XLVI
Du 'i juillet l'i'i'i.
Monsieur, Les pièces de voslie Prieuré ont est»'- empaquetées et recommandées avec tous les soins imaginables; et le messager d'Angoulesme, qui s'en est chargé, arrive aujourd'hui à Paris, jour marqué (huis ma lettre au sieur Rocolel, affin qu'il relire le tout au plustosl et qu'il vous le fasse porter chez vous.
L'ode de nostre très-cher a eslé retouchée très-heureusement, et je suis certes trop heureux d'estre chanté et célébré par une lyre si harmonieuse que la sienne. Que j'ay d'impatience de voir ce Diogène Laërce et ces corrections admirables dont vous me parlez1! Mais il me semble que Marc-Anlonin le philosophe estoit le premier en datte, et il me souvient bien de la promesse qui m'en avoit esté faite '-. Non tccum (amen summo jure agam, prœstantissime Menagi, et dites-luy de ma part, Monsieur, qu'il peut commencer par où il luy plaira, quicquid traclaverit , hoc rosa fiel.
Le nom de Mr l'avocat général Talon 3 est en grosse lettre dans la
n'avait pu cendre en personne les derniers devoirs à la comtesse de Soissons irpour esitlre elle-mesrae, dit la Gazette, tombée man-lade avant ce temps-là hors de cette ville. » 1 Les corrections dont parlent avec tant d'éloges Balzac et Chapelain ne parurent qu'en 1 663 : /Egidii Menagii in Diogenem Laertium observations et emendationes ( Paris . in-8°). Elles furent réimprimées l'année suivante à Londres dans l'édition des Vies des philosophes, donnée par J. Pearson. On a eu raison d'annoncer l'édition sous ce titre : cutn uberrimis jEgidii Menagii observationihus , car les notes de Ménage n'occupent pas moins de a 38 pages dans ce volume in-folio. Les observations de Ménage, ainsi que celles de Gasaubon , ont été reproduites en deux vo-
lumes in-8° (i83o-i833) à la suite de l'édition des Vies des philosophes qui a paru à Leipsick, chez Kôhler, en 2 vol. in-8'
" Les In Marcum Aurelium Antoninum notœ n'ont jamais paru. Voir, à la suite des Mémoires pour servir à la vie de M. Ménage ■ en tête du Menagiana de 1715, la liste des Ouvrages manuscrits et promis.
3 Orner Talon, mort le 29 décembre »652, avocat général au parlement depuis la fin de l'année 1 03 1 . Voir sur lui les Historiettes deTallemant des Réaux, les Mémoire* de Madame de Motteville, du Cardinal de Retz , d'Olivier d'Ormesson , et surtout ses propres mémoires.
l/48 LETTRES
liste (|uc je vous ay envoyée, et seroit-il possible que vostre régularité
n'aist pas pris la peine de lire ma liste?
Mr de Voiture m'oblige toujours à peu de frais et me fait grand honneur de me prendre pour un maistre faiseur de panégyriques. Il voudrait donc que ma rhétorique secondast celle du Cordelier, et que je tisse hors de temps ce que j'ay promis de faire bien à propos. Je croy que ses intentions sont aussy bonnes que les conseils de M. l'abbé de Saint-Nicolas estoient sincères; mais je ne veux vous parler ny des intentions ny des conseils, de peur de les appeler par leur nom , et de trouver du ridicule dans leur bonté et dans leur sincérité.
Je suis bien aise de la bonne fortune de Mr de Gerisante et liray ses beaux vers avec grand plaisir. Mais quelle vision de m'escrire et de m envoyer un mémoire pour me fournir de quoy luy respondre! Ce sont des corvées dont je me passerois facilement; et je ne cherche point nouvelle réputation ; pleust à Dieu de bien m'estre desfait de l'ancienne et estre aussi obscur que je suis connu !
L'histoire que vous m'escrivez est estrange, et, sans doute, les Picots1 et les Des Barreaux2 en triompheront. J'ay peur mesme que cet accident face tort à nostre party et au livre De la fréquente Communion, car je viens d'apprendre que ce Monsieur le désespéré estoit un des principaux missionnaires et qu'il régentoit à l'hostel de Liancour, quod quidem fieri non poterat, nisifavente et approbante d'Andillio.
Mr de la Thibaudière (qui vient présentement d'arriver) a receu la lettre (pue vous luy avez escrite, et je pense qu'il y fait response. Il dit
' Picot était un des compagnons de plaisir de Des Barreaux. Voir, sur ce personnage, ie Tallemantie M. P. Paris (tome IV, pp. '19, 5-2, 57). Un Picot e'tait. à la même époque, maître de la musique du roi, mais rien ne prouve que ce ftit le même que l'ami de Des Barreaux.
2 Jacques Vallée, seigneur Des Barreaux, né, non à Paris, comme l'assurent la plupart des biographes, mais à Châteauneuf-sur-
Loire (département du Loiret), noneniBoa. comme l'assurent ces mêmes biographes, mais en novembre i5gg (Registres de la paroisse de Saint-Martial de (jhâteauneuf). On a une lettre de Balzac à Des Barreaux . du 16 octobre 1661 (p. 65o). On y voit que Des Barreaux était allé dans la maison de Balzac et y avait laissé tout le monde ravi de lui.
DE JEAN-LOUIS GUE2 DE BALZAC. l v.i
que loul le monde voua admire à Xaintes et particulièrement M'I'évesi|ut', qui ne blasme en vous que le trop el l'excès des remerciemens.
le ii a y | toi h i reçu la Consolation de M* Sirmond' ny la lettre des prélats au pape.
Souvenez-vous, je vous prie, «les quatre vers «le \lr Mainard, pour mettre nu-dessous (le la taille-douce. Ce n'est qu'un ouvrage de deux ou trois jours, et on l'attend impatiemment au lieu où je suis, je veux dire les copies en latin que j'ay demandées a Hocolet.
(Test, Monsieur, vostre, etc.
Monsieur, .le viens de recevoir le riche présent de M1 de Scudéry L auprès duquel je vous demende vos bons offices en attendant que je puisse luy témoigner moy-mesme ma gratitude. Outre les deux volumes d'excellente prose, il m'a envoyé des vers admirables que j a\ desjà leus avec autant de plaisir que de confusion. Car, en effet, quoyque ma pudeur n'y reconnoisse presque rien qui m'appartienne, je ne laisse pas d'y voir le beau parmy l'incroyable, et de considérer avec chatouillement d'esprit ce phantosme lumineux et cœlera. Si je ne respondsà sa lettre si tost que je le désirerois, vous sçavez bien que je suis malade et que vous avez de quoy me justifier devant toutes personnes raysonnables.
Comme je vous ay envoyé une liste, vous m'en envoyerez, s'il vous plaist, une autre des exemplaires qui auront été distribués, et n'oublierez pas en cette distribution le brave Résident de Suède3, duquel je ne puis comprendre l'employ, si celuy de Mr Grotius subsiste.
' Consolation à la Reine régente, déjà citée (note de la lettre xxi). Ce Sirmond e'tait un consolateur de profession, car, déjà en 1617, il avait publié" (Paris. in-8°) une Consolation à M. le Maréchal d'Ancre sur la mort de Mademoiselle sa fille. Voir une lettre de Balzac à Sirmond, du h mars 1 6 3 1 , dans laquelle (p. 211) il le complimente sur un de ses poèmes.
a Georges de Scudéry publia, en i644.
A.riune, tragi-comédie en prose (Paris.
in-4°); mais je cherche vainement quel peut être l'autre volume de prose dont parle Balzac, à moins qu'il ne s'agisse de la prélace apologétique assez étendue qui est en tête de sa tragi-comédie d'Arminius, ou fcs Frères ennemis ( Paris in-4°, 1 644 ).
' Marc Duncan de Cerisantes, qui fut
J'aj l'ait un grand effort pour aller jusques au bout de la Consolalion du Père R...1 Je ne veux pas dire par là qu'il escrive mal; mais c'est que je ne puis plus souffrir le stile déclamatoire et que mes oreilles palissent lorsque ma rayson est offensée. Je vous suplie néanmoins, Monsieur, de faire asseurer le consolateur de mon très-humble service. L'éloge que j'ay l'ait d'un de ses livres se verra bientost dans le volume de lettres que je prépare.
Je vous envoyé une seconde copie de la Cloris2 du cher Président. Elle a esté retouchée et augmentée d'un couplet. Sçachez, au reste, Monsieur, que ses amours sont chastes et légitimes et que Cloris ne porte pas tout son argent sur la teste : elle en a dans ses coffres pour accommoder les affaires de nostre amy.
Du 10 juillet i644.
Monsieur, Je ne veux point me servir du privilège des malades, et mon indisposition ne me peut point empescher de m'entretenir aujourd'huy avec vous, pour le moins à la mode de ce personnage des anciennes fables, qui philosophabatur, sed paucis.
Je croy tout ce que vous me dites de la cour, et, quelque mémoire que j'y envoyé, je n'en espère quoy que ce soit. Celuy qui fut est encore : il a gasté le présent et l'avenir, et je sçay quelle est la contagion des mauvais exemples. Je ne suis pas d'advis néanmoins de chanter palinodie; et, pourveu que j'en sois quitte pour la perte d'une pension, dont il faut mendier tous les ans le payement, prœclare mecum et libera-
envoyé en 16/1/1 par le chancelier de Suède lation des dînes affligées) avait paru en i6a5.
à la cour de France . cour auprès de laquelle 11 s'agit ici de quelque harangue consola-
Grotius était déjà accrédité comme ambas- trice dans le genre de celle de l'académicien
sadeur. Sirmond déjà citée.
1 Je n'ai pu trouver le nom du religieux 2 Voir une lettre de Balzac, du ao août
auteur de cette ennuyeuse consolation. Ce i()/i3 (p. 6/i5) à la Cloris de M. Maynard.
n'est évidemment pas le P. Binet , de la Les éloges y sont prodigués tant au poète
Compagnie de Jésus , dont le livre ( Conso- qu'à la femme qui l'inspire.
Hier agi exùtimabo. Sans avoir dessein de me faire moine, je médite une potraitte beaucoup plue obscure que celle que j'ay choisie iej . el suit résolu «If quitter un déseri ii'<»|» fréquenté pour un autre moins connu <'l |)lus esloigné des grands chemins. I tde aliis innwneris taeeam, il ne vicnl point d'homme du roj en ces provinces, soit de robe longue, soii de robe courte, qui ne me vienne relancer jusque dans mes Imipt lr temps ri la Seigneurie ) dont jeu»; voudrais jamais ouyr parler, sont, malgré moi, les sujets perpétuels de nos fascheoses conversations.
Tandem, tandem, hsecomnia abrumpere liceat Et rare vero barbaroquc lajlari '.
dette transmigration ne se fera point sans que vous en soyez premièrement adverti et que vous sçachiez le lieu où vostre bonté me pourra trouver. Vous verrez par là, Monsieur, que je ne suis point fanfaron de philosophie , et qu'en retranchant un peu de ma despense, je me puis aisément passer des Majestés, des Altesses et des Éminences. Je ne suis que fasché de m'estre laissé duper à la bonne opinion que j'avois de quelques-uns, qui sont cause de trois ou quatre bassesses insérées dans mon discours à la Reine, contre mes premiers sentimens et par le sage conseil des mondains. J'en demende pardon à Dieu et vous conjure, Monsieur, de faire en sorte, par l'entremise de Mr Ménage, que mondit discours ne soit point imprimé en Hollande, alfin que j'aye la liberté d'en oster et d'y ajouster ce qu'il me plaira , quand je le l'erav imprimer moy-mesme. Mr de Saumaise, à qui l'excellent amy en escrira pour l'amour de moy, a assez de crédit en ce pays-là pour empescher cette impression , qui me fascheroit extraordinairement.
Que voulez-vous dire de la bestise de Rocolet ? Il sçait que le messager d'Angoulesme n'arrive à Paris que le lundy au soir; et il m'escrit du dimanche qu'il n'a point receu le paquet que je lui adressais pour vous, et qu'il ne se trouve point chez le messager, qui quidem n'estoit pas encore arrivé. Ce faquin ne cessera-t-il jamais de me fascher et de me
' Sed rure vero barbaroque lœtatur.
(Martial. Epigr. lib. III, ep. lviii, De villa Fauslini ad Bassum , v. 5.)
donner des allarmes? J'aymerois mieux qu'il fust mort et toute la boutique bruslée que s'il avoit dit la vérité. Quoy qu'il ne sçache ce qu'il m'escrit, je n'auray point l'esprit en repos que je n'aye eu de vos nouvelles là-dessus. Je suis, mais de tout mon cœur, Monsieur, vostre, etc.
Pourquoy me demendez-vous des ordres? Vous, Monsieur, de qui je dépens absolument et qui pouvez faire de moy et de mes livres tout ce qu'il vous plaist. Je croy qu'il n'en faut donner ny à Conjuges ny au baron de Noailles, et je croy, de plus, que vous estes trompé au jugement que vous faites de Silhon. Ne jugez point, Monsieur, par vostre vertu de celle des autres. Le mauvais estât où je suis ne me permet pas de vous en dire davantage.
Du 17 juillet i64'i.
Monsieur, Vous aurez receu ma dernière lettre par une autre voye que celle du sieur Rocolet. S'il eust esté aussi diligent en la conduite de l'impression du livre qu'à l'ajustement des vers françois au-dessous de la taille-douce, nous n'aurions pas eu tant de sujet de crier contre ses fatales longueurs et de mettre en proverbe : Que la mort nous vienne de la boutique du sieur Rocolet. Le nom de Maillard est absolument nécessaire, ainsi que vous avez pris la peine de le mettre de vostre main dans l'épreuve que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, que je treuve très-bien à cela près, et pourveu qu'on n'oublie pas l'apostrophe sur la première syllabe de l'imite. Il n'y a que cette nouvelle sorte de D qui ne plaist point à mes yeux. Mais tous les yeux ne sont pas si délicats que les miens, et de là ne dépendent pas les destinées de la France : ut de fato Grœciœ olim dictum est.
Je viens de recevoir présentement ce que vous m'avez envoyé par le messager, et nous verrons à loysir la guerre pédagogique et les vers consolatoires. Le jésuite Le Moyne m'a envoyé par la mesme voye un
manifeste pour son part\ ', mais je ue sça) si j'auraj le courage «Je le lire, et il me semble <| n** ces querelles devroienl finir, aussy bien que la Monmoréide,
le suis toujours bien empesché de ma misérable personne, et je croj que je mourrais de chagrin, si la présence de M' Mainard ne nusoustenoit. C'est, Monsieur, vostre, etc.
Le messager d'Arigoulesnie qui part demain vous porte quatre rames
de papier, du plus beau qui se face en ce pays. M1 Costar, qui n'est pas si scrupuleux que vous, souffre que je le régale tous les ans de ces petits présens qui sont icy à ma bienséance2. Mais il faut vous traiter à vostre mode, et je vous mauderay au premier jour ce que je désire que vous me donniez pour mon papier, qui arrivera à Paris un jour après cette lettre. Il est adressé à Monsieur Chapelain, au logis de M. Rocolel. et cœl., et doit arriver à Paris un jour après cette lettre.
Du a5 juillet 1O66.
Monsieur, J'ay leu la prose et les vers que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, et celle-là me semble meilleure que ceux-cy. Le poète est toujours asiatique et s'espand toujours plus qu'il ne faut. Qu'il auroit besoin de cetterhache virgilienne pour couper le superflu et pour
1 Pierre Lemoyne, né à Chaumont en 1609, mort à Paris en 1671. Il publia en i644 (Paris, in-8°)le Manifeste apologétique pour la doctrine des Jésuites ici mentionné. En i65a, il fit paraître sa Dévotion aisée, en 1 658 , son poëme épique sur Saint Louis , en 1660, sa Galerie des femmes furies. On se souvient des plaisanteries de Pascal et de BoiJeau. Nicole et Le Maître de Sacy ont aussi critiqué en lui le théologien. Quant au poète, il a été apprécié tour à tour par le P. Rapin, par Titon du Tillet. par Baille!.
par l'abbé Goujet. par Chateaubriand (Génie du Christianisme), par Viollet le-Duc (Bibliothèque poétique) , etc. Rappelons que le P. Senault, de l'Oratoire, trouvait la prose du P. Lemoyne si emphatique, qu'il disait de lui : tt C'est Balzac en habit de théâtre. 1
- Une des lettres de Costar à Balzac (p. 6a5 de la première partie des Lettres de Monsieur Costar), débute ainsi : rr Quand fj'emploirois tout ce beau papier dont vous te m'avez régalé à vous écrire de très-humbles sremerciemens, je ne me satisferois pas.»
réduire cinquante à dix ! La matière d Orbilius Musca ne finira-t-ellc jamais, et sera-ce l'éternel exercice des docteurs latins? Parlera-t-on sans fin de mangeurs, de parasites et de Gnatons ? Quoyque la dernière pièce soit latine, sçavanle, et, si vous voulez, ingénieuse, elle ne laisse pas de m'ennuyer. La variété plaist à l'esprit aussy bien qu'aux yeux, et vous sçavez que, pour ne les point lasser, il leur faut quelquefois changer les objets. Il n'y a rien à dire après ce qu'a dit nostre incomparable ami, et c'est un dessein téméraire de vouloir ajousler quelque chose à son excellente Monmoréide? Le Diogène qu'il nous promet viendra-t-il bientost, et quand me verray-je si près d'un homme qui m'a fait du mal? Je veux dire M. Botru ', si l'abbé comique est véritable, que j'ay souvent surpris en mensonge 2. Si vous jugez à propos de luy donner de ma part un de mes livres, vous le pourrez faire, et toute autre chose que l'occasion vous peut conseiller, sans attendre là-dessus ma volonté.
J'estime et honnore parfaitement les deux personnes dont me parle vostre lettre; mais permeitez-moy de vous dire encore une fois que c'est se moquer d'un homme que de luy donner des conseils quant il demende de l'ayde, et que les conseils sont ridicules quand ils ne se peuvent exécuter. Sed satis est ineptiarum, tandiu aliquando desinamus.
J'attendois aujourd'hui quelques exemplaires, et M. Mainard les attendoit beaucoup plus que moy ; mais Rocolet n'a garde de perdre ses bonnes coustumes, et il n'a pas manqué de les faire porter chez le messager deux heures après qu'il a esté party de Paris. J'ay peur que
1 Guillaume Baulru, comte de Serrant, né à Angers en 1 588 , mort à Paris en i 665. Il fut membre de l'Académie française, conseiller d'Etat, introducteur des ambassadeurs, et ensuite ambassadeur luimême. Chapelain (Mélanges) a dit de lui que rr les relations de ses ambassades ne peun-vent être mieux écrites. d Chapelain ajoute: fil a l'âme noble et bienfaisante, surtout aux r savants qu'il apprend être incommodés,
trdont il y a plus d'un exemple. * Pour d'autres témoignages, voir Tallemant des Beaux, le Menagiana, les Mémoires de Michel de Marolles, ceux de Daniel Huet, etc. 2 A cette malice contre l'abbé de Boisrobert, on peut opposer les innombrables compliments qui lui ont été adressés par Balzac dans ses lettres, notamment pages 28, 77, i4o, 162, a34, 362, 39.5, 467, 586, 716, 717, etc.
le quatrain du président irrite de iveau l'envie, el , si j'eusse pu
i sans l'offenser) n*« le |>;is l'aire mettre sonlis la taille douce, je roui asseure crue je me lusse passé bien aisément de cette nouvelle gloire el que ee seroit encore an secret entre I n y el moy. La chose n'esl plus en son entier, et j'apprens que l'ancien intendant des plaisirs nocturnes,
et moderne seigneur de Logerf1, s'est desjà inscrit en faux contre le second vers, et soutient t[iie je n'a\ jamais esté «le la cour: niais le président respond qu'il parle en ce vers de ma vertu el non pas de ma personne, et qu'un h ermite peut estre estimé dans le grand monde encore qu'il ne parte du désert, sic adversante frustra Poreherio, Deos Deasque testatuf mtegerrimus prwses se historiée locutum. Vous estes tousjours le cher objet de mon souvenir et de ma passion, et quem deferet impotenti amori. Alio modo, je suis de toute mon aine, Monsieur, voslre, etc.
Mr Maiuard part d'icy, après y avoir attendu inutilement l'effet des promesses de Rocolet. Je luy avois promis trois exemplaires, l'un pour luv. L'aultre pour le premier président de Tholoze2 et le troisième
1 C'est Honorât Laugier, sieur de Porchères , mort , d'après la Musc historique de Loret, le dimanche a 6 octobre 1 653, à l'âge de ga ans. Il ne faut pas le confondre avec un autre académicien, Provençal comme lui, mais mort en i64o, qui s'appelait François d'Arbaud de Porchères. Tallemant des Réaux (t. IV, p. 3a 3) nous apprend que Lnugier ( Honorât), qui avait chez la princesse de Conti rrl'employ de faire les balflets et autres choses semblables," prit la qualité d'Intendant des plaisirs nocturnes. La Nouvelle Biographie générale a prétendu bien à tort (au mot Arbaud), que ce fut le disciple et ami de Malherbe qui, frsous la tr régence de Marie de Médicis , occupa à la trcour la singulière charge de surintendant fdes plaisirs nocturnes, n Le témoignage de
Balzac montre une fois de plus combien Tallemant est généralement bien informé.
Du reste, Sainl-Evreraond , auteur de la Comédie des Académistes , avait lui aussi fait dire à François d'Arbaud (ce qui rend plus excusables les méprises de nos critiques contemporains) :
Et vous n'ignorez pas que j'eus, dans la n Des nocturnes plaisirs la suprême intendance.
2 C'était alors Jean de Bertiei\ baron de Montrabeet de Launaguet, nommé premier président du parlement de Toulouse le a8 février i63a, mort en i65a< Balzac lui écrivit, le 7 janvier i663 (p. 636) : il lui parlait dans cette lettre de leur commun ami le poêle président Mainard. et aussi il y louait beaucoup les vers latins composés suite images de Tholose par le père du premier
pour le comte de Clennont1. Je vous prie, Monsieur, que ces trois exemplaires soient donnés au père Flotte, le jour mesme de la réception de ma lettre, ou pour le plus tard le lendemain, affin que l'amy les puisse avoir au plus tost. Vous ne me mandez rien de Gevartius ny de Manile, et le cher semble faire le sourd quand je luy demende un exemplaire de la vie de Mamurra; je n'ay plus le mien, et il faut bien que j'en aye un autre, pour travailler à l'histoire du Barbon.
Ou 28 juillet îètiti.
Monsieur, Je vous fais ce mot pour vous recommander un paquet que vostre cher m'a laissé en partant d'icy. Je vous escrivis il y a trois jours et attends aujourd'huy de vos nouvelles. S'il vous vient quelque chose en la pensée, n'attendez point mon consentement et faites tout ce que vous jugerez à propos. Je pense qu'un exemplaire suffira pour la maison de Mmc deBrienne, et la femme doit estre comptée pourlemary : aussi bien l'appelle-t-il son maistre. J'oubliois à vous dire que les foux de dévotion, que vous ajoustez aux foux d'ambition et aux foux d'amour, me plaisent extrêmement dans vostre dernière lettre.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
président, auteur qu'il compare à Virgile Bayle, clans une noie de l'article Vérone de son Dictionnaire critique, a dit de Jean de Bertier: irC'étoit un grand homme. » Voir, au sujet de sa nomination , l'éloge de ce magistrat dans la Gazette du 5 mars 1 63a , p. 98. ' Voir une lettre de Balzac au comte de Clennont de Lodève ( p. 61 A ) où, le s septembre 1 63ç) , il lui dit : rr On vous trouvera rrdans le chasteau que les Féesbastirent à vos
rrpères sur les bords de la Dordoigne. * Il y a (p. 61 5) une autre lettre au même grand seigneur (du a5 juin 1660). Sur Alexandre de Castelnau, d'abord marquis de Sessac, puis comte de Clermont-Lodève, voir les Historiettes de Tallemant des Réaux , les Œuvres de Théophile de Viau {Lettres, passim ) , au tome II de l'édition de la bibliothèque elzévirieime, i855, les Additions de Le Laboureur aux Mémoires de Castelnau , etc.
Ml.
Du r aousl l'i'i i
Monsieur, Je suis donc philosophe ton l de hou, cl les maux i lu corps ne nie mettent point l'esprit en désordre; Cajoliez toujours ainsj ma
|)liiloso])hic, allin quelle se pique d'Iioiiueur, allin qu'elle soil ferme ei constante, affin qu'elle conserve le bien que vous dites d'elle. Sic commendatione tua crescam, et qttalem me velis faciès.
J'ay lu les lettres que Mr de Saumaise a escrites à Mr Ménage, ••! je vous conjure, Monsieur, d'asseurer ce cher Ménage que je m'estime heureux d'estre aymé de luy, que je le porte tousjours dans le cœur, que je ne parle jamais de sa vertu qu'avec transport. Vir Maiuard luy veut deniender ses bonnes grâces par une lettre qu'il luy doit escrire, s'il ne va bientost à la cour luy faire cete prière de vive voix. Cependant il m'a chargé, en partant d'icy, de luy envoyer son Alcipe de la dernière révision; et vous le trouverez cy enclos avec de nouvelles beautés, et une magnificence horatienne qui ne doit rien , à mon advis, à celle du comte Fulvio. La Cloris attend encore quelque ajustement pourestre digne d'Alcipe, et pour se pouvoir dire achevée. Les lettres Salmasiennes ne parlent ny près ny loin de l'affaire de Heinsius, et je ne sçay si la réconciliation a tenu, ou s'il s'est fait une nouvelle rupture. Je serois bien aise qu'on fist à Leyden une impression des diverses œuvres et qu'on y travaillast à l'heure mesme qu'ils auront veu celles de Paris affin qu'elle fust achevée à la S'- Martin ou un peu après. Il taudroit qu'elle fust du charactère et de la taille de leur Cicéron , ou du livre Delingua hellenistica , que je trouve très-bien imprimé J. Mon Discours à la Reyne serait mis à la fin des aultres Discours; et, pour cet effet, je l'envoyeray dans un mois à Mr Ménage, reveu, corrigé et en lestât où je désire qu'il demeure. Vous le prierez donc, s'il vous plaist. de ma part, d'en escrire au plus tost à Mr de Saumaise et de luy recom-
1 La dissertation de Saumaise déjà citée.
mander la diligence. Ce secret périra cependant entre nous trois, affiu que la lumière de l'impression Elzévirienne apparaisse en France avant qu'on en ait ouy parler.
Je viens de trouver parmy mes papiers une copie de la dernière lettre que j'ay escrite à mon dit Sr de Saumaise, et je vous l'envoyé m'ymaginant que vous ne serez pas fasché de la voir, et de la faire voir à nostre très cher, qui certes me fait un peu trop languir en l'attente de son Mamurra, sans lequel je ne puis travailler comme il faut à mon Barbon.
Je nesçavoispas que M1 de Berville1 lut à Paris; et sçachez, Monsieur, je ne croy pas seulement qu'il vaut deux fois plus que son amy, mais je croy encore qu'il vaut deux fois plus quel'amy de son amy, quoy que cet amy passe aujourdhuy pour l'oracle del'Estat, et que habeai omma jura in scrinio pecloris, et que M1' d'Emery2 ait esté contraint de lu\ demender son amitié.
Le messager est venu pour la seconde fois et ne m'a rien apporté. 0 tentas plumbei Rocoleti maxittas! Il faut s'arrester là pour l'honneur de ma philosophie, qui se mettrait bienlost en cholère, quelque bien que vous ayez dit d'elle. »
Je suis , Monsieur, vostre , etc.
Je vous escrivis il y a trois jours, et vous envoyay un paquet de Mr Mainard pour le père Flotte. Par vostre dernière lettre vous me parlez de Mr Gomberville; mais ne vous a-t-il point parlé d'une lettre que je luy escrivis, il y a quelque temps, à la prière d'un gentilhomme
1 II est ainsi parlé de ce personnage dans une lettre de Balzac à l'abbé de la Victoire (M. de Coupeauville)du 26 décembre 1 63 1 (p. 25a): irNostre M. de Berville ne désapprouve point, je m'asseure, cette sorte de (r sagesse. " Voir des vers latins : CaroloBervilio (p. 68 de la seconde partie du tome II des OEuires complètes).
s Michel Particelli. sieur d'Emery . que
Mazarin avait appelé, en i643, au poste de contrôleur général des finances, et qui mourut en i65o, après avoir amplement mérité ces malédictions, qui, suivant sa remarque, étaient fatalement la part des surintendants. Le cardinal de Retz (Mémoires, t II, p. 1 29) l'a présenté comme « l'esprit le plus corit rompu de son siècle, v
de iiK-s amys <|ui me demendoit s;i eonnoissance '.' Je ne sça\ si die lui a esté pendue.
un.
Du - :nmsl i li'i 'i.
Monsieur, Il n'y a point de mauvaise cause entre vos mains; vous sçavez plaider admirablement, et c'est trop peu à vostre bien dire d'appaiser un morte] quand il se fasche : il désarmerait Jupiter, quand
il se met en fureur, quand il lève le bras pour lancer la foudre. Le gros homme1 n'est donc pas seulement innocent, mais je suis coupable, si je ne le croy aussi juste qu'Aristide, et si je n'avoue avec vous qu'il n'y a pas un coin de la vastil.é2 de ses entrailles qui ne soit rempli de vertu et rembourré d'excellentes intentions. Vous plaist-il que nous le mettions au nombre des hommes illustres ? que nous lui donnions rang parmi les héros ? Après l'éloge que vous en avez fait, il n'est rien de si haut à quoy il ne doive prétendre, et nous le placerons, si vous voulez, vis-à-vis de saint Jean Porlelatin. Il a présenté te mémoire, et me mande que Solon luy a dit, en se plaignant de moy amoureusement, que je ne me souvenois plus de luy, et que je ne luy avois pas escrit depuis tant de temps. Ce reproche gracieux m'a obligé de luy escrire, et, affinque vous n'ignoriez rien démon petit particulier, je vous envoyé copie de ma lettre. Qu'il m'oblige ou qu'il ne m'oblige pas, la chose m'est presque indifférente, et un remerciement d'une douzaine de lignes m'incommoderoit peut-estre plus que quatre mille livres que je demende ne me pourroient accommoder. Que je hay la cour et que j'estime peu ses faveurs ! Que je suis las du monde et de moy mesme !
1 Roeolet. «-si mol que le son des trompettes n'es-
5 Le mot Vastité, qui n'est ni dans le « chauffe, ny si dur que la doulceur de la
Dictionnaire de l'Académie, ni dans le Diction- « musique n'esveille et ne chatouille ; ny âme
nuire de Trévoux, avait été déjà employé par rr si revesche qui ne se sente touchée de
Montaigne dans cette remarquable phrase -quelque révérence à considérer ceste vastité
( Essais, liv. II. chap. xu ) : <t Il n'est cœur * sombre de nos esglises.»
■ 160 , LETTHES
Mais n'en parlons plus et laissons Balzac et le monde comme ils sont. Je vous ay desjà fait sçavoir quel est mon sentiment de la guerre parasitique et de l'histoire d'Orbilius. L'esprit et la latinité de ces messieurs me plaisent extrêmement; mais, au nom de Dieu, qu'ils changent tandem aliquando de matière, neve senescam in hoc ignobili sladio et crambes repetilœ proverbia1 in se irritent. Je n'ay pu encore me résoudre à lire le manifeste du Révérend2:
Simia quam similis, turpissima bestia, nobisM
Vous ne sçauriés croire combien celte canaille me fait dépit. Mais, si les laquais barbouillent les murailles de figures sales et mal faites, faut-il pour cela accuser Raphaël d'Urbin?
11 faut bien que le petit Bonair ait eu de mes livres, et que vous mentiez pour l'amour de moy, luy protestant qu'il est dans la liste. 11 ne me le par donneroit jamais, si vous ne me prestiez cette fourbe officieuse. Mais que fera-t-on à la damoiselle de Gournay 4, qui se plaint aussi et se scandalise ? Je vous jure qu'on m'avoit asseuré qu'elle estoit morte, outre que la dernière fois qu'elle m'escrivist elle me mandoit que c'estoit pour la dernière fois, et qu'elle ne pensoitpas avoir le loysir d'attendre ma response en ce monde5. Je la tenois femme de parolle.
1 J'ai déjà eu l'occasion de citer le vers, devenu proverbe, de Juvénal.
3 Le père Leraoyue. Le 18 août 1 63g.
Balzac écrivit bien différemment à Chapelain (p. 79/1 ) : irJe ne vis jamais une plus r heureuse naissance (débuts littéraires du rr fécond écrivain), et vous dis de plus, mais tje veux que cela passe pour oracle, que, si "M. Chapelain est le conseil du P. Le Moine . rrle P. Le Moine réussira un des grands personnages des derniers temps. »
3 C'est un vers attribué par Cicéron (De nalura Deorum, lib. I, cap. xxxv) au vieil Ennius. Ce vers, que l'on a traduit ainsi :
Tout difforme qu'il est le singe nous ressemble.
sert d'épigraphe au poème d'Alex. Thomassen (Pithecologia , Amsterdam, 177^).
' Marie de Jars de Gournay, sur laquelle M. Léon Feugère (i853) et M. Ch. L.
Livet ( Moniteur universel d'avril 1857 ) ont réuni à peu près tous les renseignements qu'il était possible de trouver.
5 ha fille d'alliance de Michel de Montaigne n'avait guère moins de quatre-vingts ans quand Balzac plaisantait si cruellement sur le tort qu'elle avait eu de ne pas mourir encore. La pauvre fille ne tarda pas, du reste, à quitter ce monde ( 1 3 juillet 1 G45 ). Il est curieux de rapprocher de cette lettre si dure l'aimable lettre du 3o août 169 4
Kil
cl me l'imaginoia desjà habitante des champs Ëlysées; car, comme vous sçavés, elle ne connoist point le sein d' Abraham, et n'eust jamais grande
passion pour le Paradis.
Ce que je désire pour mes Irais ei pour mon papier, c'esl un Virgile italien d'Annibal dan»1 que vous me trouverez entre cy ei Pasques; el \oiis m'envoyerez présentement une paire de gans de Frangipane3, avec quatre petites liolcs d'essences romaines, que je vous prie de demender de ma part à Mm0 la marquise de Rambouillet ; mais je vous déclare que, si elles ne viennent de l'hostel, je n'en veux point, et que je les vous renvoyeray par le mesme messager qui me les apportera. Jay le discernement des esprits, autrement le don de connoistre les essences. Mille très-humbles baisemains à noslrc trèscher Mr Ménage.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
J'attens la liste que vous m'avez promise, et nouvelles du pacquet
p. 1 1 7 ) où il lui disait : te Ce n'est pas un -péché à une femme d'entendre le langage rque parlaient autrefois les Vestales. Si mon -approbation est de quelque poids, vous la •■ pouvez adjouster en vostre faveur à celle rdeLipse et de Montaigne, etc.» et surtout le huitain si gracieux de la page i5 des Carmina et Epislolœ , intitulé' : De Maria Gornacensi , ail Marcian Antonium Molsam, et qui se termine ainsi :
Filia (lipia pâtre est, tlij;na Sibylla Dco.
Le correspondant de Dalzac n'avait pas beaucoup plus de sympathie pour M"c de Gournay que lui-même. Dans les Mélanges de littérature tirés des lettres manuscrites de Chapelain (Paris, 1726), on lit (p. 11, lettre à Godeau du 28 novembre i632):
ttNous manquâmes heureusement la demoir selle de Montagne en la visite que M. Con-
-rart et moi lui fîmes il y a huit jours. Je rrprie Dieu que nous le fassions toujours de unième chez elle, et que, sans nous porter «■aux insolences de Saint- Amant, nous en Tsoyons aussi bien délivres que luy.» On lit encore(p.i2, lettre au même, anne'eiG35): 'rLa philosophie ne s'accommode pas avec «la marchandise, et je n'aime pas que la tt fille du grand Montagne publie qu'elle ne «fait réimprimer ses Essaijs que pour ho- ~norer sa mémoire, et que néanmoins elle -y cherche de l'intérêt. . . 1
1 La traduction de XEnéide par Annibal Caro parut pour la première fois à Venise en 1 58 1 (in-4°). Il serait trop long de citer les nombreuses éditions qui suivirent celle-là . et parmi lesquelles il suffira de mentionner celle de Mantoue ( i586 ) et celle de Venise (1592).
1 Ganls faits avec une peau parfumée. Ce
que je vous ay addressé pour Mr Mainard. J'envoyeray demain un de mes livres à M1' le Chantre , et vous sçavés bien pour l'amour de qui.
Du iu aoust iPj'j'-i.
Monsieur, Il n'est rien de plus vray que ce que vous m'escrivez du secrétaire d'Irène, autrement du poète Rufus1, et quand il ne m'admi-
parfum, dit le Dictionnaire de Trévoux, a pris son nom d'un seigneur romain de la maison fort ancienne des Frangipani, qui en a été l'inventeur. Voir, sur ce seigneur ( Pompeo Frangipani), Le Laboureur (Additions aux Mémoires de Castclnau, t. II, p. 65). Le Dictionnaire de la langue française par M. Littré cite, sur les gants de frangipane ou à la frangipane , une lettre du Poussin et une lettre de Voiture.
1 Une gracieuse communication de M. P.
Paris me permet de faire connaître le personnage caché sous le nom de Rufus' : c'est Jean Baptiste Croisilles , abbé de la Couture , natif de Béziers, mort en i65i rrdans une -extrême pauvreté,» ditGoujet (Bibliothèque française, t. XVI, p. 167), d'après les Mémoires de Michel de Marottes (édit. in-12 de 1755, p. 359). Balzac le surnomme Rufus parce qu' (fil estoit rousseau,« ainsi que l'assure Tallemant des Réaux, qui lui a consacré une de ses plus jolies historiettes intitulée : Croisilles et ses sœurs (t. III, p. 33). M. P. Paris a cité (Commentaire, p. ho) deux épigrammes contemporaines, d'où il résulte que Croisilles ne possédait d'autre rror que celui de sa barbe et de ses rr cheveux. » Pour la couleur et pour la gueuserie, on le voit, le signalement est des plus exacts. Quant à l'expression secrétaire d'Irène, ce doit être, si le copiste a bien lu
ce dernier mot , une allusion à quelque épître écrite par Croisilles sous le nom d'une Irène imaginaire. M. P. Paris (Commentaire, p. 38) a rappelé que Balzac, en ses Entretiens (1657, p. 8/1), voulant justifier la préférence qu'il donne aux roses sur les autres fleurs, s'exprimait ainsi : rrJe pourvois en prendre chez les sophistes et trarrduire une douzaine de lettres de Philosrrtrato, toutes pleines de bouquets de roses. rrCe sophisle, qui fut le Croisilles de son n- siècle, j'entends le Croisilles, secrétaire de rrZcphir à Flore, se joue de vos roses en n mille façons, » Une lettre de François Ogier à Michel de Marolles (en tête de la traduction des Epllres héroïdes d'Ocide par l'infatigable abbé de Villeloin ,1661) nous fournit d'autres éclaircissements : et C'était alors la rr fureur de certains écrivains de se l'aire « secrétaires, comme Ovide, des héroïnes cr amoureuses de l'antiquité : Croisilles fut le rr premier qui entra dans cette carrière, où «il réussit assez bien, et reçut beaucoup «•d'applaudissements de la Cour. Tous les rr rieurs pourtant n'étaient pas de son côté, rrsi ce n'est qu'on veuille dire que c'étoient rrses envieux qui l'appeloientpar mocquerie rrle secrétaire de l'Aurore.* Nous voyons dans les Mémoires de l'abbé de Marolles (édition déjà citée, 1. 1, p. 82) que Malherbe s'amusait à surnommer Croisilles le secré-
reroil pas, comme vous dites qu il fait, j«' ne laisserois pas de l'estimer extrêmement, et de louer l'élégance de ses muscs, en accusant aussj bien <|u<' vous leur mendicité. Je cro\ toul ce qui vous semble du dessein de nostre très cher sur Diogène Laerce, et ne pense pas qu'il \ ait homme au monde plus capable de bien discuter lotîtes ces dill'érrutes philosophies que le Trismegiste Gassendi1. Il laul estre artisan pour connoistre cl pour Juger des secrets de l'art, nec sapientem intelligil nisi su pie us, ri calera.
Les vers lyriques que le brave Cérisante vous envoya de Suède, l'année passée, me plaisent bien davantage que les hexamètres qu'il vous en a apportés, dans* lesquels je trouve quelque obscurité pour ne rien dire de pis. Je l'ay bien nommé au sieur Rocolet, avec l'incomparable M1' de Bcrville. Et, quoy qu'il ne fust point besoin de ce nouvel ordre, je luy ay escrit en termes exprès, qu'il fit. absolument ce que vous luy ordonneriez pour la distribution des exemplaires, puis-
taitx des dieux. Une lellre du poète normand h Balzac, de janvier i6a5, roule sur une querelle qui éclata, cette même anne'e, entre Balzac et Croisilles (p. 89-97 du tome IV des Œuvres complètes de Malherbe, publiées par M. L. Lalanne). A la page 91 , M. Lalanne a mentionné une Leltre du sieur de Croisilles contre M' de Balzac, écrite à Mr le conte (sic) de Cramail (Paris, 1G25, in-f"). Marolles, Goujet et d'autres encore ont adopté, pour le nom de l'autour des HéroîdeSj de Tyrcis et Uranie, etc., la forme : De Crosilles.
1 Pierre Gassendi, né en Provence à Champtercier en 159a , mort à Paris te 26 octobre 1 655. Balzac avait raison de croire que Gassendi était le plus compétent des hommes en ces questions, car, dès i63o, comme l'a remarqué son plus récent biographe (M. B. Aube, dans la Nouvelle Biographie générale) , il s'occupait, à propos
d'Épicure, rrà traduire en latin le Xe livre crde Diogène Laërce. Il fouillait les bibliothèques, rapprochait les textes, comparait rrles différentes leçons, demandait à ses amis ndes explications sur les passages obscurs... cr II étudiait aussi les autres philosophes.!: Balzac, écrivant à Gonrart, le 3o janvier 1 64 1 , disait à Gassendi, auteur de la Vie de Peiresc (De Vita Nicolai Claudii Peircshii, Paris, 1661 , in-4") : rJe connois qu'il sçait n- l'art d'escrire, et que sa latinité est du hou trtemps, et partant il fera grand honneur à fia mémoire de son ami. a Balzac avait dû être flatté de trouver dans la vie de Peiresc (à la fin du VIe livre) la mention de sa lettre à Mr L'Huillier, qui est une sorte d'oraison funèbre du savant conseiller au parlement d'Aix , mention accompagnée de cet éloge : Cm iicmo non gallice modo, sed latine etiam scribentium, eleganliœ palmam non facile cedat.
qu'il en faut donner par dessus le nombre qui est spécifié dans la liste.
Je sçay que Porchcrago1 radote il y a longtemps, et qu'il a tous jours quelque Reine ou quelque Impératrice pour objet de son amour. Mais, ;i vous dire le vray, je ne me soucie guères de ses resveries, et guères davantage des morsures de l'Envie dont je vous avois tesmoigné quelque appréhension. Le quatrain français n'est pas plus magnifique que le latin, je ne suis auteur de l'un ny de l'autre; et pourquoy mon amy Bourbon et mon confident Mainard n'oseront-ils parler aussj bautement de moy que Gabriel Nauda?us a parlé de Colletet dans une lettre imprimée, qu'on me vient de faire voir, où il le nomme vatum qui nuncin Gallia castigatissime scribunt longe prœstantissiiiium- ? 11 est permis à un cliacun de trouver belles ses amours et d'appeler sa femme sa Junon , tesmoing ce coquin que vous avez veu autrefois dans les comédies de Plaute.
J'ay receu la Lettre aux Evesques et le Traité de la servitude volontaire, mais je n'a y point encore receu les exemplaires de la vie de Mamurra. dont vous ferez, s'il vous plaist, reproebe au sieur Rocolet, et tout ensemble mes remerciemens à Mr Ménage. Je vous renvoyé la lettre que M1' de Saumaise luy a escrite, et vous suplie de sçavoir de luy quel homme c'est qu'un Gaspar Barlhius Allemand3, quia fait un livre de
1 Honorât Laugier de Porchères.
2 Je n'ai pas retrouvé le passage cité par Balzac dans le Recueil des lettres latines de Gabriel Naudé, qui parut h Genève (1G67, in- 12).
3 Barthius (Gaspard), que Bayle appelle -l'un des plus savants hommes et l'une des ■•plus fertiles plumes de son siècle , ^ naquit à Cuslrin.au pays de Brandebourg, le 22 juin 1587, et mourut le 17 septembre
1 058. Ses ouvrages les plus connus sont ses Adver.taria et ses Commentaires sur Stace et sur Claudien. C'est probablement des Adversaria que veut parler Balzac, car
cet ouvrage de critique, dont le titre réel est celui-ci : Adversariorum commenlariorum libri LX, antiquitatis tant genlilis quant clirisiianœ monumentis illuslrali, a le redoutable format du Calepin (Francfort, îGai. in-fol.). Le second volume n'a jamais paru. L'auteur laissa en manuscrit les livres LX1 à CLXXX, qui auraient rempli au moins deux volumes aussi énormes que le premier.
(Voir sur Barthius, Moréri , Bayle, Nicerpn, trois dissertations spéciales de kromayer, de Lage, de Weinhold, toutes les trois en latin, indiquées par la Nouvelle Biographie générale, etc. )
critique plus gros que le Calepin, et <|ui promet encore nu Becond volume.
Saperai i vescitur aura
EtheiW '
Ne verray-je poinl les Minutitu de M'Rigault, el ue sçauray-je poinl «les nouvelles de son collègue nostre très cher3, c'est-à-dire ne m'en ferez-vous point sçavoir sans luy donner la peine de m'en escrire et à moj de luy respondre?
Je viens présentement de recevoir une lettre très-obligeante et très cordiale de M' l'Evesque de Grasses et m'en vais de ce pas luy en tesmoigner mon ressentiment. Je dors3 pourtant en achevant de barbouiller ce papier. C'est, Monsieur, vostre, etc.
.l'atlens la liste que je vous ay demendée, affin de sçavoir tous les exemplaires qui ont esté donnés; mais je vous apprens, Monsieur, que Rocolet m'a fait très-grand desplaisir d'en donner en mon nom à des personnes que je ne connois point. Que ces personnes-là soient rayées de la liste que je vous demende.
Du as aoust i6i-'i.
Il y a quatre jours que je souffre, et je vous écris après une nuit aussy mauvaise que celles de Mr Ménage estoient autrefois heureuses. Qu'il y a de peine à se soutenir sur des ruines! Que mon corps me pèse et m'importune! Qu'il me couste cher d'estre homme et de vivre,
Si sit vivere non valere vita !
Mais faut-il tousjours vous rompre la teste avec mes plaintes? Fautil que je sois éternellement non minus querulum quam miser um negotium?
' Superatne, et vescilur aura? 2 Llùllier.
Quero tibi jam Troja. . . 3 Le copiste s'obstine à metlre je (bi,
( VmciL. £neid. III , 339. ) partout QÙ Ba]zac écrjt . jg ^
Vous estes si bon, Monsieur, que vous voulez compatir à ma misère, et je pense d'ailleurs me soulager un petit quand je vous escris l'histoire de ce qui m'accable; mais pourtant n'en parlons plus.
J'escriray donc à ce Mr de Lionne1, puisque vous me l'ordonnés ainsy, et 'n'oubliera y pas ce cher et ancien amy, de quo mihi nec bella necvera (quod gaudeo) nunciabanlur. Je vous remercie cependant de tout mon cœur de vos soins et de vos bontés accoustumées, dans lesquelles il entre toujours quelque tromperie innocente et bien inventée et quelque dol obligeant et ingénieux. Vous estes l'incomparable araj ; mais, quoyque je sois inférieur de vertu, je taseberay de vous égaler en lions désirs et en bonne volonté, affin que je n'ay pas dit à faux :
lbit in Annales noslri quoque fœdus amoris a.
Eusse esté à vostre advis un grand crime ou un grand malheur de monstrer à Mr de Berville l'article dont vous me parlez? et sa Politique ou sa Morale en eust-elle esté extrêmement offensée, après luy avoir représenté que je suis un fort bien intentionné et que le chagrin me dicte tousjours plus de la moitié de mes lettres? Il doit à présent avoir eu un de mes livres; au moins l'ay-je ainsy ordonné, et en ay desjà escrit trois ou quatre fois. Mais vous ne me mandez rien de Mr deBailleul, de Mr d'Emery, de M1' ou de Madame de Liancour, et je ne sçay s'ilz ont ou estimé ou mesprisé mon présent. Je sçay bien qu'il falloit le leur faire présenter par quelque personne qui sceut présenter de bonne grâce, et qu'un valet du sieur Rocolet n'est pas assez honneste homme pour cela. Au reste, Monsieur, si vous voyez le petit, asseurez-le fortement de mon inviolable affection, et empeschez-le de trouver mauvais l'employ de M1' Rivière dans l'affaire dont j'ay appris
1 Hugues de Lionne, marquis de Berny, Lionne que M. Mignet dans sa belle Intro-
alors conseiller d'Etat (depuis 1 643), qui duction aux négociations relatives h la succes-
allait être bientôt (16/16) secrétaire de la sion d'Espagne. (Documents inédits sur l'His-
Régente, et qui, plus tard, devait être un toire de France.)
si liabile ambassadeur et un si grand mi- ! Voir ci-dessus, lettre XLI, du 2 3 mai
nistre. Personne n'a mieux rendu justice à i644.
l'ouverture par vostre lettre, puisque c'esl luj qui a présenté mon livre à Son Eminence el ma lettrée Mr le Chancelier, et que d'ailleurs on m'avoil escritque Ledit petit estoit si oicupc'- dans ses affaires particulières, que difficilement |iourroit-il vaquer à celles d'autruy. Je ne respons poinl à sa dernière lettre, non plus qu'à celle de Mademoiselle de Gournay, que je vous envoyé, et je suis assez malade pour ne vous escrire pointa vous-inesmc, si je ne sentois quelque sorte de soulagement quand je vous escris.
Je désire sçavoir nu vray combien d'exemplaires nui esté donnés en mon nom, el en attends une liste très exacte. Je vous suplie que cela soit fait ponctuellement , et dans vostre régularité ordinaire. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.
J'ay trouvé d'estranges dislocations dans les exemplaires que Rocolet m'a envoyés. Et que sera-ce s'il y a des feuilles ainsy transposées dans ceux qu'on envoyé en Italie et ailleurs ?
Du 39 aoust îtf.'ii.
Monsieur, J'ay ouy dire autrefois à un bon Père que, dans une certaine légende, il y a une sainte-stupidité. Cet animal, sur lequel Silène couroit la bague, a esté célébré par plus d'un autbeur. Le grand Heinsius en a fait son héros dans un panégyrique deux fois plus long que celui de Pline1, et, si la mâchoire pesante2 dont vous me parlez opéroit le miracle que vous voudriez, pourquoy ne seroit-elle pas aussy apothéosée, ou canonisée? Choisissez lequel des deux vous
1 Ce fut sous le voile de l'anonyme que nouvelle édition, augmentée d'une troisième
Daniel Heinsius publia, en 16a 3, à Leyde partie, parut à Leydeen 1639, encore sans
(in-4°), son spirituel opuscule -.Laits Asini, nom d'auteur. L. Coupé a traduit en fran-
in qua prœter ejus animalis laudes ac nalurce rais l'opuscule de Heinsius (Paris, 1796.
propria, cum politica nonpauca, tumnonmdla in-18). alla diversœ eruditionis adsperguntur. Une * Toujours l'infortuné Rocolet!
sera le plus agréable. Mais attendons le miracle avec patience et trouvez bon, cependant, Monsieur, que, sur vostre parolle, je ne trouve pas mauvais mon dernier latin. La copie que vous en avez eue est meilleure que l'original qui a esté envoyé à Solon l, et vous sçavez bien, affin déparier proverbe, que secundœ meœ curœ primis sapicnliores. Quœ eum ita sinl, je pense qu'il n'y aura point de mal de faiiv donner de ma part à Mr de Priesac ou à Mr de la Chambre2 une autre copie cy enclose sur laquelle Solon pourroit peut-estre jetter les yeux à quelque heure de conversation ou de pourmenade. Ce ne sont point projets vagues et chimériques que ceux que je lui propose, et il ne tiendra qu'à luy qu'il n'ayt le plaisir de voir traiter ces belles matières par un homme qui ne gaste pas ce qu'il manie 3, pour le moins qui a un peu plus d'adresse à manier de telles matières que le philosophe Pyrrhonnien4. Mais que veut dire ce docteur extravagant de conseiller Mr Ménage pour vous régaler d'une extravagance? Si mon habillement n'est pas à la mode, c'est la faute de Mr Melan5 et non pas la mienne,
' Le chancelier Seguier. Mainard lui aussi a surnommé Seguier trie Solon de nos jours» dans un sonnet (p. 33 de l'édition de i646 de ses OEuvres) adressé à rPrieusac. que -la France a toujours honoré des tiltres ir glorieux de sçavant et de sage.»
s Marin Cureau de la Chambre, né au Mans vers i5gi , mort à Taris le 39 décembre 1669, et non 1675, comme l'annonce M. B. Hauréau (t. XXVIII de la Nouvelle Biographie générale, col. 5oi). 11 fut membre à la fois de l'Académie française et de l'Académie des sciences. L'abbé de la Chambre, curé de Saint-Barthélémy à Paris et membre lui aussi de l'Académie française , parle ainsi de son père dans une notice reproduite par Pellisson (Histoire de l'Académie française , t. I. p. a63 . 266) : et II étoit ttà tous les hommes de lettres un ami qui »ne leur manquoit jamais au besoin. La et réputation que son esprit lui avoit acquise
trie fit connoitre au chancelier Seguier, et ttee magistrat voulut avoir La Chambre auttprès de lui, non-seulement comme un exrcellent médecin, mais encore comme un rthomme consommé dans la philosophie et rdans les lettres. 1 L'auteur des Charactères des passions fut aussi très-bien vu du cardinal Mazarin. On peut consulter sur lui Moréri, Niceron, Condorcet (Eloges des académiciens de l'Académie royale des sciences), M. Hauréau ( Histoire littéraire du Maine) , etc. Balzac , le 1 5 septembre 1 645, lui écrivit une lettre qui portait cette adresse (p. 4io): A Monsieur de la Chambre, conseiller et médecin du Roi/, et ordinaire de Monseigneur le Chancelier. Le 1 5 juin i6ii, il envoyait à Chapelain (p. 853) toute sorte d'éloges du nbeau livre de M. de la Chambre. - • s Le copiste a mis mande.
4 La Mothe-le-Yayer.
5 Claude Melan ou Mellan, un de nos
H unis vous souvenez bien de ce que je vous en escrivis, quand vous m'envoyastes l'espreuve de la taille douce : vous n'avez pas oublié le vers de oostre Ju vénal, qui parle ainsj de ma pari à oostre Melan :
Si, Melanc, voles, liam de rhelore consul '.
Croyez moy, Monsieur, ce n'est pas la fantaisie du peintre <|ui le fasche davantage, c'est le divin parleur du poëte françois et {'unicœauadœ du poëte latin. 11 pense sans doute qu'on lui osle les qualités qu'on me ilonnc, et je sçay, il y a longtemps, qu'il est du nombre de ces docteurs hipocrites, qui gloriam specie recusantium ambitiosissime cupiunl. Quand il vous plaira, je verray dans un article de moins de six lignes le sujet que vous avez eu de vous desfaire de la fille d'alliance2. J'entends les choses à demy mot, necest, Capellane, necesse historiam scripsisse omnem.
J'ay envoyé mon livre à Mr le Chantre3; et affin qu'il vit de quelle sorte il estoit considéré de moy, je ne l'ay point envoyé aux autres amys que j'ay à Saintes. Je ne suis pas fasché de luy avoir tesmoigné par là la part que je prens en vos interests, et le gré que je luy sçay de vous y avoir servi. S'il a trop d'un volume, il en accomodera sou frère le Révérend et ainsy nous trouverons tousjours nostre compte, et ferons une action de ménage dans une action de libéralité. S'il y a des mescontens au lieu où vous estes pour la distribution qui a esté faite, il faut dire affirmativement que la liste a esté faite par mon neveu et rejetter sur luy toutes les fautes et toutes les plaintes qui
plus habiles graveurs, né à Abbeville en 1 5g8, morl à Paris en 1 688. Voir, sur lui , la courte notice de Perrault {Hommes illustres), la notice beaucoup plus étendue de Mariette (Archives de l'art français) et le Catalogue de son œuvre par M. Anatole de Montaiglon (ibidem) , ces deux derniers morceaux ayant été" imprimés à part (Abbeville, 1 856, in-8°). Sur les divers portraits de Dalzac on trouvera de bons renseignements dans
le Dictionnaire critique de M. Jal, au mot
Balzac.
1 Si forluna volet, tics de rhetore consuU Si volet boec eadem, fies de consnle rhetor. Jcven., Sat. vu, v. 1 1)7, 198.
2 Mademoiselle de Gournay.
3 Le chantre de la cathédrale de Saintes, Gombauld, frère du jésuite du même nom, dont il a été déjà parlé, et que Balzac appelle, un peu plus loin, le Révérend.
commencent certes à m'ennuyer et à me faire haïr mon livre. Je voudrais bien qne M1' de Saintes en eust un exemplaire et je vous prie de le faire ajouter au mémoire que je demende au sieur Rocolet. J'en ay icy un parfaitement bien relié que je destine à la Sérénissime Reine de Suède, et je le vous envoieray par le messager avec deux rames de papier pour M' Ménage. La nouvelle de l'hostel de Rambouillet me béatifie et je n'ay garde de tant estimer ce qui me doit venir de l'Espargne, si Mr le Cardinal veut estre obéi. J'escrisparvostre (entremise) aux deux hommes qui sont près de luy, et, ne sçachant pas bien leurs qualités, ce sera vous, s'il vous plaist, qui ferez mettre le dessus de mes lettres. J'ai envoyé à Mr de Rivière la procuration qu'il m'a demendée, et désirerois entièrement que l'affaire ne tirast point en longueur. Je vous suplie d'envoyer de ma part à Mademoiselle de Scudéry i une de mes tailles douces de satin. Je suis tousjours mal , mon cher Monsieur, quoy que j'aye attendu à me plaindre en prenant congé de vous.
C'est, Monsieur, vostre, etc.
Du 5 septembre i66i.
Monsieur, Avant que de venir à vostre lettre, je respons à vostre billet, et vous dis en premier lieu que j'en ay admiré la narrative. Que vous seriez habile historien, judicieux, exact, ponctuel dans les moindres circonstances des choses! Je conclus de vostre récit, Mon-
1 Madeleine de Scudéry, née en 1607, au Havre, morte le 2 juin 1701, à Paris. Voir, sur la sœur de Georges de Scudéry, Conrart , Tallemant des Réaux , Somaize , Huet , Titon du Tillet, le Journal des Savants du ji Juillet 1701 (article de l'abbé Rosquillon) , Mceron, surtout M. Victor Cousin (La Société française au irif siècle). Voir
un grand éloge de M"* de Scudéry dans une lettre de Ralzac à Conrart, du 25 avril i652 (p. g38). Au moment où je corrige ces épreuves, va paraître un volume que recommande d'avance le nom de M. J. R. Ratkery : Mademoiselle de Scudéry, sa vie, sa correspondance, avec un choix de ses poésies (Tpchener. in-8").
DE JKAN-LOUIS GUKZ DK BALZAC. 171
sieur, que la demoiselle l est folie de présomption , et trouve (rue voua avez très bien fait de mortifier sa vanité, en luy refusant un honneur qu'elle exigeoil de vous incivilement. Elle m'eust fait très grand plaisir de se laisser mourir comme elle me l'avoit promis. Cette bonne action eust espargné un exemplaire à Rocolet, cl a moy cinq ou sis lignes qu'il faut que je luy escrive, puisqu'elle n'est pas assez mal avec vous pour m'obliger de rompre avec elle. Je n'ay gueres meilleure opinion de la sagesse du philosophe Tubcro 2, autrement du perpétuel allégaleur, autrement du successeur des cornes Gritonienes s. Si vostre trèscher en estoit duppé, je vous conjure de le détromper bientost et de l'asseurer de ma part que cet impertinent rapsodieur n'a pas moins de malice que d'impertinence. J'ay affaire à quatre ou cinq fols de mesme espèce, qui m'ont bien donné de la peine, et maie sit moleslissimis Mis simiis sub persona pkilosophorum lalcnlibits.
Tout ce que vous m'escrivez du poëtc Rufus est plaisant et véritable. S'il croyait vostre conseil et qu'après cela il ne lut pas exactement le chapitre que Quintilien a fait de emendalionc, nous verrions bien de la bourre dans le volume dont vous estes le conseiller; et vous, le Père Teron * et moy trouverions bien en ce pais là des terres vagues , désertes et incultes.
Est-il possible que S1 Paul 5 ait de la dureté pour Sénèque0, et que Mr Chapelain ne soit plus le gouverneur ou le favori de Mr l'Evesque de Lizieux ? Est-il point fasché de ce que vous avez permuté la chanoinie, dont il vous avoit fait présent, croyant que vous la deviez garder pour l'amour de luy, sinon comme une récompense ou un
1 Mademoiselle de Gournay. Chapelain, le 6 février i64i, lui vanle
2 La Motte-le-Vayer. beaucoup le talent politique de ce religieux " Allusion aux dilemmes (argumenlutn (p. 8'i3) et lui rappelle que Molin, par
cornulum) du professeur Critlon. l'ordre du feu roy, traduisit du latin ses
4 Le Père Vital Theron, de la Compa- deux poëmes sur les Couronnes et sur les
gnie de Jésus, né à Limoux en 1672 , mort Dauphins. (Voiries Lettres de Mainard, Mo-
à Toulouse en 1C57, était un des corres- réri, Bayle, les frères de Backer, etc.) pondants de Balzac. Voir une lettre du 20 5 Philippe Cospean, évëque de Lisieux.
mars i643 (p. G02). Balzac, écrivant à 6 Chapelain.
bienfait considérable, au moins comme un bouquet, ou comme un ruban donné par une maistresse? Quoy qu'il en soit, il ne falloit point luy escrire en luy envoyant mon livre, et ce compliment me fait plus de tort auprès de luy que vous ne pensez, puisque vostre diligence me reproche ma paresse, et sans doute vos lettres le feront souvenir qu'il ne reçoit point des miennes.
Je vous ay escrit par les deux derniers ordinaires, et ma précédente de jeudy vous fait mention d'un volume de Lettres sélectes ', ita enim non a me, sed a bibliopola vocabitur. Vous en trouverez un essay dans ce paquet, et vous verrez comme d'une lettre qui estoit trop longue j'en ay l'ait deux de raisonnable grandeur. Je vous prie de les donner à Mr Ménage, pour Mr Corneille, à qui elles sont escrites.
Au reste, Monsieur, je prétens bien d'avoir part aux bonnes grâce* de Mr de Cerisante, et vous sçavez bien que j'estime extraordinairement sa vertu. Bon Dieu, qu'il y a de courage et de force dans ses beaux vers; et que la lyre qu'il touche avec tant d'adresse a d'avantage sur tous les tambours et toutes les trompettes des poètes Bataves! Je recoy à beaucoup d'honneur le dessein qu'il a de m'en adresser quelques accors ; et je ne doute point qu'ils ne soient capables de traisner après eux les plus insensibles troncs, les plus dures roches, en un mot les plus immobiles pierres de mon désert. Mais, Monsieur, vous me devez conter pour quelque chose de plus sec et de plus insensible que tout cela. A force d'avoir parlé, je suis devenu muet; et quelle source de louanges pour les Boys et pour les Beynes ne seroit. point tarie après tant d'hymnes et tant de panégyriques?
Je vous envoyeray par le messager qui partira d'icy à huit jours
1 Joan. Ludov. Guetii Dahacii epislolœ 1. 1, p. a3g, et David Clément, Bibliothèque
selcclœ (à la suite des Carminum libri 1res). citricuse, 1769, in-4°, t. II, p. 3go. On
Editore JEgidio Menagio, Paris, Aug. Courbé, trouvera les Epistolœ selectce dans la seconde
i65o, in-4°. Ces lettres furent réimpri- partie du tome II des Œuvres complètes ,
me'es à Paris, en i65i, in-12. Voir, sur (p. 1-99), et dans l'édition donnée, à Leip-
cette très-rare seconde édition, qui n'a été sick, en 1722, in-8°, du traité du Père Va-
connue ni de d'Olivet, ni de Niceron, Dan. vasseur : De Ludicra diclione liber (p. 715-
Georg. Morhof, Pohjhislor, 171 A, in-4°, 778).
un exemplaire admirablement bien relié pour la Sérénissime Reyne de Suède, avec un distique bu deux pour !<■ plus, à la dite Reyne, affin que mon présent ail une adresse qui le conduise, el qu'il n'aille pas i Copenaghen, au lieu d'aller à Stokolm.
Rocolel me mande qu'il areceu la boëte une heure trop tard, e1 le messager estoit parti quand il l'a envoyée à son logis. Voylà certes un Ion;; exercice pour ma patience, et vous pouvez croire que je tais bien maintenant des vœux etau dieu Mercure et à la déesse Bonne Fortune, et au dieu Bon Evénement, et à quiconque des autres immortels préside aux chemins et aux voyages.
Je vous rends grâces très humbles de la longue observation historique que vous m'avez fait faveur de m'envoycr. Mais qui est ce Tristan S'-Amand et de quel mérite est son livre1'? Obligez-moy de me le faire sçavoir.
Je désirerois bien que ce fut vous qui donnassiez de ma part un de mes livres à Mr de Saintes et un autre à Mr d'Angoulesme, quand il sera de retour à Paris. Vous estes maistre absolu soit de mon cabinet, soit de la boutique de mon libraire. Je n'en puis plus. E con queslo ci baccio con maggior riverenza le mani. C'est, Monsieur, vostre, etc.
Je pense que je pourray me bazarder d'escrire à Son Eminence comme j'ay desjà escrit à Messieurs ses secrétaires. Mais ce sera en latin ut majeslate linguœ vindicem, et cœlera.
' Jean Tristan, écuyer, sieur de Saint- Aniand, mort à Paris après i656. Cet antiquaire venait alors de publier la seconde édition de ses Commentaires historiques, contenant l'histoire générale des empereurs,
impératrices, Césars el tyrans de l'empire romain (Paris, 3 vol. in fol., i6i/i). La première édition de cet ouvrage avait paru en un seul volume in-fol. fi 635 ).
17û LETTRES
LYIII.
Monsieur, Vous voulez bien que j'ajouste à ma despesche de lundy un mot essentiel que j'y avois oublié, et que, par vostre moyen, je l'ace sérieusement à Mr de Lionne la prière qu'il m'a faite par civilité. Je le conjure donc de ne point prendre la peine de me respondre, et luy demende cette faveur pour une seconde grâce. Les Dieux respondent aux hommes en les exauçant, et pour moy, quand je reçoy l'effectif, je ne cherche point les apparences.
J'ay receu les trois vies de Mamurra, dont il y en aura une pour Mr Mainard qui l'attend avec d'estranges impatiences. Mon Barbon sera prest en peu de temps l et j'espère que la dédicace n'en sera pas désagréable à nostre excellent amy 2, Cujus sanctus. amor tantum mihi crescat in horas, et ce qu'il s'en suit.
Je mettrois aussy en estât le Cleophon, sive de la Cour, affin qu'au plus tost il aille solliciter Son Eminence de vouloir transférer ma pension de l'Espargne sur un Evesché. Si cela ne se fait dans l'année prochaine, je suis résolu de me rayer moy mesme de dessus l'Estat et de ne demender plus rien à personne; mais c'est une résolution constante et déterminée, et je ne seray pas fasché d'estre mal traité, affin d'avoir plus de rayson de chercher ce véritable désert, dans lequel il faut que j'aille cacher la dernière partie de ma vie. Je suis accablé, Monsieur, de civilités et de complimens, et, si le jeu dure, je feray un livre de lettres pour respondre à ceux qui me remercient du mien. Vous ne sçauriés croire combien ce fardeau me pèse , et combien je me repens de n'avoir point évité le malheur que j'avois préveu. 11 fal-
1 Le Barbon , déjà presque prêt en îGi/i, débutait ainsi : cr L'histoire de Mamurra est
ne parut qu'en i648 (Paris, Aug. Courbé, tr digne de Rome triomphante et du siècle des
in-8°). tr premiers Césars. . . » (p. 689 du tome II
s Ménage aurait été bien difficile, s'il des OEmres complètes). Le Barbon occupe,
n'avait pas été content d'une dédicace qui dans cette édition, les pages 691 à 717.
loi I De donner que deux exemplaires 1 l'un a \<>us, l'autre à oostre très cher, à qui j'escris en vous escrivaat. Mais nous ne faisons jamais ce que nous avons résolu de faire, a< nos Juin trahunt '. Je suis de toute
mon âme, Monsieur, voslre, etc.
le m in vais faire mettre au net un volume de Missives, que l'imprimeur appellera Lettres choisies. Deux autres volumes ad Atticwm paroistronl immédiatement après. Je vous renvoyeray les originaux le plus tost que je pourray avec la Vie de Fra Paolo.
Ce jeudi au soir, l644.
Du 13 septembre îfiii.
Monsieur, La philosophie, pour le moins celle que je connois, est une charlafante 2 du Pont neuf. Toutes les recettes qu'elle dit avoir contre la douleur ne sont que de beaux noms qui couvrent de l'inanité et du vuide, et quoy qu'en puisse dire nostre amy quand il dit : Sunt rerba et voces, et cœlera, je lui respons aussi hautement qu'il a parlé :
Nec voces nec verba valent lenire dolorem, Non corpus succis Chrisippi atque arte Cleantis.
Je vous laisse donc la philosophie et ne demende au bon Dieu que l'indolence que j'estime un peu plus que la sagesse de Cléantes et que la fortune du cardinal Mazarin. Ce cardinal tout puissant entend que je sois payé et commande à son secrétaire de me le faire sçavoir de
1 Souvenir du vers de Virgile : * N'y a-t-il pas là une faute du copiste?
. . . Quo fata Irahunt retrabuntque sequamur. L'origine du mot charlatan (ciarlatano) em-
(Mneid. lib. V, v. 709). pêche d'admettre la terminaison tante. Nulle
Ou du vers de Lucain : part on ne trouve d'autre forme que la
Seil quo fata trahunt, Virtus secura sequetur. forme charlatane.
(Phart. lib. II, v. 288).
sa part; cl néanmoins un des valets de l'Estat s'y veut opposer, et lie Héros qui peut tout ne pourra pas vaincre
Semibovemque virum, semivirumque bovem '.
Ce seroit certes une estrange chose, et je ne veux pas si mal penser de la conduite de la République. Quoy qu'il en arrive, Monsieur, et quand la République me feroit tout d'or, il n'y a point moyen de pardonner à ce Barbare les parolles qu'il a dites à Mr Silhon :
Flebit, et insignis lola ridebitur orbe, Semivirumque bovem fortis mactabit Apollo 2. Nec semper ridere volet.
J'en seroy quitte, à mon advis, pour ne point toucher d'argent de l'Espargne, car je ne pense pas qu'on pende les hommes si facilement qu'on faisoit au temps passé, et ce ne sera pas estre criminel de lèze- Majesté à l'avenir que de ne pas brusler d'encens aux bestes et aux monstres de l'Estat :
Nunc et adoratas Tbebis Niloque profano Fas nobis damnare feras.
Un homme, qui essentiellement ne vaut guère plus que Minet et ne vaut pas tant que Totyla, jouera mille pistoles d'un coup de dé.
1 Centimanumciue Gygen, Scmiboveniquc virum. Ovide, Trisl. iib. IV, elej;. mi , v. 1 8.
Voir, à propos de ce vers, une anecdote racontée d'après Sénèque ie rhéteur, dans la Notice sur Ovide qui est en tète des OEiwres de ce poète (Collection D. Nisard, p. xvi). La citation de Balzac est une épigramme (avec jeu de mots) contre le président Tubeuf, qui rendit de grands services dans les finances, d'abord sous Ricbelieu, puis sous Mazarin, et dont le magnifique hôtel est occupé en partie par la Bibliotbèque nationale. 11 est souvent question de Tubeuf dans les Historicités de Tallemaut des Réaux ,
notamment à la page i5o du tome IV :
rrOn dit que M. d'Orléans, le jour de la « Passion , estant au sermon entre la Rivière tret Tubeuf, il (Camus, l'évêque de Belley) rrdit, comme s'il eût parlé à Jésus-Cbrist : «Je vous voy là, Monseigneur , entre des bri- « garnis. n A la page i55 du même volume, M. P. Paris a cité contre ce financier une satire intitulée : Le Catalogue des partisans (i6A9).
2 Allusion aux. Cyclopes (Gygès, son frère Briarée, etc.) tués par Apollon parce qu'ils avaient fourni à Jupiter les foudres dont il frappa Esculape.
en perdra vint mille en demy heure, fera un festin à ses compagnon:) de débauche, qui me nouriroil largement toute ma vie :
Scilicel ut salur et civili sanguine pli-nus.
Il regrette an pauvre Balzac an morceau de pain que le Roy lui donne el fail le réformateur sur le sujet de deux milles livres, lu\ qui engloutil les millions entiers avec ses confrères, et de qui le Roy n'a que les restes. le t'invoque là dessus, Divc Satyre, et te promets une hécatombe de vers en présence de mon bon ange et de mon parfait am\ . qui en advertira, s'il lui plaist, Monsieur de Silhon, et ne sera pas si scrupuleux pour cet article que pour celuy du gentilhomme Normand.
Celuy l que vous m'avez envoyé dalté de Ponponne est certes incomparable, etjel'ay leu plus d'une fois avec beaucoup de chatouillement. Ce n'est pas d'aujourd'huy que le feu de nostre amy - me plaist et qu'il m'esclaire agréablement; mais que je suis malheureux d'en estre si esloigné ; que je m'eschauflerois auprès de ses flammes toutes célestes! Que ses enthousiasmes chrétiens animeroient une ame morte comme la mienne ! Fclices quibus isla licent. Je brusle d'impatience de voir les nouveaux livres de Monsieur son frère , pour lequel je donne tous les jours des batailles, c'est-à-dire je les gaigne et bas en ruine toute la nation monastique, tous les peuples Petaviens, Raconiens 3, Eusebiens 4 et semblables qui ne se trouvent point dans la carte raysonnable.
Pour Monsieur l'abbé de Saint-Nicolas, je ne vous en veux pas dire un seul mot, parce que vous voulez que je discoure sur cette matière et que je me respande en amplifications oratoires, et que je face telles ou semblables exclamations : 0 l'amy des siècles héroïques! 0 le père des faveurs et des courtoisies ! 0 l'apprivoiseur des Lyons el des Lyonnes et ce qui s'ensuit! Il voit dans mon cœur la passion que je luy conserve, et sçait bien que pour l'office qu'il m'a rendu auprès de Mon-
1 L'article. s Le copiste a écrit : Draconiens.
2 Arnauld d'Andilly. ' Le copiste a e'erit : Esséniens.
âeur le Secrétaire *, je déclarerois la guerre au maistre mesme du secrétaire 2, si la famille Arnaldiue (celte éloquente et vertueuse famille) estoit, mal avec le Ministre. Au reste, Monsieur, mon Rivière n'es! point le mien ; c'est celuy de Monsieur Mainard qui m'a forcé de l'employer en certaines choses, quoy que son visage me soit inconnu, et que je doute fort de son mérite aussy bien que vous.
Le Monsieur Esprit exige-t-il des présens comme des dettes, et pensc-t-il que j'ay jamais considéré sa faveur ny estimé beaucoup sa personne? Je n'ay pas laissé de mander à mon libraire de luy faire présent de mon livre. Mais je voudrois souvent que le livre et le libraire fussent au diable; j'ay failli à dire l'auto eur, qui est sans mentir trop persécuté de civilités et de complimens. Vous entrez mesme quelquefois dans la conjuration contre mon repos, ô le plus cher et le plus parfait de mes amys, et le tout puissant ayant fait commander au secrétaire Cavalerice (?) d'expédier mon ordonnance, vous voulez que j'en aye encore obligation à un autre, et, si je vous voulois croire, j'employerois tout mon papier en remerciemens. A la vérité, voylà un peu trop de formalités pour un sage effectif comme vous estes, et pour moy, qui remercie tant de gens, je voudrois obliger tout le monde et que personne ne me remerciast.
Je n'ay point encore receu la boette de la divine Marquise 3 , et vous envoyé un remerciement par avance; mais c'est celuy-là que j'ay fait volontiers et de bon cœur. Vous le vérifierez pour la gayeté ie mon stile, et je pense pouvoir espérer sans vanité que les parfums que me donnent les deux parfaites personnes4 auront un jour plus de réputation dans ma lettre que cet unguentum quod Catulli puellœ Donarunt Vénères Cupidinesque5.
n'en a dans les vers du mesme Catulle.
Si vous ne connoissez pas bien Monsieur de Xaintes, je vous adver-
' Silkon.
2 Le cardinal Mnzarin.
' La niarcruise de Rambouillet.
' .Marquise de Rambouillet el sa fille Julio. ! Xam unguentum daho, quod mea; puellae Donarunt Vénères Cupidinesque.
Cjt. Cnrmetiiin, v. il, îa.
DE JEAN-LOUIS Gl BZ DE BALZAC. 17!)
bis (sur le rapport d'un grand personnage qui le eonnoisl bien) que c'est le plus habile homme de sa robe. Je m'aaseure qu'il a à présent le livre que je vous a\ prié de lui donner. Pour M1 d'Angoulesme, celuj que je lu\ avois destiné a esté mis entre les mains d'un homme qu'il a en ce pays. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Le messager d'Angoulesme, qui part ce matin, vous porte un paquet, adressé au logis du sieur Rocolet, Vous trouverez dedans deux rames de grand papier fin, que je unis prie de donner de ma part à \] Ménage, avec le livre qu'il m'avoit fait la laveur de me prester. Il y a dans le même paquet un livre pour la Reyne de Suède, adressé à M' de Cerizantc; et vous m'obligerez bien, Monsieur, de le luy faire rendre, empaqueté et cacheté comme il est. J'ay fait mettre au bas delà première feuille : Pour la Sérenissime Reine de Suède, Jlllc du Grand Gtism-r; et j'ay l'ait marquer avec un ruban d'Angleterre couleur de rose endroit où il est parlé de l'éloquence de ce grand Prince et des foudres de sa bouche; tout cela affin de donner de la lumière aux deux épigramraes qui sont aussy dans la première feuille du livre et dont vous trouverez une copie cy enclose, etc.
C'est tout ce que je feray pour la Reyne de Suède, si elle ne me fait l'honneur de m'envoyer sa figure dans une médaille, quand elle aura receu mon livre ' ; car véritablement cette marque d'estime de sa part et la représentation de son image que j'aurois devant les yeux m'exciteroit peut-estre à dire quelque chose de sa vertu, qui, sans cela, ne me viendra jamais dans l'esprit. Je vous suplie d'en toucher un mot à M1' de Cerizante; et, s'il me veut honorer de ses escritures, j'ayme bien mieux l'ode latine dont il vous a parlé, et qui me seroit extrêmement agréable, qu'une lettre françoise, qui m'incommoderoit extrêmement.
Je receus hier un poëme de Mrde S'-Blancat2, qui me célèbre d'une
1 L'ingrate reine rie Suède n'envoya pas tour de l'épifre dédicatoire mise par lui en
de médaille à Balzac. Elle ne lui envoya tête des Carmiua cl rpistolœ de son ami
jamais rien, sinon des compliments, et ce (iG5o). Voir, à ce sujet, le Menagiana (t.
fut Ménage tpai reçut d'elle une chaîne d'or II, p. 5). de la valeur de quinze cents livres, en re- 3 Ni la Biographie universelle, ni la Nou-
estrange sorle, car ses louanges vont jusqu'à l'apothéose et à la canonisalion. C'est sans doute pour me consoler du mespris que fait de moy le Bœuf sauvage1, aliter ou la Déesse, ou la furie, ou l'oyseau Harpie, juxta illud: Sive Deœ, seu sint dira; obscœnœve volucres1. Voici un eschantillon du poète gascon, dont je vous fais part, et vous verrez qu'il m'estime beaucoup plus que le financier ne me mesprisc, à la honte mesme du financier, voire du Ministre :
Armalusque super noctuque diuque Satelles Irnminet et populispariler dominoque minatur. Si quae nocturnse melior datur hora quieti Et vacat a vivis aniraus, per somnia Mânes Incursant, et opes raptas aniraasque reposcunt.
Huic lœtus, seraperque sous, surgitque caditque Sospilo vigilique dies. Velut astra polumque Suspicit œterno supra caput ire rotatu , Securus, certusque sui; sic Regia jura Subpedibus, nostrumque orbem, terrasque moveri Et celsa ratione videt; nec flatibus ullis Excuti tur cursu felix, cui vincere Reges, Cui datur irumota Superos œquare quiète. Census opesque anirai superant; augustior alta Majestas de mente venit; fœtusque volucres Ingenii, qua premit equos de carcere Titan . Quaque premit positas adverso cardine metas. Balzacium cecinere Deum : non lœtior Echo , Non nunquam paribus respondit plausibus orbis.
Si le bougre 3 entendoit le latin, que diroit-il de ces grandes et
relie Biographie générale , ni le Manuel du Libraire, ne font ia moindre mention de Jean de Saint-Blancat. Le Dictionnaire de Moréri rappelle que l'on doit à ce Toulousain des Salves, qui parurent dans sa ville natale (in- 4°, i635). Voir, sur cet auteur, les Jugements des Savants de Baillet (t. V). Balzac se moque beaucoup d'un poëme de Saint- Blancat sur la naissance du Dauphin , dans une lettre à Chapelain, du ao décembre 1 638 (p. 769). Dans une autre lettre à Cha-
pelain, du 29 novembre i64i (p. 863).
il reconnaît pourtant que Saint-Blancat ira *du feu et de l'esprit. » A la page 5i de la seconde partie du tome II des Œuvres complètes de Balzac, on trouve (Epistolœ Selectw) une pièce adressée Joanni Samblancalo.
1 Le président Tubeuf.
2 Virg. Mncid. lib. III, v. 262.
3 Ce vilain mot s'applique à Tubeuf.
magnifiques parolles? Croiroit-il que le Dieu de SMBlancal ne mérite pas bien deux nulles livres de pension? Mais sa mauvaise humeur ne vient-elle poinl de ce qu'on ne lu\ a poinl donné de mes livres et qu'on en a donné à Mr d'Emery, son supérieur? ou plustosl de ce que Gampaignol l'a (ait cocu dans une certaine amour qu'il avoil ? Cefte non liquet.
fescrivis il \ a huil joins à M. de Bonair, par la voye du sieur Rocolei , et vous envoyé la lettre qu'il a désirée, de moy : vous la luy ferez rendre s'il vous plaist. J'ay reccu celle du cher président, qui vous doil aller voir a la Saint-Martin. Adieu, le cher amy de mon cœur, je vous demende la conservation de ce que vous m'avez acquis auprès de Monseigneur le duc de Longueville, qui mie unus dignnsest qui « Capelano cekbrelur , etc.
A» Serenissimam Ciimstinam Reginam Siècle.
Fabricium Lie et Seipiadem , Christine , videbis.
Maxima . sed magno corda minora pâtre : Gustavus liln uamque païen Non Julia tantum,
Non habuil natum Juppiter ipse pareni.
Ad Eandem.
Hic te etiam invenies, Chrislina, hic Palladis artes Quas colis, hiesummi fulnien utrumque patris :
Gustavus nempe ut dextra sic oie lonabat. 0 quanto exemplo charta superba mea est.
N'est-ce pas dire assez finement que Gustave est quelque chose de plus que le César des histoires et l'Hercule des fables l ?
1 Les deux quatrains out été imprimés principem. C'est l'ensemble des vers latins
parmi les Ludovici Guezii Balzacii carmina et des lettres réunis à la lin du second vo-,
et episloke, p. 8. Le premier est précédé de lume des Œuvres complètes qui a été dédié
ces mots : Ad Screnissinam Chrislinam régi- par Ménage à la reine de Suède. L'épitre
nain Sueciœ , cutn Mi auctor opuscula sua dédicatoire, aussi flatteuse pour Christine
mitterel; le second, de ces autres mots : que pour Balzac, n'a pas moins de quatre
Ad eandem, doctissimam et disertissimam grandes pages.
Du 1 9 septembre iCii.
Monsieur, Vous avez grande rayson de mal espérer des choses du monde; mais en cela je ne seray pas plus trompé que vous; et, bien loin d'attendre de miracle de la mâchoire asinine, je n'attens pas seulement justice du législateur Solon. La dureté est dans tous les cœurs, la corruption s'en va estre universelle; la Cour est plus menteuse, plus infidelle, plus sorcière qu'elle n'a jamais esté. Mais, Monsieur, sur le point que je veux rompre entièrement avec elle, et que je \ai^ luy donner ma malédiction, par malheur, vous me mandez quelque petite chose qui me radoucit; un sousris, une œillade me rengagent :
Age, rampe nexus, et jugum collo excule,
Vindexque et assertor lui , Aude esse feiix; et procul cuncta amovens,
Quœ mentem bumo adOxam tenent, Per liquida pari spatia decurre a;theris ,
/Eterna tantum cogitans :
Et isla sortis iubricœ ludibria
Miranda vulgo desere.
Quand je parle de la masse corrompue et de la contagion de la Cour, j'en sépare toujours nostre bon et sage Monsieur Silhon, qui est Israélite parmi les ./Egyptiens, parmy les adorateurs de bœufs et de vaches. Pour moy, je ne seray jamais idolâtre de cette façon, et, quand je ne devrais rien avoir de 1 Espargne :
0 Los, o quamvis pecus aurea corniger Apis. Non ego ero Pbarius qui lua templa colam.
Il y a longtemps que vous estes accoustumé à mon jargon, et vous me pardonnerez bien cette mescolenze ' de prose et de vers, vous qui avez souffert je ne sçay combien d'années les lieux communs du Doc-
1 Mélange.
DE JEAN-LOUIS cl i;/ DE BALZAC 183
leur bourru '. Sun histoire m!a plu «i oa*a desplu toul ensemble. Il esl {tiics grand seigneur pour appeller nos amys a coquins. M ; > i s su
Millier me cli(ii|iie beaucoup plus ijiie si vanité. El pnurquoy le iveoil-
(in encore chez Messieurs du Poy? Pourquov [nejluy a-t-on donné le ban pour toute sa vie? Pourquoi ne le traite-t-o« d'Orbiliua ou de
Mamurra aussy bien que l'autre?
Le gros paquet qui partist d'Angoulesme, il y a aujourd'hui huit
jours, doit arriver ce soir à Paris, et vous y trouverez tout ce que je vous ay marqué par ma précédente, pourveu que la mâchoire face son devoir, et qu'on ne laisse pas vieillir ledil paquet au logis du mes-
sager.
Je vous envoyé un original nouveau de la lettre quej'ay escrite à Madame la Marquise de Rambouillet, pour lequel elle vous rendra le premier, que vous me renvoyerez, s'il vous plaist, par le premier ordinaire, .l'ay receu son riche présent; cl je vous laisse à penser avec quelle joye et quelle satisfaction d'esprit. J'attens de vous en ceste occasion tous les bons offices que vous sçayez rendre à qui en a besoin, et je m'asscure que vous ferez un commentaire sur ma lettre qui vaudra une douzaine de lettres.
.l'ay leu les deux derniers livres que M' d'Andilly m'a fait la faveur de m'envoyer, qui m'ont confirmé en ma première opinion. Si Mr le Cardinal du Perron revenoit au monde, il admireroit Mr Arnault ; et, sans porter les choses trop loin, je pense le pouvoir comparer aux plus anciens et plus éloquens Pères de nostre Eglise : je ne distingue point icy la Latine de la Grecque, car, s'il a l'ame et la vertu de Saint- Augustin, il a le corps et la beauté de Saint- Chrisostome. Une autre fois je m'expliquerai mieux sur ce sujet, et ne vous diray cependant que ce petit mot : que quand je regarde ses adversaires auprès de luy, Us ne me semblent que des nains ou des enfans.
J'ay peur, au reste, qu'on trompera Mr Saumaise; et, quand il n'y auroit que le seul Mr le Prince qui le traverse dans le Conseil, pensez-
1 La Mothe-ie-Vayer. — s Les frères Arnauld.
vous qu'il ne soit pas bien aise d'obliger Rome et le Pape en celle rencontre?
Si la Revue de Suède m'envoye sa figure dans une médaille, il me semble qu'il seroit de la bienséanee que la médaille fut attachée à une ehaisne d'or, mais le plus grand présent que je puisse recevoir d'elle est de n'avoir aucunes nouvelles de sa part. J'ayme bien mieux une ode qu'une lettre de son Cerizante. Je suis en peine d'une lettre du jeudv, de laquelle vous ne me faites point de mention. C'est, Monsieur, voslre , etc.
Du 26 septembre i644.
Monsieur, Il vaut bien mieux que Mr de Lionne me face paver sans m'escrire, que s'il m'escrivoit sans que je fusse payé. J'ay plus besoin d'argent que de compliment, liœc enim mihi dowi nascuntw, et nous en avons fourni des volumes à la France , qui parle Balzac depuis Calais jusqu'à Bayonne, ainsi que dit nostre président. Et en effet, Monsieur, plusieurs me rendent les mesmes espèces que j'ay données, et je reçoy mes propres parolles soit de vive voix, soit par escrit. Vostre conseil est très bon, et j'en devine plus d'une cause; mais vous et moy nous avons affaire à l'animal du monde le plus fantasque, qui est mon esprit. Je ne sçay pas seulement si j'escriray en latin, n'escrivant plus à quiconque n'est pas Monsieur Chapelain que par nécessité ou par humeur; l'humeur ne m'a point encore pris et je ne trouve point de nécessité, puisque je n'ay point receu la grâce première, que je tiens néanmoins asseurée sur la parolle de M1' Silhon, car Son Éminence luy auroit-elle commandé en vain qu'il m'escrivist de sa part, etc.? Obligez-moy de le presser là-dessus par une recommendation de bouebe, ou par un billet de quatre lignes, ou par un amv allant à Fontainebleau, affin qu'il me face avoir contentement au plustost, et que, s'il y a des longueurs et des remises à dévorer, je les rachète par une vintaine de pistolles, ou par une plus grande somme, omne in mora perieufam judicans.
m; .il', w-loiiis cm;/ ni-: HALZAC. 186
Peut-estre que la préface de Cleophon ' satisfera pleinement Son Eminence, et cependant, si je luy escriB en latin, ne sera-ce pas lui escrire en la langue de l'Eglise H il»' l'Empire, el ne luy ferez-voua pas représenter accortemenl et avec quelque moi dicté par «rostre prudence, que mes dernières lettres escrites à Armand, son prédécesseur, mil esté latines? Mais chose estrange de mon latin. Je n'eusse pas entrepris hier an soir deux épigrammes pour deux cenl mille esens, cl ce malin je les ay laites ou reccues du Ciel en m'habillant, avec une félicité plus qu'ovidienne. Vous les trouverez dans ce paquet, cl je suis bien trompé si vous les trouvez mauvaises. Ce n'est pas (pie peul-estre je n'y change encore quelque mot; mais ce n'est pas aussy qu'elles ayent hesoin de mon changement, et morbus hic est plerumqw non judiciiim. Si j'osois, ne vous envoyerois-je pas encore la lettre à Madame de Ramhouillet relimée pour la troisiesme fois, et ne suis-je pas le plus grand replaslreur et le plus insigne fripier dont jamais vous ayez ouy parler?
Que je sçache, s'il vous plaist, en quel estât sont les affaires de Mr de Saumaise et s'il doit venir hientost à Paris. Je ne pense pas, pour moy, qu'un cardinal qui règne à la Cour y attire par de grandes récompenses un homme qui prétend d'avoir prouvé que S' Pierre n'a pas esté Pape, et que toute la grandeur romaine e ma gran machina fabricata sopra un niente.
Je vous ay desjà prié de rejetter toutes mes fautes sur mon neveu, qui a les espaules honnes pour les porter et qui se consolera aysément de sa disgrâce auprès des Colletets, des Estoiles - et autres semblables, s'ilz se plaignent d'avoir esté oubliés dans la distribution des doctes présens ; ha enim loqui amas, prœstantissime Capellane.
Je ne voy point dans les listes qui m'ont esté envoyées le nom de
1 VArislippe devait d'abord être dédié l'auteur de La belle esclave, tragi-comédie au cardinal Mazarin. (il) A 3), et de diverses pièces de poésie. (Voir
' Claude de l'Esloile, sieur du Saussay, Tallemant des Réaux, le Menagiana , Peliisfils de Pierre de l'Estoile, le chroniqueur, son, etc.) fut membre de l'Académie française. C'est
ai
MrBotru. C'estoit pourtant mon intention, comme vous sçavés, qu'on luy rendist cet hommage de ma part, et Mr Ménage le luy tesmoignera bien , l'occasion s'en présentant, affin que je n'aye point pour ennemy le père des équivoques et des pasquinades, des bons et des mauvais mots. H ne seroit plus temps de luy faire ce petit présent, et ce sera me justifier que d'accuser mon libraire.
Est-ce un grand personnage que Mr Naudé ' ? Et qu'est-ce que son livre des Bibliothèques2? A vostre loisir vous me ferez copier (je vous en supplie) la Harangue de la Casa, parce que je désire la mettre avec une préface à la fin des Lettres choisies. Mais je voudrois que la copie fut ex vera recensione Capellani, et qu'il prist la peine de la diviser en plusieurs sections, ou (pour parler Rocolet) en des alinéa, comme sont tous mes discours, qui est une chose qui aide extrêmement celuy qui lit et desmesle bien la confusion des espèces.
Je suis persécuté plus que jamais de civilités et de complimens, et je voudrois bien qu'il me fust permis de faire ce que vous me conseillez. Mais quelle apparence et quel moyen de payer en taciturnité si grande abondance de belles parolles et tant de lettres dorées ?
Ne jubeas numerare, diserte sodalis, ab istis Disce alias.
En voicy donc deux entre autres, que je vous envoyé, dans lune desquelles il est fait mention de vostre Seigneurie illustrissime, et dites-moy en conscience si je me puis empescher de semblables lettres et si le dessein de cette retraite plus retirée et de ce désert plus caché
1 Le copiste a e'cril Hatidé. Balzac feint ici malicieusement de ne pas connaître celui qui fut le plus zélé bibliophile, le plus savant bibliographe du svn* siècle. 'Nous avons déjà vu qu'il avait été blessé des éloges donnés par le dévoué bibliothécaire du cardinal Mazarin à Guillaume Colletet ( lettre LI\ ). Rappelons que , dans le Mascuvat (Paris, 16/19, ùt^")* Gabriel Naudé
s'est moqué plusieurs fois du style guindé et des images outrées de Balzac.
* h' Avis pour dresser -une bibliothèque, qui avait paru d'abord en 1627 (in-8% Paris), reparut en i6ii dans la même ville et dans le même format. Jean-André Schmidt l'a réimprimé (en latin) dans son recueil : De bibliothecis (Helmstadt, 1703. in-i°).
I>K JRAN-LOIIIS (il HZ UV, liAI.ZAC, 187
ii est pas fondé en raison, quand ce ne seroil que pour me sauver des faveurs incommodes du grand monde ?
On fait ic\ bruil d'une entrevue de M' le Cardinal Mazarin et de
M' de Ciliasleaiiiieul'1, sur quoy je vous demende un article politique de six lignes puni- le plus.
Je me contente du présent qua je vous ay envoyé pour la Reyne de Suède, et je m'arresteray la, si elle ne m'oblige de paaser outre par quelque marque de son estime, à quoy Monseigneur de Gerisantes doil travailler [tour ma satisfaction, pour la gloire de sa maistresse.
Monsieur Costar a esté icy et nous avons beu plus d'une fois à vostre santé. Cet homme, je le vous jure, a de grandes et belles connaissances; et, s'il visoit à la gloire, et qu'il eust l'ambition de quelqu'un de nos amys, il laisseroit les plus estimés derrière luy2. Je suis de toute mon amc, Monsieur, vostre, etc.
Du 3 octobre i6i4.
Monsieur, Un temps fut que mes emportemens vous plaisoient, et que mes fougues vous sembloient belles. C'est ce qui me donnoit courage de jouer quelquefois la folie d'Amynte en vostre présence , et de vous donner dans une lettre le divertissement de la comédie. Mais, puisque vous avez changé de goust, il faut que je change de procédé.
' Charles de l'Aubespine, marquis de Chàleauneuf, ancien garde des sceaux, ëtait alors en disgrâce. Il ne devait être rappelé à la cour que trois ans plus tard (juin 16/17).
s C'est un témoignage important à joindre à tous les témoignages réunis par M. Victor Fournel dans l'article Costar de la Nouvelle biographie générale et empruntés à Tallemant des Réaux, à Ménage, à Moréri, à Bayle, à Colomiès, etc. Costar dit
dans la Préface de ses Lettres (i658 , in-6°. Courbé): rll se trouvera dans ce Recueil tr plusieurs lettres écrites à M. de Balzac. "qui témoignent assez l'admiration oùj'ay rr toujours esté de son esprit, de son érudi- « tion , de son éloquence et de sa vertu . . . » Et encore : <t II a élevé jusqu'aux plus hauts r sommets la noblesse de nostre langue et «■la réputation de nos esprits chez les estran- (tgers. »
ai.
Je scrav aussy composé, aussy doucereux, aussy fade qu'un courtisan de Henry troisiesme, ou de sa sœur la Reyne Marguerite. Je seray tout sucre, tout miel, voire tout citrouille, si vous le voulez, sans oser demender à Dive Satyre un seul grain de son sel ny de son poivre pour m'assaisonner. L'importance est, Monsieur, que vous avez peur que j'aye appelle d'autres spectateurs que vous à la représentation d'une pièce que vous croyez dangereuse pour moy; et cette peur est fondée sur la prière que je vous ay faite d'en faire part à Mr Silhon. Je m'asseure que sans cela vous m'eussiez abandonné vostre chère el bien ayinéc philosophie; et vous ne l'avez deffendue si agréablement el si fortement contre mes impatiences dans la douleur, que pour venir à mon ressentiment contre 1 injustice du Minotaure1. Sçachez premièrement, Monsieur, que vous estes l'unique tesmoin, non-seulement de ce qui se passe dans mon cœur, mais aussy de ce que je tire de mon cœur pour le mettre sur le papier et vous le communiquer par la voye de l'escriture. Sçachez, de plus, pour la justification de mes violences, que mes violences ne troublent point ma raison et que la cholère ne commande pas chez moy, mais qu'elle obéit. Je n'en suis plus tourmenté, mais j'en tourmente les autres; je m'y laisse aller de dessein et n'en suis point traisné par force. Ce n'est pas mon bourreau, c'est mon soldat. Je l'exerce, pour ce que j'y prens plaisir, pour ce que j'y trouve de la douceur, pour ce que je vérifie par ma propre expérience la comparaison d'Homère, qu'Aristote rapporte dans ses Ethiques. Et affin de chercher la vérité dans d'autres images, ce que vous appelez violence et emportement, ce m'est un jeu, un divertissement, une escrime; quelquefois un remède qui me purge, qui me soulage, qui me desbouche les obstructions, qui me dilate les endroits que le chagrin avoit estrécis. Cette cholère est toute innocente pour moy, et n'est jamais sans quelque joye et sans quelque agréable chatouillement, bien loin d'aller jusqu'à la douleur et à la lésion de son sujet. Toutes fois, Monsieur, si vous voulez user de toute
Le président Tubeuf. L'allusion se retrouve partout, comme on le voit et comme on le verra encore.
DE JEAN-LOUIS Gl EZ DE BALZAC.
vostre puissance, je n'aj garde de m'opiniastrer dans une posture qui vous desplaist. le renonce solennellement à toute sorte de violence el d'indignation , mumww ab antiquitale îaudelur indignatio Vaforiana. .I< quitte [tour jamais une passion <|ui m'a fait tant de bienjusques icy, el vous promets de devenir mouton, de devenir M* de Vaugelas poui l'amour de vous, et non pas pour la peur (pie vous me faites <lu Minotaure.
Je vous suis extrêmement ol>li<;é des soins de vostre amy de Fontainebleau* et Iny ay obligation à luy-mesme de son souvenir. Feu Mr du Maurier1 estoit un très habile homme, le meilleur secrétaire de son temps, et j'ay veu des lettres de luy pleines d'esprit et de jugement2. Je ne sçay si on peut dire la mesme chose de celles de Mr du Maurier d'aujourd'IiUY3, ny (si) sa conversation est moins escholière ou moins pédante qu'elle n'estoit cum una Parisiensem ou Palalinam insuîam incokbamus. Pour son frère, duquel il vous parle dans sa lettre, seroitce celuy dont on m'a parlé d'une si estrange sorte, et qui estoit bourgeois de Sodome longtemps devant que d'estre capitaine dans Loudun ? C'est-à-dire que, sans aller à la guerre, il scait faire tourner le dos aux hommes, et qu'il a appris il y a longtemps l'art de dompter el de subjuguer. Je sçay cet horrible secret d'un jeune gentilhomme de mes amys, quo non formosior aller, et sur la pudicité duquel le dit frère a eu de très dangereux desseins, lorsqu'ilz estoient ensemble ou à l'Académie ou au collège ; mais peut estre que c'est le frère chaste qui est
1 Benjamin Aubery, sieur du Maurier.
ambassadeur en Hollande et en Angleterre. (Voir, sur cet ami de l'amiral de Coligny, ainsi que sur sa famille, les Mémoires concernant les vies de plusieurs modernes, par Ancillon; la France protestante, et surtout la thèse de M. Ouvre : Auhcrij du Maurier, ministre de France à la Haye; in-8°, 1 8 5 3 . )
2 J'indiquerai de curieuses lettres écrites de la Haye par du Maurier à Peiresc, pendant les années 1C18 et 1619 (Bibliothèque
nationale, Fonds français, vol. Ç)5h!>, p. a3iaio).
3 Louis Aubery, sieur du Maurier, mort en 1687, auteur, en i645, de l'Histoire de l'exécution de Cabrières et de Merindol, et, en 1682, des Mémoires pour servir à l'histoire de la Hollande. Ces deux ouvrages ont été fort estimés. Louis Aubery avait eu l'intention d'écrire l'histoire des dernières années de Louis XIII, mais ce livre ne fut jamais achevé.
Yoslre amy et non pas le frère pédéraste; Dieu le veuille ainsy pour l'honneur de rostre amitié.
^ ous ay-je rien dit par mes précédentes de nostre Monsieur de Montausier? L'honneur qu'il me fait de se souvenir de moy m'oblige sensiblement, mais Testât présent de sa condition m'afflige encore plus sensiblement. Faut-il qu'un vray gentilhomme comme il est, un gentilhomme qui vaut un prince, et patriœ hue prima meœ, faut-il qu'un homme de si haut cœur, et qui a si bien et si dignement servi, soit oublié par le prince qui a receu de si considérables services? Et que in rcgio Palatio nulla ipskis ratio habeatur'} Car on nous asseure icv que sa rançon couslera à sa mère près de vingt mille escus, tous frais faits. Si je n'appréhendois là-dessus la sévérité de vostre philosophie, ne seroit-ce pas le sujet d'un second emportement, beaucoup plus impétueux et plus rapide que le premier ?
Je n'oserois vous rien dire de cette foule de lettres eucharistiques '. Je suis heureux, Monsieur, je le vous avoue, mais je le suis un peu trop, et j'ay un peu trop de peine à souffrir constamment ma bonne fortune. Rogo ipse me ut felicitatem meam fortiler feram. Que Mr de Lionne me fera de plaisir de ne prendre point de peine inutile , et que son collègue , aussy nostre cher amy, sera honneste homme , s'il fait mon affaire sans m'en escrire un seul mot! En cas que cela soit, je veux dire que l'assignation soit bonne, je vous conjure qu'on en compose à l'heure mesme par le moyen de mondit sieur de Sillion, qui est à la source des affaires , et qui pourra bien me faire donner par quelqu'un de l'argent contant, en perdant cent escus sur deux mille livres. Quand la chose seroit asseurée, Me ego sum qui tuta etiam, timeoque morarum damna senex.
A ce que je voy les \alois'2 ne sont pas si bons poètes que les Bour-
1 Par allusion à i'étymologie . Xapis. frère de Henri de Valois. A ce moment, il
grâce. venait de publier (Paris. i643. m-!\°) des
* Il est ici question du grand érudil vers latins satiriques avec notes et éclaircis-
Adrien de Valois, né en 1607, mort en sements. contre Pierre de Montmaur. sous
1692, Pauteur du Notitia Galliarmn, elle ce titre : P. Montmauri opéra in H tomos,
DK .h:\n-l mus mit:/ m; iiai./.ac. 191
bons1; mais c'esl peu! eatre la jalousie de la maison qui les empescbe de les bien louer. Geltui cy feroit toute autre chose que des vers, s'il s'en estoil conseillé (du) bonhomme Horace, el sa médiocrité est si basse, qu'elle mérite en italien le nom de viUà.
Vostre soiiiiel esi un des meilleurs que j'ave vcu de vous; commencé, poursuivi el achevé comme il faut. Les muses sscheveléès, le débris du Temple qui embarasse les allées du bois de lauriers, Va t/uod iidii m hoc poematio mih/i non summopere placet?
Je vous envoyé mes deux épigrammes augmentées, dans lesquelles je croy que vous trouverez du latin et de la poésie. Si on imprime quelque chose, je vous suplie qu'elles ne soient point de l'impression qui leur osteroit la (leur de la nouveauté que je réserve à mon volumelte, <[iiod brevi dabimus cum bona venia illustrissimœ dominalionis vesirœ.
Bourbon a esté mon maistre en la langue grecque , et vous vous souvenez- bien de son élégie, en suite de mon épigramme qui commence par :
Et paler inter se Damon et alumnus Amyntas.
La plume me tombe des mains, et je suis malade en achevant cette lettre. C'est, Monsieur, vostre, etc.
Je vous recommande un second papier pour Mr Mainard.
Je sçay quelle est la civilité de Madame la Marquise; mais je vous suplie, Monsieur, que je ne sois point cause qu'elle prenne de la peine. Je suis desjà trop satisfait de la bonne réception de ma lettre.
Surtout souvenez-vous que je ne suis point de ceux qui specie recusantium ambùiosissime cupiunt.
rata a Quinto Januario Frontone. Cet son de Longueville) les derniers aux preopuscule a été inséré dans Y Histoire de miers. Beaucoup d'autres critiques ont jugé Montmaur, par Sallengre. non moins sévèrement que Balzac et que 1 Je n'ai pas besoin d'expliquer le jeu de Chapelain les vers d'Adrien de Valois, nomots de Balzac opposant les Bourbons aux tamment ceux de ces vers qui ont été re- Valois et accusant, en riant, son cher cor- cueillis par son fds (Charles) dans le Valerespondant de sacrifier (à cause de la mai- siana ( i6g4 ).