‹ Lettres de Jean-Louis Guez de BalzacChapitre 5 sur 28 · LXI1I · texte numérisé non relu

LXI1I

Du 10 oclobre i66ù.

Monsieur, Je suis bien plus espouvanté que vous de cette longue tirade de négoce, dont vous estes venu à bout. Et en vérité quand je considère les peines que ce négoce a données à Mr Silhon, et celles que vous avez voulu prendre , je voudrois de bon cœur que le négoce fut à recommencer pour ne le commencer jamais. Ce peu d'arpent couste certes trop à vous , à Mr Silbon et à moy, et j'ayme bien mieux une autre fois n'estre pas payé que d'estre payé à ce prix-là , je veux dire aux despens de vostre repos et par une infinité de corvées , de desgousts et de rompemens de teste que je vous cause. J'en suis honteux, Monsieur, que vous ne sçauriez vous imaginer la confusion dans laquelle je vous escris cette lettre, et, sans avoir dessein de faire le fin, je vous prie de croire que la nouvelle de l'ordonnance circonstanciée de tant et tant de difficultés m'afflige au lieu de me resjouir. Je demeure d'accord avec vous de angusliis rei pecuniariœ impeditissimis his temporibus, de la bonne fortune que c'est à un provincial d'estre considéré à son absence, et de trouver place dans une mémoire remplie des affaires de toute l'Europe. Je vous avoue encore que ces petites douceurs que je reçoy de temps en temps me font quelque bien , et soustiennent une partie de la despense dans laquelle m'engage (absit verbo invidia) la célébrité du lieu où je suis. Mais, ayant résolu de changer de lieu, et par conséquent n'estant plus obligé à cette despense, ne sentant d'ailleurs en mon ame aucune tentation d'avarice, je me passeray très aysément d'une pension qu'il faut obtenir tous les ans comme une chose nouvelle, qui m'est accordée comme une aumosne, pour laquelle j'ay besoin de mille solliciteurs, et ce qui me fasche davantage, qui importune, qui fatigue, qui tourmente la personne du monde pour laquelle j'ay le plus de respect et de révérence. Ces sortes de faveurs et de gratifications me pèsent plus que la pauvreté , et mon hommage estant une fois rendu à Son Eminence par la

DE JEAN-LOI is GUEZ DE BALZAC. 198

présentation d'un petit ouvrage, j'ay dessein de la Buplier, par une requeste on par une lettre publique, de vouloir me faire la grâce de m'oster de dessus l'estat, ou de me taire asseurer ma pension sur une évesché ; ma pension autem de quatre mille Unes, comme elle me lui promise au commencement, sans qu'il soil permis, à l'avenir, à M' Tubeuf d'en rogner imis les ans une partie.

Je vous envoyé la nouvelle procuration pour M* Bonair, auquel, ni mus erat meus, je me lusse adressé d'abord, si vous ne m'eussiés fail sçavoir quelque temps auparavant que les affaires qui lu\ estoient survenues en son particulier l'occupoient de lelle sorte, que difficilement luy permettoient-elles de pouvoir songer à celles d'autruy. Lorsque je receus la lettre où estoit l'article de ce nœud gordien, c'està-dire de Pintricatissime ' embarras du petit dans la mayson gordienne, Al1 Mainard estoit icy, qui me proposa son M' Rivière, logé à ce qu'il me disoit avec vostre M1" Maigne, et m'obligea d'accepter les offres que ledit M' Rivière luy faisoit de me servir dans la sollicitation de mes intérests. Par là, Monsieur, il me semble que je n'ay point péché contre le petit amy, que je croyois accablé de son propre faix, selon les termes de vos lettres, et que je faisois conscience de surcharger. Si, après cela et après les autres eboses qui se sont passées entre luy- et moy , dont je conte l'argent qu'il en a receu pour la moins considérable, vous avez beaucoup travaillé à me le conserver, je ne vous dis rien sur ce sujet, sinon que je vous suis très obligé et à luy très peu. Pour mon autre malheur duquel je m'estois confessé à vous, il me vient encore du mesme endroit et de la mauvaise relation qui avoit esté faite au bon Président, laquelle il me confirma de vive voix, après m'en avoir escrit. Mais je ne sçaurois vous dissimuler, Monsieur, que la prière que vous me faites là-dessus pour vostre interesl m'a piqué le cœur et que j'en suis tout de bon malade. Ah! Monsieur, que j'ay peu besoin de remontrance à cette occasion, et que mon esprit est esloigné des

1 On ne trouve ce mot nulle autre part. exemple) disaient, en pareil cas, inarfr/raft/e, Les contemporains de Balzac (Mézeray, par mot déjà employé par Montaigne.

soupçons et de la trop grande crédulité que vous me reprochez tacitement. Je n'ay jamais perdu d'amys par ma faute, je n'en ay jamais bazardé par ma delfiance; j'ay souffert non-seulement leurs mauvaises humeurs et leurs bizarreries» mais encore leurs vices et leurs injustices. Ils m'ont offensé impunément. Je suis revenu après avoir esté chassé. J'ay esté lasche pour estre bon, que diray-je davantage? Il n'est rien de si tendre que mon cœur, ny de si dur que ma patience . et, si je suis tel pour les moindres de mes amys, voire pour mes mauvais amys, que dois-je estre pour vous, mon très cher et honnoré patron» mon vray et unique consolateur, pour lequel je n'ay pas seulement de l'amour et du respect, mais de la dévotion, du culte? La parolle me manque en ce lieu, où je me diray sans plus de parolles. Monsieur, vostre, etc.

J'ay receu la lettre que Madame la Marquise m'a fait l'honneur de m'escrire, et en conscience je ne leus jamais rien de plus sage, de mieux sensé, ny de plus modeste, en un mot de plus digne d'une honneste femme, voire d'une princesse romaine. Je le vous dis très sérieusement, Monsieur, j'estime plus un billet de cette manière que toutes les longues amplifications de nostre pauvre défunte \ qui avoit appris de Mr de Vaugelas à faire des exclamations et des périodes de demie lieue de pays, que cet excellent grammairien appelle des périodes nombreuses.

Si la Reyne ny Monsieur son agent- n'entendent point la bienséance dont je vous avois escrit, j'en seray très ayse, pourveu que nous eu demeurions là et qu'il ne me vienne point de compliment du Septentrion.

Je trouve vostre dernier sonnet parfaitement beau, et vous envoyé mes vers pour les Mânes du Père Damon3 en Testât où je désire qu'ils demeurent. Vous me ferez plaisir de donner cette copie à nostre très

1 Madame des Loges. la seconde partie du tome II des OEuvres

8 Cerisantes, agent de la reine Christine. complètes.) 3 Le poète Mie. Bourbon. (Voir p. 33 de

DE JEAN-LOUIS GtFEZ DE BALZAC. 195

cher M' Ménage, (jnrm aemper medullitus diligo. Obligez moy aussy, --'il voua plais t, Monsieur, de faire .tenir seuremenl à \1'' !<' Prieur Talon ' la lettre cy enclose, qui es! escrite dès le temps que je vous envoya] la sienne.

Voicy le troisiesme paquel pour M' Mainard, que je voussuplie de rendre en mains propres au bon l'ère Flotte.

J'ay eu quatre ou cinq accès de fièvre tierce, mais ce ne sont que mes petits maux.

\\ine/.-inoy lousjours, je vous on conjure.

Du ait oclohre iG'1'1.

Je ne vous escrivis point par le dernier ordinaire, parce que vis major m'en empcscha, et que, dès la première limite de ma lettre, une violente esmolion nie saisit qui me fit tomber la plume des mains. Grâces à Dieu , l'émotion est passée et je suis en estât de vous remercier de la continuation de vos courtoisies et de vos faveurs. Mais je ne sçav si je seray capable de profiter de vos bons préceptes, car quel moyen de domter ce monstre d'humeur, qui est un animal dans l'animal, comme disent les médecins de la matrice des femmes? Il n'y a point moyen, Monsieur, de faire un courtisan parlait de l'humoriste achevé dont parle vostre première lettre. Le comte Baltazar 2 y manquerait

1 Jacques Talon, prieur de Saint-Paulaii-Bois (diocèse de Soissons), cousin germain de l'avocat général Orner Talon , et secrétaire du cardinal de La Vallette; il a rédigé les mémoires du belliqueux prélat, qui parurent un an après la mort de l'auteur: Mémoires de Louis de Nogaret, cardinal de La Vallette, Paris, 1672, 2 vol. in-12. (Voir une lettre de Balzac, p. 38 1 : it A Mr Talon , secrétaire de Monseigneur le r cardinal de La Vallette, « et d'autres lettres au même, p. A70, 534, etc. \

s Castiglione ( Balthazar) , mort en 1 5 2 y . l'élégant auteur du Cortegiano (ou l'Art de devenir un courtisan accompli), Venise, i5a8, in-f\ Les Italiens appellent cet ouvrage 77 libro'd'oro. (Voir, sur le comte Balthazar, un excellent article fourni par Grosley au Dictionnaire de Moréri de 170g.) Les autres critiques français qui se sont occupés "de cet homme de lettres, qui fut aussi un homme d'État distingué , sont Niceron .

Ginguené, Valéry, M. Philarèle Chasles. En Italie, i! faut citer surtout , après l'éloge de

■19 fi LETTRES

et y perdroit tout son latin, je voulois dire tout son italien. Mais vous me remonstrez qu'il ne faut donc rien attendre de la Cour et que ses maximes ne s'accommodent pas avec les fantaisies des solitaires. J'en demeure d'accord avec vous, et voicy, sur cet article, ma solennelle déclaration. Mr Sillion la sçait il y a longtemps, et je pensois aus-\ vous l'avoir laite il y a longtemps. Si je désire quelque chose de la Cour, c'est sans bassesse et sans lâcheté que je la désire. J'ay du pain el des habillemens tout ce qu'il m'en faut, autrement victumetvestitum. Reste à avoir des œufs de Portugal et des rubens d'Engleterre, de quoy je me passeray très aysément quand il me plaira. Un liomimqui despense un peu plus que son revenu n'est pas fasché qu'il luy vienne de dehors un peu de secours; mais, en se retranchant, il n'a que faire de ce secours, et par là il se peut donner à soy mesme une bien meilleure et bien plus seure pension que celle que luy donne le Roy très chrestien.

Je vous envoyé cinq responses que j'ay faites dans les intervalles de mon mal. Mes ouvrages aux Indes1 ne m'eussent pas cousté davantage ; et si vous sçaviés qu'à l'heure que je vous parle j'ay cinquante paquets sur ma table venus de Perigord, de Rouergue, de bas Poitou , o\ cet., et presque autant de solliciteurs qui me tiennent à la gorge pour me faire respondre aux lettres douces qu'ils m'ont apportées ; si vous sçaviés qu'on m'a envoyé des Sermons, des Harangues et des Tragédies pour examiner, et que ceux qui me demendent deux mots de correction attendent de moy des louanges plus longues que le panégyrique de Pline ; si vous sçaviés beaucoup d'autres choses qui me travaillent, sans doute, Monsieur, quelque dur que vous soyez à mes plaintes depuis quelque temps, vous seriez touché de tant de malheurs et diriez avec un demy souspir que c'est ajouster trop d'affliction à un affligé. Ne reprendrez-vous jamais pour moy voslre visage doux et

Castiglione par Berabo, sa biographie par en i58o, et a été imité par Faret sous le

Serassi (Padoue, 1768). Le Cortcgiano a été titre de YHonnêle homme en i633 . traduit en français par Jacques Colin ' Faut-il lire : Z)eu,r voyages aux Indes?...

d"Auxerre en 1 537 , par Gabriel Cbapuis

compatissant; cet esprit consolateur qui se couloit autres lois si agréablement dans mon ame; l'huile et le baume de vostre pitié, «lotit j'ay bien [dus de besoin que de la sonde et du rasoir de VOStre philosophie ? Je sçay que, si vous voulez, vous m'accablerez en cet endroit du pois et de la force de vos raysons, el que j'auray toujours loil avec vous. Mais le. cœur me dit que /"»" amplitu mecum âges summo illu et lycurgœojure, cl. que vous voudrez traiter un malade délicat avec une méthode qui ne soit pas rude. DU me perdant, amicissime Capelktne , si je n'ayme mieux estre consolé qu'estre payé, et si un article de douceur que je trouve dans une de vos lettres ne me fait plus de bien que trois ordonnances du Roy, sollicitées chaudement par !\lr Silbon. Vous dites que rien ne vous peut desplaire en moy que ce qui me peut nuire; et je vous respons, mon très cher Monsieur, que rien ne me peut nuire que ce qui vous peut desplaire, appréhendant beaucoup plus la diminution de ma faveur auprès de vous, que la perte de ma fortune ou toutes les autres disgrâces imaginables. Aymez moy donc tousjours, je vous en conjure, si vous désirez que je vive, ou que je ne vive pas malheureux. Les parolles me manquent pour vous asseurer icy avec quelle passion je suis, Monsieur, vostre, etc.

Je verray très volontiers du latin de Mr du Maurier, et sur vostre parolle (sans autre plus exacte et plus particulière information de vie et mœurs) je le tiens desjà aussy chaste qu'Hippolite, ou que ce poète italien duquel il est dit : Ne se pollueret , maluitillemori. Mais, Monsieur, que vous me dites de belles et grandes choses de Mr son frère, et que les magnifiques termes dont vous vous servez pour me les dire me font envie de devenir mathématicien! En sçauroit-il plus que M. Des Cartes \ qui croit en plus sçavoir que les grands démons, car pour les petits lutins, il leur fait leçon deux fois par jour?

' René Descartes, né un an avant Balzac sophe, le a5 avril 1 63 1 (p. a35), où se

(3i mars i5g6), mort quatre ans avant trouvent ces mots : tr Je ne vis plus que de

lui (11 février i65o). On connaît l'amicale rt l'espérance quej'aydevous aller voir à Ams-

lettre écrite par Balzac à l'éminent philo- rterdam et d'embrasser cette chère teste.

La mort de la belle dame nie touche par la contagion de vostre douleur; mais dans celle de 1 éloquent Cardinal 1 je n'emprunte mon deuil de personne, et verissimis lachrimis illum luximus. De iraische mémoire, je luy avois de grandes obligations; et sans doute, s'il eust esté Pape, il nous eust envoyé le chapeau et à vous et à moy, et nous eussions esté ses Cardinaux Bembo 2 et Sadolet. Diis aliter visiim, -el submissi fata jeramus 3. Le A alois qui n'est pas prince du sang n'a garde d'approcher ni de .la versification ni de la latinité des Guyet-* des Madelenet 5, des Ramas G et des Ferramus ; et ne pas faire de solécismes ny des positions brèves n'est pas pour cela escrire purement en latin et savoir faire des vers, sed de his alias. Je vous en envove

rqui est si pleine déraison et d'intelligence. » On connaît aussi la réponse de Descartes à lialzac. du i5 mai i63i, lettre où il le presse tant de venir le -rejoindre en Hollande (p. 200 du tome VI des OEuvres complètes publie'es par M. V. Cousin, 182Û, in-8°). Pour d'autres lettres de l'auteur du Discours de la Méthode, voir ce même tome, pages 197, 198, etc. Rappelons qu'aux pages 189 à 197, on trouve le Jugement de M. Dcscarlcs de quelques lettres de Bahac, lettres où . dit-il, nies grâces se voient dans t toute leur pureté. 1

' Gui Bentivoglio qui, né à Ferrare en 1 ."1 7 (| . mourut le 7 septembre iGA'i, au moment où il allait probablement être appelé par le conclave à succéder sur le trône pontifical à Urbain VIII, dont il avait été l'intime ami. Balzac avait déjà fait un grand éloge du cardinal Bentivoglio dans une lettre du 3 octobre i63i (p. 208), vantant surtout ses Relations, son style si sobre et si chaste, etc.

2 Le copiste a écrit : Rembret.

5 La première moitié du vers est de Virgile (Mi. lib. II, v. 4a8). Balzac, en

bon chrétien, l'aura complété par une leçon de résignation.

4 Le copiste l'appelle : Guyers.

5 Le copiste a lu : Modelâtes. Gabriel Magdelenet, né en 1087 à Saint-Martin-du- Pui, mourut à Auxerre en 1661. Le recueil de ses poésies latines ( Gab. Madekneti Carminum libellus) parut en 1662 (Paris.

in-12) par les soins de Louis-Henri de Lomenie, comte de Brienne. el reparut en 1725. Voir son éloge par Pierre Petit en tète de ce recueil ainsi que dans le Morai de 1709, qui rapporte son épitapbe et qui rappelle que le talent poétique de Magdelenet a été récompensé par les pensions de Louis Mil et du cardinal de Richelieu et par les suffrages de Nicolas Bourbon, d'Adrien Baillet, de René Rapin, etc. Voir encore Aiceron (Mémoires, tome XXV) et Papillon (Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, tome H).

6 Ramus (Pierre), im des plus savants humanistes du xvf siècle, massacré le 26 août 1072. On peut voir, sur Ramus, les récents travaux de MM. Franck. YYaddington. Haag et Saisset.

que je lis avant hier el dont'je demeure extrêmement satisfait, si voslre jugemenl ue < ir-sa I »ns»> le mien, Ce sera un secret, s'il vous plaist, entre vous et 1 1 1 < > y , et le momie les verra une autrefois. Mais je prétens, Monsieur, que vous disiez que je suis un galant homme el que je n'entens pas mal l'urbanité* «quand vous aurez leu les responses que je vous envoyé. Je ne voy plus en achevant relie ligne.

Du 3l octobre i li'i 'i.

Monsieur, Vostre lettre m'a donné la vie, et j'avoue que vous esles le meilleur comme le plus sage de tous les hommes. Je ne mérite point les belles larmes que vostre bon naturel vous a fait venir jusqu'au bord des yeux; tout ce que je puis vous dire, c'est que je les trouve belles et que je les ayme beaucoup mieux que la rigide indolence de dame Philosophie qui les a si subitement resserrées. Cette tendresse, cette mollesse, cette lâcheté, si Zenon le veut ainsy, me plaisent bien davantage que ce fer, ce marbre, ces diamans du redoutable1 et de ses confrères. Mais, pour ne pas oublier ce grand personnage sur la fin de ma lettre, disons en un mot en cet endroit. , puisqu'il nous est tombé entre les mains; et, en premier lieu, n'admirons ny vous ny moy l'épigramme qu'il a faite pour Mr Bourbon. Sa Muse, en effet, n'est pas une si belle vieille - que celle du bon père de Toulouze 3 et mollo sente ingiuria del tempo. Elle s'alfoiblit extrêmement avec l'âge, et duxit in obscura qui lot quinquemia cella, etc., n'a garde d'estre de la force de ces

1 Le redoutable, c'est François Guyet, que Balzac appelle ailleurs kypercriticus.

1 Guyet étant né en 1675, sa muse était bien vieille en i6/i4. C'était presque une septuagénaire !

* Theron ( Vital) , dont il a été parlé dans la lettre lvii, et qui n'avait pas alors moins de 7a ans. Balzac, le 9 mars 1 643 , dans une lettre au P. Theron (p. 607), plaisan-

tait très-agréablement sur la vieillesse du poëte : a Les hyvers de Naples me la représentent, ces hyvers tous pleins de lumière r?et tous couronnés de roses; celle de Massirmissa a esté moins verte et moins vigourrreuse, et l'enfant qu'il fit à quatre-vingts crans n'estoit point une production coinrrparable au poëme que vous avez fait à rr soixante-quinze.»

autres vers, que je luy ay ouy chanter autrefois sur ia carcasse d'un mot bien différent de cettuy-cy :

Die ubi mme , Cosme , es ; nam te nec Tartara civeni

Accipiant mânes, qui nihil esse putas, Nec superis gralus venias qui gaudia Cœli

Pro levibus nugis, vel moriturus, habes. Restabat misero tumulus, te legibus arcent,

Eque sua trahilnx putre cadaver humo.

La conclusion de l'Ëpigramme n'y est pas, et dès ce temps là qu'il estoit plus Irais et plus vigoureux qu'aujourd'huy il ne peut aller d'un mesme pas jusqu'au dernier distique, dans lequel il tomba au lieu de finir. La pièce la plus achevée que j'aye veue de luy est celle qu'il a faite contre la bière ' , encore y a-t-il :

dignusque suillo

Jure si t.

qui n'est pas digne du reste, et que le juge Tarpa 2 eusl condamné à l'esponge. Ce demy poète ne laisse pas d'estre craint de ceux qui sont poètes tout entiers; et quoy-que son authorité soit plustot usurpation et tyrannie que légitime puissance , la longueur du temps y a accoustumé les espris ; et après l'eucharistique que je luy ay fait ne faut-il pas tout souffrir d'un homme que nous avons reconnu pour lieutenant général d'Apollon au pays de son obéissance? Au reste, Monsieur, une de mes curiosités seroit de sçavoir son sentiment et celuy de M' de Bautru sur le sujet de la guerre sainte des Jésuites et des Jansénistes ; et ce qu'ilz disent de l'émotion des Docteurs, dans cette grande et inébranlable tranquilité où ils se sont mis en despit de tous les remords et de toutes les syndérèses dont l'esprit humain est travaillé. Je ne pense pas qu if y eust jamais de plus pure ny de plus parfaite neutralité que la leur en toutes ces matières contestées, et quiconque les accusera d'interest ou de passion leur fera, à mon advis, un insigne tort.

1 Francisa Guieli in eenisiam. Balzac a "Le copiste a écrit Taspa. Tout le monde

cité ce morceau dans une lettre à M. de connaît ce vers d'Horace (Satir. i.I, X, v. 38):

MOPWI (p. Goi ). Quœ neque in aede sonent certantia. judice Tarpa.

Vous pouvez voir à l'heure présente (si le courrier n'estoit morl par les chemins) < | ne j'aj obéi à vostre désir el à vos pensées; et Mr le Coadjuteur .1 une response à Bon coraplimenl , qui ne sera pas la plus mauvaise des Lettres choisies. Les autres responses son! encore peutestre meilleures, «'l il me semble que, pour un malade, je fus assez galand homme, le jour que je respondis à ces chers amys. Mais tous ceux qui m'escripvent ne sonl pas mes chers amys, el souvenl je donne au diable leur amitié. Je suis persécuté, je suis assassiné «le civilités el de complimens. Il me vient des lettres el des escritures de toutes

les parties ^\u monde, el | • vous4e dire avec un enthousiasme plus

haut :

Fiet loto stilus ini|>ius orbe :

Unie mihi Tectosages, illinc Normania chartas, Relsja; etiam raittunt , Scotique atque ultima Tbule ' , Prœsentemque Arctoa intentât epistola mortem. Hostibus ab noslris laies veniatis amici. El tanti constet tibi lama, o bubn Genevaj. Qui \is esse aliquis pJacidamque relinquere uoetem, Invideo tibi, bubo, niniis tua si bona nosti, Obscnrœ. serl nota parmi), bona suiurna quietis.

Ayant appris par la Gazette que Mr le Duc est de retour d Allemagne j'ay cru qu'il n'y avoit point de mal de vous envoyer quelques copies des vers que j'ay laits pour luy. Ils sont changés et augmentés d'un distique; et, sans avoir dessein de préoccuper vostre suprême judicatrice 2. je ne croy pas pouvoir jamais rien taire de meilleur ny de plus digue du pairiciai romain, dont il vous a plu nouvellement de m honorer. Les demis latins, eslrangers dans la bonne antiquité, s'arresteront peut estre aux mots de puer et de.pueri, mais non ceux qui sont véritablement poètes et romains et qui sçavent l'histoire d'Auguste.

Outre les copies de l'Épigramme, vous trouverez dans mon paquet mon ancien poème chrestien, reveu et augmenté de plusieurs vers; et

Tibi serviat ultima Thule mot : judiciaire. Je ne trouve nulle part le

(Virg. Georg. lib. I. v. 3o.) mot judicatrice.

1 Molière, en pareil cas. a employé le

je vous suplie, Monsieur, de le taire rendre de ma part à M' I évesque de Grasse. Je l'ay mis dans ledit poème, en la place de Damon, qui n'y estoit pas assez désigné, et que personne n'entendoit sans explication. Damon est assez loué ailleurs, et cette place estoit donc à noslre très cher Prélat à qui j'ay donné un nom le plus approchant du sien que j'ay pu, je dis du sien de Provence et non du sien de Paris ou de Dreux ', qui à mes oreilles n'est pas fort beau, n'en desplaise à Monsieur son frère. Encore de bonne fortune le nom est Romain et a esté connu à la cour d'Auguste, et porté par un poète de ce temps-là qui a escrit de la chasse, et duquel Ovide dit: [plaque venanti Gratins arma dédit 2. Je ne sçauroia finir ma lettre sans vous remercier de i-erhef des bontés 3 de la vostre. Vous estes en vérité un souverain médecin des âmes malades, et vous sçavez esgalement parler el guérir; c'est à dire qu'en vous seul on trouve du laureus et de la violette; vous n'ignorez pas ce que disoit Henry le Grand de l'un et de l'autre. Tout de bon vous m'avez escrit les meilleures et les plus belles choses du monde. C'est, Monsieur, vostre, etc.

Qu'est-ce, Monsieur, que la Traduction Françoise de l'histoire de Strada 4? el la nouvelle que les Jésuites m'ont dite de l'impression de

' Le copiste a écrit Dieux. Le nom de Provence de Godeau était celui de sa ville épiscopaie, Grasse. Balzac parle de son non) de Paris ou de Dreux ( Antonius Godellus), parce que, si le prélat-poëte naquit à Dreux, il passa presque toute sa jeunesse à Paris, où il logeait chez son parent Gonrarl, el il pouvait, par conséquent, être considéré comme Parisien.

2 Ovide a dit en réalité (Pont. lib. IV. Epistoh xvi, v. 34 ) :

Aptaque venanti Gratins arma daret.

Gratins, surnommé bien à tort Faliscus par le commentateur Barthius, vivait du temps d'Auguste et a laissé un poëme

intitulé : Cynegelicon liber, en cinq cent quarante vers.

3 Le copiste a écrit hepenté, ce qui ne signifie rien. Je suppose que Balzac, en cet endroit, s'était servi d'une épilbète tirée du Nepenthes homérique. Déjà, dans une lettre à M. de Morin, il avait dit (p. (36a), du muscat que lui avait envoyé ce magistrat : t C'est le véritable Nepenlhe chanté par it Homère. *

Du Bartas avait employé le même mol I Seconde Sepmaine , T'jour) :

Serois-tu le Nepenthc ennemi de tristesse?

1 Le premier volume de la traduction française du De bello belgico , par Du Ryer

s;i seconde Décade ? Empeschez Mr de Grasse de me remercier de mon poème, mais si à quelque heure de loysir il luj prenoil fantaisie de faire une Eclogue oui consolasl \m\ nie île ses maladies, de ses chagrins el de ses autres disgrâces, Amynte lin en seroit bien fort obligé. Ce Scœvola Sammarthanus, optimus lalinitalù auctor '. parlanl de la bataille de Gerisoles, mé1 \nguianus et non pas Inguienus n\ Enguienus.

Enquerez-vous , je vous prie. Monsieur, s'il esi vray, ce qu'a escril <l \nl)i<;né dans son histoire, qu'un cardinal espagnol donna un soufflet, à Rome, an cardinal de Joyeuse2. La loy de l'historien m'est un peu suspecte. Que je voudrais avoir ma part des conversations que vous aurez bientost avec nostre brave Marquis, eut maxima quœque voveo!

LWI

Monsieur. Je ne prétens pas avoir- la peste. Ce n'est point mon dessein que mes maux aillent jusqu'à vous par contagion . et il vaut bien mieux les tenir secrets que de vous les faire sçavoir à ce prix là. Une autre fois, quand je ne pourray pas vous esciïre, je seray tout autre chose

parut (iri-f0, à Paris) en i644. Le second volume vit te jour en i6ig. La première décade du savant jésuite avait été publiée à Rome en i63s, in-fJ. La seconde décade, dont Balzac s'informe ici, fui publiée en

1 Scévole 1" de Sainte-Marthe, né à Loudun le 2 février 1 536 , mort te 29 mais 1623, fauteur des Poemala (i5ja. iu-8°) et des Gallorum doctrina ilhistrium... elogia (1598, in-8°). Voir sur lui l'estimable Etude de M. Léon Feugère (Paris. i854.

in-i 2 1

' Histoire universelle , première édition. 1616-20, in-f°, tome III, p. 3o8, ebap. vi du livre III : rrA Rome y avoit quelques rt partisans pour le roi Henri III tant qu'il "vescut, mais si foibles. que le cardinal de fJoieuse ne put tirer aucune raison d'un -soufflet qu'il reçut dans le consistoire par .-un cardinal espagnol, en maintenant -l'honneur de son roi.* Aucun autre historien, que je sache, n'a mentionné ce scandaleux soufflet, et le silence du président de Thou doit surtout être remarqué.

que malade dans les lettres de mou secrétaire. Me présentant devant vous, je me farderay, comme laisoit Solyman quand il donnoit audience aux Ambassadeurs '. Je joueray le mesme personnage <jue Tibère, qui rioit et laisoit desbauche, ayant la mort sur le bord des lèvres -. Que voulez-vous davantage? La lionne mine, les couleurs el les masques ne me manqueront point pour vous desguiser mon infirmité. En un mot, il n'y aura rien dont je ne m'avise pour vous espargner de l'inquiétude et des allarmes. Cette inquiétude et ces allarmes m'obligent néanmoins sensiblement, et je vous. avoue que les preuves continuelles que vous me donnez de vostre bon naturel me- consolent trop des niches, n'osant pas dire des injures que je reçois de ma mauvaise fortune !

Je voudrois de très bon cœur que Mr le Gard. Mazarin n'eust point ouy parler de moy ny devant, ny après sa maladie, et que les ressors qui ont joué pour remuer M1' de Lyonne et Mr Silbon fussent demeurés en repos durant ce temps là. Peut-estre qu'au mois de Janvier toute la République sera morte et qu'il n'y aura ny pensions ny pensionnaires. Voylà ce qui s'appeloit de l'argent comptant dans -la bouche de son Erainence, et par les relations de Messieurs ses Secrétaires dont vous avez pris la peine de m'informer. N'en disons pas davantage et trouvez

' Balzac avait tiré cette particularité des Lettres de Busbecq , dont les œuvres complètes [Omnia quœ exstant) avaient paru à Leyde, chez les Elzeviers, en 1 633. Voici le passage de la première lettre de l'ambassadeur à Constantinople, tel ijue l'a traduit l'abbé de Foy (1768, t. I, p. 19a) : «\\ «(Soliman) est dans la soixante-dixième 'tannée de son âge, d'une santé assez bonne, rr n'ayant cependant point de couleur, ce. r- qui dénote qu'il a quelques maux cachés, mnais il sait aussi bien que les femmes irréparer celte injure du temps; il se met du «rouge; il prend ce soin surtout les jours « qu'il congédie quelque ambassadeur, afin

rr qu'il rende compte de l'embonpoint el de rrla bonne santé dont les couleurs de son rt visage semblent annoncer qu'il jouit. -> — On a raconté la même chose de Mazarin mourant. (Voir les Mémoires inédits de Louis Henri de Loménie , comte de Bricniie , publiés par F. Barrière, tome II. 1828. p. îa'i- 197.)

2 On lit dans Suétone (chap. LXXII) :

rrS'étant l'ait porter jusqu'à Misène, il ne rr retrancha rien de son genre de vie ordirriiaire, pas même les festins ni ses autres rt pkiairs, soit intempérance, soit dissimulation.» (Conférez Tacite, Annal, lih. VI, cap. l.)

DE IEAN-LOUIS (il KZ DE B ILZ IC 305

bon, s'il vous pl.iisi, Monsieur, que je me loue extrêmement de vont el que je me plaigne extrêmement de l'Estat.

Si m I iiiin tamenel tacito sul> | tore soins

Hœc uosti . Genius que meus; nec tertiua olter ludiil eflusos i I<> snrdo in littore queslus.

Je vous advertis que ce modoei ce littore ne smii pas deux chevilles de mon dernier vers, puisqu'en effel c'est au bord do la (.lharanle, où j'aj fait arrester mon carosse, que je vousescris ma lettre. La vostre me promet quantité de belles choses, et j'aifens particulièrement cette espée Fatale qui sera bieutosl plus célèbre <pie Durandal et que toutes les autres armes de la fabrique de nostro Arioste. J'ay grand peur pourtant que l'armurier ' ne gaignera |>as son procès, et, s'il le gagnoit, j'aurois certes très mauvaise opinion du gouvernement et de la politique des Gotz. Il y a bien de la différence entre un jeune passevolant doSaumur et un vieux routier de Hollande, confirmé dans son mestier par une parfaite connoissance du monde passé et par une longue pratique des choses présentes. Il semble que M* Ménage en soil desgoulé depuis quelque temps et qu'il vous ayt fait "part de son degoust. Mais Hugues Groot tant qu'il vous plaira, mihi magnus Grotius et prœcipuum sœculi sut omamentum semper habebitur, sans approuver néanmoins ses grimaces et son faste de légat. Je serois bien aise de pouvoir avoir par vostre moyen tous les vers de M* Gombault qui sont imprimés 2, et principalement ceux qu'on m'a dit qu'il a faits pour le feu Roj de Suède.

J'admire toujours de plus en plus l'esprit et les livres de M1' Arnault, et les Jésuites, mes chers amys, commencent à m'en sçavoir mauvais

' Cerisantes, auteur de la pièce sur ce moment, il n'avait été publié de lui que

ïépée dont il sera parlé dans la lettre sui- quelques pièces détachées, parmi lesquelles

vante. je citerai Amarante, pastorale, in-8°, i63i.

2 Les poésies de Jean Ogierde Gombauld Les Epigrammes ne parurent que beaucoup furent réunies pour la première fois à Paris, plus lard (1657, in-12). C'est, sans contreon 16&6, in-4°, chez Aug. Courbé. Jusqu'à dit, le meilleur ouvrage de Gombauld.

gré, parce que je continue à les mortifier sur ce sujet en toutes nos

conférences. C'est estre mauvais courtisan ,

Sed mihi liberlas raalefida dulcior aula. Ipsaque non lanti est ul verum dicere nolim Purpura Piomanusqtie favor.

Je vous baise très- humblement les mains, el suis plus qu'homme du monde. Monsieur, voslre. etc.

Du t'-i novembre i()h!t.

Ouy, Monsieur, vous m'avez persuadé, sans que j'aye rien à voue répliquer; je voy bien que vous aymez comme les Dieux et les pères aiment, comme Juppiter aimoit Hercule, fortement et vigoureusement. Je remarque vostre tendresse au travers de vostre sévérité. J'adore la main qui me chastie. Je confesse, avec le Juif qui fut plus sage que tous les Grecs, que mcliora sunl ruinera diligentis quam oscula adulautis\ Ce texte a esté traité par vous à plein fonds et avec tant d'efficace, avec une si" douce violence, qu'il faut se rendre pour jamais à cette souveraine rayson qui use si agréablement de son pouvoir absolu, qui sçait plaire à l'esprit en le convainquant, qui ne me combat que pour me sauver. Je vous demende souvent. Monsieur, de semblables amertumes, ainsv appelez-vous vos faveurs, et je vous dis dans le sens du poète : mihi calices amariores 2, puisque l'amer en ce vers est une louable qualité du vin que le poète trouvoit bon.

Le messager m'a apporté le paquet promis, et j'y ay trouvé tout- ce que vostre lettre me marquoit. Que vous puis-je dire du discours de M. Silhon, si ce n'est que c'est une pièce à durer pleine d'artifice, de jugement et de beautés chastes, s'il en fut jamais 3? Ce seroil une

' Prov. cap. sxvn, v. 6. seconde partie du Ministre d'Etat, qui avait

■ inger mi calices amariores. paru quelques mois auparavant (Paris.

Catch.. Carmen ixvii. v. 2. in-i°. i643). La première partie de ce

Balzac veut sans doute parler de la recueil de discours avait été publiée en

belle chose, si par là nostre cher amy estoit fondateur d'un estai nouveau, et ce Beroh l'enchérir sur celuj qui remua une infinité de (iieiTcs et bastil les murailles d'une ville au son de son lut1.

Monsieur de Cernantes es! an grand el sublime poète, et je le remercie très-humblement de son Espée mille fois plus riche que celles que j ;i\ veues autrefois dont te pommeau estoit tout d'or et tout de diamans,

Madame (la musa t- m'oblige de 8e souvenir de moy en la distribution de ses présens, et je vous prie de luy en tesmoigner mon ressentiment la première fois que vous la verrez.

Pour Monsieur Rigault, il faudra le remercier une autre fois, el cependant lire avec attention sa Diatribe de Vullu Chrisli3. J'escris à son confrère, nostre incomparable M1' Lhuilier, et vous trouverez ma lettre dans ce paquet. Mais je vous suplie de luy dire que je prétens bien d'estre courtisé de luy, voire de son confrère Tertullian", pour

i 63 1 . On sait qu'il y a eu d'autres éditions de cet important ouvrage. Nous en avons sous les yeux une en trois volumes in-ia, d'Amsterdam (îGGi). Dans cette édition, la troisième partie est formée par le traité : De la certitude des connaissances humaines, qui avait paru pour la première fois en celte même année 1661 (i vol. in-i0, Paris |.

' Ampliion

Dictus et Ampbion Tuebanœ conditor arcis Saxa movere sono testudinis, et prece blanda Ducere quo vellet.

Horat. Arspoetica, v. 39^1-396.

On connaît les beaux vers inspirés par \mpliion à Lucrèce, à Virgile, à Ovide.

3 Denyse de Courbe, veuve de Gamusat, qui avait été nommé, en 1 634 , libraire de l'Académie. Après la mort de Camusat ( i63g), l'Académie, résistant noblement au cardinal de Richelieu , qui protégeait le libraire Cramoisy , garda pour libraire Denyse

de Courbe. Voir là-dessus Y Histoire de l'Académie française de Pellisson (t. I, p. 126- 129) et deux lettres de Chapelain à Boisrobert (t. Il, p. 378-382). Chapelain fut un de ceux qui soutinrent le plus énergiquement la cause de la veuve, et cette bonne action doit lui être comptée.

3 Rigault, dans cette dissertation, alors manuscrite et qui fut imprimée en 1 64g au milieu de son commentaire de saint Cyprien (in-f°, p. a35-246), avait cru devoir soutenir que Jésus-Christ était dépourvu de toute beauté. Le P. Vavasseur, jésuite, lui répondit en un volume spécial (Déforma Christi, Paris, i64g, in-8°). M. Feuillet de Conches, dans le tome I de ses Causeries d'un curieux (p. 87-91), a donné d'abondants détails sur la question traitée par Rigault et par Vavasseur.

1 Rigault, que Balzac surnomme Tertullian à cause de tous ses travaux sur ce docteur.

leur faire voir deux nouveaux volumes d'Ëpistres ad Atlicum outre les lettres choisies, qui paroistront les premières et le plus tost que je pourray. Aymons chèrement, Monsieur, ce Monsieur Lhuilier; il est certes très aymable, nec patriœ lux parva luœ sunctique Senalus; lequel est pourtant in partibus Injidelium, et qui sent un peu trop la poudre à canon pour un esprit doux et pacifique comme le sien.

Quand je songe à l'ordonnance d'argent comptant commandée par son Eminence, et vivre vocis oraculo recommandée et sollicitée puissamment par Messieurs. ses Secrétaires, je vous avoue que j admire le bon ménage de Monsieur Tubeuf, qui encore a voulu retrancher cinq cens livres sur deux mille, qui jusques icy ne sont qu en papier, quoy que 1 ordonnance s'appelle d'argent comptant en la langue de Mr le Cardinal. Je suis très-affligé de la peine que cette petite affaire donne à M1 Silhon, et à vous, Monsieur, dont je ne voudrais point prostituer les pensées à de si bas et si misérables soins. Il s'en faut bien que je ne sois ministre d'Estat, mais je fis hier un présent de douze cens livres qui n'a point esté mendié de la personne qui l'a recen. et que j'ay fait avec la mesme facilité desprit que j aurois donné un bouquet d'œillets ou de fleur d'orange1. Je suis, Monsieur, tout de feu pour vous, et de toute mon àme, vostre, etc.

Je fis, il y a deux jours, une épigramme pour Monsieur le Cardinal convalescent, qui a esté trouvée aussy bonne que celle des victoires de M. le Duc. Vous voyez par là, Monsieur, que je paye comptant, et que les avant-coureurs de Cléophon ne sont pas fantosmes et chimères comme les parolles des financiers, puisque vous ne voulez pas que je die de Mr Tubeuf. Je vous demende la continuation des bonnes grâces de nostre Marquis, que j estime bien plus que celuy de Brandebourg.

1 Orange se disait autrefois pour oran- l'expression : fleurs d'orange , au lieu de ger; Olivier de Serres, Corneille (dans son fleurs d'oranger. Menteur). M°" de Sévigné. ont employé

I)K JKAN-I.m IS GUEZ DE BALZAC 209

Du ■'» novembre 1 644

Monsieur, Je vous remercie en toute humilité, comme il se disoil jadis, des bons offices que vous avez rendus à mes derniers vers. Vous aurez, à mon advis, la niesme boulé pour ceux qui arrivent aujourd'hui à Paris, et je ne doute point qu'ils ne trouvent par vostre moyen un Hue itur à M' le Cardinal, aussy bien que leurs frères à M' le Duc Puisque ce Cardinal très bon et dès grand est si mal obéi dans un allaite de rien, il faut qu'il y ait ou haine ou aversion pour moi dans l'esprit du financier. Et en ce cas là ne voudrez [vous] point un jour me souffrir une douzaine de lignes de belle et généreuse vengeance en quelque endroit escarté, soit prose, soit vers? Et pourquoy auray-je plus de respect pour Mr Tubeuf que Catulle n'en a pour un favori de Jules César, nommé Monsieur Mamurra, duquel il a dit :

(Juis hoc potest videre, qiiis potest pati Mamurram habere, quod coma ta Gallia Habebat uncti1?

J'ay rendu vostre lettre à Mr Girard : mais par celle qu'il vous avoit escrite le bon seigneur vous avoit desguisé la vérité, car je vous apprens que ses escritures2 sont bien avancées. Je luy ay desja donné trois audiences, et de deux heures la moindre, qui ne m'ont pas duré trois momens. Ou je ne me connois point en histoires, ou celle-cy ira loin. Elle sera estimée de l'avenir comme du présent, et! passera à la postérité avec l'approbation et les éloges de nostre siècle. Vous y

' Voici les vers de Catulle (Carmen xxix, v. i-l>) :

Quis hoc polest videre, quis potest pati. Nisi impudicus, et vorax, et aleo, Mamurram habere, quod comata Gallia Habebat uncti et ultima Brilaunia ?

[.Histoire du duc d'Espernoit, qui ne parut que plusieurs années après (1 655).

trouverez du bon et du beau, du fort et du délicat. Mais il ne faut pas préoccuper vostre jugement. Je suis asseuré que vous m'en direz tout ce que je vous en voulois dire, et que vous estimerez mon parrain le plus heureux maistre qui fut jamais, d'estre encore si bien servi, après sa mort, dans un monde où il n'est plus.

Mais vous. Monsieur, estes-vous fidèle historien, et dois-je croire l'article obligeant que vous m'escrivez sur le sujet de nostre Marquis? Tant d'estime, tant d'affection, tant de tendresse pour moy?

Armipolens si me tanto dignatur honore Montosides voluitque meas laudare latebras , Dico tibi, non me vivit felicior aller : Non Phœbi consanguineus. sublimior as tris, Persarum rex ipse Sapor

J'aurois grande envie de voir la vintaine de vers dont vous me parlez; mais mon respect arreste ma curiosité, et il me suffit de sçavoir que je suis heureux; je ne cherche point le quomodo; à la bonne heure <jue je sois heureux in œnigmate , et que ma félicité soit un mistère tant qu'il plaira à Montosides, au brave et sage Montosides. Je vous envoyé une copie de mes derniers vers que vous me ferez la faveur de luy donner. H y a quelques changements dans les Mânes de Bourbon, particulièrement au troisième vers de la première épigramme, où vous verrez que j'ay troqué une pensée Platonique pour une pensée plus populaire. Au reste, Monsieur, si j'ay pris l'un pour l'autre dans sa lettre, vous avez eu peu de charité de ne pas remédier d'abord à ce mot, les lettres vous ayant esté envoyées ouvertes.

Mais de quoy s'avisent ces Messieurs du pais Grec et Latin, je veux dire de l'Académie putéane, qui jusques à présent ne connoissoienl point le François et in patria peregrinabantur? Pour en parler plus favorablement, je les prenois pour des Gaulois et pour des Druides, et ils se meslent maintenant de corriger leur précepteur en langue vulgaire; celuy qui a donné de l'esprit à touk' la France, ut nuper dicebat quidam magni nominis [talus1. En cela, Monsieur, et en tout ' N'est-ce point le cardinal Bentivoglio qui a parle' ainsi de lîalznc?

le reste , je sera] toujours de vostre opinion al ne Bçaurois pas treuvei mauvais que, pour justifier l'autheur, vous accusiez le copiste. Mille, mille très humbles remerciemens à vostre très cher M' îVI «'■-

nage el de ses Boins pour moj et de ses mesmes présens au sme

iiio\ . J';n changé <•( ajousté quelques vers dans le poème où je parle de Mr de Grasse; je 1rs vous envoyé pour les lus faire tenir, s'il vous plaist. Je suis de toute mou ame, Monsieur, vostre, etc.

Du -j-j novembre i644.

Monsieur, Les esloignés l'ont ce qu'ils doivent, quand ilz font des équivoques, et qu'ilz jugent mal des choses el des personnes qu'ilz ue \oyent pas bien. Ego cerle legatum illum, magnum virum putabam, cl magnum etiatn, ni Rotnœ dicilur, in agibilibus[. Il y a près de trente ans qu'on m'en avait parlé en son pays de cette façon, nempê, comme d'un oracle de leur Eslat et du successeur désigné de Barnewelt2. Je sçavois d'ailleurs la familiarité intrinsèque qu'il avoit eue avecques luy; les éloges qui luy a voient esté donnés, en matière mesme de politique, par le président Jeannin et par tous nos autres ambassadeurs; l'élection que le grand Gustave avoit faite de luy pour son secrétaire. Tout cela, à vous dire le vray, me tenoit dans le respect, et je me tigurois pour le moins un Ossat luthérien ou un \ illeroy sçavant, soubs la figure de ce Batave. Je vous rends grâces, Monsieur, de la vérité que vous m avez fait voir à la confusion de toutes mes apparences. Vostre science de cour a dissipé mon ignorance municipale, et je voy bien qu'il faut s'arrester à la fidèle relation que j'ay receue, et au bon latin qui m'a appris autrefois que magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes3. Le portrait que vous m'avez fait du Résident est

' Grotius, ambassadeur de Suède en qui se rendit à la cour de France en qua- France. lilé d'ambassadeur,

5 Grotius avait, en i5o8, accompagné 3 Kabelais , Gargantua, t. I , ch. xxxiï.

à Paris le grand pensionnaire Barneveld. MM. Burgaud des Marets el Rathery, à la

encore une très belle chose, et je conclus de son carosse doré et escussoné, de son point de Gennes, de ses livrées chamarrées, voire de ses vers sur les cheveux de la Reine, qu'il pourroit bien en estre amoureux, et rouler en sa teste quelque roman, digne du beau nom de Gerisantes. Quant il n'y auroit que ce nom-là à luy objecter, et qu'il a esté luy-mesme son parrain', sa politique me seroit suspecte, et difficilement luy fierois-je la négociation de la paix, ou quelque autre affaire de ce mérite , de peur qu'il ne la voulust traitter par les maximes d'Amadis et d'un air trop haut et trop généreux pour un siècle si lasche et si intéressé que le nostre. Cœlerum, Illustrissime Domine, appello fidem memoriœ tuœ, et vous advertis que c'est à un autre à qui vous envoyastes il y a plus d'un an le poème de YEspée, escrit à la main. Je ne l'ay veu que depuis un mois, et de l'impression de Stokolme.

M1' de la Thibaudière me parla dernièrement des Danaïdes, tragédie de M' Gombault2, et m'en dit mesme quelques vers qu'il sçavoit par cœur.

Le bon M' Rigault est trop obligeant, et son remerciement m'a touché aussy bien que vous, qui sentez ce qui me touche encore plus vivement (jue moy.

Je vous demende, mais avec ardeur, les bonnes grâces de M' le Comte de Fiesque, et vous conjure de l'asseurer comme il faut de ma passion et de mes respects. Je les luy dois, et comme bon serviteur très obligé et comme personne assez raisonnable pour connoistre ce qu'il vaut.

Pour vostre héros de Catalogne3, je suis bien glorieux de l'impa-

page i55 du tome 1" de leur excellente édi- 2 Les Danaïdes ne parurent qu'en 1608

tion des Œuvres de Rabelais, rappellent (in-12). L'abbé de Marolles. dans ses Mê-

que Régnier nous donne, dans 'sa troisième moires, a singulièrement vanté ces trimmor-

satire. la traduction de ce latin de cuisine: n- telles Danaïdes, où se lisent de si beaux

N'en déplaise aux docteurs, cordeliers , jacobins , irvers. »

Par Dieu , les plus friands derra ne sont pas les 3 Le marquis de la Trousse, comme on

p ' le verra par les lettres suivantes.

' Le vrai nom de Gerisantes était Duncan.

tience qu'il a de lue' mon livre. Il s'y verra dès l'entrée comme voua sçavei, et je voua prie de I m y dire de ma part que, pour estre mou Romain, il ne luy manque rien que d'estre nay en un autre siècle. •!<' parie du siècle des grandes occasions et de la vertu libre el indépendante, ne le tenanl pas moindre artisan que Fabrice OU Scipion , si son estoffe esloit pareille à la leur. Mais en cel endroit matière ne vaudrait-il pas mieux (\\x estoffe? là faul le sça voir de Messieurs de l'une et de l'autre académie1; n'y ayant rien si aisé, au lieu où je suis, que de prendre un mol pour un antre, el de faire des incongruités et des barbarismes:

Dicerc saepe aliquid conor, sed lurpe fateriest,

Verba niihi desunt, (ledi(lici(juelo(jui.

Et voces proprias non quœro aut nomma certa,

Nullus ailest a quo iloctior esse queam. Al veniam sperabo a te, vestigia ruris

Inque ineis chartis si peregrina legis.

/Equus eris scripto cujus, Capelane, fuisse

Scis febi'iin, tempos, barbarieinque locum.

Ovide etmoy avons fait cet épigramme, et ne vous semble-t-il pas que, pour avoir sujet de le faire, j'ay fait tout exprès l'impropriété dont il est question ?

Le petit se remue donc de toute sa force et il ne tiendra pas à luy que ce Ligoure ne soit bon payeur. Mais sçavez-vous bien , Monsieur, que ce Ligoure est de ce pays et qu'il avoit espousé une sœur de feu Mr Favereau, nostre cher amy2? Hoc ego Mi nomine, etc. Les publiquains

L'Académie française et l'Académie puléane.

2 On trouve dans le Recueil de 1 665 une lettre de Balzac, non dale'e, à M. Favereau, <r conseiller du roy en la cour des Aydes» (p. 3 A 3 ) , et une autre lettre du 20 juillet 1 638 (p. 363). Voir sur Favereau le Patiniana (édition de 1701, p. 77), qui le fait mourir en i638, et qui lui attribue une satire très-violente contre le cardinal de Richelieu (i636).CeM. Favereau, dit l'au-

teur du Paliniana (p. 78), frétait un bon et rtsçavant poêle et fort honnête homme, qui rr haïssait horriblement le cardinal. « On ne croit guère aujourd'hui que Favereau ait composé la MilUade (voir une note de M.EdouardFournierà la page 5 du tome IX des Variétés historiques et littéraires, 1859). L'abbé de Marolles a dit quelques mots de Jacques Favereau (p. 275 du t. III de ses Mémoires).

■2Ut LETTRES

ne connoissent ny parenté, ny alliance, ny droit de nature, ny droit des gens. Quoy qu'il en arrive, je vous demeure tousjours infiniment obligé , et suis aussy plus que personne du monde, Monsieur. vostre,etc.

Je suis en peine du cher Président, qui devoit estre à Paris à la S1 Martin. A ous luy donnerez, si! vous plaist, ou luy ferez tenir le paquet que vous trouverez cv enclos.

Du 5 décembre i664.

Monsieur, Je recevray tousjours vos advis avec respect, et. bien que je n'aspire point à la gloire du bon courtisan, bien que je sois impénitent dans tous les peschés que je fais contre tous les principes de la Cour, je ne laisse pas de trouver très bonnes les remonstrances que vous me faites sur ce chapitre. Je vous reconnois, et par conséquent je vous ayme et vous honnore, soubz quelque figure que vous apparoissiez à moy. Je tiens l'amertume et les médecines qui me sont présentées de vostre rnain en mesme degré de faveur et d'obligation que les douceurs et les parfums dont me fait présent Madame la Marquise de Rambouillet. Mais à ce que je voy, Monsieur, vous ne vous lassez point de me faire donner des parfums; et je vous avoue que ceux qui viennent de Tiliers ne sont pas moins bons en leur genre, nv u envoyent de moins douces fumées au cerveau que ceux qu'on prépare en Italie.

Je suis certes trop obligé aux bontés de Monsieur le Comte de Fiesque, mais ce n'est pas d'aujourd'huy que je sçay qu'il est bon et qu'il est généreux pour moy. Il m'en a rendu des preuves il y a longtemps. 11 a maintenant mes drois et mes avantages au lieu où l'on donne les rangs et les préséances. Ante ora patrum. magnœque in manibus urbis\ En un [mot], il m'a fait triompher jusques dans Rome, où

Queis nnti ma patrum . Ti'ojie sub mœnibus altis.

(Vibg. Mneid. lib. I, v. 99.)

DE JEAN l.onis GDEZ DE BALZAC 246

encore, ni mesme temps, il lit berner solennelement Le livre du naoyne, mon ennemy '. Voua ignoriez peut estre cela , c'est-à-dire \ <>une sçaviez pas un <l**s beaux endrois de mon histoire. Je le vous apprens, affin que vous preniez \os mesures la dessus dans le remerciement que je vous demande pour ce brave comte, rujus aiiiii/intHi m< cUentem, etcui omnia medobere samie el ex anime projileor.

Mais ne vous ay-je rien dit pour le faiseur de choses prodigieuses ? Si ma mémoire ne me trompe, il y en a un article dans ma dernière despesche, et je vous conjure de rechef, Monsieur, de me rendre office auprès de luy. Je vous conjure de bien asseurer vostre thaumatnrgue qu'il n'a point un plus dévot ny plus zélé serviteur que moy. Je sçaj bon fji-ô à mes muses de me fournir de quoy plaire aux vostres ; mais il faut que je vous dise de plus que je serois un ingrat, si je ifavouois que c'est vous seul qui m'avez fait poêle, ayant esté mon premier inspirateur, et celuy qui m'a soufflé dans lame l'entousiasme , si je laisse les autres derrière moy :

Ausus ego Ausonia? divina lacessere cantu Ingénia ....

Hoc totuin muneris esse lui

Proliteor, Capelane.

Je n'ay point retouché les vers Mazarins, parce que je les ay trouvés achevés (à ma façon) et dans l'enfantement et après, à la mienne volonté (sic loqui amabat Cappalellus)'2. Que le Dieu entende la langue du prestre, et que nostre petit sacrifice attire sur moy quelque petite bénédiction du ciel! Je n'ay garde de vous recommander mes affaires. Je suis honteux, confus, et. quid non? de la peine qu'elles vous donnent et de la bassesse, si esloignée de vostre magnanimité

1 Est-ce le livre du Père Goulu? dicateur. Il a rappelé (lettre du -jio août

2 Le copiste a écrit Cappetellns. Je sup- i63o, p. 387) qu'il avait fait «son cours pose que Balzac a ici latinisé le nom de rren langue française sous niessire Nicolas (joëffeteau (Cappa, Coiffe). Balzac avait rrCoëfleteau.» Balzac écrivit à son ancien beaucoup connu, dans sa jeunesse ce pré- professeur le i5 août 1628 (p. ai 5).

et de vostre philosophie, dans laquelle elles vous font quelquefois descendre :

Parce bone ac tanlam noli demittere mentem In ccenum, sordesque meas.

Je ne seray point satisfait que je n'aye donné à nostre très cher Monsieur Ménage des marques choisies, esclatantes, immortelles, etc., de ma passion, de mon estime, de ma reconnoissance, etc. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc.

La profusion pour laquelle vous me voulez donner un tuteur ' est véritablement une dette que j'ay payée pour un autre, et cet autre s'appelle Campagnol.

Je vous envoyé une nouvelle copie de mon poëme pour Mr de Grasse, et vous suplie de la luy faire tenir par la voye de Mr Conrart.

Le poème est, à mon advis, où il en doit demeurer.

Du 13 décembre i644.

Monsieur, J'ay tout l'hiver et toute l'^Eolie dans la teste. J'ay pourtant desjà appris les beaux vers que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, et je puis dire par conséquent que la muse de nostre Marquis a fait le mesme voyage que la Junon de Virgile, et qu'elle est venue aussy bien qu'elle:

Nimborum in patriam, loca fœta furentibus Austris 2, Nempe meurn , Capelane . caput . . .

Sans ces beaux vers vous n'auriez point de lettres aujourd'huy de moy. Le mal présent et pressant (agnosce gallicam lipseitatem3) seroit une trop juste excuse de mon silence et me dispenseroit d'escrire pour

' Allusion aux 1.200 livres données par ' Virg. Mneid. lib. I, v. 55.

Balzac, dont il a été question dans une pré- ' Allusion h l'habitude qu'avait Juste

cédente lettre. Lipse de jouer sur les mots.

loui autresujel que celu\ cy. Mais il faul avouer que lajoye esl maistresse de la douleur. Il n'y a poinl de Lempeste, d'inondation, voire de déluge de cerveau, qui puisse retarder les bons mouvemens du cœur,

qui ne face place à la gratitude d'Amynte1, co i !<• feu à la piété

d'Enée; qui m'empesche, Monsieur, de vous dire que ce n'est pas nue épigramme <le vingl el deux vers, mais un collier de vingl et deux perles plus grosses que des olyves, que je pense avoir receu par le dernier ordinaire. Je vous en diray davantage une autre l'ois pour le magnanime Montosides, et cependant, pour me conserver le rang qu'il me donne au pays latin, je luy envoyé le plus achevé de nies poèmes. le plus cher des enfants de mon esprit, celuy pour lequel j'abandonneiois tous les autres. Vous avez veu l'ébauchement de ce poème, mais parce qu'à vostre advis c'est une marchandise de contrebande, vous pouvez la recevoir et la rendre les yeux fermés, et je n'ay garde de vouloir choquer tant soit peu la délicatesse de vostre prudence.

J'cnvoyeray à M1 Girard l'extrait de l'article qui le regarde. Je luy a\ donné le mesme conseil que vous , quoyque je ne me sois pas si bien expliqué que vous, et je bay mortellement, aussy bien que vous, toutes les histoires panégiriques. Le poète Maistre des Requestes est trop grand poète pour rendre office à un autre poète. Un abbé comique2, à défaut du médecin Bourdelol 3, eust esté plus propre pour cela. Au reste j'ay receu une lettre d'un semblable abbé, que je vous envoyé affin d'en considérer l'apostille. La fluxion m'arreste tout court en ce lieu cy et je demeure, Monsieur, vostre , etc.

' Amyntas est le nom pris par Balzac comte de Noailles, pendant l'ambassade à

dans ses poésies latines, p. 1. i5. 16, 3a. Rome de ce dernier, puis médecin du prince

Page 1