21 janvier i6iû.

Monsieur, Je vous assassinay, il y a trois jours, de la multitude de mes escritures. Hœc satis illuderat. Voicy encore une recharge, et parce qu'il m'importe de sçavoir en quelle disposition sera pour moy le Cardinal Mazarin après la lecture du Discours, je vous suplie d'essayer de le descouvrir et de m'en mander la vérité. S'il est galand homme, et

dans celui de Trévoux. M. Litlré n'en a cité nait sur sa modeste fortune dans un curieux qu'un exemple tiré de Calvin. document dont la découverte est due à ' Il faut rapprocher ce renseignement des M. Babinet de Rencogne, et que l'on troudétails que, neuf ans plus tard, Balzac don- vera à Y Appendice.

qu'il me veuille obliger, j'ay de quoy n'estre pas ingrat, et je lui adresserais dans. peu de jours mon Cleophon sire] De la Cour, c'est à dire tout ce que vous avez veu des ministres et des favoris qui peut faire un volumette exquis, et estre divisé en neuf chapitres raisonnables, affin qu'il y en ait autant que de Muses2. Ce seroit dans cet avant propos que je parlerais de Casai3 et de tout le reste comme il fault, mais je ne veux point faire d'avances sans estre asseuré du succès de ma dévotion, et, si vous trouvez quelque sarbatane * propre pour luy faire porter de ma part le désir que j'ay de le servir, peut-estre qu'avec toute sa haultc faveur il ne rejetterait pas la bonne volonté d'un artisan!, lequel, aussy bien que Michel-Ange, peut mettre en enfer un cardinal ennemy5, et immortelles inimicilias exercere. Si vous me rendez cet office, je ne pense pas que ce doive estre par le moyen de M. Silhon6; car, bien que je l'aye tousjours connu vertueux et mon amy, néanmoins la pauvreté se regarde en toutes choses, et, vous excepté, je n'ay point encore veu de docteur qui ne fust intéressé et qui.

' Au lien desive, le copiste a écrit sieur, Comme si la Cour était une seigneurie de Cléophon. L'ouvrage dont Balzac parle ici est Aristippe, ou De la Cour, qui ne parut qu'après sa mort (Leyde, Elzevier, 1 658 ; Amsterdam, Elzevier, i664, pet. in-12).

Dans les Œuvres complètes, Y Aristippe. occupe les pages 129 à 190.

2 lï Aristippe parut divisé eu sept discours.

' Tout le monde sait que, le a 6 octobre i(53o, au moment où, devant Casai, l'armée française et l'armée espagnole en venaient aux mains, Mazarin, alors ;ïgé de vingt-huit ans, s'élança entre les combattants, apportant la nouvelle d'une trêve qu'il avait eu l'habileté de faire accepter aux deux généraux, et appelant par cette hardiesse heureuse la célébrité sur son nom. Voir, sur l'incident de Casai. M. V. Cousin : La jeunesse de Mazarin.

4 On disait autrefois sarbatane (de l'espagnol cerbatana) aussi bien que sarbacane, mais cette dernière forme a toujours été plus usitée.

5 Allusion au tableau de Michel-Ange, le Jugement dernier. Ce n'est point un cardinal que le sublime peintre a représenté dans la fresque de la chapelle Sixtine , c'est un simple maître des cérémonies de la cour pontificale, messer Biaggio. Voir le livre de M. Ai mengaud : Rome (in-fol., i856,p. 126).

'' Jean de Silhon, né à Sos, dans l'Agenais, à la (in du xvic siècle, mort à Paris en 1667. 11 fut secrétaire du cardinal Mazarin, conseiller d'Etat, membre de l'Académie française. 11 a été loué par Guy Patin et par Bayle, et aussi par Chapelain et par Pellisson. Balzac lui a écrit plusieurs lettres amieates (p. 35a, 458.684,686, etc.).

m matière de livres. servis! fidèlement les aultres docteurs. Tout ce que dessus est remis à vostre Imii jugement, el quand le Cardinal oe sçaurn

rien de ma |>arl et Défera rien pour iun\, je n en serav pas extrêmement affligé; vostre seule amitié m'est nécessaire, je me puis passer des anllres choses facilement. Kl an reste, en l'occasion présente, je seWrt très aise que l'on scache que j'a\ en la discrétion de ne vous rien communiquer qui vous put desplaire; mais aussy, pour mon intérest el pour mon honneur, vous ne devez pas estre fasehé que l'on -cache qu'il n'y a que le seul endroit dont est question qui ne vous pou voit pas estre agréable.

Mandez moy quel est ce gouvernement de Nostre Dame de la Darde ' el si le poète en tire de grands appoinlemens. Il faudra lui respondre au premier jour et au seigneur Colletet - par le premier ordinaire.

Depuis \e sonnet médisant, le cher Ménage et le furieux Ogier3 se sont-ils veus et racommodés? Si le dernier [ne] se pend un jour de

Geonjes de Scudéry avait reçu de Richelieu, en iC43, te gouvernement de \"dv-Dame-de-la-Garde,

Gouvernement commode et be:iu.

V i|iiî suffit, pour toute garde, Un suisse avec sa hallebarde Peint sur la porte du château.

( Voyage de Chapelle et de Bachaumoul , p. 89 de l'édition de M. Tenant de Latour, dans la Bibliothèque ehevirienne). Les vers de Chapelle et de Bacbaumont sont d'autant plus plaisants, que Scudéry avait fait une plus pompeuse description de sa forteresse.

* Pour Guillaume Colletet, qu'il me soit permis de renvoyer à 1 Introduction aux Vies des poêles gascons, publiées d'après le double manuscrit que possédait la bibliothèque du Louvre des Vies des poètes français (Paris, Aubry, 1866).

3 Ogier (François), qui fut prédicateur du roi et qui est souvent ajipelé dans les écrits de ses contemporains le prieur Ogier.

eut de terribles querelles avec le P. Garasse (Jugement et censure delà Doctrine curieuse, 1623, in-8°), avec le frère André (Apologie de \l.de Balzac, 1637, in-8°). Balzac se montre ici bien cruel à l'égard de celui qui avait autrefois si chaleureusement défendu sa cause contre le jeune feuillant. M, P. Paris a publié, d'après les manuscrits deConrart, une curieuse lettre inédite de Fr. Ogier à Balzac (page 1 1 1 du tome IV des Historiettes). Tallemant des Réaux (page 218 du tome V) parle ainsi du Sonne! médisant ; « Ogier, le prédicateur, fit en ce temps là un <r Sonnet qui disoit qu'il estoil surpris de avoir que Ménage persécutait un pédant et bien moins pédant que luy...» Tallemant ajoute : (r Ogier est hargneux et grossier, et rrpeut estre aussy pédant pour le moins trqu'un autre: pour l'éloquence, il se prend b pour le premier homme du monde. On les it accommoda. 1

ti .

ses propres mains, ce ne sera pas sa faute; ce sera une assistance particulière de -son Ange gardien, qui, à mon advis, doit bien veiller pour pouvoir empesclier ce mauvais coup.

Je vous envoyé deux copies de mon Christus nascens1, ou en la langue des devosts, de mon petit Jésus. L'une pour Mr d'Andilly et L'autre pour M1' Vincent2, en cas qu'il y ait commerce entre luy et Mr d'Andilly. Je suis de toute mon âme, Monsieur, vostre, etc.

Je ne sçay si Mrde Grasse aura receu une de mes lettres qui a esté adressée à mon neveu.

Du aô janvier i6àâ.

Monsieur, 11 estoit résolu hier que je vous escrirois aujourdhuv une demie main de papier. Mais il ne me reste qu'un petit quart d'heure jusqu'au départ du courier, et la journée que je vous avois destinée m'a esté ravie par des importuns. Je vous envoyé la cession que j'ay faite à Rocolet de mon privilège, pour le volume qu'il achève d'imprimer et pour le Discours à la Reine, auquel Rocolet, Monsieur, (bien loin de luy faire part des mistères denostre amitié) j'escrivis. il y a plus d'un mois, qu'il ne vous parlast point de mon discours, si vous ne luy en parliez le premier, n'osant pas luy en dire davantage, de peur de luy en dire trop, et parce que je sçay la portée de son gros esprit. Reposez-vous donc sur ma discrétion et ne doutez point du respect que je vous porte. Je feray plus que vous ne désirez de moy, et, si je suis obligé de publier un manifeste pour deffendre mon honneur et celuy de ma constance (à quoy je suis desjà préparé), je protesteray en termes exprès, nec sine honurifieentissinw nominis vestri mentione, que ce particulier est la seule chose dans laquelle je ne suis pas de vostre opinion.

' Le Christus nascens est à la page 3i de la seconde partie du tome II des Œuvres complètes. — 2 Saint Vincent de Paul.

Quod fcli.r fau8tumque vit, et pw plures autwmmos in Cofomerio sm> olietta iiiiu .laiiniit Capelano invictissvmuB princept. Je m'en devoia estré advieé de moy-mesme pour faciliter l'intelligence du lecteur Germain. El je suis fasché que voua ayea cet avantage sur rnoy. Mais, à propos <l<^ Germain, ce Gronoviua Federic1 n'eai paa si docteur à la douziesme que vous vous imaginez, «* I outre qu'il esl fort vertueux el bon amy, il a une grande el exquise littérature, el n'a pas plus de trente <l<'u\ ou trois ans'-.

Ne verrons-nous jamais la lin de la Diatribe ny des Discours? Je vous suplie, Monsieur, de grossir le ton de voslre voix la première fois que vous parlerez au massif, et de luy dire que, si on ne corrige trèsexactenient les cartons que j'envoyeray quand j'auray reçeu le reste des feuilles, il ne faut plus parler de commerce ensemble, .le n'ay point receu des nouvelles du petit; mais, s'il a de quoy contraindre le débiteur, cur non Deum et hominum implorai. Jidem , et pourquoy ne se sert il pas des remèdes du bon Mr de Racan, que j'ay veu, en pareille occasion, deffcndrc luy-mesme, avec deux sergents, la tapisserie d'un comptable, sur lequel il estoit assigné3? Je pense bien qu'on fait plus de cas d'un soldat que de douze docteurs de Sorbonne; mais je ne pense pas pourtant qu'on ait encore donné aux soldats des pensions sur les bénéfices; et, quelque ingrate et brutale que soit la Cour, il y a certaines grâces qu'elle ne sçauroit s'empêcher de faire aux docteurs. Le mal est pour moy que je suis des docteurs malheureux et disgratiés. Mais, si j'avois de la santé, je nie mocquerois bien du malheur et de la disgrâce.

Je vous demande la vie du Servite et nostre Diatribe imprimée le plus tost que faire se pourra.

1 Le copiste a métamorphosé le prénom J Voilà une bonne anecdote à joindre h

Frédéric ou Féde'ric en ce mot latin -./œderis. toutes celles qui nous ont été conservées par

'' Balzac était bien informé tant au sujet Tallemant des Réaux , soit dans son histo-

de l'âge qu'au sujet du mérite de Gronovius : riette sur le digne ami de Malherbe, soit

lesavantphilologue,néle3 septembre 1611, (passim) dans diverses antres historiettes, n'avait alors que 3 a ans et quelques mois.

8fi LETTtiLS

M1' i'Evesque de Grasse doit avoir reteu ma lettre, et je vous prie rie me tenir en ses- bonnes grâces. Je ne sçay ce que je vous escris, lanl je suis pressé, mais je sçay bien que je suis plus qu'homme du monde. Monsieur, vostre, etc.

Je vous ay escrit par les deux ordinaires de la semaine passée.

Du 2^ janvier ifj'i'j.

Monsieur, Je vous escrivis de more, il y a trois jours, mais si à la liaste que je n'eus pas le temps de vous coppier une épigramme, par laquelle je vous dédie un certain recueil de Pièces rustiques , qui sera à la fin de mon volumette. Toutes les pièces sont choisies, et de la composition d'excellens poètes, mais dont le plus ancien ne passe pas le pontifical de Léon dixiesme. Avec vostre permission, nous donnerons pou i filtre au Recueil : Rus et lusus rustici liber adoptivus, recueilli de plusieurs autheurs anonimes. Voicy l'épigramme, sive dedicatio operis ;

Ad Joanxem Capellanum.

Hi-ne tilii colles, hœc sylva, hic gemmeus amnis',

Et doraus et dominus vilia semper erunt? Surit hicDî. Capelane, tamen; sunt plurima cœli

Mimera, sunt mentis gaudia vera bonae.

At si nulla mei tangit te gloria ruris,

0 decus, o urbis sceptra tenentis ainor. Non ideo offendent fastidia tanta sodaleni ,

Desinet aut oculis velle placere tuis :

Accipe selectos alieni ruris honores.

Quoeque tulit docto vomere cultus ager.

Qui coluere, piis sunt nomina grata Camœni-

Nec veteri soboles inficienda Remo; , Nomina sed laleanl; tibi sat se Roma probabit,

Barbaraque Ausonius poma negabit odor.

Cette épigramme, Monsieur, ne vaut-elle pas bien une Ëpistre dé-

1 Œuvres complètes, t. II, 2' partie, p. h-2.

ilic;i loirc. et, puisque vous estes si constant à mespnsrr mou village el les IVuis de mon village, ■ t « - trouvea-voos p.is belle nnni invention de viius envoyer an aultre village, et des fruis d'autruj jusques à Paris? Les IVuis seront exquis el romains, n'en doutée pas, el il v aura bel plat (|ui' vous n'estimerea guères moins que Bsatm Me ptiprotul nego-

liis, ut jn-imi /[dis iiinrl<iliinit\ l'Yarastor-. Naugerius*, Flaininius4, Hii-

chanan5, Suliola" (?) el autres semblables, sont mes jardiniers; na^ais

sou venez-vous que je vous dis leurs noms à l'oreille, et qu'il faut que le lecteur les devine, et que, par l'odeur des pommes, il juge de leui terroir. \u reste, Monsieur, trouvez-vous bon que je me resjouissr

Bealue ille, qui proeal negotus, Ul prisée gens mortalium.

Quinti lloralii Flacci Ejmlon liber, od. il, v. i el ■!.

■ Fracaslor (Jérôme), le poële-médecin , auteur de Syphilis (Vérone, i53o, in-4"), ce poëme que tant de critiques ont regardé comme le plus admirable de tous les modernes poèmes latins, et que Jules-César Scaliger, si sévère pourtant, appelle divin dans le livre VI de sa Poétique. Voir, sur Fracaslor, les nombreux témoignages recueillis par Teissier ( (orne 1 des Eloges des hommes savants, tirés de l'Histoire de 1/. de Thou, p. 169-178).

' Le copiste a écrit : Hangerius. Naugerius est le nom latinisé d'André Navagero, né à Venise en iâ83, mort à lïloisen 1629. Ronsard, dans une lettre écrite à Antoine de Baïf à propos de la Pœdotrophie de Scévole de Sainte-Marthe, lettre publiée plusieurs t'ois et tout récemment encore par M. Achille de Rochambeau (en tête de son volume La famille de Ronsarl, 1868), s'exprime ainsi : tr Je le veux préférer (le livre de SainterriMarthe) à tous ceulx démon siècle, voire rrquand Bembe et Naugere et le divin Fratreastor en devroit estre courroussez ...» Consulter sur Naugerius le Manuel du Li-

lirniii' et la \ouvellc Biographie générale : les deux articles (le dernier de M. Léo Jonbert) sont faits avec beaucoup de soin.

* Marc-Antoine Flaminio, mort à Rome en 1 55o. Ses poésies ont été recueillies avec celles de son père en 1 763 : Carmma, edente Fr. Mancurlio (Padoue, in-8°). L'année suivante, Capponi publia à Bologne : M. ,4n/. Flaminii epislolœ familiales, nunc j/rii/aiiii edilœ et argumentis, nous, auctoris vila, aliisque accessionibus illustratœ (in-4°). Le nom de Flaminius figure dans le Scaligerana, dans de Thou, dans Teissier, dans Moréri , dans Ray le , dans le Mcnagiana, etc.

s Sur Buchanan (Georges) les citations seraient facilement innombrables. On en indique déjà beaucoup dans les Eloges des Savans et dans les articles des Dictionnaires de Moréri et de Bayle.

' Je n'ai pu réussir à reconstituer le nom , qui doit être fort estropié, decepoëte latin. J'avais pensé d'abord à un auteur italien du \vi° siècle, Hubert Folieta ou Fogliela: mais cet historien de la ville de Gênes, ce biographe des hommes célèbres de la Ligurie, fut-il jamais autre chose qu'un prosateur? Nulle part je ne vois la moindre mention de ses poésies.

avec vous de ce que j'auray de quoy faire un gros volume ad Atlicum des lettres que vous m'avez envoyées, et eu vérité je croy que ce sera le plus agréable de tous mes volumes. Je vous tiendray jusqu'à un billet, et n'eu soyez point en peine; mais il faut attendre pour cela une commodité aussy seure qu'a esté celle de Mr d'Argence.

Pour vostre beau sonnet réformé, vous auriez mon petit Jésus, changé en quelques endrois, si mon copiste ne s'estait allé promener à la ville. Quand il sera de retour, il en fera quelques copies que je vous envoyeray par le premier ordinaire. Vous me ferez bien la faveur de faire rendre mes lettres à M1' le Gouverneur de Nostre Dame l e^au poète du fauxbourg S' Marceau2.

Je suis Monsieur, vostre, etc.

Du 1" février 1 664.

Monsieur, Vos yeux sont très-bons pour voiries choses présentes, et vos raysonnemens sont encore meilleurs que vos yeux pour juger de l'avenir. Je sçay d'ailleurs que mon seul intérest vous intéresse dans les advis que vous me faites la faveur de me donner, et qu'il n'y eust jamais d'amitié plus noble ny plus magnanime que la vostre. Aussy, Monsieur, reçois-je tout ce qui m'est annoncé par vous, comme proposition d'éternelle vérité, et vous me feriez grand tort si vous doutiez de ma foy, de ma déférence, de mon zèle et de toutes les autres qualités qui accompagnent la yraye dévotion. Ma pensée n'est point exagérée par ces dernières parolles; et je vous jure sérieusement, et par un serment qui n'est point poétique, que mihi unus es pro omnibus, et que cette pure et généreuse amitié qua me dignaris amanlem est le

1 Scudéry. Colletel (p. 22-2Ù). On sait que celte mai-

2 Guillaume Colletet. Voir dans les Vies son, située dans l'ancienne rue des Morfondes poètes gascons , déjà citées, une note, à dus (aujourd'hui rue Neuve-Saint-Etienae), la suite de l' Introduction , sur la maison de avait été habitée par Ronsard.

DE IEAN-LOI IS Gl EZ DE BALZ IC 89

Buuverain bien que je pense avoir trouvé en cette vie. Voylà l'essentiel de ma lettre el ce que mon cœur avoil à vous dire.

Je viens au moins important, el vous prie de croire que la publication de mon discours c'est poinl i chose que je désire avec ardeur.

Il me suilii d'avoir parlé en homme de bien, el suis résolu de me taire à l'advenir, puisque les vérités le plus Bagemenl et le plu- discrètement proposées oe laissenl pas d'estre odieuses el de Faire mal auj yeux el aux oreilles des supérieurs.

Rocolet ne me mande rien de Mr le Chancelier: c'est qu'il veut faire le lin et me donner le change d'une autre façon; mais c'est un faquin en toutes façons, et je suis bien aise pourtant de pouvoir luy mander qu'il suprime le Discours, sans qu'il connoisse que j'aye eu aucun advis de Paris, pour la réformation dudit Discours.

Au reste, Monsieur, vous me béatifiez de m'offrir une occasion de vous servir en Saiutonge. Nous y trouverons des [amys] et. s'il en est besoin, je y envoyerai un homme exprès , docte et intelligent en telles matières, qui vous empeschera d'estre trompé. J attens cependant vos procurations, et prélens de vous faire voir qu'encore que je ne sois pas homme d'affaires , je sçay tourmenter d'une étrange sorte ceux qui le sont. En un mot, mon cher Monsieur, l'excès de mon affection supléera au défaut de ma connoissance. J'achève ce mot dans une extrême précipitation.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Il faut pourtant que vous sçachiez que je me sens très-obligé aux nouvelles faveurs que j'ay receues de Mr Ménage. L'addition est trop belle et trop avantageuse pour moy. Je vous ay escrit par les quatre derniers ordinaires. Je vous prie que mon Christus nascens ne soit veu que comme je vous l'envoyé.

Du 7 février 1664.

Sit hoc Miter res judicatas. En tout l'empire de la vertu il n'est point de bonté ny de sagesse pareille à la voslre; et en tout celuy de la volupté point de douceur ny de délices comparables à celle de vostre communication. H y a mesme je ne scay quoy qui chatouille dans les blessures qih'on reçoit de vous, et vous me blasmez avec tant d'amour, que vos blasmes me sont des faveurs, et que je croy vous devoir remercier de l'obligeante manière que vous apportez à me contredire. Je le fais, Monsieur, de tout mon cœur et avec tant de respect pour vous, que je ne veux plus vous répliquer, quoy que je le pusse faire trèsaisément. H est juste que le dernier mot vous demeure et que vostre aulliorité impose silence à ma raison. Ce sera au public, s il en est besoin, à qui je rendray compte de mon procédé.

Instabilis nec nos animi justa arguet uuquam Posterilas, nec quinque annos laudasse Neronis, Aut laudes célébrasse tuas. Armande, pigebit, Gum nondum daninatus eras.

C'est à dire, en langue vulgaire, devant qu'il eust fait mourir de faim la bonne Reyne Marie1 et que le Roy Louis le Juste l'eust accusé eu mourant d'estre cause de sa mort2. Si au reste vous avez trouvé dans

1 C'est là une exagération de rhéteur.

Balzac a changé un dénûment relatif en une misère absolue, extrême. La vérité est que Marie de Médicis mourut, âgée de près de soixante-dix ans, d'une fièvre compliquée des plus graves accidents (3 juillet iG4a). Il ne faut pas oublier que le cardinal de Richelieu lui avait fait accorder, le ao mars de l'année précédente, un secours de cent mille livres (Bazin. Histoire de France sous Louis XIII, t. III. p. 90). Balzac, qui avait fait un grand éloge de Marie de

Médicis dans une lettre à Richelieu, du i5 mai 1620 (p. 4 du tome 1 des CBuoret complètes), en reparla très-favorablenn>::l . à plus de vingt ans de distance, dans celle des Dissertations politiques qui porte le singulier titre de : Les baisers de Pénélope (t. II. p. Soi). Repoussant d'avance les attaques de M. Michelet. il dit en cet endroit : rr Cette bonne reyne, que nous sçatrvons n'avoir pas esté moins chaste que les n poètes nous figurent leur Pénélope. . . . - 1 Le P. GrifFet (Histoire du règne de

mes lettrée quelque terme qui vous a desplu, je voua suplie de n'en point accuser mon Intention, el de pardonner à un pauvre homme qui a m. il dormi la nuil et qui voub escrit à la haste le matin, le plue souvent sans revoir ses eSCritureS.

Je suis liés satisfait de SI* Ménage el de tout ce que j'ai veu dans son billet, quoyque peu content de la peine qu'on vous donne de courir après le privilège. Vous devez avoir receu le mien, que vous garderez, s'il vous plaist, Jusqu'à ce qu'il le faille mettre entre les mains

du sieur Hocolel.

J'iillens la dissertai ion Salmasienne et la vie du Père Paul, et vostre jugement en quatre lignes de la guerre de nostre Monsieur Arnaut avec le Père Petau1, an sciliai '.pr&pitwm Marient nostro ilh fitliuiun exislinias?

Vous estes, ui semper, très-ingénieus et très-galand sur le sujet de Paris el de Corinte, qui n'est aujourd'huy qu'un meschant village el qui ne vaut pas une paroisse de trois cens livres de rente'2.

Le petit m'a escrit par le dernier ordinaire, et sa lettre est du 3o du mois passé; il me mande qu'on lui faisoit espérer de luy donner le lendemain le reste de mon argent. Quoy qu'il en soit, je désire luy lesmoi-

Louis XIII, t. lit, p. 601, Go-j. etc.) ne dit rien de cette accusation in extremis. Michel Le Vassor garde, à ce sujet, le même silence (Histoire de Louis XIII , t. VI, p. 691-703). Enfin, M. Bazin ne parle pas plus que ses devanciers de l'incident raconté par Balzac (Histoire de France sous Louis XIII, t. III, p. -209-219).

' irLe savant et respectable Père Petau,» comme l'appelle M. Sainte-Beuve ( Port- Pwyiil, t. II, p. 18a), «ce profond auteur «de la Doctrine des temps et des Dogmes « Idéologiques n (ibid., p. i83), écrivit, contre la Fréquente communion d'Arnauld, un gros livre intitulé : De la pénitence publique (i6&4). Voir sur le P. Petau l'ample

article du tome XXXVII des Mémoires de Niceron, article dû à la savante plume du P. Oudin. On trouvera dans ces cent quarante pages les détails les plus complets sur la vie littéraire de l'adversaire d'Arnauld et de Saumaise.

2 Le nom de Corinthe est amené ici à l'occasion de Paul de Gondi , sacré à Notre- Dame, le 3i janvier ihkk, archevêque in partions de Corinthe. ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le rappeler. De nos jours, comme du temps de Balzac, Corinthe n'est plus guère qu'une misérable bourgade. Voir Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (première partie).

gner ma rcconnoissance sans attendre davantage, et je vous Buplie, Monsieur, de luy faire prendre dix ou douze pistoles, pour sa foire S' Germain, sans que je prétende par là m'estre acquité de l'obligation que je luy ay . S'il ne vous va voir, vous me ferez bien la faveur de luy donner cet advis par un billet de deux lignes et de luy mander que je luy ay escrit par la voye de Rocolet.

Je vous fis sçavoir, il y a huict jours, combien je me sentois honoré d'estre vostre agent en ces quartiers. Envoyez-moy les pièces nécessaires pour cet effet; mais parceque difficilement il se trouvera des fermiers qui se veuillent charger de faire porter le prix de leur ferme à Paris, il ne faudra point apposer cette condition en la procuration qui sera envoyée pour affermer. Il suffit qu'ils s'obligent de payer à Angoulesme et c'est moy qui me charge de vous faire tenir vostre argent.

J'ay encore changé mon Chrislus nascens, et je vous avoue que je suis un importun et peut-estre un impertinent changeur.

J'escriray à nostre très cher Mr Lhuilier par le premier ordinaire et n'ay pas une minute de temps pour escrire davantage.

Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Du i5 février 1 664.

Je vous jure, avec la formule si sciensfaUo, que je n'ay jamais rien veu de si sage que la lettre de M'd'Andilly à Monsieur le premier président de Toulouze1. Les choses m'en plaisent infiniment, mais d'ailleurs les

' On trouvera cette pièce, qui est en effet dilly a parlé de sa querelle avec le président

très-remarquable , dans lesLettresde M. Ar- de Gramond (p. i3a-i33 de ses Mémoires,

nauld d'Andilly (p. 458-466 de l'édition de édition de 1734, Hambourg). Voir encore.

i665, Lyon, in-12). C'est la lettre CGLXXIV sur cette affaire, YAvis mt'.s en tète desdits

àM. de Montrave , premier président au Par- Mémoires par l'abbé Goujet (p. iv, v, vi).

lement de Tolose, sur le sujet de l'Histoire de M. Sainte-Beuve a dit de la lettre à M. de

Jf. le Président de Gramond. Arnauld d'An- Montrave (Port-Royal, t. IL p. 258) : fil

I)K JKAN-LOUIS GUKZ DE BALZAC.

paroles son! si justes el si bien placées, si pures el si ouées à leur sujet. • [ne je ne craindrai point dasscurer que celuy «j n i les employé de la sorte possède l'atticisme de la cour; et saporem illum vere urbanum que/m nos provinciales (si vous ne niVn voulez pas excepter) <kIc<> non unriwus ut nr sitspimnur quide m, el raiera. Mais, Monsieur, que veul dire ce Gascon, d'accuser un Romain de lascheté; je dis un Romain de la saine République, el. devant que Pompée et César eussent tout gaslé? N'est-ce pas l'historien dont vous m'envoyastes l'histoire cl une lettre latine, il y a quelque temps? Ver Dio Sanio voilà un beau juge de l'honneur et de la réputation des hommes1!

Les Jésuittes m'ont l'ait voir un livre qu'ils disent estre de la façon de M' le Prince2, et certaines lettres de Mr de Marca3, qui s'est travesti en Mr Euscbe. Je suis fasebé que nos amys se brouillent ainsy avec

"y a, dans cette réponse, quelques accents «élevés qui sentent l'honnête homme et « l'éloquente famille. »

1 Balzac ne pouvait apprécier avec bienveillance un auteur qui, en continuant l'Histoire du président de Thou, d'abord de 1610 à 1617 (Paris. 1G&1, in-fol.), ensuite jusqu'en 1629 (Toulouse, i643, in-fol. ), avait flatté Richelieu autant qu'il avait attaqué la plupart des adversaires du cardinal. Guy Patin est encore plus sévère que Balzac, lui qui ne craint pas de dire (t. I, lettre 91): "Son livre est peu de it chose. . . il est rempli de faussetés et de rr flatteries indignes d'un homme d'honneur, v Bayle, plus équitable, a déclaré que l'histoire de Gabriel de Barthellemi de Gramond est estimée, rappelant de plus que rrles « étrangers l'ont jugée digne de leurs * presses, tant en Hollande qu'en Allemagne. » Il loue aussi la bonne latinité du livre. Golomiez, dans sa Bibliothèque choisie, a été non moins favorable que Bayle à l'historien toulousain.

! C'était vrai. Le livre du prince théolo-

gien parut, en 16/ii, sous le voile de l'anonyme, avec ce titre : Remarques chrétiennes et catholiques sur le livre de la Fréquente communion. Voir, sur cet ouvrage , M. Sainte- Beuve et la piquante citation qu'il tire des Mémoires du P. Rapin (Port-Royal, t. II, p. i85).

3 Ces lettres n'étaient point de Marca. Voici ce qu'en dit M. Sainte-Beuve (ibid.. p. i83) : "Les lettres d'Eusèbe à Polémarque , n attribuées au Père Lombard , et qui axaient rr précédé de peu le volume du P. Pelau. " lettres "écrites par un soi-disant évêque crà un soi-disant haut personnage, homme f de guerre et capitaine , affectaient des airs cr cavaliers et sentaient le collège à pleine tr gorge. » Dans les Supercheries littéraires dévoilées, deQuérard (édition de MM. G. Brunet et Jannet, t. I, 2' partie, col. 1266). c'est aussi le P. Nicolas Lombard, jésuite, qui est signalé comme l'auteur de la Lettre d'Eusèbe à Polémarque sur le livre de M. (/•nauld (Paris, Hénault, 16W, in-A"). La même année , le P. Pin thereau .jésuite , prit encore le pseudonyme d'Eusèbe pour répondre

nos amys. Mais, sans entreprendre de décider la doctrine contestée, el après avoir dit qiuv sypra me nihil ad me, je ne voy point d'esprit, à le considérer dans la pureté de son naturel, qui soit de la force de celuy à qui tant de gens déclarent la guerre. Celle dont me menasse le brave de vostre lettre 1 est certes digne de luy, et je vous avoue qu'il pouvoit estre vaillant contre moy, mais vous m'avouerez aussy que pour cela il ne se raquiteroit pas de ses pertes, et que, son intérest luy devant estre plus proclie que celuy de son allié, il devroit battre toute la France qui met enproverbe sa poltronnerie, et le chante depuis Amyens jusques àBayonne. S'il continue à me menasser, il faut que je luy dédie la vie de son allié, et que je luy face une Epislre qui soit digue de l'histoire. Y aura-t-il toujours de la tyrannie, et la vérité ne trouvera-t-elle jamais de protection? Mais encore le tyran mort valoit quelque chose : cettuicy n'est guères plus grand guerrier que le Drancès de Virgile2; et si on soulfroit son joug avec patience, non tanlama Ubertate sed eliam a servitute degeneraret genus humanum.

Je ne sçay pourquoy je vous ay parlé de Mr Vincent3: cet article

à ce qu'il appelait le libelle diffamatoire intitulé : Théologie morale des jésuites (par Antoine Arnauld).

; Le cardinal Mazarin. comme on le voit clairement par une des phrases qui suivent , où est établi un parallèle entre le tyran mort, qui valait au moins quelque chose [Richelieu), et le tyran vivant, qui, pour Balzac, semble en ce moment ne rien valoir du tout. Je dis en ce moment, car. en d'autres occasions, Mazarin fut tout autrement jugé par le correspondant de Chapelain. Voir surtout une lettre du 3 avril îbhk (p. 686 du tome I des OEiwres compléta), où le successeur de Richelieu est déclaré *si nécessaire au bien général du monde » Voir encore une lettre h Mazarin du 7 novembre i64i (p. 99^). où Balzac s'écrie, tout en protestant qu'il ne veut rien ampli-

fer et qu'il repousse les exclamations oratoires : r C'est prendre son rang, par adt, vance, entre les demi-dieux de l'histoire, et

ir estre véritablement del'ancienne Rome i>

! Drancès. ainsi caractérisé (Mneid. lib. XI, v. 34o, 340:

Largus opum , et lingua melior. sed frigida bello Dextera . . .

Drancès. auquel Turnus dit un peu plus loin :

. . . Quid cessas? An tibi Mavors Ventosa in lingua. pedibusque fugacibu- islis Semper erit. . .

\ incent de Paul qui, très-influent sur l'esprit de la reine régente, aurait, plus facilement que tout autre, pu faire obtenir à Balzac un de ces gros bénéfices qu'il désira toujours si vivement , tout en ayant l'air de les dédaigner.

vous aura pu donner mauvaise opinion de raoy e( de ma philosophie. M.iis. si vous avez le don de pénétration, vous pouvez lire dans mon cœur que je refuserais l'archevesché de Tolède, si on me le vouloij donner, à la charge seulement de dire l<- Bréviaire. .!<• ne demande que du loysir, mais avec un peu plus de et emtera.

Je suis en peine, Monsieur, de quelques lettres h de quelques vers doiii voue ne m'eserivez rien. Peut-eslre que j'ensçauraj des nouvelle» samedy, el cependant <>n vous l'ait une seconde copte <1<> l'Epigramme; mais vous ne la sçauriea bien entendre, si par malheur les lettres se sont perdues.

Je suis. Monsieur, vostre, etc.

Je vous suplie, Monsieur, de vous vouloir bien souvenir Je tout ce (jue je vous ay escrit par ma précédente sur le sujet de Mr de Bonaii-. Je lin ay l'ait sçavoir et lui lais sçavoir de mes nouvelles par la voye de Rocolet.

Du 32 février i(J4i.

J'estoisen peine de ma dédicace, mais, puisque vous l'avez receue et qu'outre cela elle vous a plu,

yEqualis astris gradior et cunctos super Altum superbo vertice attingens polum.

L'Epigramme est vostre, et par conséquent vous eu pouvez faire ce qu'il vous plaira. Je vous en envoyai une copie par le dernier ordinaire, où il y a un hémistique changé, et à mon advis changé en mieux. Voicy encore deux copies reformées du Christus nascens, l'une pour Mr d'Àndilly et l'aultre pour Mrl'évesque de Grasse, auquel j'ay escrit, n'en doutez pas, par la voie de Campagnole; mais c'est un cavalier qui n'est pas si ponctuel que vous, ny si diligent à s'aquiter de mes commissions.

Je pense que je ne vous ay encore rien dit du billet de nostre Liés cher Mr de Voiture. H est certes extrêmement obligeant, et agnosco veteris vestigia Jlammw1. Mais je vous prie de me faire souvenir des parolles de mes lettres. Ay-je voulu faire un si sale marché que celuy qu'il me reproche? et sçavoir d'un homme s'il a agréable qu'on parle «le luy, est-ce luy dire en langage suisse, point d'argent, point de louanges? Je ne veux pas m'enfoncer dans cette matière, je vous diray seulement que l'empereur Auguste estoit bien aussy grand seigneur et d'aussy bonne maison que M. le cardinal Mazarin. Cet empereur néanmoins escrivist autre fois en ces termes à un de nos chers amys : Irasci me tibi scito , quod non in plerisque ejusmodi scriptis mecum potissimum loquaris. An vereris ne apud posteros infâme tibi sit, qnod videaris familiàris nobiscsse'2! Ce sera donc à Auguste, Monsieur, à qui j'adresseray mon Cleophon ou à quelque autre honneste homme de ce siècle là, puisque les gens de cettuy-cy se tiennent si roides sur le point d'honneur8.

Mr de Scudéry m'ayant offert une couronne de sa façon , une si grande bonté m'a touché sensiblement, mais ma modestie n'a pas creu que je méritasse d'estre couroné, et j'aymeroys beaucoup mieux une petite éclogue qui parlast de ma solitude qu'un panégyrique4 régulier qui me louast avec excès5.

Rocolet ne vous a rien dit qui vaille, et mon privilège est généralement pour toutes mes œuvres sans qu'il y ait lieu de pointiller sur les termes. Qu'il se serve néanmoins du sien, si bon luy semble; je ne

1 Mneid. lib. IV, v. a3.

Suétone, Horalii poetœ vita.

5 VAristippe fut dédié à la reine Christine.

4 Le copiste a mis panegyris, niais dans d'autres lettres il a écrit panegijric et panégyrique. Je crois donc pouvoir adopter cette dernière forme. Au reste, panégyrique n'était pas encore très-employé à cette époque, et Vaugelas, ne le trouvant ni dans Nicot ni

dans Monet, déclara que c'était un mol nouveau. D'Aubigné, pourtant, comme l'a fait remarquer M. Littré, avait dit (Histoire universelle, t. II, p. â 87 ) : trnos faiseurs de panegerics.»

5 Le Dictionnaire de Trévoux cite, sous le nom de M"* de Scudéry, cette observation trop applicable au discours de son frère en l'honneur de Balzac : «Rien n'est plus ente nuyeux qu'un panégyrique mal fait.')

m: .11: \\ i.oiiis ci!!-/ DE 11 \i.z IC.

veux point user de mon droil et suis content de I u y donner pins que je ne luy ai promis. fay pourtant sujet de me plaindre <l<' ce privilège obtenu sans m'en advertir, vous ayanl fait [sçavoir], il y a |»lus d'un an, crue je luy voulois l'aire cession du mien.

J'ay receu le mémoire <pie vous m'avez l'ait la laveur de m'en\o\er et l'ay mis entre les mains d'un homme qui a de bonnes habitudes au pais du Prieuré, ei qui m'a promis de nous y servir très fidellement. Vous pouvez croire que cette affaire m'est bien [dus chère que les miennes propres, et (pic quicquidvolovaldevolo, c'est-à-dire que Saint- Hilaire d'Hiers1 m'est aujourd'buy l'archevesché de Tolède.

Je vous envoyé une lettre pour nostre incomparable Mr l'Huilier; elle avoit esté oubliée par le dernier ordinaire, et vous m'obligerez de la luy faire rendre seurcment. Je vous demande la mesme faveur pour une autre despesebe qui est importante, et je vous suplie qu'un de vos gens la porte au Collège de Navarre sur l'heure du disné, affin qu'il la donne en mains propres à celuy à qui elle est adressée. Un équivoque me faseberoit, et il sera aisé de l'éviter, parce qu'il n'y a point de plus célèbre pédant en tout le collège, ainsy qu'il me mande de luy-mesme -. Je vous baise très-humblement les mains et suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.

J'ay escrit au petit par les deux derniers ordinaires, et luy ay envoyé une lettre pour Mme de Brienne3, jadis de la Ville-aux-Clercs. Je

1 Un de ces petits bénéfices dont Tallemant des Réanx disait (t. III, p. 278) que Chapelain en avait plusieurs, ajoutant : n- Il court "après un petit bénéfice de cent francs. 71

* Ce célèbre pédant, aujourd'hui si inconnu, était, comme nous l'apprend la lettre suivante, un certain Maury, qu'il faut peutêtre identifier avec le poëte Jean Maury, mort en 1697. On a une lettre de Balzac (p. 54g) à M. Maury, docteur en théologie ( 3o août i64o). Est-ce au même que Bal-

zac avait écrit, le q3 octobre 1 636, pour le remercier de ses vers latins (p. k 1 8. A M. de Maury)?

3 Le copiste a écrit Brière. Louise de Béon, fille de Bernard, seigneur du Masses, gouverneur de Saintonge, d'Angoulême et du pays d'Aunis, avait épousé, en i6q3, Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne. seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d'État, l'auteur des Mémoires publiés pour la première fois en 1719 (3 vol. in-12.

croy qu'il vous aura apporté le reste de mou argent sur lequel vous lui donnerez, s'il vous plaist, ce que je vous ay prié de luy donner. Je veux croire qu'à présent vostre fluxion est au nombre des choses passées.

Du 29 febvrier i64i.

A ce que j'apprens, l'épistre ad Menagium a donné l'allarme aux Hollandois et a troublé l'aime université de Leiden et Messieurs ses curateurs. Que ne fera-t-elle point quand elle sera publiée? et si le docteur Heinsius ' est assez téméraire pour \ respondre, DU boni, quel bon plat sera ce hachis de sa tragédie que nous promet Mr de Saumaise! J'attens cette célèbre Epistre, accompagnée de toutes les autrepièces que vous me faites la faveur de me promettre. Mais, Monsieur, mon compliment à mondit sieur de Saumaise s'est-il perdu ? et n'a-t-il point sceu que j'av delà gratitude, ou, pour parler avec Grassot2, que je suis animal reconnoissant? Il me fascheroit qu'il creut le contraire. Du reste, je ne m'en mets point en peine et vous sçavez bien que je ne voudrais jamais qu'on respondit à mes lettres, de peur d'estre obligé aux répliques.

Amsterdam). M™' de Brienne mourut le •>. septembre 1G67. Femme d'un secrétaire d'Etat . belle-tille d'un secrétaire d'Etat, elle l'ut aussi mère d'un secrétaire d'État ( Henri- Louis de Loménie). Balzac lui écrivait, le 1 h décembre 1 644 (p. 58a ) : trll n'est point *rde lieu si reculé où la réputation de vostre " vertu ne soit arrivée. La voix publique ittn'ea vient entretenir jusques au désert, et •Houle la France est en cela l'écho de Paris. - Voir une autre lettre à U comtesse de Brienne, du 5 mai i645 (p. 672).

1 Le copiste a écrit Heius. Heinsius ne répondit pas à la dissertation de Saumaise :

Cl. Sahnam ad jEgid. Menaghm epiatola super Herode infanticida , Heinsii tragœdia, et censura Balzaci (Paris, V" Mat. Dupuis.

iG44. pet. in-8°). Rappelons ici que la tragédie de Daniel Heinsius avait paru en i63a, que le discours critique de Balzac avait été publié en i636, et qu'enfin la réponse de l'auteur avait vu le jour aussi en i636.

' Jean Crassot, né à Langres, professeur de philosophie dans l'Université de Paris (au collège de Sainte-Barbe) depuis 1 587 jusqu'en 1616, année de sa mort. On publia . en 1617. sa Logique (in-8°); en 1618, sa

Ce M' Sarrau, dont vous me parles1, ne serohVil point beau-frère d'un des meilleurs e( |>lns chers amys quej'ay en ce monde, nommé M1 de Morin, conseiller en la Chambre de l'Édil de Guyenne .' Il me semble que je l'aj ouy quelque fois nommer à ce cher amy; et, si ma mémoire ne B'équivoque, il esl de Bourgoigne, le lilz d'un secrétaire

iln Mareselial de Biiotr1. Il ne faudra |>as seideinenl Iny donner un

Physique (in-8°), et en 1619 son Corps de philosophie (a vol. in-/i"). IiC Naudceana de 1701 (p. 11 3) dit: irM. Grassot est fort tf prisé en Italie.... Ce n'est pas sans raison ••qu'il y esl loué hautement. Grassot a esté ■ -un grand personnage., etc.» L'abbé de Manilles (Mémoires, éd. de 1755, t. I. p. Go) i ilonné de singuliers détails sur ce professeur.

1 Claude Sarrau, un des plus vertueux.

magistrats et un des érudits les plus distingués du xvii° siècle, inter bonos optimus, inter doctos doctissimus , comme s'exprime son ami Jacques le Paulmier de Grentemesnil . dans Cl. Sarravii Epitaphium , en tête du recueil des Lettres de ce dernier (Ulrecht, i 697 ). J'ai réuni divers renseignements sur Sarrau et sur sa famille autour d'une Lettre inédite de Claude Sarrau, tirée de la collection Dupuy et publiée dans la Revue d'Aquitaine (1866, p. 390-399). Là j'ai cité un fragment d'une lettre très-élogieuse adressée par Balzac à Sarrau, ieao octobre i644, et imprimée à la page 04 1 du tome II de l'édilion de 1 665.

' Le copiste a écrit Marins. Marie de Sarrau, sœur de Claude, sœur en même temps de cette marquise de Viliars qui paya de sa tête sa participation h la conspiration du chevalier de Rohan (167A), avait été mariée, le 18 octobre 1625, à François de Morin, seigneur de Tourtoulon, conseiller au parlement de Bordeaux et à la chambre

de l'édilde (Juienne. lequel était lils de Jean de Morin, conseiller en la même cour, el de Catherine de Reyla. Balzac lui écrivit le 9.0 février i630 (p. hih : A Monsieur de Morins, conseiller du Hoy en la chambre de l'édit, ù Agen). Une autre fois, Balzac le remercie (lettre sans date, p. 661) d'un* charge de muscat dont il dit : «C'est une f charge d'enthousiasme et d'inspiration que «vous m'avez lait la faveur de m' envoyer.» Enfin, Balzac parle de lui dans la lettre à Sarrau citée (note précédente): "Quand "M. de Morin ne vous seroitrien, et que «vous ne seriez pas le grand confident du «grand M' de Saumaise , vous avez des par- «ties essentiellement vostres, etc."

3 La mémoire de Balzac s'équivoquait : Sarrau n'était pas de Bourgogne, mais d'Aquitaine, in Aquitania natus, dit Le' Paulmier. Claude Sarrau naquit très-probablement dans la maison paternelle située à Boynet, dans la commune actuelle deLaussou, près de Monflanquin (Lot-et-Garonne). Ce ne fut pas le père, mais bien le grandpère de Claude Sarrau qui fut le secrétaire du maréchal de Biron. Tous les deux portèrent le prénom de Jean et prirent le titre de seigneurs de Boynet (en Agenais). Le grand-père de Claude, consul de Monflanquin, en 1610, fut anobli en 161 k pour services notoires rendus au roi et à l'Etat. (Papiers de famille conservés au château d'Arasse, prèsd'Agen.)

exemplaire, mais il luy en faudra donner plusieurs, pour en envoyer quelques uns ad partes Infdelium, je veux dire en la contrée des Bataves, à Mr Saumaise, à Mr Gronovius et à Mr Huygens, si vous le voulez; car je vous déclare, Monsieur, que le livre est à vous et non pas à moy; et je vous prieray d'en prendre une cinquantaine d'exemplaires, pour les faire distribuer comme vous le jugerez à propos.

Rocolet me parle d'un avant-propos et me menace là dessus d'une de vos ordonnances par vostre première lettre, à laquelle ordonnance je désobéis dès à présent, et vous suplie que ce soit le libraire qui parle, pourveu qu'il ne die rien d'impertinent. 11 ne faut point attendre mon intention, car en conscience mon intention seroit de supprimer le volume, et je seray bien aise qu'il passe dans le monde pour un fœtus expositus de vostre mélancolique amy. Si on met un avant-propos, je ne pense pas qu'il doive s'estendre au delà d'une douzaine de lignes ou de deux douzaines pour le plus, et de istius modi prœfatutncuîœ scopo, in Ma ubi habitas rerum luce melius multo me et videbis et judicabis.

Je vous envoiay, il y a huit jours, une lettre pour Mr l'Huillier, laquelle avoit esté oubliée. Je voudrois bien qu'elle le trouvast encore à Paris. Et, sans mentir, c'est un estrange homme de vouloir estre sénateur à Toulouse. Je ne m'estonnerois pas tant s'il y vouloit estre simple citoyen, ou s'il se venoit faire hermite à Balzac, car occupations pour occupations, celles de Paris doivent estre préférées à toutes les au! très.

Je n'ay point de nouvelles de Mr Mainard, et suis en peine de sa santé. Vous nous aurez bien fait la faveur de recommander les deux paquets qui vous ont esté adressés pour luy. Je vous ay aussy prié de faire rendre en mains propres à Mr Maury une lettre que je luy ay escrite, et ledit sieur Maury, comme je vous ay desjà mandé, est précepteur du fdz de Mr de Villemontée l, et loge au Collège de Navarre.

' François de Villemontée, seigneur de de la Saintonge et de l'Aunis, de i636 Villenauxe et de Montaiguiilon, maître des à 1661, conseiller d'État en 1657, puis requêtes en 1626, intendant du Poitou. évêque de Saint -Malo; mort en octobre

Vous m'offensez de délibérer si vous me devez prendre au mol pour l'offre que je vous ay faite de vous faire tenir l'argent de vostre ferme à Paris. Je vous offre bien davantage, car je veux estre vostre fermier, si vous n'en trouvez point qui veuille traiter raysonnablemenl avec

vous.

Je suis de toute mon aine, Monsieur, vostre. etc.

Du 7 mars ili'1'1.

Monsieur, Que vous m'avez fait de plaisir de me destromper, et que je suis ayse de savoir que l'Evesque joueur de balon ' soit le véritable aulheur des Lettres d'Eusèbe! Je n'en avois leu que fort peu; mais ce fort peu m'avoit très peu satisfait et ne me sembloit pas digne de vostre amy de Béarn2. Je m'en estois mesme plaint, avec ma franchise de village, à son allié M. de Forgues3, et luy avois dit : Nollemfactum, et peut-estre quelque chose de pis. Mais un grand malheur pour moy de l'autre costé, c'est que ce bon prélat, dont le premier nom guérit de la fièvre quarte (yoealur si quidem Abracadabra) me menaça dernièrement par un de mes amys, qu'il trouva je ne sçay où, de m'envoyer

1670. Voir l'historiette qui lui a été consacrée par Tallemant des Réaux (t. IV, p. 346- 348). M. P. Paris a cité (p. 348) deux lettres écrites par Balzac, en juillet i64i et en avril i64a, à Villemontée. Beaucoup de lettres de cet intendant sont réunies dans les volumes du fonds français qui renferment la correspondance du chancelier Seguier.

' Tallemant des Réaux , dans l'historiette intitulée L'esprit de Montmartre et Raconis (t. V, p. go), dit, au sujet de févêque de Lavaur : «Une de ses plus belles qualitez *estoil de bien jouer au ballon. 1 Chapelain

était bien mal informé; il avait sans doute confondu V Examen et Jugement du litre de la Fréquente communion avec les Lettrex d'Eusèbe.

s Pierre de Marca naquit, le 3 4 janvier i5p,4 , àGan, petite ville située à deux lieues de Pau.

3 Bernard de Forgues , à qui Balzac écrivait, le 7 mars i634, en l'appelant mon cher cousin, et qui alors commandait une compagnie en Hollande (p. 279), avait, comme je l'ai déjà dit , épousé M"' de Campaignole.

plusieurs volumes de sa façon, entre lesquels vraysemblablement doivent estre les Lettres d'Eusèbc

Me miseram ! toi eoim pestes et dira venena Hoslibus eveniant talia dona meis'.

Ce sont vos présents, Monsieur, qui véritablement m'enrichissent et après lesquels je soupire, et pour lesquels je pesteray, si le messager est si cruel que de les laisser à Paris ou par les chemins. Le plus désiré de tous viendra le dernier, et, à mon advis, nous ne verrons pas si tost le livre de M. Arnaud t. Quoyque son esprit soit d'une rapidité incroyable et qu'au mérite des grandes choses qu'il sçail faire il sçachc encore ajouster la grâce de les faire promptement; néanmoins je ne luy conseillerois pas de se haster pour ceste prochaine campaigne; et le Père Petau, qui est le Saumaise catholique, mérite bien que Ion se prépare et qu'on ne laisse rien au logis, quand il faut marcher contre luy. Je vis hier le tiltre de trois gros volumes dudit Père Dogmalum thrologicorum2, el tombay par hazard sur un chapitre dans lequel il traite cruellement Monsieur mon juge, l'auteur de l'épistre ad Menaffium3. Mandez moi, je vous prie, quel est le sentiment des doctes, et ce que croit l'Académie Puteane i de ces trois volumes. Le nostre

' Ce pentamètre, souvent cité, est une réduction de l'hexamètre d'Ovide ( Epistola XVI, Paris Ilelenœ , v. a 18) :

Hostibus eveniant convivia talia nostris.

On retrouve Yhostibus eveniant talia dona mets dans une lettre de Balzac à Chapelain du i5 avril 1637 (p. 7^).

' Le premier volume de cet ouvrage resté inachevé parut à Paris (in-fol.) en i64i. Le cinquième volume parut en i65o. On a réimprimé cette encyclopédie théologique à Amsterdam en 1700 (3 vol. in-fol.), à Venise en 1745 (3 vol. in-fol.), à Venise encore en 1707 (7 vol. petit in-fol.) . enfin à

Rome en 1867 et années suivantes (gr. in-4").

3 Saumaise. avec lequel Petau avait eu déjà une violente querelle au sujet de quelques notes de l'édition donnée par le jeune érudit bourguignon (16-22) du De pallio de Tertullien. ( V oir les Mise ellaneœ e.rercitatioues adversus Claudium Salmasium.) On regrette d'avoir à le dire . Saumaise et Petau restèrent ennemis irréconciliables toute leur vie.

4 Balzac a souvent parlé et toujours avec les plus grands éloges, de la docte assemblée qui se tenait, sous la présidence de Pierre et de Jacques Dupuy d'abord à la biblio-

adoptif n'est point pour grossir le naturel, car ce seroni des volumes séparés, bien qu'ilzse puissent relier ensemble. Et au reste, Monsieur, je ne suis pas le premier honneste bomme faiseur de Recueils. Il \ en a devant nmv et des Empereurs ' el des Patriarches de Gonstantinople s qui ont fait la mesme chose. Henry Estienne a fait un Recueil des Harangues des Historiens', des fragmens des anciens Poêles4, ci oatera. El la nouveauté mesme ae manquera point à nostre Recueil, non plus qu'à cette belle saison que nous attendons après Pasques, et « | ti «* nous, nos pères el nos grands pères, avons veu si souvent sans nous en l'ascher. Je voulois en dire davantage, mais on me tire d'icy. C'est, Vlonsieur, vostre, etc.

thèque du président de Thon, ensuite à la bibliothèque du Roi. Dans une lettre à Luillier, un des initiés, il disait, le a 3 novembre 1 630 , de la célèbre Galerie (page '101 du tome I des Œuvres complètes) , qu'elle n'était pas «seulement pleine des plus nobles dé- «pouilles de l'Antiquité, » mais qu'elle «était «habitée par toutes les grâces du siècle pré- «sent et par toutes les vertus sociables et «civiles. h Peu de temps avant sa mort . Balzac, écrivant à Jacques Dupuy, le 17 avril i65a, glorifie encore (Actes de l'Académie île Bordeaux , 1862, p. 5oi) le célèbre cabinet, et ajoute spirituellement que son Socrate «ne veut pas d'autre Prytanée que «celui-là. « Voir, au tome 1" du La Bruyère, publié par M. Gustave Servois dans la collection des Grands écrivains de la France, à l'appendice (p. 566-548), une note sur ce cabinet, avec renvoi, pour de plus amples détails, à la vie de Pierre du Puy, par Rigault. à la préface du catalogue de la bibliothèque de Thou, par Quesnel, à la cor-

respondance d'Ismaël Bouilliau, conservée à la Bibliothèque nationale.

1 Balzac (ait sans doute allusion à I empereur Constantin VII , surnommé Porphyrogénète, mort en 959, qui ne rédigea pas, mais qui lit rédiger une espèce d'encyclopédie où l'on recueillit, sous divers titres . tout ce qu'offraient de plus remarquable les compositions historiques des anciens , et dont on n'a plus que quatre sections : des Ambassades , des Vertus et des Vices, des Sentences, des Embûches.

2 Pholius, dont la Bibliothèque si précieuse n'a encore trouvé en France aucun traducteur, et dont il n'a pas même été publié d'édition parmi nous depuis l'incorrecte édition de Rouen ( 1 653 , in-lbl.).

1 Conciones, sive orationes , ex grœcis latmisque hisloricis excerptœ. Excudebat IL Stepliamis (îbjo . pet. in-fol.).

4 Fragmenta poetarum veterum tatinorum. Anno i56i. Excudebat H. Stephamts , in-8°.

Du ih mars îWiti.

Monsieur, J'ay leu l'imprimé et le manuscrit que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, et vous ne doutez pas, je m'asseure, que je n'aye leu l'un et l'autre con gralissimo gusto. La vie du [Servite] est Asiatique, mais elle ne laisse pas d'estre belle : les digressions m'en plaisent, et le superflu ne m'ennuye point. Je vous prie seulement que je sçache si elle est escrite de bonne foy, et si le Maestro Fulgentio n'a point esté le Philostrate de son Apollonius. Fama est que Mr le Prince se vante de l'avoir tué par la seule force de ses parolles , juxta illud Isaiœ prophetw : Il occirn le Meschant par l'esprit de ses lèvres*. Je douterois bien autant de cecy que de l'endroit le plus difficile à croire qui soit dans toute sa vie, et cette éloquence homicide est un don du ciel si rare, que la terre n'en a point ouy parler depuis que les Apostres n'y sont plus.

Richer2 est nommé deux fois entre les correspondants que le Père avoit deçà les Mons; Richer autem estoit un homme très médiocre et qui se mesloit d'escrire en latin, mais non pas sans faire des solecismes et donner mains soufflets à Priscian 3, ut Mi olim in Curia Parisiensi et ante ora fratrum objeclum est à Georgio Crittonio11. Mais qui est cet aultre

1 Chap. II, verset h. On a traduit moins iitte'raleraent ce verset en ces mots : ifL'imwpie s'évanouira devant le souffle de sa * bouche.»

1 Edmond Richer, docteur en théologie de la Faculté de Paris, d'abord professeur au collège du cardinal Lemoine, puis prin- «ipal (i5p,&) de cet établissement, auteur, entre autres ouvrages, d'un petit livre qui lit grand bruit (1611) : De eccksiastica et politica potestate. Voir, sur Richer, dans le Moréri de 1769, un article rédigé d'après les mémoires manuscrits de l'abbé Goujet,

qui résume très-bien tout ce que nous ont appris du biographe de Gerson Adrien Baillet, Ellies Dupin et Niceron. Voir, de plus, de curieux détails dans les Mémoires du cardinal de Richelieu (collection Michaud et Poujoulat, t. XXII, p. i36).

3 Priscianus, l'auteur de Commentariorum grammalicorum lib. XVIf.

4 Le copiste a écrit Crislonio. Georges Critton, après avoir été professeur de droit à Toulouse , fut professeur de grec à Paris , au Collège royal. Il mourut le 1 3 avril 1611. On cite surtout ses notes sur X Anthologie

DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B U.Z \c. 105

ultramontain nommé PomeHoM Pour l'Ecbassier, je l'âj \<'u aultre lois (estant petit garson) chez les libraires de la nie S1 Jacques, «'i il me souvienl qu'il régnoil en ce païs là, el que je prenois grand plaisir de rescooter -.

Reste à vous demander dos nouvelles du véritable Israélite M' Perpots, et vous me ferez sçavoir : un ait gentilis optimi et ioetisrimi rmlri il' IWoncour4, qùem ego foeio plurimi, et par est, et majorem in modumdi-

(t584, iii-4° ) cl son Eloge funèbre de Ronsard (i586, in-4°). Voir sur Critton Moréri, Niceron, Baylc(avec additions de Le-

cli'ir •'! de ,lnl\ ). cl priueipalemcnl Goujel ( Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France, t. I. p. 5o3-536).

1 Je suis obligé de répéter la question de Balzac: «Mais qui est cet aullro amy ultra- -nmntain nommé PomeHo?»

- Jacques Leschassier, lils de Philippe Leschassier, secrétaire du roi, né à Paris en i55o, mort en i(>a5, d'abord avocat au Parlement, puis substitut du procureur général, eut une grande réputation comme jurisconsulte. Ses nombreux opuscules sont énumérés dans le Dictionnaire de Moréri. On en a fait un recueil (Paris, 16/19, 1 vol. in-4"; nouvelle édition, Paris, i65a). Voir l'Avertissement qui est en tête de ce recueil et aussi le Journal de Pierre de L'Estoile, ainsi que les Vies des plus célèbres jurisconsulte* de Taisand (1737).

3 Perrot (François), seigneur de Mézières, adversaire, comme Jacques Leschassier, de la cour de Rome. Il composa en langue italienne un écrit satirique intitulé : Aviso piacevole dato alla bella Italia, du un nobile giovane francese , etc. (i586, in-4°). écrit que réfuta Bellarmin. Perrot, qui passa une partie de sa vie en Italie, y fut très-lié avecFra Paolo. Il a reçu les éloges de Louis de Mazures en ses poèmes latins, d'Hubert

Langue! en ses lettres à Philippe Sidney. de Liques, en sa vie de Pli. de Mornay, seigneur du Plessis (Perrot traduisit en italien le traité de la Vérité de la religion chrétienne . de ce théologien protestant , Saumur, 1612). de Golomiez en sa Bibliothèque choisie, etc. Les Italiens, dit le Moréri de 1759. en faisaient une estime particulière, le traitant ordinairement de vrai Israélite, à cause de sa candeur et de sa débonnaireté.

1 François Perrot appartenait à la même famille que Nicolas Perrot, seigneur d'Ablancourt, né à Chàlons-sur-Marne, en 1606.

reçu dans l'Académie françaiseen 1 G37, mort en 1666. Voir, sur d'Ablancourt. Tallemant des Réaux, le Menagiana, Niceron, Bayle et les remarques de Leclerc et de Joly, l'abbé d'Olivet, la France protestante, mais surtout la notice biographique rédigée par Olivier Patru , l'intime ami du traducteur de Quinte- Curce (Œuvres, t. II, édition de 169a, p. 334 et suiv.). Nous nous souvenons d'avoir vu le testament (que nous croyons inédit) de Perrot d'Ablancourt dans le volume 217 de la collection Baluze, dite des Armoires, à la Bibliothèque nationale. Balzac adressa d'assez nombreuses lettres à d'Ablancourt (le 7 mars 1 635 , p. 53a. le h juin i643, p. 544, lettre qui contient un éloge démesuré de la traduction de Tacite; le 5 juin i645, p. 61a), etc. Il disait de lui . dans une lettre à Chapelain du G juillet

ligo. Je vous conjure, Monsieur, de l'en asseurer efficacement et de luy dire qu'au premier jour il verra des marques publiques de cette passion et de cette estime.

J'ay receu la lettre de M1' de Saumaise, très longue et très obligeante, et à laquelle je respondray lorsque je luy envoyeray un de mes livres. Mais je n'ose vous parler de l'impression. Le nombre des fautes que j'y ;iy trouvées est incroyable, et je suis extrêmement fasché que ces faquins d'imprimeurs vous ayent donné tant de peine, pour faire pis qu'ilz n'eussent fait, s'ilz n'eussent point eu un si grand et si illustre directeur que vous. Sans parler de la ponctuation mal observée, et qui en beaucoup d'endrois gaste le sens, il y a plusieurs mots oubliés et quelques fois une demie ligne, principalement dans les trente dernières feuilles.

Vous aurez veu par ma dernière despesche et par un extrait de lettre que je vous ay envoyé, en quels termes on parle à Saintes du revenu de vo6tre prieuré. Nous employerons tout nostre crédit et toute nostre industrie pour vous faire avoir contentement. Je ne vous escrivis jamais si à la haste.

C'est. Monsieur, vostre, etc.

Je voudrois bien que le carton qui a esté osté de l'épistre ad Menagium ne se vît point. Faites en sorte que ledit Menagius prenne ce soin pour l'amour de vous; car souvent les libraires sont des paresseux ou pour le moins les relieurs, si on ne donne du canif dans tous les exemplaires. Une autre fois nous parlerons de la doctissime dissertation.

iti3() (p. 7g3) : irC'est un homme capable alors attendu; une autre à Conrart, du

rrde tout ce qu'il voudra entreprendre, à quy 25 avril i648 (p.870); uneautre au même,

«j'ay donné mon cœur et mon estime, et du 7 octobre 16/19 (p. 875); une autre en-

trqui ne sera pas oublié en nos entretiens.» fin (toujours au même), du 10 décembre

Voir encore une lettre au même, du 3o août i65o (|). 893). • de la même année (p. 295), sur le Tacite

DE JE IN-LOUIS (.1 EZ DE BALZ IC. loT

Du g i mars l 64 i.

Monsieur, J'aj eu le cœur blessé de la nouvelle que vous m'avez escrite avec douleur, et mettant l'amitié à part à laquelle je suis très sensible, je vous avoue que je souffre encore quand on Eail brèche à la liberté publique, et que l'autborité vont opprimer la rayson. Quelque bonne que soit la cause de nosfre amy, cet envoy ou celle citation à Home ne doit guères plaire à un homme de l'Église Gallicane, qui a ses affaires et ses livres à Paris1. Eu cecy néanmoins on l'ait plus de plaisir à Rome que Rome ne luy fera de mal. Je la comiois un peu et les maximes qui la gouvernent. Elle rapporte tout à sa grandeur et sait tirer avantage des moindres choses. Elle sera ravie de la déférence filiale de la Reine, et songera bien plus à l'humiliation des Evesques ultramontains qu'à la censure de M* Arnaut. Le pis que vous appréhendez pour luy n'a point de lieu en une affaire de cette nature, puisqu'elle [ne] choque ny l'infaillibilité, ny l'omnipotence deceluyqui s'appelle nostro Signore, à l'exclusion de Jésus Christ. Ce sont là les redoutables Mistères du Vatican; pour les autres, on ne fait que s'en jouer, et le véritable pis (?) qui arrivera à nostre excellent docteur est qu'il peut perdre beaucoup de temps dans les longueurs du procès, et que le [public] pâtira de cette perte. Je ne doute point qu'outre cela on ne luy ferme la bouche et qu'on ne luy lie les mains pour l'empescher de combattre son antagoniste le père Petau, qui devoit estre envoyé à Rome aussy bien que luy, puisqu'il est sa principalle partie, et que la question n'est pas décidée; et en ce cas là, Monsieur, le pro-

' On lit dans le tome 11 de Port-Royal tr d'aller. à Rome défendre son ouvrage de-

(p. 1 85 ) : ce Au plus fort de la controverse rvant le tribunal de l'Inquisition.» Pour de

rtqu'excilait Je livre d'Arnauld (mars 16/1/1), nombreux détails sur cet incident, voir la

«■ils (les jésuites) parvinrent h circonvenir Vie de messire Antoine Arnauld (1783,

cassez la Reine régente et te cardinal Ma- p. 2/1-38). '•zarin , pour que l'ordre fût donné à l'auteur

cédé de la Reine eut esté loué de tout le inonde; et Regina Juno pari à nobie elogio cehbrarelur ac Rex Jupiter, dequo dictum est:

Rex Juppiter omnibus idem '.

Au reste, n'ayez point peur que je vous brouille avec mes amys les Révérends Pères. Je suis le plus retenu et le plus discret de tous les hommes, quand il s'agit de vous alléguer. Ce n'est que pour moy que je suis téméraire, violent et estourdy, et quoy qu'on croye en toute nostre province que lesdits Pères soient mes gouverneurs, je n'ay pas laissé de les gourmander comme des marauds, sur le sujet de leur querelle avec mon amy, et leur en ay dit de vive voix beaucoup plus que je ne vous en ai escrit dans mes lettres. Ainsy je me moque au village de vostre moralle de la Cour. J'ayme mon aigreur et mes amertumes, et ne voudrois pas les changer pour tout le miel et pour tout le sucre de vos Vaugelas et de vos Voitures. Voilà suffisamment respondu à la fin de vostre lettre, c'est-à-dire à l'article qui me pressoit davantage. Remontons au commencement et disons quelque chose de l'invincible Saumaise. Je suis absolument de vostre advis : ou le docteur Heinsius a l'esprit ladre, ou il sentira les coups de fouet qu'on luy a donnés et ne se tiendra point au traité de paix. Mais je m'estonne que ledit traité n'ait esté avantageux puisque Mr le Ministre Hivet en a esté le médiateur2. Ce faquin fait profession publique de me vouloir mal (sans aucune sorte de fondement) et ne s'est pas contenté de me dire des injures dans quelques mauvais livres qu'il a faits, mais sa haine a passé jusques à un frère qu'il a en Saintonge, Ministre de Taillebourg3, qui m'a voulu injurier aussy bien que luy, ut tnihi

' Virgil. Mneid. X, 112. 3 Guillaume Rivet de Champvernon, ca-

J André Rivet, célèbre théologien pro- det d'André, mort ta même année que lui.

testant, mort le 7 janvier i65i. La France On mentionne trois ouvrages de polémique

prolestante a donné la liste complète de ses de ce pasteur de Taillebourg, et on lui en

très-nombreux ouvrages. M. Michel Nicolas, attribue généralement quatre autres encore.

dans la Nouvelle Biographie générale, a cité Voir sur lui l'article de M. M. Haag et celui

les principaux. de M. Michel Nicolas..

maledicere jam illis su gentilitium. L'un et l'autre Boni deux chétifs ennemys el avec lesquels je n'a\ garde de me commettre, quand je sçaurois faire des Diatribes encore plus viste que ne les lait M' de Saumaise. Je ne sçw que vous dire de mon livre, car ne le dédiant à personne, el l'advertissemeni du libraire faisant sçavoir «j m- ce sonl

pièces recueillies par luy, pensez-VOUS qu'il faille qu'on lace des pré- Ben 8 en h HDiii ? De hoc ampHus deîiberandum, el, nous aurons assez

de temps pour cela, le livre ne pouvant point eslrc publié devant les lestes de la Pentecoste. 11 y aui'oit pour le moins douze feuilles entières à refaire, niais je nie contente de la moitié, avec protestation de ne me plus lier à la diligence de Rocolet, ny au soin de son parent. Quand un mesme mot est répété dans une période, il pense gaigner beaucoup de sauter tout d'un coup jusqu'au dernier, une ligne ou une ligne et demie entre les deux. Outre quatre ou cinq fautes notables de cette sorte, pour la correction desquelles je fais refaire les cartons, il y en a plusieurs autres que je laisse, pour ce que par liazard il s'j trouve quelque sens, et que je ne veux point (sans nécessité) donner des corvées1 à un homme qui (avec beaucoup d'innocence) me donne tant de chagrin.

J'iray demain à Angoulesme pour conférer avec l'amy qui doit estre employé dans vostre affaire et qui a de si bonnes habitudes à Saintes, à Bvouage et à Marenes qu'on n'en sçauroit en avoir de meilleures. 11 est très intelligent, très fidèle et très bon amy. Il est Jésuitte de plus; mais ne vous en allarmez pas, s'il vous plaist, car il n'est pas de ceux que j'ay gourmandes.

Je vous recommande le petit Bonair et vous prie de luy faire prendre mon petit présent, affin de l'encourager pour l'avenir. J'attens le Minutius2, la Diatribe De Hellenistica3, et ne sçay pas pourquoy vous

1 Le copiste a ëcrit courvée, ce qui est s Le copiste a écrit Minutin. 11 s'agit là

une faute de lecture, car Balzac s'est servi du Minucius Félix, de Rigault, qui avait

dans ses lettres imprimées de la forme cor- paru l'année précédente (in-6°).

vée, ainsi que M. Littré l'a rappelé (à ce 3 C'est la dissertation de Saumaise : De

mot) dans son Dictionnaire. hellenistica commentarius , pertraclans origi-

Ho LETTRES

oubliez celle de Scstcvliis. de Jean Federic', pour lequel je vous en- \o\a\ une lettre il y a quelque temps.

.le cours la poste en vous escrivanl et ne vous garentis point la pureté de mes escritures. Solécisme, barbarisme, impropriété, je vous demande grâce et abolition de tout cela. Aymez-moy, puisqu'avec mille défauts et mille, imperfections je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.

\uus me ferez bien la faveur de faire en sorte, par le moyen de Mr Ménage, que le carton changé de l'Epistre Salmasienne soit changé en tous les exemplaires qui se débiteront. Pour les vostres, il faut prendre garde qu'eu corrigeant les vieilles fautes on n'en face de nouvelles, qvodnon raro evenit.

Du 2 5 mars j 6'i i.

Monsieur, La guerre de nostre amy fait autant de bruit que celle des deux couronnes, et les Novellans spéculatifs n'en parlent et n'en raisonnent pas moins. Outre ce que j'en ay appris de voslre lettre, j ay veu d'estranges relations sur ce sujet, et seroit-il possible que le Recteur de l'Université, dans la harangue qu'il a prononcée devant la Revue, eust reproché aux Révérends Pères les parricides des Roys; eus! appelé leur Société la mère et la nourrice des monstres2? Bona verba, sapientissime Domine, magister noster . Disputez ad extremum potenliœ

nés et dialectos linguœ grœeœ (Leycle, 1 643 , traité De sestertiis, attaqué par Saumaise.

in-12). La même année. Saumaise publia fut défendu par Jean-Frédéric dans deux

encore (ibirl. et dans le même format) : dissertations spéciales (Leyde. 1661 et

Futms linguœ hellenisticœ. 166/1).

' Ile sestertiis, sive subsecicoi-um pecuniœ s Ce fut le îa mars que le recteur de

ncteris grœcœ et roiminœ libri IV (Deventer. l'Université harangua la reine de façon à

1660. in-8"; Amsterdam. i656, in-8°; l'offenser, tant il attaqua violemment les jé-

Leyde, 1671. in-h°. édition augmentée par suites. Voir la Vie déjà citée d'Antoine Ar-

|e Lils de l'auteur. Jacques Gronovius). Le nauld, p. 25.

(comme « > 1 1 paiie au pais latin) pour les libertés el privilèges de l'Église Gallicane; soustenez qu'il n'esl pas de la dignité de I Estai qu'un François aille plaider à Rome; dittes, si vous le voulez, Non cedei frisin Gallica Italiao BupercHio : j'en demeure d'accqrd avec voua; mais en grâce ne désenterrez point les questions mortes, ne remuez pas les matières odieuses; ne touschezpoini aux vieilles pierres de scandale du temps de la Sainte Ligue. Et, dans celle Gèvre frénétique des esprits, la Sorbonne n'a pas esté pluaeage que les Jésuittes. J'ay leude si s thèses, criminelles de leze Majeslé, et frère Clément a esté cannonisé par Messieurs vos maistres, aussy bien que par nies Révérends Pères. Le monde s'est guéry depuis ce temps là, et nouvellement n'a-t-on pas veu plus d'un Loyolite, enneiny par escrit de l'Empereur et du lio\ d'Espagne, partisan du grand Arnaud et passionné pour la gloire du lîoy de Suède? Sed de lus hactenus, voire haclenissimus avec la permission de Priscien, aflin que celle crambe1 soit tandem aliquando desservie et que vous ne preniez pas la peine de m'en dire un seul mot par vostre response.

Je n'ay point assez de foy pour croire les six mille livres de pension. On peut les faire espérer, on peut les promettre, on peut les payer la première année. Mais sans doute le publicain ne persévérera pas dans celte belle chaleur pour les Muses, et le docteur sera mal conseillé s'il s'embarque sur la parole d'un trompeur juré, et s'il quitte la place de Scaliger pour celle de Gasaubon2. N'avez-vous pas veu les plaintes elles lamentations sur sa pension que cestui-cy fait dans ses Épistres3,

1 Allusion au vers i52 de la satire VII de Juvénal :

Occidit miseras crambe repetila magistros.

2 Le docteur dont il s'agit est Saumaise , qui occupait alors à Leyde, je l'ai dit, la chaire de Joseph Scaliger, et auquel connue on le voit ici, l'on avait offert à Paris la chaire d'Isaac Gasaubon.

3 h. Casauboni Epistolœ (Rotterdam, 1709, in-fol.). Cette édition, à laquelle a

présidé Janson d'Almeloveen, est la troisième : elle contient 3oo lettres de plus que la seconde, et, en tout, n'en renferme pas moins de 1,100. On se souvient sans doute des réclamations adressées par Gasaubon à Sully, des refus non adoucis du terrible surintendant des finances [iniquissimus quœslorum prœfectus, comme l'appelle Gasaubon . Ep. GGXXV) et de la gracieuse intervention de Henri IV en faveur du grand érudit.

et la prose et les vers de 'et de Passerat2, qui mandient le

payement de leurs gages, qui pestent sans cesse contre la cruauté de leur siècle, qui protestent qu'il vaut bien mieux estre maquereau ou bouffon à la Cour de France que professeur du Roy m inclita Academia Parisiensi? Au reste, l'interest de ces Messieurs me fait souvenir du mien et m'oblige de vous demender pourquov, à la fin de Mars. on n'a point encore fait lestât des pensions de l'année passée, ou, s'il est fait, pourquoy le petit ne m'en parle rien. Je me sers de Juy en mes affaires de Cour, et pourrois me servir d'un autre qui a bien plus de crédit et plus d'intelligence que îuy, et qui s'est offert plusieurs fois à moy sans avoir d'autre pensée que de me servir, et sans aucun particulier interest. Le Père Recteur attend son frère dans deux ou trois jours. En ce cas là je seray porteur de la lettre que vous luy escrivez: et ne doutez pas , je vous prie , que je ne leur recommande vostre affaire un peu plus fortement que si ma vie et mon bonneur dépendoient de vostre affaire. L'avertissement au lecteur est très-bon, et je vous en remercie de tout mon cœur. Reste à refaire les cartons et à corriger avec la plume les endrois dont j'ay envoyé la liste au sieur Rocolet. de qvo apud tesœpius questus sumel queri porro non desinam.

Ni duri capitis moles et cornea fibra Praeceptis . Capelane , luis atque arle dometur.

' Je ne sais par quel nom remplacer le nom illisible qu'a tracé le copiste, tous les poètes et tous les prosateurs du xvi' siècle et de la première moitié du xvnc ayant eu à se plaindre de l'irrégularité du service de leurs pensions. Peut-être faut-il lire Dorât.

1 Jean Passerat, professeur au Collège de France, spirituel et aimable poë!e. mort le ik septembre 1602. Voir sur lui l'abbé Goujet, M. Sainte-Beuve, M. Charles Labitte (en tête de son édition de la Satyre Wénippée), M. Louis Lacour (/. Passerat, chapitres inédits , précédés d'une notice sur sa ne, Paris, i856, in-8°), M. Charles Du

Guerrois (Jean Passerat , poêle et savant, Paris, 1 856 , in-8°). Balzac, dans une lettre déjà citée à M. deMorin (p. 661), rappelle que Passerat garnissait sa bibliothèque de bouteilles, et qu'il les y rangeait en bataille. De nombreux témoignages conûrment le témoignage de Balzac : je n'en invoquerai qu'un, celui du Journal de l'Estoile, où nous lisons (p. 338 de l'édition de M. Champollion) : crAyant perdu la vue avant que rde mourir de trop estudier, et aussi (disent cr aucuns) de trop boire : vice naturel à ceux rrqui excellent en l'art de poésie, comme n-faisoit ce bon homme...-

Vous ne m'avez poinl fait sçavoir si M' Rigaul esi à Paris, irj si

M1 Sarrau ' est. beau-frère de M' <le Moriii.

Ergone* aulicœ artea tir summa virlute triumphabunl? Kl l'envie Beral-elle assez furie pour désarmer celle souveraine vertu, pour rendre inutile le héros de la rare de nos Dieux, le héros de mon discours à la Heine?

Que pensez-vous du procès que Monseigneur son frère3 a intenté contre nostre princesse au feint de safran? Mais comment le plus noble el le plus généreux de tous les espris'1 peut-il avoir un attachement si particulier à la plus avare de toutes les créatures, ne t/ititl amplius êicom*! Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Du 4 avril 166/1.

Monsieur, Je ne suis pas hors d'inquiétude, mais je serois bien plus en peine que je ne suis, si vostre lettre qui m'a appris vostre mal ne m'en promettait la guérison. Elle me parle en termes si affirmatifs de cette prochaine guérison, et vous avez une telle connoissance de vous

' Le copiste n'a pas manqué d'écrire Sarran.

" Le copiste a écrit Egone.

3 Ne faut-il pas lire son père, c'est-à-dire le prince de Condé, lequel, à cette époque, comme nous l'apprennent les Mémoires de M"" de Motteville (édition Riaux, t. I, p. 181) ttavoit de grands différends à de- T mêler 1 avec la duebesse d'Aiguillon, rcla s princesse au teint de safran ?» Voir encore sur ce procès, le Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson (t. I, p. 1 83 , 3oa), et dans les Lettres de Guy Patin (t. I, p. 3-2 h) une lettre du 8 mars i66i, où l'on voit que la duchesse d'Aiguillon relâchant d'avoir comir position, a offert deux cent mil livres au-

irdicl prince, qui ne veut pas boire à si b petit gué. s

4 Chapelain.

5 La haine de Balzac contre Richelieu s'étendait jusque sur la nièce du cardinal ( Marie-Magdelaine de Vignerot, dame de Combalet, puis duchesse d'Aiguillon). Cette pauvre femme a été cruellement calomniée tant par Balzac que par Tallemant des Réaux, et, par exemple, bien loin d'être la plus avare de tontes les créatures, elle employa presque toute sa fortune à soulager les pauvres et à fonder des établissements charitables, comme Fléchier l'a rappelé dans son oraison funèbre , et comme on l'a redit dans la Biographie universelle.

mesme, que je veux croire que vous aurez pris vos mesures justes, et n'aurez pas gardé le lit plus de quatre jours. Mais, puisque le Caresme vous traite si mal, que ne vous en plaignez vous à la souveraine maistresse du Caresme et vostre bonne mère? Pourquoy n'usez-vous de la bonté de l'Église, qui ne demende rien d'injuste ny d'impossible; qui se contente de l'obéissance et de la submission de ses enfans; qui ayme bien mieux des hymnes et des cantiques d'un grand poète comme vous, que des jeusnes et des abstinences d'un corps délicat et foibb? comme le vostre?

J'ay receu avec vostre lettre celle que le Gombaud de Paris1 escrit au Gombaud de Xaintes, auquel le Gombaud d'Angoulesme la fera tenir seurement. Mais ce que vous désirez d'ailleurs estoit fait avant que j'eusse receu vos ordres, et vous verrez, parle duplicata du billet dont j'ay accompagné vostre depesche , que ma paresse et ma longueur deviennent actives, quand il y va de vostre service. L'homme à qui nous escrivons tous est en réputation d'homme de bien, et sa probité ne manque pas de l'intelligence nécessaire pour manier pareilles affaires avec succès. C'est pourquoy, à mon advis, nous devons nous en rapporter à luy et croire qu'il sçaura faire toutes les choses possibles. La Xaintonge vous servira fidellement. La question est de sçavoir si vous n'avez point esté trompé par la Normandie.

Je vous ay remercié de l'Avertissement au lecteur, que je trouve très bon; je désirerois seulement que vous prissiez la peine d'y adjouster une couple de lignes au commencement qui fissent entendre plus clairement ce qu'a pu sur moy la révérence de l'authorité paternelle et les prières d'un homme de quatre vint dix ans2, qui a exigé oV

1 Jean Ogier de Goinbauld, né à Saint- étaient des parents de l'auteur d'Etulymioit

.liist-de-Lussac, près de Brouage, d'une fa- et des Danaïdes. Voir une lettre de Balzac à

mille de Saintonge, un des premiers mem- M' Gombauld, chantre de l'église de Saintes,

bres de l'Académie française. Voir sur lui du 7 août 1 645 (p. 5a6). Tallemant des Réaux, Gonrart. Pellisson et " Guillaume Guez. Voir les notes de la

d'Olivet, Moréri, Bayle, etc. Le Gombauld lettre IV. de Saintes et le Gombauld d'Angoulême

DE JEAN-LOUIS GUBZ DE BALZAC. 1lf»

iih>\ la publication de ce Discours par une lettre qui mérite aussy du jour d'estre publiée. Mais je vous supKe, Monsieur, de ne m'envoyer point cette addition, laquelle (s'il vous piaist) je ne veus voir qu'imprimée.

Le petit est paresseux auss\ bien que moy et a gardé je ne sçaj combien de temps nue lettre que j'écrivais à Madame de Brienne. Il devroit contraindre le Tyran qui me fait tanl languir après mon argent et à qui je crie de centlieues loing : DU te perdant, publicane!

On m'a dit que Mr le Duc commanderait la seconde armée, et que le Maréchal Gassiou ' seroit son lieutenant. Dit tantum servate capui, l>our opposer à l'autre Du de malédiction qui m'est eschappée peu chresliennement.

Je suis de toute mon ame. Monsieur, vostre, etc.

Je vous ay escrit beaucoup de choses par le courier que vous me dites ne vous avoir rien apporté. Cela me met en nouvelle mauvaise humeur contre Rocolet, et je ne luy pardonneray jamais l'esgarement de mon paquet, s'il n'a eu le soin de le trouver.

Du u avril i64/i.

Monsieur, Tout ce que je vous puis dire dans Testât où je me trouve , c'est que j'ay receu ce que vous m'avez envoyé, que je feray ce que vous désirez de moy et quelque chose de plus. Je n'eus jamais tant de

' Le duc d'Orléans commanda , en 1 (thh , l'armée qui fit la campagne de Flandre et qui s'empara de la ville de Gravelines (29 juillet). Le maréchal de Gassion, qui commandait un corps séparé, était venu (en mai) rejoindre le duc d'Orléans à Bapaume : il fut blessé devant le fort Philippe dans la nuit du 1 o au 1 1 juillet. Voir, sur Gassion . l'histoire de sa vie par l'abbé de

Pure, la notice sur sa vie et sursa mort par Th. Renaudot, Y Histoire militaire de Louis A I \ par Quincy, la Chronologie militaire de Pinard, les divers Mémoires du temps, surtout ceux de M"e de Motteville et de Monglat, la notice de la France prolestante, et une belle page de M. Michelet (Richelieu ei la Fronde, p. 298).

mal qu'hier et faillis à mourir de la cholique; mais aujourd'hui cette extrême violence a cessé, et il ne me reste que de la foiblesse, qui ne m'empeschera pas de vous obéir, et très-ponctuellement. En faisant donner à Mr Flotte le paquet cy enclos, addressé à Mr Maynard (qui n'est pas de moy, mais de ma nièce), vous luy ferez dire, s'il vous plaist, qu'il aura une de mes lettres par le premier ordinaire. C'esl . Monsieur, vostre, etc.

Du 17 avril 16V1.

Monsieur, Mon vautour me laisse aujourd'huy en paix et cesse de becqueter mes entrailles. Je suis en estât de vous escrire; et sans plus grande préface je vous diray qu'hier j'envoyai par homme exprès toutes vos pièces à Mr le Chantre1. Elles sont accompagnées d'une lettre de Mr l'Evesque d'Angoulesme2 à Mr l'Evesque de Xaintes3. et d'une autre lettre de Mr de la Thibaudière4 au mesme prélat, avec lequel il a estroite amitié. Mr l'Official escrit de plus à son secrétaire pour la diminution de l'argent de Mesles (?), et en un mot je vous prie de croire que rien n'a esté oublié de ce que vous desirez ou que vous pouvez désirer de moy en cette occasion. Mais, Monsieur, je me plains un peu de la manière curieuse et oratoire avec laquelle vous m'en parlez, comme si vos affaires n'estoient pas miennes, et bien plus miennes que les miennes propres, pour lesquelles je n'aurois garde de me remuer avec tant d'empressement et de véhémence que je fais en cette-cy. Le bénéfice sera affermé, la peau et les os, comme on dit en ce pays, et si vous n'y trouvez entièrement vostre compte, ce ne sera pas la faute de vostre agent 5, ce sera la mauvaise foy de vostre

1 On sait que ce mot, dans les lettres de dans le tome I des OEuvres complètes une Hnlzac, désigne toujours Claude Girard. lettre du 20 mars 1639 (p. 48-2); une autre

2 Jacques II du Perron, déjà nommé. lettre du 16 octobre 1 643 (p. 553), et di- ' Jacques Raoul, qui siégea de 1 63 1 à verses autres lettres encore (p. 55 h , etc.).

16/16. 5 Le copiste a mis argent.

4 Un des meilleurs amis de Ralzac. Voir

résignataire. Mais est-il vray que ledit résignataire fait d'estrangea contes de deffunt son maistre, le grand Armand, principallemenl quand

Il se met sur le chapitre de ses folies domestiques et <lo cette vie intérieure et Becrèle dont il a esté témoin? Un gentilhomme «le condition m'en a asseuré et qu'il avoit esté son auditeur une heure durant chés M1' le duc de Saint-Simon ', où cette histoire anecdote fut dépliée.

Je ne puis comprendre le choix que M' le Duc a lait-, si ce il i'sl qu'il veuille eslre, aussy bien que ce Romain, nnus Iota actes3, et qu'il ait dessein d'avoir un second qui ne luy donne point de jalousie, el qui ne partage point la gloire avec luy. J'ay peur que cette seconde armée4 ne sera pas la mieux pourveue de toutes les choses nécessaires, et que quelques-uns ne seroient pas faschés que la grande réputation du général el caetera :

Avortant omen Superi; neclivor iniqtuis, Nec tantum malefida ignavia gaudeat Auias.

Je ne sçavois point la disgrâce de M1' Esprit; mais, puisqu'il est innocent et que son innocence est mal reconnue, je plains son maistre

1 Claude de Rouvroi , duc de Saint-Simon, né en 1607, mort en 1693, le favori de Louis XIII et le père de l'auteur des Mémoires. On devait d'autant plus maltraiter le cardinal de Richelieu chez le duc de Saint-Simon, que l'on était d'autant plus sûr d'être agréable ainsi au maître de la maison qui, en 1637, avait été éloigné de la cour par le tout-puissant ministre.

1 Balzac, en se lamentant sur le mauvais choix fait par le duc d'Orléans , avait-il en vue le maréchal de la Meilleraye, qui commandait un des trois corps de l'armée de Flandre , un autre corps étant sous les ordres du Prince, et le troisième étant sous les ordres du comte de Rantzau? Balzac, dans ce cas , aurait été grandement injuste envers le cousin germain du cardinal de Richelieu, car Charles de la Porte , marquis , puis duc

de la Meilleraye, fut un des meilleurs otliciers généraux de son temps, et Louis XIII. qui était bon juge en ce qui regardait les choses militaires, lui donna, en le créant maréchal de France (1 63g ), un éloge bien considérable. Du reste, la campagne de 1 664 en Picardie et en Flandre montra que le duc d'Orléans avait bien choisi ses lieutenants.

3 Horatius Coclès sans doute. Je n'ai trouvé Yunus tola actes dans aucun des récits du légendaire combat de Coclès qui nous ont été laissés par Tite-Live . par Valère-Maxime et par Florus.

4 Le copiste a écrit année. Un peu plus haut, il avait affreusement estropié le mot anecdote. Je ne relève pas toutes ses bévues : ce serait interminable.

beaucoup plus que lu\, et déplore la condition des Grands qui, en pareille rencontre, ne veullent pas s'esclaircir de la vérité1. Ils ne veulleiit pas cstre détrompés, pour ne pas sembler avoir failly, et font durer leurs cholères, affin de faire croire qu'elles sont justes. Assurez, je vous prie, ce cher amy de la tendresse de mon cœur et delà passion quej'ay pour luy. Il a beaucoup de vertu, je le sçay bien. Il est habile, bon et généreux. Expertus loquor, et j'ay tant d'indignation du mauvais traitement qu'il reçoit (cette fougue d'amitié me vient de saisir), que, si Aristide ne luy fait justice, j'ay envie d'effacer Aristide de mon discours à la Reine.

Mandez-moy voslre advis de l'extrait que je vous envoyé d'une lettre de M1 Mainard. Si le secrétaire auteur2 n'est pas mon amy, il le devroit estre. J'ai tousjours tasché de l'y obliger par toutes sortes de bons oflices, et, sans en faire de particulière énumération, il me doit encore cinquante escus d'argent preste que je luy donne de très-bon cœur. Je ne ferois pas cette bassesse que de le vous dire , si ce n'estoit pour vous advertir d'une plus grande bassesse et pour vous faire sçavoir ce qu'il importe que vous n'ignoriez pas ul valus tibi Me notas sit, qui m fronte Lœlium pollicetur. Dieu veuille que l'extrait ait menty, et que la jalousie de l'éloquence ne m'eust point fait perdre un de mes amys, le moindre desquels m'est en bien plus grande considération que le Dieu Mercure ny que la déesse Pitho3.

1 Jacques Esprit perdit, en i664, les bonnes grâces du chancelier Séguier, dont il était le commensal et le favori. On lui reprocha de n'avoir pas connu on d'avoir fait semblant de ne pas connaître les intrigues de la fille de son protecteur (M"' de Coislin) avec Guy de Laval, qu'elle épousa en bravant l'autorité paternelle. Le discret Pellisson se contenta de dire (t. I, p. 289) : "En 16AA rron lui rendit quelques mauvais offices auprès de M. le Chancelier, et il se réfugia npour une seconde fois au séminaire de irSaint-Magloire. . .* Tallemant des Réaux .

qui paraît avoir été très-lié avec Esprit, a donné beaucoup de détails sur cette affaire dans une historiette spéciale (M. de Laval, Esprit, t. V, p. 207-290).

2 Sans doute le secrétaire auteur, comme on le voit à la fin de la présente lettre. Il s'agit en cet endroit de Silhon, secrétaire du cardinal Mazarin et auteur du Ministre d'Etat, de L'Immortalité de l'âme, etc.

3 Le copiste a écrit Dilo. Ai-je besoin -de dire que Pitho était la déesse de l'éloquence . de la persuasion?

DE JKAN-LOUIS 6UEZ DE BALZAC. 1 10

Tandem, tandem, déli\rcz-moy de la persécution du seigneur Flotte

ci dites luy franchement que je n ;i y receu, ny ne veus recevoir lelivres de son docteur financier, Toui ce que je puis pour contenter sa vanité, c'est d'adjouster deux ou trois lignes qui le désignent, à la lettre que je luy escrivis l'année passée;, sur le sujet <lu premier |>réseui, cl de foire imprimer la lettre dans ie volume que j'ay tout prest. Pour relle-cy, je vous prie de la cacheter après l'avoir leue et. de la luy bailler eu mains propres. C'est-à-dire, Monsieur, que vous prendrez la peine de l'envoyer quérir, et que vous luy ferez de grandes plaintes de ma mauvaise humeur et de la peine que vous avez à gouverner un si bizarre animal que moy. Je vous prie de luy donner la lettre en mains propres, parce que peut-estre il l'ouvriroit en présence de son Trésorier, et scroit aussy estourdy que l'abbé comique ' qui fit autrefois une pareille béveue chez la Gargouille de Rouen2; vous counoissez bien par ce nom l'apologiste de l'Évangile.

J'ay receu vos livres par le messager, et de plus celuy d'Orasius Tubero 3, de la pédanterie duquel je commence à me lasser. Ne laissez pas de me rendre office auprès de luy, et de le remercier de ma part exquisitissimis verbis. Vous me faites grand tort, Monsieur, si vous ne croyez que je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc.

Tiré d'une lettre de M. Mainard à M. l'Official :

a Mais oserois-je vous demander quelle est l'amitié qui est entre trnostre Divin et Sillon? un gentilhomme d'importance, qui vient cefraischement de la Cour et qui m'a visité, m'a dit que ce secrétaire

1 François Metel de Boisrobert, plus connu rm de 1769 citant l'abbé Saas (Notice des

comme bouffon du cardinal de Richelieu mss. de la cathédrale de Rouen, 17/16.

que comme académicien. Voir sur lui Talle- in-ia), etc.

niant des Réaux , Guy Patin , Pellisson , Huet , 3 Pseudonyme de la Mothe-le-Vayer, qui

Baillel, Titon du Tillet, Niceron, Goujel. avait publié, à une date qui n'est pas bien

M. Labitte, M. Hippeau, M. Livet, etc. connue, mais après i63i, les Dialogues

s On sait que Roisrobert avait été cha- faits à l'imitation des anciens, par Orasius

noine de la cathédrale de Rouen. Voir Tal- Tubero ( Francfort, in-4"). Il en a été donné

iemant des Réaux (t, II, p. 384), le Mo- plusieurs éditions.

trautheur n'appuvoit pas comme il devroit, chez son maistre, le mé- Trite des ouvrages de la Charante. Si cela est vray, comme presque je ttn'en ose douter, pensés ce que je pense, et quel est le murmure que rrj'en fay dans moy-mesme. n

J'oubliois de vous dire que j'ay eu icy cinq ou six jours le bon Mr de la Thibaudière et qu'il a tousjours grande vénération pour la vertu de Socrate1. Il me fut impossible de luy faire donner du Monseigneur à Mr l'Évesque de Xaintes, mais ce n'est pas la première fois qu'il luy a escril, et ledit Evesque ne se tient pas si roide sur le point d'honneur que le lui conseille Pelrus Aurelius2.

Je vous prie de vous souvenir de mon compliment pour Mr d'Ablancour, je veux dire de mes propres termes, si Mr Costard ne gouste point sa traduction, et y trouve grand nombre de fautes3. Sed hœc internos.

Du 25 avril it)46.

Monsieur, je vous escrivis au long il y a huit jours. Mon homme est arrivé depuis et m'a apporté la despesche que vous trouverez dans ce paquet. Je vous l'eusse envoyée par le courrier qui partit il y a troisjours, mais ma diligence n'eust rien opéré, et vous ne l'eussiez pas receue pour cela, ny plustost que celle cy; la fatale paresse de la maison Rocolette et le peu d'intelligence qu'elle a à la poste ayant tousjours causé semblables retardemens toutes les fois que j'ay voulu estre diligent.

1 Chapelain.

s Pseudonyme de Jean du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Le recueil des opuscules publiés à diverses époques, par l'abbé de Saint-Cyran sous ce nom d'emprunt, parut en 1G/16 avec ce titre : Pétri Aurelii opéra, jussu et impensis Cleri Gallicani tleituo in lucem édita (Paris, 3 tomes in-folio).

* Le premier volume de la traduction des Annales de Tacite par d'Ablancourt fut

publié (Paris, in-8") en i64o. L'ouvrage entier parut en i646. Un autre traducteur de Tacite , Amelot de la Houssaye , a été de l'avis de Costar. Frémont d'Ablancourt, un des neveux de Nicolas Perrot, attaqua vivement celui qui avait osé critiquer le travail de son oncle : M. Perrot d'Ablancourt vengé, ou Amelot de la Houssaye convaincu de ne parler français, et d'expliquer mal le latin (Amsterdam. i684).

DE JKAN-LOUIS GUEZ DE B ILZAC. 191

M' de Saintes vous a donné son visa Bur vostre provision, bien qu'elle lui en forme irratieuse, pour vous garantir des lettres qu il eusl fallu prendre de la Chancellerie de Bourdeaux; car cela se pratiqua ainsj au ressort de ce parlement, lorsqu'il u\ a point de vis;i. I)n reste reposez-vous en entièremenl sur l'adresse el capacité de M' le Chantre, qui n passion de vous servir, et qui fera toutes les choses possibles. Nous l'avons prié de nous envoyer icj parun homme exprès vos provisions et autres pièces qui doivenl estre controllées à Bourdeaux, el après les avoir receues, nous les ferons tenir seurenieni ù \l Girard, qui prendra ce soin avec plaisir. Courage au reste, Monsieur, car il a tombé de l'eau depuis que Mr le Chantre vous ;i escrit, et j'espère bien de l'augmentation de vostre ferme, pourveu que vous vouliez employer le crédit des Muses auprès de leur père ' :

Versibus el paucis, sed quos miretur Lmyntas,

Concilias pluvium si, Capelane, Jovem.

\ous en serez quitte pour une Epigramme, si courte qu'il vous plaira ; voire pour le dessein dune Epigramme, et pour un simple Ex voto que nous mettrons un jour en bon lieu.

Je suis donc au nombre des choisis, et Mrd'Andilly m'ouvre la porte du sanctuaire. Asseurez-le , s'il vous plaist, que je n'abuseray point de cette grâce, et que je la sens desjà avec toute sorte de gratitude. Mais j'avois oublié à vous demander quel personnage joue en tout cecy le petit Abbate deMr de Liancourt'2 et quels sont aussy les sentiments du bon ministre de la parolle, nostre cher arny Daillé3. Je ne doute

•Allusion à la croyance qui voyait dans le père des muses, dans Jupiter, le maître des nuées, et qui ie confondait avec l'atmosphère même. Balzac, conseillant à Chapelain de réclamer en faveur de ses prés altérés l'intervention des muses auprès d'un Jupiter pluvieux, se souvenait du distique attribué ii Virgile :

Nocte pluit tota, redeunt spectacula marie. Divisum imperiuDi eunj Jove Ca?sar babet.

2 Le copiste a écrit Lincourt. Roger du Plessis, duc de Liancourt, mort le i" août 1676, fut un des meilleurs amis de Messieurs de Port-Royal.

' Jean Daillé. un des plus célèbres théologiens protestants du ira* siècle, né à Chàtellerault en i5o6 .mort à Paris en 1670. On peut consulter sur lui Mceron. Bayle, Dreux du Radier. MM. Haag, etc. Balzac l'estimait beaucoup. Voir l'éloge qu'il fait de ce rare

point que, tout rebelle qu'il est de l'Église, il n'admire l'éloquence, la doctrine et la piété de Mr Arnauld, et qu'il s'escrie quelquefois, en lisant ses admirables escrits :

Exoritur Perrone ipso, quo Roma snperba est. Nescinquid majus1.

\ous estes le plus galand cbastieur qui l'ut jamais, et vostre fidélité envers le Garesme et son ingratitude envers vous, sont deux endroits capables de faire rire nostre bonne mère2, si elle estoit capable de joye parmi les contentions et les querelles de ses enfants. Dans les deux lignes que vous me promettez d'ajouster, n'oubliez pas les quatre vingt onze ans de mon père. Je mande à Rocoletque vous lu\ donnerez un advertissement fait par un de nos amys, pour mettre au devant du livre. Je vous supplie qu'il ne paroisse point que toutes les corrections ne soient achevées et dans tous les exemplaires. Vak. iuhe decus meum, et me amare perge, mais j'entens que ce soit de tout vostre cœur.

Monsieur, les longueurs du petit commencent à me fascher; et que d'abord ne s'est-il servi de contrainte contre cette canaille de publicains? J'ay besoin de mon argent, et je vous supplie, Monsieur, de donner ce que vous en aurez à un homme qui me le fournira icy sur une lettre qu'il vous portera de ma part : mais cependant obligez-moy de presser mon homme, soit pour le reste de l'argent, soit pour la nouvelle assignation au cas que Testât s'en fait. Je seray bien trompé si Madame de Brienne ne me fait faveur; il n'y a point de mal néanmoins d'en dire un petit mot à M1 d'Andilly, affin qu'il la face souvenir de ce qu'elle doit.

personnage et de l'éloquence de ses serinons, ta vostre parti, et je luy dis quelquesfois :

dans une lettre à M"" Desloges du îG jan- *Cum talis sis utinam nosler esses!'

vier 1637 (p. 636). Voir encore une lettre ' Ingénieuse parodie de ces vers de Pro-

à Daillé du 26 décembre 16.39 (P- 6o3), perce (lib. II, eleg. x\xiv . v. 65. 66):

mie lettreàFeret du 8 août i644 (p. 622), (>dite Romam scriptores. cedite. Gr;ni.

une lettre à Gonrarl du 2 septembre 1600 Nescio quid majus nascitur Iliade.

(p. 885), etc. C'est dans la lettre à Feret

que Balzac s'écrie : r? Je l'envie tous les jours ! L Eglise.

DE JEAN-LOUIB GUEZ DE BALZ IC L28 J'iiiiciis esclaircissemenl sur l'advia qui m'est venu de M' Mainard. lit n'oubliei pas de parier co il faut au seigneur Flotte de ce fantasque animal <|u<' vous avez tant il ;il à gouverner.

J'ay pitié du pauvre Mon tmaur, et mentm mortalia tangunt1. Si j'estoiH M1 Ménage, je solliciterais pour luy, et ferais une action de bonté en

celle occasion. Je dors en achevant celle ligne.

WXVIII.

iin 9 ma] i <i'i 'i.

Monsieur, jamais homme ne s'est servi de la Table si heureusement que vous. Vous estes tousjours riche en comparaisons nobles, illustres, véritablement poétiques, et cette dernière de Castor et de Pollux ne doit rien à celle de Promélliée de l'hiver passé, cum infeUcissimi illius mortalis furtum et pœnam ingeniosissime simul et amantissime in nostram tandem interprétâtes es. Mais, à vous dire le vray, Monsieur, c'esl de cet amoui' que je suis bien plus tousché que de cet esprit, et j'ay baisé une douzaine de fois de suite cette très-galante et très-obligeante lettre ijinv sic spiral amores, quœme sic milti sitrripit.

Je viens à ce qui me presse et vous advertis que je suis à la moitié du livre de M1' Amauld2. J'ai leu tout ce qui est de luy, et, en conscience, je n'ay jamais rien leu de plus éloquent ny de plus docte 3. Je l'ay leu avec une continuelle émotion, avec un transport qui ne m'a point encore quitté, et j'accuse nostre langue de disette, je me plains de ce qu'elle ne me fournit point des termes assez puissans pour vous exprimer Testât où m'a mis cette incomparable composition. 0 le grand personnage que ce cher amy! 0 que je suis glorieux de son amitié! 0 que l'Église recevra de services de cette plume! Ce sera le baston de

1 Virgil. Mneid. I, 466. livre d1 Amauld (Port-Royal, l. It, p. 68),

2 La tradition de l'Eglise sur la péni- d'après le Père Quesnel. Un extrait de ce tence, etc., parut vers la fin du mois de même éloge a été donné à la page a g de la mars i644 (Paris, Ant. Vitré, in-6°). Viede Messire Antoine Amauld (1783).

3 M. Sainte-Beuve a cité cet éloge du

iG.

sa vieillesse; ce sera peul-estre son dernier appuy , et, s'il \ a encore quoique hérésie à venir, qu'elle se haste de naistre, et (jue tous les monstres se déclarent, affin que cette fatale plume les extermine. Tout cela ne me satisfait point. J'en passe bien davantage que je n'en escris. Je suis plein, je suis possédé de vostre livre; il me tourmente l'esprit , comme si c'estoit une inspiration divine qui m'agitast, et non pas le livre d'un homme mortel que j'eusse leu. Magnum neepectore possum r.rrussisse Devint Mais, Monsieur, je soustiens affirmativement qu'il lu\ faut changer de nom et qu'il ne se doit point appeller Préface. Je soustiens de plus qu'il faut le diviser en quatre ou cinq discours pour le moins, et je ne dis pas que, de la sorte, les belles choses en paroistront mieux et qu'elles seront considérées plus distinctement (cela ne persuaderait point un autheur qui ne songe à rien moins qu'à sa propre gloire), mais je dis que les bonnes choses feront plus d'effet, qu'elles agiront plus efficacement, qu'elles entreront plus avant dans l'âme, et que tel pécheur ilesgousté, qui ne voudroit pas seullement toucher à ces excellens remèdes en masse, et qui en appréhenderait la grosseur, les avalera facilement quand on l'aura partagée et qu'on aura mis la masse en pilules. Osions tout sujet aux Eusèbes et aux Polemarques «le faire les grammairiens à bon marché; car sans doute, ne pouvant offenser le corps de l'ouvrage, ils esgratigneroient le tiltre; ils déclameraient sur la disproportion des parties, ils appliqueraient mal cet ancien mot de Diogéne auquel néantmoins force impertinens s'arresteroient sans passer outre: Et cynicum illum ah inferis excitarent, qui eum non' vosUb eivilatis amplum ac lalissimum videretaditum, ad incolas eonverstts: «Gustodite, inquit, urbem, ne per portant elabatarXii La peine de l'imprimeur doit estre comptée pour rien, on ne doit point faire considération sur son dommage, cjund cumfœnore pensahitur; le temps aussy ne

1 Virgil. /Enrid. VI, 78, 79. Le véritable porte ainsi l'anecdote : « Passant à Mynde,

le\(e est celui-ci : "il remarqua que les portes étaient très-

Magnum si pectore possii "grandes et la ville très-petite. Habitants

E\cussisse Deum -rde Mynde, sécria-t-il, fermez vos portes.

' Diogène de Laertn (I. VI, ch. n) rap- "de peur que votre ville ne s'en aille."

presse pas, puisque la publication esl différée pour 1rs raysoue importantes donl vous me pariez. His posùù, je vous conjure, Monsieur, de faire m Borte que nos illustres ;un\s croyenl mon conseil, el vous oe doutez point, je m'asseure, que par là obviant ïbùur delicati lectorisfastidio; el que :

[ntervalia viœ fessis prœbere videlur Qui notai inscriptus millia crebra lapis'

el qu'en un mot la moitié d'un livre ne se peut point appeler Préface, el que ce tiltre fait tort à un nombre infini d'admirables choses qu'elle contient. Je fais faire une copie de mon discours à la Reine, <[ui sera plus belle que si elle estoit imprimée, et lenvoyeray par le messager à Mr l'abbé de Saint-Nicolas2, pour la faire tenir de ma part à M1' le Cardinal Bentivoglio s :

Quem viriiin aut heroa orbis pars optima est

Jure colit. Phœbumque voco liaucl indoctus Arayntas4.

Je vous suis trop obligé des soins que vous prenez après nostre impression et vous en remercie très-humblement. Elle doit estre bienlost publique, et en ce temps-là vous me ferez bien la faveur d'en donner des exemplaires à qui vous le jugerez à propos, et de les donner, s'il vous plaist, Monsieur, comme si j'estois cependant aux Indes, et que vous jugeassiez de mon intention sans avoir de mes nouvelles.

' Rutilius Numatianus, Itiner. lib. II.

». 7 el 8. L'édition Panckoucke donne prœstare au lieu de prœbere.

" Henri Arnauld, frère d'Antoine Arnauld, évêque d'Angers en 16/19, mort en 1 699 avec la réputation d'un des plus vertueux et des plus éclairés prélats de France. Voir sur lui, outre tous les livres sur Port- Hoyal, et notamment le livre de M. Sainte- Beuve, l'article de M. Avenel sur Richelieu , Louis XIII et Cinq-Mars, dans la Revue des questions historiques du 1" janvier 1868. Le savant éditeur de la correspondance de Ri-

chelieu s'est beaucoup servi, pour raconter la conspiration de Cinq-Mars, des lettres inédites de l'abbé de Saint-Nicolas conservées à la Bibliothèque nationale.

n Henri Arnauld était l'intime ami du cardinal Bentivoglio. Il vécut pendant cinq ans à Borne dans l'intimité de l'illustre cardinal. Voir, sur Henri Arnauld, comme sur Bentivoglio, diverses lettres de Balzac (p. -20N. aai , 639, etc.).

* Quem virum a>it Heroa lyra, vel acri Tibia, sumis celebrare, CJio?

Hor.AT. lib. 1 . Carmen mi . \ . t , a.

12b' LETTRES

Dans cette distribution il ne faudrait pas oublier Mr le Mareschal de Bassompierre *, Mr de Liancour, Mr le Comte de Fiesque'2, M0* la Marquise de Sablé3 et Mme la Comtesse de More4, nos bonnes amyes. Je manderay à Rocolet de vous fournir pour cet effet cinquante exemplaires, et trente à Mr de Campaguole, lesquels il distribuera par vostre advis et après avoir eu l'honneur de vous voir chez vous.

Je receus, il y a huit jours, six cartons refaits, que je trouve bien et veux croire qu'on aura travaillé au reste avec le mesme soin. Mais pardonnez, je vous prie, à ma bizarre et superstitieuse ponctualité, qui fait que tant de choses m'offensent les yeux et que je change tant d'endroits de la ponctuation du correcteur. 11 faut contenter ce malade et donner quelque chose à cette mauvaise humeur, quam pro tua luimanitate boni consules. H est grand dommage que je ne sois imprimeur de mon mestier; je disputerois de la gloire avec les Elzeviers et effacerois celle des Plantins; pour le moins ne ferois-je pas comme les balourds 5, qui d'une ligne ne font qu'un mot, ut videre est in ea quam ad le un Ut mus, pagina.

Je pense qu'il faudra mettre à l'entrée du livre le Privilège du Roy avec l'avertissement au lecteur; et à la fin une table et un advis de

' François , baron de Bassompierre, marquis d'Harouel, qui allait mourir à l'âge de (>7 ans, le 1-2 octobre 1666. Le maréchal de Bassompierre était trop aimé de Mainard . pour n'être pas un peu aimé de Balzac.

■' Sur Charles Léon, comte de Fiesque.

je citerai les Mémoires du cardinal de Retz , ceux de Mademoiselle de Montpensier, ceux de Madame de Motleville et quelques passages de M. V. Cousin {La Société français/ au rin' siècle, t. I . p. 9i3-aa5).

Madeleine de Souvré. M. V. Cousin a ton! dit sur elle (Madame de Sablé, 1" édition. 1 858 ; 3' édition . revue et augmentée . 1 865 ). Balzac ( Lettre à Chapelain du 8 octobre 16/10. p. 83a) avait appelé Madame de Sablé n-une femme extraordinaire.»

1 Anne d'Attichy. Voir, sur la comtesse de Maure, M. Victor Cousin, Madame de Sablé (derniers chapitres et appendice), et la Société française au xvu' siècle (t. I , p. 198 20&). M. V. Cousin rappelle (p. h '1 1 de sou livre sur Madame de Sablé), que la comtesse de Maure était fort liée avec Balzac. Dans mie lettre à Conrart du 10 septembre i648 (p. 873), Balzac dit à son ami . qui était en même temps l'ami de ta comtesse de Maure : « Ayant été admirée ffsous le nom de Mademoiselle d'Attichi. net rendant encore plus illustre le second rtnom qu'elle porte, qui ne voit qu'elle » doit sa grande réputation à sa constante «vertu?»

5 Le copiste a écrit : Balars.

trois lignes, qu'un de uns raya preatera encore au Bieur Rocolet. J'attends des nouvelles de Xaintes, el suis de toute mon ame, Monsieur, voatre, etc.

Si le petit vous voit, je vous Buplie de le vouloir asseurer < j ne je guis extrêmement satisfait de luv et que je pense !u\ devoir beaucoup de reste. Je o'aj pas un moment de ioysir pour respondre à une

lettre qu'il m'a escrite, je luy escriray par le premier courrier, el cependant il me ferait grand plaisir de solliciter fortement la lionne comtesse de Brienne.

Je vous envoieray une lettre pour donner douze cens livres a un homme (jui me les fournira icy, et qui la vous portera de ma part.

Je suis tout à vous, mon très cher et très honoré Monsieur, quoyque je vous en asseure très grossièrement et sans aucune ligure de Rhétorique.

Du i| m;iv ilià'i.

Monsieur, Je pensois hier me resjouir aujourd'huy avec vous, mais je suis bien loin de ma pensée. Vostre dernière lettre me fournit la plus belle matière du inonde, mais je n'ose la toucher. Cette harpie de douleur gaste et empoisonne tout :

Furiarum maxima pulchrum

Inficit ambrosiosque sodalem haurire Kqoores, El tecum g-aiidere vetat.

Ayez pitié de moy, mon très cher Monsieur; vostre amv de Naples n'avoit point tant besoin de miséricorde . lorsqu'il vous la demanda si piteusement. Je ne vous spécifie point ma douleur, je vous dis seulement que je souffre et que je souffre en plusieurs façons, plus d'un mal ayant succédé à celuy de la cholique.

Je vous supplie d'acquitter une lettre de douze cents livres que j'ay

donnée à un marchant d'Angoulesine nommé Gautier, qui me les doit faire toucher icy. Il m'a obligé de parler de pistolles de poids, ei je l'ay fait sur la lettre du petit cy enclose que vous ne trouverez pas extrêmement éloquente. Mr le Chantre escrit à son frère et luy mande qu'il attend l'acte de la publication de possession qu'il a prise à vostre nom, et qu'il vous envoiera toutes les pièces aussy tost qu'il aura receu ledit acte. Pleust à Dieu que le Prieuré dont il s'agit fust le Prieuré de S' Martin de Paris, et pleust à Dieu estre obligé de me traisner à Rome pour vostre service, et pour remercier le Pape de vous avoir fait Cardinal!

J'escrivis il y a trois ou quatre jours au petit, et un mol à uostre excellent Mr d'Ablancourt. Je vous recommande mes escritures,et suis sans réserve. Monsieur, vostre, etc.

Je croy qu'il n'y aura point de mal que mon neveu présente un de mes livres à la Reyne, à Son Eminence, elcœlera. Je lui escris de vous voir sur ce sujet, et vous me ferez bien la faveur de luy départir Misages conseils. Rocolet a ordre de moy de vous donner cinquante exemplaires, et trente à mon dit neveu, avec lequel je vous prié de faire une liste des personnes à qui il en faudra présenter. Vous pourriez employer le petit pour en distribuer quelques uns, nempe à ceux dont on a besoin, Surintendant, Controlleur et quelque autre.

Pardonnez-moy, mon cher Monsieur, la peine que je vous baille. En conscience, je voudrois que le livre fust encore où il estoit il [y a dix] ans, et une bonne nuit vaut mieux que tout le grec de Salmasius. Je suis mal, et quoyque mon mal ne soit pas mortel, mon chagrin est incurable. 11 vaut mieux que le livre ne paroisse qu'à la S' Jean et qu'il sorte de chez l'imprimeur en meilleur estât et moins incorrect. Au nom de Dieu, que je sçache ponctuellement la folie de Tubero sur le sujet de nos incomparables amys ! C'est un fou que j'ay descouvert il y a longtemps.

Du i 5 mai i644.

Monsieur, Je me plains du bien que vous m'avez fait. Vous avez grand torl de vous esfcre forcé pour l'amour de ni<>\ et d'avoir songé à me donner de la satisfaction dans un estât où vous en aviez si peu. G'estoil le moyen d'obscurcir ces lucides intervalles et de changer ces reprises en continuité ci d'ajouster la migraine à la choiique. J'use bien autrement avec vous du privilège de la misère; et, quand je souffre, OU je ne vous parle point du tout, ou je ne vous parle que de mes souffrances. Dieu vous pardonne vostre bonté et n'exige point à la rigueur la peine que méritent vos excès! C'est en effet un excès i'l une débauche d'avoir dicté trois pages entières, et, ut semper, très judicieuses et tressages, en un temps où apparemment vostre bouche ne devoit former que des hélas : Informesque sonos et singultantia verba1. Il ne lut jamais de malade plus intempérant et plus desreglé que vous, ou, pour mieux dire, d'amy plus ardent et plus ponctuel; car vous estes celuy-là par excellence ut loties, loties a me dictum est. Je ne seray pas peut-estre si malheureux que d'avoir encore des mauvaises nouvelles par le premier ordinaire :

Et spero nieliora , el te , Natura , pudebit Tantiim opus abjecisse, tua? nec parcere iaudi : Teque, Dolor, gens sacrilegum Parnassia dicet Si pergas lacerare immiti vultare sanctum Heroïs pectus, ptenas et Apolline venas.

A propos de vers et de latin, que n'avez-vous achevé les vostres? si

ce vales insulsus ou si ce avoit été mis en vigueur, il donneroil

de la jalousie au poète de Bilbilis 2; et croyez-moy, s'il vous plaist,

Discordesque modos, et singultantia verba. aujourd'hui Baubola. Senecé (les travaild:

Stat. Silvar. lib. v, Carmen V. v. 36. d' Apollon) a dit de Mainard :

Qui malgré la fierté de l'Espagne jalouse. Martial, né à Bilbilis. en Espagne, Contraignit Dilbilis de cédera Toulouse.

Monsieur, ce petit son1 de vostre chifllet2 ne fait point de deshonneur au bruit esclatant de vostre trompette.

L'homme que vous avez employé auprès de Mme de Brienne, ne seroit-ce pas M' le Coadjuteur de Montauban3? Mais, si ladite dame n'a plus de crédit, pourquoy avez-vous pris la peine d'employer auprès d'elle qui que ce soit? Nous sommes icy au bout du monde et assez mal instruits de ce qui s'y passe. D'ailleurs la cour est. un animal encore plus varium et mulabile11 que le Protée, le Vertumne et les aultres dieux bizarres des fables; cela fait qu'on y vise presque toujours à faux, et que, dans les provinces, nous faisons d'estranges équivoques en matière de faveurs et de favoris. Tesmoin le Mémoire que j'envoyay, il y a huit jours, à Mr Bonair, de la composition de Mr l'Official, sur le sujet de mes petites affaires. Je vous prie , Monsieur, de mander audit sieur qu'il me renvoyé ledit Mémoire, parce qu'il me fascheroit extrêmement qu'il tombasl en d'autres mains, et, si l'embarras de la maison Gordienne5 ne luy permel plus de songer à moy, l'amy Ménage me pourra bien rendre un petit office auprès de Mr le Bailleul, pour ma pension de l'année passée, et ce petit office se pourra faire de bonne grâce en lui présentant mon livre, quem quidem tibi, prœstanlissime Capcllane, majorera in modum commendamus , rreditum jam pridem fidei tuœ fœlum.

Je vous ay desjà escrit pour la distribution des exemplaires, et quoy <pie le livre ne soit pas dédié à la Beyne par une epistre liminaire, il me semble qu'il n'y aura point de mal que mon neveu lui en présente un, et le discours qu'elle a desjà veu vaut bien, à mon advis, une Dédicace.

Outre les douze cens livres que je vous ay prié de bailler sur une lettre que je vous ay escrite, je mande à Bocolet de prendre de vous

1 Le copiste avait mis : sort. et son successeur le 8 septembre i65a.

' Chijflet est dans nos anciens diction- ' Varium et mutabile semper

naires, pour sifflet. Femina.

1 Pierre de Berthier, nommé coadjuteur VlCG,L' Mneid- Iv< 569-

de M"' Anne de Murviel . le 9 janvier 1 634 , 5 La maison de Brienne.

sept \iiij;i quatre livres, pour quelque payement qu'il doii faire d'ea lollfs que j'ay receues. Je commence à pester1 contre les longueurs de Mr le Chantre, et, si je n'a\ de bonnes nouvelles dans deux ou trois jours, je luj despescheray un homme exprès. Si je n'eusse espéré beaucoup de luy sur la parolle de son frère le Jesuitte, j'avois un

autre ainy à Xaintes qui riOUS eu Si peul-eslre servi avec plus de diligence.

Je suis malade en \ous escrivant, mais pourveu que vous vous portiez bien ,

Me meliore moi parte valere pulo.

Je seray toute ma vie plus qu'homme qui vive, Monsieur, etc.

Par le premier ordinaire, je vous envoyeray une lettre pour \lr de Saumaise, dattée du commencement du mois passé. Nostre incomparable Mr Ménage me fera la laveur, s'il vous plaist, de la lui taire tenir avec un de mes livres et mon Discours à la Reyne, de la dernière revision, que Rocolet a charge de lui porter. Vous ordonnerez audit Hocolet d'en envoyer quelques exemplaires hors de France, et particulièrement en Hollande. Du reste, Monsieur, n'attendez ny mon consentement ny mon ad vis, car vous estes quelque chose de plus que mon plénipotentiaire.

Il est certain que Mme de Brienne m'a escrit, mais je n'ay point receu sa lettre, et Mme du Masses2, sa mère, la mit entre les mains d'un homme qui la perdit au lieu de me la porter.

J'admire tousjours l'antagoniste du Père Petau, et mon ravissement dure encore : il n'en fut donc jamais ny un si juste ny un si long.

Du a3 may itiii.

Monsieur, Je pense avoir receu de bonnes nouvelles, puisque vous ne m'en mandez point de mauvaises, et je veux croire que vostre dou-

' Le copiste a écrit presser. — ' Voir une lettre de Balzac à M"" de Masses, du 17 août 16M (p. 5851

leur a cessé, ne voyant point dans vos lettres qu'elle continue. /Eterinnii sii de bac atroci materia silentium! Abeat nunquam rediturus crudelis aies, et (lies tibi luceant1 quos meruisli, (Ulectissime et suavissime Capellane!

Je [devinai 2] d'abord la cause de la longue Préface3, et je le dis à mon Ange gardien, qui fut seul le confident de ce secret. Mais, puisque le Privilège ne met point le livre en pleine liberté, je voudrais encore de bon cœur que la Préface eust changé de nom, et qu'elle fust divisée en plusieurs Discours.

Je liray les traductions quand on m'aura rendu le livre que j'ai preste, et vous en escrirav mon sentiment avec la mesme liberté qui a accompagné mon premier transport, car je vous prie de croire que mon admiration ne procède point de mon amour, et que je vous eusse dit d'un admirable emiemv, ut est islud dwmoniuin hominis, tout ce que je vous ay dit d'une personne qui m'est extrêmement chère.

.le vous rends mille très-humbles grâces de la continuation de vos soins dans la dernière affaire de l'impression , et trouve très-raysonnable la conduite dont vous avez pris la peine de me rendre compte.

Rocolet me mande que le Graveohns* n'a rien fait qui vaille, et j'ay grand peur que Rocolet luy-niesme ne fera pas mieux. J'ay perdu toutes mes prières, et, quoel notandum, reitérées une douzaine de fois, qui le conjuroient de choisir quelque main adroite et délicate, ad hoe o])iis stilo et calamo conjiciendum. H a eu deux mois entiers pour cela, et n'a songé qu'à refaire les cartons, qui est une besoigne séparée de l'autre, et qui ne la devoit point empescher, différentes personnes [devant] estre employées à deux différentes actions. Mais la dureté de la grosse teste est toujours à l'espreuve de mes prières, et il ne me sert de rien de luy escrire cent fois une mesme chose. Vous estes bon, certes, de le louer après cela de générosité, et les grands mots ne vous coustent guères. Je n'avois point désiré qu'il n'y eust point de mots eou-

' Le copiste a écrit Luctant. i C'est au calligrapke chargé de copier

2 Le copiste a mis deniray, ce qui n'offre le Discours à la Reyne que s'adresse cette

aucun sens épithète appliquée par Horace à Maevius el

' Du livre d'ArnauId. par Virgile à l'Averne.

DE JEAN-LOUIS GUEZ DE l! \l.X LC. 188

pés tïitiir ligne à Paulin, car qu'est-ce qu'en souffre la beauté de l'impression ? Je désirais seulement qu'il \ eusl le moins d'ahbréviatiotn que Eaire se pouroit, el je «ois bien que la grosse teste ne m'a pas compris. An reste, Monsieur, je vous dis une fois pour toutes que je suis au Innil du monde; qu'on ;i imprimé à Paris quelques discours qui portent mon nom, mais que je ne dédie à personne; par conséquent que mon livre n'est poinl mon livre, et que vous en ferez ce qu'il vous plaira. Voulez-vous qu'on n'en présente à personne? A lu bonne heure, et je le veux mieux que vous, personne ne s'en offensera, el on ne donne point ce qu'on a dcsjà abandonné. Mais, si néantmoine vous estes d'advis qu'il soit donné, je vous supplie que ce ne soit point eu mon nom, quand ce ne seroit que pour éviter les remerciemens de quelques personnes qui ne manqueraient jamais de m'escrire sur ce sujet des lettres dorées et que je donnerais au diable avec mon livre.

Pardonnez à ma mauvaise humeur. Elle n'a pas empesché de vous faire ce matin une Epigramme amoureuse que voicy :

Ad Joaineh Capellandm '.

Ibit in annales nostri quoque fœdus amoris

Mequc j tibi socium posthuma fama dabit. 0 quantum mihi munus! Et ipsa superbiet ambra

Grandior et fîet nomine nota tuo.

Cuncta mei jamjam pereant monumenta laboris

Hoc mihi dum servent sœcla futura decus

ou bien :

Hoc mihi dum servet gloria vera decus \

Je viens d'envoyer vostre lettre pour Xaintes au père Recteur d'Angoulesme, et l'ay accompagnée d'un mot pour M. le Chantre, qui est

1 Seconde partie du tome II des OEuvres 0 quantum dabit illa mil», si dicar ab omni complètes, p. io. Gente tiras, nec nos separet ulla dies.

5 H V a dans le texte imprimé: Sub Terris gaudebo, et clara superbiet umbra, Et tibi me socium, etc. Grandior et fiet nomine nota tuo.

3 Les derniers vers ont reçu cette forme Cuncta mei jamjam pereant monumenta laboris. définitive (édition de 1 665 ) : Hoc mibi duin servent sœda futura decus.

plus lioninie de bien, sans doute, que l'abbé avec qui vous avez traitté, et fflius quittent non incauta probilas mullorum lue sermonibus celebralur.

Je vous prie de donner au sieur Rocolet le reste des quatorze cens livres, pour quelques bardes que je luy ay mandé de nf acbeter : auquel sieur vous direz, s'il vous plaist, Monsieur, que, si-tous les exemplaires ne sont généreusement corrigés, je compteray pour rien tout ce qui aura esté fait. Faites-vous apporter la correction de la page 365, où il faut mettre un grand P pour un petit avec un point au-devant; et celle de la page 396, où il faut mettre aussy un grand Q pour un petit; et, si ces deux corrections ne vous semblent pas bien nettes et bien délicates, obligez-moy de dire de ma part à la grosse teste qu'il en sera quitte pour deux cartons. Je suis sans réserve. Monsieur, vostre. etc.

Le biberon ' aura sans doute receu ma despesebe. Je vous recommande mon paquet pour Mr de Saumaise et ne vous dis rien de l'épi— gramme, mais je n'en pense pas moins.

Page 1