‹ Lettres de Jean-Louis Guez de BalzacChapitre 3 sur 28 · XL1I · texte numérisé non relu

XL1I

Du 3o may i%Uh.

Monsieur, J'ai receu deXaintes les pièces qu'il faut envoyer controller à Bordeaux, et que j'ay desjà mises entre les mains d'un bomme qui m'a promis de prendre ce soin. Cet homme ne sera point nostre cher M' Girard, qu'on attend aujourd'hui ou demain à Angoulesme; mais les pièces ne laisseront pas d'aller et de revenir très-seurement, et je les ay recommandées conceptissimis vei'bis'1 à celuy qui leur doit faire passer la mer. Si la chose estoit pressée, j'eusse envoyé exprès pour cela; mais huit jours de plus ne gasteront rien, et la voye de la poste, de ce costé-là, n'estant pas bien seure, j'ay cru devoir attendre une meilleure commodité.

1 C'est-à-dire le grand buveur, M. de ' Jurât Eumolpus verbis conceptissimis.

Flnite. (Petron. Satyr. exiu.)

Je viius remercie de toul mon eœur de la faveur < 1 1 m* voua m'avez faite de donner à M. Furet1 les douze cens livres que M. Gautier m< doii rendre icy. Pour la perte de l'escu ou des quatre francs, «*l !*■ n'est

|i:is {'ronde et peul.-[ être] que le Iréhiielu-I du sieur Rôcolel s'accordera mieux avec celuy du petil amy.

Si j'ay lionne mémoire, je vous aj escril au long par le dernier

ordinaire et vous trouverez bon que je renvoyé Vostre Seigneurie IIlustrissime à cette longue lettre que je pense luy avoir escrite. J\ adjouteray seulement que la distribution des exemplaires ne se faisant pas en mon nom, ceux qui en recevront ne laisseront de m'en sçavoir gré, el ceux qui auront esté oubliés (ai modo rerum ejusmodi sit aliqwtd desidrrium) s'en prendront a mon libraire plustost qu'à moy. Ainsy il faudra que ce soit luy qui en donne une bonne partie aux personnes que vous luy choisirez dans la liste, aflin que vos gens n'ayenl pas lonte la peine de cette importune distribution. Vous voyez par là. Monsieur, que je me suis enfin résolu de faire une liste, et qu'il faut lousjours que vous soyez absolument obéi. Vous la recevrez par le courrier qui partira dans trois jours, car il n'y a pas moyen de vous l'envoyer par cettuicy qui s'en va partir.

Vous dites merveilles de vostre sac; vous mesprisez le pauvre corps humain d'une estrange sorte, et il y a certes grand plaisir de vous voir philosopher de la cholique, quand la cholique est passée. Pour la tirade des escritures, elle est très-belle et très-obligeante. Mais il vous doit suffire que vostre bonté me pénètre jusqu'au cœur, et que je sens vos tendresses avec des chatouillemens inénarrables. Du reste, reposez-vous sur ma foy et ayez, s'il vous plaist, un peu de patience : le despost vous sera rendu aussy religieusement que si c'estoit. et rœtera. Mon copiste y travaille, mais il n'y peut travailler que par in-

' Balzac avait d'excellentes relations avec i65o (p. 812), où il l'appelle «homme de M. Feret, «secrétaire de feu Monseigneur «beaucoup d'esprit,») et une lettre à Confie duc de Weymar.n Voir la lettre qu'il rart, du 23 octobre i65i (p. 918). où il lui adressa le 8 août 1 644 (p. 622). Voir parle à la fois très-fiatteusement des deux aussi une lettre à Chapelain du 1" mars amis Feret et Drelincourt.

tervalles. H vous fait présent de l'épigramme de la semaine passée que j'av retouchée et mise en Testât où, à mon advis, elle demeurera. 11 \ paroist quelque sorte de simplicité, mais cette simplicité est romaine, el je n'ay rien fait en épigrammes qui me plaise davantage. Je suis de toute mon âme, Monsieur, vostre, etc.

Du 6 juin il\l)U.

Monsieur, Vous aurez sçeu, par ma dernière despesche, que j'ay receu vos provisions; vous sçaurez par cette cy que je les ay envoyées à Bordeaux par un homme qui est à moy, n'ayant pas eu la patience d'attendre plus longtemps une autre commodité. Vous me manderez ce qu'il vous plaistque j'en face, quand elles seront de retour, c'est-à-dire si vous les voulez par la voye du messager ou par celle de la poste. Je tesmoigneray cependant au père Recteur le gré que vous sçaviv à Mr son frère , dont je ne receus les lettres que le 27 du mois passé, quoy qu'elles fussent dattées du 1 5 May. Tous ces retardemens ne sont pas de grande conséquence, et j'espère d'avoir dans quatre ou cinq jours les pièces controllées.

Que vous sçaurois-je dire. Monsieur, pour nostre cher et incomparable Mr Ménage? Il est généreux et obligeant jusqu'à me couvrir de confusion et à me faire paroistre ingrat, si je ne proteste bien tost que je ne le suis pas, et si je ne rends un acte public de ma [rejconnoissance. Je lui destine un discours qui s'appelera Fragmens d'une histoire qui s'est perdue, dans lequel, sur le sujet de son Mamurra, je prétens de lu\ conter des nouvelles de mon Barbon et de lui offrir disjecti membra pedantis\ qui peut-estre mériteraient la peine d'estre recueillis. Mais je voudrois bien deux ou trois exemplaires de ceManVurra, et, si le livre se vend, dites, s'il vous plaist, à Rocolet, qu'il mêles envoyé.

Vous avez la harangue manuscrite de la Casa , et hanc quidem ut in met

. Disjecti membra poetse.

Horat. lib. I, Sert. iv. \.

>ri-

DE JEAN-LOUIS <il)KZ DE B ILZAI 137

gratiam receruere velis, te etiam trique etiam rogo, affin que, sur une copii bien correcte que vous prrtKl rii'z la peine de me faire faire, nous puissions un jour la publier. Pay ou] dire que les Espagnols 6renl emprisonner l'autheur de «•elle harangue, -le vous prie île vous en enquérir a quelque répertoire d'Italie, comme vous diriez à Paul Piesque1 on <<t ambassadeur île Florence, si galand homme, donl vous m'avez escril quelquefois.

Est-il possiltle que Madame de Kiienne se inesle d'escrire de belles lettres? Celle nouvelle nia un peu surpris, et jusques icy sa bonté in'esloil plus connue que son éloquence. Je seray bien aise de voir la copie, puisque l'original n'est pas venu jusques à nioy, et que moi mauvais destin s'est servi delà négligence d'un inaraut, pour me ver d'une si douce consolation.

Je suis en peine du petit amy, qui m'est entièrement nécessaire dans mes petites affaires, cet autre, donl je vous ay parlé, ne se trouvant pas maintenant au lieu où vous estes. Le paquet que vous luy envoyastes de ma part, il y a quelque temps, se seroit-il perdu? Je ne veux pas le croire, et vous conjure de mettre en queste quelqu'un de vos gens. pour avoir des nouvelles et de l'homme et du paquet. Au reste. Monsieur, que vouliez-vous dire des longueurs fatales du sieur Rocolet'.' Dieu me garde de tomber une autre fois entre ses mains! H vaut bien mieux aller exprès à Leyden, faire soy-mesme imprimer ses livres, ei estre soy-mesme son correcteur.

M1" Girard est icy et vous honore toujours parfaitement. H a commencé l'histoire de feu Mr [d'Espernon] son maistre, qui ne sera pas une pièce à mespriser; il m'en a monstre quelque chose qui m'a plu extrêmement, et je suis trompé si vous ne l'approuvez aussi bien que moy, et si vous n'y trouvez des endroits instructifs et divertissans. Je

' Je trouve cet éloge de Paul Fiesque trcela est, j'en espère bien, car c'est un dédans une lettre de Balzac à Chapelain, du <»mon dans les négociations, et non pas un h juin 1 64 1 (p. 85a): n-Quelqu'un m'a dit rhonime. et je ne croy point qu'en tout le "que le seigneur Paul Fiesque est à la Cour. k monde il y ait un esprit plus souple, plus -et qu'il se mesle de l'affaire de la paix. Si tradroit ni plus intelligent que le sien.»

me précipite en vous escrivant ces mauvaises lignes. (Test, Monsieur,

vostre, etc.

Du l3 juin i6ii.

Monsieur, Je lus hier saigné, et aujourdhuy je vous escris avec une médecine dans le corps. Ce sera pour accuser la réception de vostre lettre du 5 de ce mois, et pour vous donner advis que mon homme est arrivé de Bordeaux, qui m'a apporté vos pièces controllées. J'attends de vos nouvelles pour en faire ce que vous m'ordonnerez, et vous advertis de plus que M. de la Thibaudière doit avoir receu la lettre que vous luy avez escrite : après en avoir considéré les grâces et la galanterie, je la mis entre les mains de son procureur, qui me promit de la luy faire tenir seurement, et qui n'y aura pas manqué.

J'ai leu le billet de M. Ménage et releu la belle ode qu'il m'a fait adresser, très-belle certes, et très-digne de son excellent esprit, //( pecrassel in elcctione materiw. Je vous ay desjà fait sçavoir que je luy rendrois du françois pour du latin, et du cuivre pour de l'or en toutes façons. Au reste, Monsieur, je n'estime pas moins que vous la lettre de Madame de Brienne. et, au premier jour de santé et de loisir, il faudra la payer d'une autre lettre. Mais l'excellent advis qu'on me donne avec la copie de la lettre !

Mr l'abbé de S'-Nicolas juge donc à propos que j'employe une personne qui soit puissante auprès de Mr le C[ardinal] M[azarin] pour estre payé de ma pension. Si la chaleur avec laquelle la femme1 a |iarlé de mes affaires à son mari ne produit que ces beaux advis, c'est une chaleur plus froide et plus stérile que de la glace, et j'ay ou y dire depuis que je suis au monde que c'est se moquer des gens, de leur donner des conseils quand ils demandent de l'ayde. Tout le monde sçait que la signora comorte a tout pouvoir sur son mary le secrétaire

' M"" de Brienne implorant, en faveur de Balzac non payé, le secre'taire d'Etat, son mari.

d'Estat. Et. pourquoj ce secrétaire d'Estal ae sera-t-il j>;i^ cette personne puissante ou ne me li fera-t-il pas trouver? voire mesme pourquoy Le seul M1 l'abbé de 6^-Nicfolas], sans l'assistance «lu secrétaire ny de sa femme, ne fera-t-il pas quelque chose de plus pour moy que de m'envoyer des conseils de cent lieues Loin ? Ne bous enfonçons poinl dans celle inalirre ; je suis si peu capable (lune pareille langueur, que je n'en sçaurnis parler que comme d'un prodige dans la morale que je me suis figurée. Dieu me garde d'une si sobre réserve en matière d'offices el d'amitié! Et tic his hacienus, après vous avoir dit que celm qui m'empeschera d'estre payé de la petite pension que le feu Roy me donnait, se fera beaucoup plus de tort que je n'en recevra y de dommage; et, si on maltraite Cicéron (vous nommez quelquefois ains\ vostre amy), uno proscriptus sœculo, prosrribet Antonium omnibus. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Mon père a fait dresser un mémoire (dans lequel je vous puis protester qu'il n'y a pas un seul mot de ma façon) pour estre présenté à M1' le Chancelier, eu forme de placet ou de requeste; et hoc, par le libraire matériel qui, en qualité de valet de chambre, ou pour le moins de domestique de mondit Seigneur, pourra faire cela aussy bien qu'un conseiller d'Estat ou qu'un abbé favory '. Si le mémoire fait son effet, à la bonne heure, sinon, je suis desjà consolé. Je vous en envoyé une copie et vous prie de la mettre entre les mains du petit, avec quelque advis de vostre cru, et une très-exacte recommandation de servir son amy avec secret; et en effet, si le Chancelier promet au libraire, le petit achèvera le reste et ne sera pas inutile solliciteur auprès de luy.

' La Caille (Histoire de l'imprimerie, on sait, la vie du chancelier fut en danger.

p. 429) a rappelé que Rocolet crfut honoré Rocolet était alors capitainede son quartier,

trde la bienveillance particulière de M. le et le roi, pour récompenser sa fidélité et son

rfChancelier Seguier.» Rocolet sut se mon- dévouement, lui envoya, le 5 octobre 1 65 1.

trer reconnaissant envers ce protecteur peu- par M. de Sainlot, maître des cérémonies,

dant les (roubles de la Fronde, où, comme une médaille et une chaîne d'or.

Voulez-vous que je vous parle franchement? L'ode de nostre trèscher ' n'est pas une très-bonne chose, mais gardez-vous bien de le luv dire de ma part. Je vous supplie. Monsieur, que je puisse avoir par vostre moyen le discours de la Servitude volontaire 2, et tout ce qui se trouve de l'Eschassier, advocat au Parlement3.

Je suis bien aise que l'épigramme vous ait plu; mais, au lieu de Iwta, n'aymeriez-vous point mieux et clara superbiel timbra? H me semble que le mot de clara avec timbra l'ait quelque beauté. Quoy que vous puissiez dire à la justification du libraire espais, il est sans excuse. Il a receu les corrections devant Pasques, et n'y a fait travailler que la veille de la Pentecoste. Encore ay-je peur qu'il gastera tout et qu'il se servira delà plume où il faudra du canif, voire qu'il fera de nouvelles fautes en corrigeant les anciennes.

J'ay envoyé vostre mot au Père Gombault4, et vous devez avoir receu la liste que vous m'avez demandée.

Il y a quinze jours que je vous ay envoyé la liste que vous m'aviez demandée, et devant que les exemplaires soient en estât d'estre présentés , vous aurez tout loisir de choisir ceux à qui vous prendrez la peine d'en donner, ou d'en faire donner par un de vos gens. Je vous prie de marquer les autres à qui Rocolet en présentera, et M", de

' Ménage. exemplaire du Contr'un. Le Dr Payen ajoute : * Très-probablement une copie manus- rrOn peut lire dans Tallemant des Réaux la crite, car on ne connaît pas d'édition de ce ^difficulté qu'éprouva le cardinal de Richediscours à l'époque où Balzac écrivait cettp «lieu lorsqu'il voulut se procurer cet oulettre. M. le D' J. F. Payen dit, dans l'ex- rrvrage et le prix auquel un malin libraire cellent article sur Etienne de la Boëtie fie lui lit payer, n M. S. de Sacy a eu le tort qu'il a donné à la Nouvelle Biographie gêné- de dire ( Variétés littéraires, morales et hisrale (t. IV, col. 368) : * Après sa publica- toriques, t. II. p. 5i/i) : ^Montaigne a pun-tion dans les Mémoires de l'Eslat de France , n-blié sans hésiter le Contr'un. » itfe Contr'un tomba complètement dans l'ou- 3 Rappelons que le Dictionnaire de Mo- •bli jusqu'au moment où Coste l'inséra dans rétri donne la liste complète des ouvrages •s s éditions des Essais. n Ainsi, entre la publiés par Jacques Leschassier, de 1598a date de la publication du recueil de S. Gou- 1621, ouvrages réunis ensuite tous ensemble lait (1576-1578) et celle de la quatrième en 1669 et en i65a. édition des Essais, par Coste (1709, Lon- 4 Le copiste a écrit ainsi le nom de ce «1res, (i vol. in-19), il n'aurait paru aucun jésuite : Gaubault.

DE JEAM LOUIS OUEZ DE BALZAC, 141

Gampagnole aussy, selon que voua en demeurerez d'accord avec luy, qui pour cei effel aura l'honneur de vous voir, et de recevoir mis lions advis. Vous ne sçauriez croire combien cette distribution me chagrine. Je voudrois eslre aux Antipodes pour quatre mois, pourveu qu'eu ce païs-là je ne lusse pas privé de la consolation de vos lettres, el qu'au défaut ilf l'ordinaire «les antipodes., \ <>us trouvassiez un démon de bonne volonté qui m'en apportas! loul.es les semaines. \u reste, Monsieur, je ne désire pointsçavoir la fortune Je mon livre, n\ les divers jugemens qu'en feront les beaux esprits. Quand tout le monde me chiffleroit1, il me suffit pouT ma parfaite satisfaction que vous m'ayez desjà applaudi, .le suis d'ailleurs trop vieux et trop dur pour eslre capable d'estre corrigé si j'avois failli, et de his hactenus.

Vous avez veu le mémoire que Rocolet doit présenter à Mr le Chancelier. Je ne bazarde rien en le faisant présenter, et peul-estre qu'Aristide me rendra justice ou la demandera pour uioy.

Obligez-moy de sçavoir de Mr Ménage si Mr de Saumaise n'a pas lait un commentaire sur Florus, et en quel lieu il est imprimé'2. Je voudrois aussy sçavoir si Gevartius3, outre ses Electes, n'a pas l'ait encore un livre de Diverses Leçons, parce que, dans ses observations sur Stace, il promet de prouver clairement (je ne sçay où) que le poète Manille4 n'a point vescu sous Auguste, et que c'est un pur équivoque

1 Nous avons déjà trouvé l'expression chifflet. N'y avait-il pas dans le tardif emploi de ces expressions un peu de provincialisme?

' Le Florus de Saumaise parut en 1 638 (Lugd. Buta», apud Elzemrios, i vol. in-ia). Les notes du grand critique bourguignon ont été reproduites dans plusieurs éditions. e t notamment dans celle d'Amsterdam (170a, 3 tomes en un volume in-8°), dans celle de Leyde (17'ji, in-8°), dans celle de Leipsick (i83a, a vol. in-8").

3 Le copiste a écrit : Genarlius. Jean Gaspard Gevaerts, né à Anvers en 1.593, moulut dans cette ville en 1669. Ses Ekelorum

libri très, in quibus plurima veterumscriptorum

Inca obscura cl controversa cjplicantur, illustrantur cl emendaniur, parurent à Paris, en 1 G 1 9 , in-4°. Les Observations sur Stace sont dans l'édition des Silves qu'il donna en 1G1G (Leyde, in-8°). Quant aux diverses leçons dont Balzac s'enquiert. ni les Mémoires de Niceron (t. XXXVIII), ni le Dictionnaire de Morcri, ne les mentionnent, et on est autorisé à croire que ce livre n'a jamais existé.

4 On croit généralement, avec Joseph Scaliger, Vossiu s, Saumaise, Huet, etc., que Manilius vivait vers le commencement de

Ur2 LETTRES

de nom, Cum sit verus Me Alaitiïius eelcbratus a Claudtano, el cœlm-a. J'ay cherché cette preuve promise dans ses Electes, mais je n'en ay pas trouvé un seul mot.

Du 20 juin îli'ii.

Monsieur, Vous m'avez blessé en me chatouillant. L'article de \ostre lettre qui me tesmoigne le désir que vous avez de me revoir, me représentant le malheur que j'ay de ne vous voir pas, a rempli mon oeeur de jalousie, et m'a fait souspirer plus d'une fois ces vers amoureux :

Allri. obime! del ruio sol si fa sereoo!

Del mio sol . ond'io vivo, oltri si ;;ode, etc. '

A l'heure où je vous parle, je veux grand mal à cet Allri, quiconque puisse-t-il estre; l'ut-ce le cher Mr d'Ablancourt, le bien-aimé Mr Gonrart, le petit homme. grand personnage2, le brave et magnanime Moulosides3. Il y aura donc lousjours quatre ou cinq provinces entre vous et moy ? Je ne jouiray donc jamais que de la peinture de vostre conversation? Je ne recevray que îles gouttes et des miettes par la vuye ordinaire, el cette bienheureuse abondance, cette plénitude dont vous nu' [tariez, sera toute pour l'hostel de Rambouil[let] et pour Messieurs de Paris? Le nom de Rambouillet] m'arreste tout court. Je n'oserois persévérer dans ma haine, et il faut que, pardonnant à la ville

l'ère chrétienne; mais ou ne sait rien de même Claudia), composé, non un poëme.

positif sur la biographie de ce poëte, qui mais un élégant traité en prose.

n'est mentionné par aucun auteur ancien. ' «Un autre, hélas! s'éclaire à mon so-

M. Léo Jouberl (Nouvelle biographie gêné- wleil, un autre jouit du soleil qui lait ma

rate) rappelle que Gévart et Spauheim ont (trie!»

pensé que les Astronomiques appartiennent 2 Balzac écrivait, le 4 janvier i65i

à l'époque d'Auguste, el il objecte que le (p. 897), à Conrart. au sujet de Godeau :

Mallius Theodorus dont Claudien a célébré rrCe petit homme, et tout ensemble grand

le consulat et loué les connaissances astro- -personnage .«

nomiques avait, d'après Te texte formel du 5 Montausier.

en la considération deJ'hoetel, je mécontenta de roua murmurer cee

autres vers :

\ ruidem invideo '. doleo tamen : et miln longi

l'Ailii mora diapliceal, mihi dicere fas Bit, 0 Fortunatoa minium, tua si bona norinl Parisios '

J'attendra) encore buit jours le voyage d'un amy pour vous envoyei plus seoremenl vos pièces controollées : et, au défaut d'un amy, je les

Feray donner au messager avec toutes les précautions nécessaires. Mais ne vous mettez point en peine de la despense qui a esté faite. \v Xaintes ny Bourdeaux ne vous cousteront rien, et vous devriez avoir honte de m'escrire si curieusement d'une chose de néant, et de laquelle nous ne nous souvenons plus ny M'' Gombault ny moy.

Puisque M1' l'abbé de S'-Nicolas délibère sur l'envoy de mes vers à Rome, il croit qu'il y a lieu de délibérer. 11 en fera ce qu'il luy plaira et quidquid illi videbitur, optimum miki videbitur. En voicy de nouveaux pour justifier les premiers, et vous les considérerez, s'il vous plaist, Monsieur, comme choses escrites du temps de Tibère ou de Néron, auxquelles nous n'avons point de part, ou, si vous me permettez de parler Tacite , procul amore et odio quorum causas longe habeinus 3.

Vous estes, sans mentir, bien raisonnable sur le sujet de cette belle et grave simplicité des anciennes épigrammes, et il y auroit plaisir de voir là-dessus une diatribe de vostre façon.

Avez-vous ouy parler d'un poète lyrique italien et favory du duc de Modène, nommé Fulvio Tesli4? Si vous avez veu ses odes, je vous

' Virg. Eclog. 1. v. il. Ses Rimes parurent à Venise en i6i3. Il les

5 0 fortunatos nimium, sua si bona iiorint. revit et les corrigea dans une seconde édi-

Agricolas!... lion (1617). Il fut le favori du duc de Mo-

Vibc. Géorgie, lib. Il, v. i58, 45g. dène, François I", qui le nomma secrétaire

1 Allusion au sine ira et studio du cha- d'Etat et ambassadeur. Ses œuvres choisies

pitre 1 du livre I des Histoires. ont paru à Modène en 1817 (2 vol. in-8").

4 Le comte Fulvio Testi naquit en i5p,3 Voir Tiraboschi : Vita ciel conte F. Tesli

h Ferrare et y mourut le 28 août i646. (Modène, 1780, in-8°).

lui LETTRES

prie que j'en sçache vostre opinion. Je ne vous sçaurois escrire la mienne de l'Apologie <p>e je n'ay point veue et que je n'ay pas grande curiosité de voir, puisque c'est la cour sainte qui l'a faite. J'attens les livres promis et suis de loute mon âme, Monsieur, ete.

Du 37 juin iO'i'i.

Monsieur, Après vous avoir dit en courant que j'ay receu vos deux despesches pour Xaintes et que je les ai recommandées au Père Recteur avec les plus ardentes conjurations qui peuvent sortir de la bouche d'un suplianl, je viens et m'arreste à la grande nouvelle de nostre village. Le cher président Maynard y est arrivé, et avec lu\ toutes les Muses, toutes les Grâces, toutes les Vénus et tous les Amours. Ne pensez pas que ces derniers mots viennent du transport de mon esprit ou de l'excès de ma passion; c'est la sienne que je vous exprime imparfaitement, et je ne suis que le triste historien du Héros le plus guay et le plus galand qui fut jamais. Si vous ne m'en croyez sur ma parolle, voicy de quoy vous persuader, et je vous veux faire part d'un ouvrage qui m'a ravi. La belle chose, Monsieur, que la passion, conduite et employée par le jugement : c'est-à-dire, en vostre langage, la belle chose que le feu du ciel entre les mains de Prométhée ou de quelque autre excellent ingénieur! Cettuicy le sçait mettre en œuvre d'une admirable manière, et je pense qu'il n'est pas plus net ny moins fameux dans sa propre sphère que dans les vers que je vous envoyé. Il a trouvé la pierre philosophale de la science des mœurs; et ce secret (estimé inconnu jusqu'à présent) d'aymer et d'estre sage tout ensemble ' sans doute lui a esté révélé. Le bonhomme Numa traitait ainsi avec la nymphe Egérie; et, si un prophète vouloit faire l'amour à une Sibille, il faudrait qu'il vinst prendre icy des leçons, et qu'il estudiast ce que Ménandre dit à Cloris. Menander aulem iste

1 On connaît le dicton : Amare el sapere ri.r Deo conceditur. C'est la dix-septième des sentences de Publias Syrns.

mriis Socratsm meum solito eultu et observantia prosequilur, mêisque verbù inulitun illiaalutem dieit, etcœtera. M;iis, bon Dieu! que Socrate perd de parollesà complimenter Imynte! La Rhétorique aedevroil poinl avoir lieu en pareilles occasions, cl. il me semble que vous vous moquez r I < ■

moy de me dire que vous in'esles obligé «le ce que je ne veux pas estre un înaraul.

Au reste, vous vous mêliez trop en peine de la despense qui a este l'aile en Xaiulonge el ;'i Bordeaux, (letle régularité si exacte m'a presque offensé ; et pourquoy, Monsieur, ne prendrez-vous pas un bouquel OU une paire de gans de vostre amy, encore qu'il soit plus pauvre que vous? Me parlons plus de parties et de comptes de quatre deniers. Quand vostre magnanimité devroit enrager, il faut qu'elle reçoive de moy ce petit présent : il faut que l'orgueil du roy des stoïques soit un peu mortifié.

Je le vous dis tout de bon. J'aymerois mieux que la harangue délia Casa fut in bordello ', voire que son Galatée et que tous ses autres livres fussent confisqués, que si vous aviez pris la peine dont vous me parlez dans vostre lettre. Absit, absit, prœstanlissime Capellane, et gardez-vous bien de jamais succomber à la tentation qui vous est venue ! La chose n'est point pressée, et nous attendrons à loysir la main de quelque copiste italien que Mr l'abbé de Saint-Nicolas ou quelque autre italianisi vous pourra fournir. Je suis, Monsieur, vostre, etc.

Les pièces de vostre prieuré partent aujourd'huy par le messager d'Angoulesme et arriveront à Paris un jour après cette lettre. J ay escrit de ma main le dessus du paquet où elles sont, et vous l'ay adressé au logis de Mr Rocolet, imprimeur du Roy, et cœlera. Je mande audit sieur de le retirer à l'heure mesme qu'il sera arrivé et de le vous faire porter aussy tost. Il a esté recommandé au messager, conceptissimis verbis. Je pense qu'il faudra donner un de mes livres au comte

1 Le copiste avait écrit : inbordela. Le et les prédicateurs s'en servent encore aumnt bordello n'a rien d'obscène en italien, jourd'hui sans la moindre difficulté.

de Cremail ', puisque j'apprens qu'il est encore à Paris, et ne faudra point se haster d'en donner à Conjuges2, baron de Noailles3 et Abbé de Cerizi4. Si je ne suis pas bien traité des princes, je ne veux point que mes livres traisnent dans les palais. Vous verrez, par le mémoire que vient de faire Mr l'official, la passion qu'a mon père de voir le quatrain de Mr Maynard soubs ma taille douce5. Je vous suplie, Monsieur, qu'il ait au plustost ce contentement : et dites moy, en conscience, si vous vistes jamais un plus beau quatrain. Hoc unum desiderabù et dices : rr Digniori te debebatur. «

Dieu vous veuille consoler, mon cher Monsieur, et se contenter pour cette fois de la mort d'une princesse6.

1 Adrien de Monluc, baron de Montesquieu , comte de Carmain ou de Cramai! . prince de Chabanais, fils de Fabien de Monluc et d'Anne de Montesquiou, et petit-fils du maréchal Biaise de Monluc. 11 fut gouverneur et lieutenant général au pays de Foix. Il aima et cultiva les lettres, et plusieurs écrivains du xvn" siècle, Mainard notamment, l'ont honoré de leurs éloges. Il mourut le 22 janvier i646.

2 Probablement M. et M"' de Brienne, dont il a été question dans une précédente lettre.

' François, seigneur de Noailles, comte d'Ayen, baron de Chambres, de INoaillac et de Malemort. Il mourut à Paris le 1 5 décembre i645, après avoir été chevalier des ordres du roi, conseiller d'État, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur d'Auvergne et de Rouergue , ambassadeur li Rome.

4 Germain Habert, abbé commendataire de Saint- Vigor de Cerisy (ordre de Saint- Benoît, au diocèse de Bayeux), né à Paris en 1 6 1 5 , mort en 1 654. Il fut un des premiers membres de l'Académie française, ainsi que son frère aîné, Philippe Habert.

L'abbé de Cerisy est plus célèbre par son poëme (La Métamorphose des yeux de Philis en autres, i63g, in-8°) que par sa Vie du cardinal de Bertille (i646, in-4"). Loret. dans sa Gazette, l'a singulièrement flatté en disant :

Il exeelloil, sur toute eboze.

Aux beaux vers, à la bette proze.

Voir sur lui Tallemant des Réaux, le Menagiana(oh il est appelé lia des plus beaux esprits de notre temps) , Pellisson et d'Olivet , et une lettre de Balzac à M. Habert, abbé de Cerisy, du 29 avril i636 (p. 433).

5 Tout le monde connaît ce quatrain si souvent réimprimé , et que je cite d'après le texte donné par Maynard lui-même (Œuvres, Paris. 16&6, in-A", p. ao6). Pour mettre sous l'image de M. de Balzac.

C'est ce divin parleur dont le fameux mérite A trouvé chez les roys plus d'honneur que d'appny. Bien que depuis vingt ans tout le monde l'imite. Il n'est point de mortel qui parie comme luy.

* Anne de Montalier, veuve de Charles de Bourbon, comte de Soissons. venait de mourir à Paris, le 17 juin. Elle était la bellemère du duc de Longueville . dont la seconde femme ( Anne-Geneviève de Bourbon-Condé)

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