LXXV1II
Du 6 lévrier îG'iô.
Monsieur, Vous estes mon public, vous estes mon monde, et, pourveu que je vous plaise, il m'importe peu de desplaire à 1 autre monde. qui n'est pas le mien :
Ule vel heroum censor, ncc regibus a?quus Sceptrifens. Populus me sibilet, at uiilii plaude'. Hoc salis est, Capelane, mihi, sert et hactenus ista. Plusque satis.
Si ce u est, Monsieur, qu'il vous fault dire un mot de l'historien Plassae2. 11 fait le Tacite en cette occasion et ne débite pas sa science, ny la
. . . Popuius me sibilat; at mibi plaudo. Hofut. Salirar. iib. II, v. fr]
Antoine GombaudPlassac. chevalier de Meré. trop souvent confondu (notamment dans le Dictionnaire de Moréri et la Nouvelle phie générale) avec Georges deBrossin.
chevalier, puis marquis de Meré. Voir surlui une bonne et piquante note de M. P. Paris [Historiettes, t. IV, p, n5). Seulement le savant éditeur, tout en relevant l'erreur de ceux qui ont pris Georges de Brossin pour » îombaud de Plassac , en a commis une autre en attribuant au chanoine Joly rrune notice rrbien (aile des ouvrages du chevalier de rrMeré.n Cette notice (Eloge historique et critique de M. le chevalier de Meré) est de Michault, de Dijon. L'abbé Joly s'est contenté d'y ajouter quelques notes (Eloges de
quelques auteurs français . 17^3, in-8). Suites deux Meré je renverrai encore à une note de la dernière édition de Port-Royal (t. III, p. 61 1-61 ), note où sont cites l'annotateur des Mémoires du Père Rapin (M. L. Aubineau), Ménage, Vigneul-Maiville, Mathieu Marais, Sorel. et M. Sainlt- Beuve lui-même, auteur du Chevalier de Meré ou de l'Honnête homme au xvn' siècle . dans le tome III des Portraits littéraires. Indiquons de plus une note de M. D. L. Gilbert (p. 3 95 du tome I des Œuvres de La Rochefoucauld, 1868). et surtout le curieux opuscule publié par M. le comte de Brémond d'Ars (Le chevalier de Meré, son véritable nom patronymique , sa famille, etc.. in-8°, Niort, 1869). Balzac a écrit à M. de Plassac-Meré , le 1" janvier »664 (p. 5i3)j
vérité que je ln\ a) dite, mais ses divinations et les choses qu'il a imaginées. Je vous ,i\ parlé comme à rnoy-mesme, el en effel il \ s quel que blessure dans le cœur; mais toutes les apparences sont sauvéi et je ne me suis jamais plainl à personne. Je viens de trouver le sonnet encor plus beau que je ne lis la dernière luis que je te (eus, et bénj sdii Le cbien de mal, je voulois dire le vautour, qui vous s fait faire <|uaiorzo si l'xcclli'iis vers! L'objection de l'épilhète (au lieu où il est ) a du fondement, si je ne me trompe; mais, si vous prenez la peine de changer, j'aymerois beaucoup mieux un épithète d'amour que d'estime. Les poètes latins traitent si bien et si amoureusement les personnes qui leur sont chères: leur mimée dimidiwn meœ1, leur vita mihi chariot Ma, cœteraque de génère hoc, me plaisent extrêmement, et ne sçauroiton se servir de mon autre ame Balzac ou de quelque chose qui lut mieux, mais qui lust semblable? Je m'en rapporte à voslre souveraine judicatrice, et attens pour cet effet une seconde copie de l'incomparalilc Promethée, que je vousdemende encore de vostre main. /Equalis aslris gradior, et ce qui s'en suit. [Je me resjouis] de ce que mon Céladon est à vostre goust, et certes vous m'en dittes des choses qui sont parfaitement belles et plus Jjelles cent fois qu'Euridice, devant mesme qu'elle fut tondue2. L'excellente chose que c'eust esté et le beau miracle de mes vers, s'ils luy eussent fait deschirer son voile et rompre la grille, pour se venir jetter comme vous dites, entre les bras de son serviteur. Mais le lambeau est tout de bon admirable. Est-il possdîle, Monsieur, et ma politique de village est-elle digne de ce grand éloge? Je me mets bien à cette heure au-dessus des astres auprès desquels je me conlentois de me tenir pour la gloire que vous aviez donnée à Céladon, quem jam U auctore non mediocriter, et cœtera.
J'ay receu le beau présent de Monsieur d'Andilly, et luy en suis infiniment obligé, quod velim, meo nomine carissimo capili signifîces.
le i*" octobre 1639 (p. 6a3). le 3 dé- ' Horatics, Carnunum lib. I. Carmen 111 .
cembre 1662 (p. 626); à M. le chevalier de v. 8.
Mai, le 4 octobre i646 (p. 529). le si ' La religieuse dont il a été question
août 16/46 (p. 702), etc. dans les précédentes lettres.
L'apologie pour Monsieur Arnault n'est-elle pas de M' Le Maistre '? et l'apologie pour Jansénius n'est-elle pas de Mr Arnault2? Ça esté mon opinion en les lisant toutes deux, et vous m'esclaircirez s'il vous plaist de la vérité. Quoy qu'il se peut faire que leur S' Paul soit orthodoxissimc, difficilement, à mon avis, eschapera-t-il à la censure de là les Mons, ny peut estre à celle de Sorbonne. Je voudrois qu'ils n'eussent pas porté si avant cette dernière matière, et voudrois bien avecques plus de passion que cette guerre finit, affin que nous vissions cet homme admirable (je veux dire Mr Arnault) rendre ses oracles sur d'aullres sujets et traiter les autres belles parties de la théologie, dans lesquelles il seroit sans doute, ainsy que parlent les Grecs, un Aigle dans les nues 3.
Je commenceray demain à lire les vers, par lesquels j'eusse commencé ma lecture , comme vous pouvez penser, s'ils m'eussent esté nouveaux. Je les veux considérer avec soin et nous pourrons bien »m examiner ou en commenter quelques stances dans [quelques] chapitres.
Sçavés-vous bien que le philosophe sceptique 4 m'a aussy envoyé un livre nouveau dans lequel il allègue Mademoiselle de Gournay, et peut estre pour vous faire dépit5. Sans mentir ce philosophe est un grand fanfaron de philosophie, et a beaucoup plus de présomption au
1 L'Apologie pour M. Arnauld contre un libelle publié par les Jésuites, intitulé : Remarques judicieuses sur le livre de la Fréquente communion, parut en i664,in-i°.
sans nom de ville. On l'attribue àHermant. Mais indépendamment de cette réfutation du livre de l'abbé Renard , on publia en cette même année (in-4"ï, une Réponse au livre de M. l'évèque de Lavaur, intitulé: Examen et jugement du lime de la Fréquente communion, réponse que l'on donne soit à Le Maistre, soit à de La Barre.
1 La première Apologie de Jansénius par Arnauld parut en juin î G 4 6 ; la seconde en avril i 665. Ces deux pièces ontété réimpri-
mées dans les tomes XVI et XVII des Œuvres complètes du grand docteur (in-û°, Lausanne).
3 Balzac a rappelé que la même métaphore a été employée par Juste Lipse en l'honneur de Joseph Scaliger, «l'illuminé rrScaliger, celuy que Lipse appeloit un aigle «dans les nuées, et un diable d'homme. n (Dissertations politiques, VIII, p. 'i85 du tome II des Œuvres complètes.)
a La Mothe-le-Vayer.
s Ce devait être dans les Opuscules, ou Petits traités, dont la première partie avait paru en i6û3, et dont la seconde et la troisième parurent en i646, in-'i
fond de l'âme, qu'en apparence et sur le visage il ne \ <-u t quelquefois tesmoigner d'humilité. Je sça^ très certainement qu'il ne changerait point son Btyle pour le mien, et le throsne d'or dont il vous a pieu me faire présent sera un nouveau sujet de haine h d'indignation [>our ln\ contre Vostre Seigneurie Illustrissime.
Je ne scav si le secrétariat «le l'Ambassade nie doit affliger ou resjouir ': mais je Bçaj que vous estes capable des plus grandes choses, et que non tantum pur negotiis,sed supra es, utmortalesloquebantur Tiberianis temporibus. Je suis en impatience de sçavoir le reste de la nouvelle dont vostre lettre ne m'apprend que le commencement, et vous conjure de m'en escrire au long parle premier ordinaire.
Il y a plus de dix jours que le paquet des originaux est fait , mais l'indisposition de mon neveu a retardé son voyage, et il ne peut encore partir de sept ou huict jours. Obligez-moy cependant de mettre par ordre toutes les lettres que vous me devez envoyer, affin de les mettre entre les mains de mondit neveu, lorsqu'il vous rendra les aultres. H aura soin de me faire tenir le paquet très seurement, que je voudrais bien vous prier de vouloir grossir de quelques livres italiens, politiques et autres, dont je vous rendrois très fidèle compte. Vous m'obligerez aussy extrêmement de mettre avec les lettres ad Atticum quelques copies d'autres lettres qu'autrefois je vous ay envoyées, par exemple à Madame de Villesavin2, à Madame des Loges, et cœt., après lesquelles je cours à présent, sans en pouvoir attraper que quelques périodes estropiées.
' Il avait déjà été question, en i663. de Chapelain, comme secrétaire des plénipotentiaires de Munster. (Voir Tallemant.
t. III, p. 271.) Chapelain n'alla pas plus à Munster qu'il n'était allé à Rome, lors de l'ambassade du comte de Noailles.
2 Tallemant (t. I. p. 33 1) parle de cette dame comme d'une grande complimenteuse, vulgairement appelée la servante 1res- humble du genre humain. M. P. Paris {ibifl.. p. 34o) dit que c'était sans doute
la femme de JeanPhelippeaux, seigneur de Villesavin, secrétaire des commandements de la reine Marie de Médicis. Mme de Motteville (Mémoires, t. I, p. 2 48) l'appelle Madame de Vellesevin. M. P. Paris cite deux lettres écrites par Balzac , en i64o, à Madame de Villesavin (Isabelle, Blondeaux).
A mon tour, je citerai une lettre de Godeau à cette dame sur les devoirs des évêques (p. 186 du Recueil de 1713. Paris.
Mr le Chantre ne se doit point presser pour l'argent que je dois recevoir de luy, et, s'il ne trouve la commodité d'un amy pour le faire tenir à Angoulesme , mandez-luy de le donner à Mr Dargence de Forgnes, qui fera un voyage à Xaintes dans quelques mois. Je suis. Monsieur, vostre, etc.
Je vous escrivis, il y a huit jours, par la voye de Madame Barbot, et vous envoyay un gros paquet pour Mr Costar. Je m'asseure, Monsieur, que vous m'avez fait la faveur de le luy faire rendre seuremenl. Je vous demende la continuation de vos bons offices auprès de nostre Marquis Spartiate, ou Romain du siècle de Scipion.
Mille baisemains aussy, s'il vous plaisl . à nostre très cher, litdocte et très éloquent M1' Ménage.
Son amy ' a-t-il presché cet Àvent et ne verray-je jamais rien d< sa façon? Je dors en achevant cette belle ligne d'Apelles.
Du ao febvrier i645.
Monsieur, Je vous escns d'Angoulesme, où m'a fait venir la nouvelle que j'avois eue de l'indisposition de mon père. Grâces à Dieu je l'ay trouvé en meilleur estât tpie je ne pensois, après une secousse très rude et très violente , qui eust pu porter par terre un corps de vingt cinq ans, et n'a fait que purger une vieillesse de quatre vingt ilouze.
Je ne suis arrivé que d'hier au soir et médite desjà mon retour, pour aller jouir, dans deux ou trois jours, de la bienheureuse oysiveté que j'ay laissé dans mon Utopie. Je croyois que le dernier courier me devoit apporter de vos nouvelles, mais depuis celle du secrétariat de l'Ambassade, c'est-à-dire depuis quinze jours, je n'ay rien receu de vous, etj'attens impatiemment la réussite de cette affaire, que j'espère et que je crains tout ensemble.
1 Jean-François-Pau] fie Gondi . le futur cardinal de Retz.
Si iiM's-vous l)irn. Monsieur, que le bon comte de GremaiJ imaginé qu'il falioil que je fosse instituteur du Roj par escril el que
je tisse nu livre admirable sur ee beau sujet? Pout cet effet il a voulu me fournir de matériaux el m'a envoyé presque ions sis lieux communs, soubz le nom de Mémoires el de Recueils. Un autre que moj les appelleroit procès-verbaux, el très longues et très ennuyeuses escrilures. Je me serois aussy moqué tle tout autre que de luy qui m'eusl présenté telles paperaces; mais le présent a esté fait avec tant d'affection, voire tant de zèle, et tant «le respect, que je n'ay pas creu devoir sorti de cette affaire par une incivilité. J'ay donc fait à nostre commun correspondant la response. que vous trouverez cy enclose1 pour me desfaire de ses honnestes et obligeantes importunités; honnestes certes et obligeantes à si haut point, que, s'il estoit besoin, je vous ferois voir une de ses lettres dans laquelle non seulement il me souhaite crosses et mitres, mais de plus me juge digne d'un chapeau rouge. Tanin est Monluciana erga Bahacium jwoelivitas !
Mnndez-moy, mon cher Monsieur, quelques nouvelles choisies du inonde poli , des Jésuittes et des Jansénistes; de nos éloquens et doctes im\s: mais que je sçache particulièrement :
Ut Sophiam , Musasque superbam ducit in aulam Silo ' meus . veterumne raemor Romanus amorum . Cuni Flacco sese oblectat, nostroque Marone3? Mené etiam doctis adbibet post séria ludis . Balzaciosque jocos et arnica volumina quœril. Ut mens lœta parum ac rerum sub mole laborans Se sibi restituât fessa m , dulcique quiets Interduui pascatur et horas captet amœnas.
En elïel, autrefois il a pris goust à mes vers, jusqu'à en apprendre quelques uns par cœur, et maintenant le souvenir d'une si chère fa-
1 On ne trouve aucune lettre de Balzac * Jean de Silbon.
au comte do Cremail dans l'in-folio de 1 665. 3 Horace ( Quintus Horatius Flacctis) et
Seulement Balzac parie de ce petit-fils de Virgile (Publias Virgiliux Mare). Monluc dans une lettre à M. de La Chétardie, du 6 mars 1 645 (p. 579).
veur, contre la saison de la desbauche, où nous entrons, me quidvis auderejubet. Je vous suplie donc de luy envoyer de ma part les derniers esclos; lesquels, tant je sçay bien prendre mon temps, se présenteront devant luy justement le jour de caresme prenant :
Bacchanalibus. optimo dierum'.
J'escrirois à cet excellent amy, si je n'avois peur de luy faire peine et d'embarrasser de nouveau sa civilité. Dites-luy, s'il vous plaist, Monsieur, que je suis trop et trop asseuré de la constance de son amitié, mais que, pour bonnes considérations, je ne veux de ses lettres que l'année prochaine. Je luy demande cependant sa protection (en cas de besoin) pour nostre cher Mr de Bonair, quem Mi tu et ego de meliore nota commendamus.
Je croy que Campagnole partira d'icy dans quatre ou cinq jours. Il vous portera les originaux empaquetés il y a plus d'un mois avec la Vie de fra Paolo, et le discours de Mr Rigault De Vultu Chrisli. Je vous prie de le mettre entre les mains de Mr Costar, après que vous l'aurez leu. Je' n'eus jamais tant d'impatience de sçavoir de vos nouvelles. Je suis aujourd'huy, si possible est, encore plus passionément que je n'estois hier, Monsieur, vostre, etc.
C'est vostre incomparable sonnet sur la mort du duc de Weimai qui est le père de mon épigramme , et c'est bien un de mes plus chers et plus favoris épigrammes2.
La dame de La Chétardie est une parente que j'ay, femme de celuy
Satumalibus, optimo dierum. mot épigramme au féminin. Cela ne doit
(Catclle, Carmen xv, v. t5.) pag nous surprendre, puisqu'il a dit (cité
2 C'est la petite pièce de la page 19 de par le Dictionnaire de Trévoux): rrPour une
la seconde partie du tome II des OEuvres rr épigramme de haut goust, combien y en
complètes : De inviclissimo heroe, Bernardo rra-t-il d'insipides et de froids? Car je vous
Weimorio, post victorias morbo extincto. On « apprends qu'épigramme est mâle et fe-
a vu que Balzac employait dans d'autres ^melle. » lettres et notamment dans la première, le
DK JEAN Utils Gl i;z IH. I! \I.Z \<;
à qui i'escris, qui me régale il'- certains fromages gras qui ne Boni guères moins bons que ceux de Siene1.
Du derniei février i64 i
Vlonsieur, Il se peut faire que l'employ qu'on vous a donné ne sera <|ii mi degré pour monter plus haut, et qu'ayant esté connu en cetfa occasion, on voudra se servir en plusieurs autres d'un homme de si grand service que \ous estes. Il se peut faire que de secrétaire de l'Ambassade vous deviendrez négociateur en chef el qu'enfin vous aurez la fortune, comme vous avez le mérite, de Mr d'Ossat2. Tout cela se peut et se doit, Monsieur, mais je ne laisse pas d'entrer dans les justes sentimens de vos deux dernières lettres, et de croire que vous laissez beaucoup plus de biens dans vostre cabinet de Paris qu'il n'y en a dans ceux de tous les Rois de la terre, pour vous pouvoir désintéresser. La belle chose que ce repos, que cette liberté, que cette indépendance philosophique! Les grandes richesses que cette pure et entière possession de soy mesme; que cette douce et paisible jouissance de ses pensées! L'heureuse vie que la vie contemplative, et qu'elle approche de celle des Dieux, quorum vivere est cogitare3. Il y auroit là dessus de quoy faire un livre et je vous avoue que [j'espérais que vous]
Balzac appelle .M. de La Chétardie ^Monsieur mon cousin i> dans une lettre déjà citée du 6 mars 1660 (p. 579). Dans une lettre à .MD1° de La Chétardie, du li septembre 1639 (p. 660), il remerciait ainsi sa chère cousine des délicieux fromages qu'elle lui avait envoyés : irCe n'est pas -simplement de la crème assaisonnée, c'est trune quintessence jusques icy inconnue, tc'est je ne sçay quoy de merveilleux.')
2 Balzac a beaucoup loué en peu de mots le cardinal d'Ossat dans une lettre non datée, mais de l'année 1 638 . que l'on trou-
vera à la page 46a du tome I des Œuvres complètes. Déjà, le 1" août 1 636 , Balzac écrivait à Chapelain (p. 728 ): rJe sçay rrque le secrétariat de l'ambassade de Rome rra esté le premier degré de la fortune du ir cardinal d'Ossat. . . »
3 Montaigne (Essais, t. III, ch. m) et Charron (De la sagesse, liv. I, ch. 1) ont employé cette citation , qui est prise de Cicéron (Tuscul. quœst. lib. V, cap. xixvm) : «Loquor enimde doctohomine, et erudito -^cui vivere est cogilare. *
242 LEJTRES
m'auriez envoyé la substance de ce livre dans vos très sages et liés éloquentes lettres. Mais tout bien considéré, Monsieur, et après avoir promené longtemps mon esprit par tous les raisonnemens et toutes les réflexions de vos lettres, je me fixe sur leurs dernières parolles, et conclus avec vous qu'il faut respecter la Providence, qu'il faut suivre Dieu et obéir au destin :
Duc me pareils , celsique dominator poli Quocumque placuit; nulla parendi mora est, Adsum impiger; fac nolle, comitabor gemens. DucudL volentem f'ala, nolentem Irahunt, Malusque patiar quod pati licuit bono.
Ces vers sont originaires de Grèce ' et ont esté faits latins par le plus sage homme de son temps2. Il ne tiendra qu'à vous que le plus sage du nostre ne les face venir en nostre langue; et il me semble certes qu'ils méritent bien que vous preniez cette peine pour l'amour deux, et pour la commune consolation des pauvres mortels. Au reste, Monsieur, je ne parle point icy de mon interest particulier. Dieu sçait si il souffre et si j'appréhende ; s'il me passe d'estranges fantaisies dans la teste; si je n'ay pas souvent de violentes envies de vous suivre incognito en Alle-
' Ces vers sont du stoïcien Cléanthe , et ils nous ont été conservés par Stobée (Eclogues).
~ Sénèque (lettre cvu) a traduit les '• vers éloquents » de Cléanthe, après avoir rappelé que ces mêmes vers avaient été déjà traduits par Cicéron. Je n'ai pas retrouvé celte traduction dans les œuvres de Cicéron , qui , du reste , discute très-souvent ( De nainra deorum) les opinions du disciple et successeur de Zenon de Cittium. Un ingénieux critique, M. Edouard Fournier (L Esprit des autres , W édition, 1861, p. i56) a cité plusieurs imitations du Ducunt volentem fata, notamment celle de Montaigne (Essais, liv. II. cliap. xxxvn) : rr II meine ceulx qui
trsuyvent; ceulx qui ne le suyvent pas, il les •rentraisne," et celle d'Amyot (Vie de Camille) : "Le destin mène celui qui le suit, fet tire celui qui recule." Ajoutons à ces citations la traduction donnée par Rabelais : «Les destinées meinent cellui qui consent, ir tirent cellui qui refuse." M. Fournier a rapproché de l'énergique vers de Sénèque la belle phrase de Balzac (Socrate chrestien) : •fDieu est le poète, les hommes ne sont que tries acteurs; ces grandes pièces qui se rrjouent sur la terre ont été composées dans rrle ciel, r> et le célèbre mot de Fénelon (Sermon pour la fête de l'Epiphanie, i685) : tr L'homme s'agite, mais Dieu le mène.»
DE JEAN-LOUIS Gl BZ DE BALZAC MS
magne cl île courir après ma bonne loi lime <|iii s'en \a; mais le destin m'airesle cuiiiiim' il vous emporte; nuire que, quand je semis assez
courageux et assez Eorl pour surmonter le destin, irons seriez usez crue] pour vous opposer à ma force et à mon courage, i'i pour voue refuser le congé que je vous demenderois. Superanda omnû fortuna fgrmdo est.
Je croy aussy bien que vous que l'examen îles stances élu. '-tiennes ne plairoit pas au poêle qui les a laites. Nous en parlerons une aoltre fois. On me presse de finir plus tosl (pie je ne l'avois résolu, e\ de \ous (lire (pie je suis et seray tousjours sans réserve ', Monsieur, vostre, etc.
Je vous escrivis, il y a huit jours, par la mesme vo\e de la mesme Madame Barbot.
Du 7 mars i64ô.
Monsieur, Ce n'est pas pour vous faire valoir mon affection que je vous mande mes inquiétudes; mais il est certain que depuis un mois j 'ay bien Munster dans la fantaisie. Vous estes aujourd'hui la matière de mes vœux, et quelquefois aussy de mes plaintes, et encore ce matin je me suis escrié en me resveillant :
Alpinas. ah! dure, nives et frigora Rheni Me sine.
Je ne manqueray pas d'esciïre à Mr d'Avaux quand il sera temps, et pour cela il faudra prier mon bon ange de m'inspirer quelque belle et nouvelle manière de compliment :
Auribus ignolum Graiis cœloque latine Pro (e aliquid dixisse velim.
J'attends la divine Eclogue que vous me promettez par vostre der-
nière lettre, et suis bien glorieux d'avoir receu des recommandations de tout le cœur du père Strada1, dans la lettre que le père Hercule m'a escrite. Cettui-cv sera-t-il encore longtemps à Rome, et où ma responsc le pourra-t-elle trouver? Je ne sçay si Mr l'Huillier en a lait tenir une à M' Rigault, que je luy envoiay, il y a desjà plus de deux mois, et dont je n'ay eu aucunes nouvelles. Mr de Campagnol2 vous porte ce que vous avez appelé vostre thrésor, et je vous suplie, Monsieur, de luy donner quatre vingt onze pistoks de l'argent que vous ace: à mou pour pareille somme que fay recette de luy icy. Je vous ay escrit par les deux derniers ordinaires et suis pressé de finir. A y niez tousjours. s'il vous plaist, Monsieur, vostre, etc.
M' de Campagnol me fera tenir seurement tout ce que vous luy donnerez pour m'envoyer. Mais avec les papiers ne m'envoyez-vous point le Virgile d'Annibaî Caro?
Du i3 mars i6i5.
Monsieur, 11 y a longtemps que je suis de retour en mon isle, après avoir laissé le Patriarche 3 en bonne santé. Je vous puis asseurer que ce Patriarche vous honnore beaucoup plus qu'Abraham n'honnora autrefois Melchisedec, et qu'il sera ravi de sçavoir que vous prétende/. de recevoir de ses lettres qui soient datées de son second siècle. Les vostres du [ ] de ce mois me donnent un peu de consolation. J'y u\ trouvé quelque petit rayon d'espérance, fondé sur quelque petit mot.
FamianoStrada. qui allait mourir pen publié en îôi^. La traduction française.
de lemps après (6 septembre 1669), avec par Du Ryer. parut en 1669 (Paris, 9 vol.
la réputation d'un bomrae de grande valeur in-fol.).
et de grand savoir. Son ouvrage : De bello ' Le copiste écrit tantôt Campagnol, lan-
helgico Décades II , dont le premier volume tôt Campagnole. La véritable orthographe .
avait paru à Rome en i63a, in-folio, a été d'après les papiers de famille, serait Cam-
mentionné dans une précédente lettre (du paignolles.
;îi octobre i644). Le second volume fut ' Guez le père.
interprété à ma mode, et le «uni' me ilii <|nil se pourra faire que voua n'irez pas m Ulemagne :
IM justes audite precee carumque aodalem Eteddite mil Durel potius persœcula hélium
Kl j 1 1 .- 1 1 1 1 |i,i\ aima veni !
Quelque légère que soit l'indisposition de nostre ;>my le Politique1, je ue laisse pas d'en estre en peine, et l'amitié, comme voua sçavez, est trop ingénieuse a tourmenter l'esprit de ccluy qui aime. Je ae m'eslonne point qu'il vous ail parlé avec desgoust de sa condition présente, et ce n'est pas pour manquer <le Ibrtune que je me plains souvent de la mienne. Je la préférerais au chapeau et à la faveur de .Iules s, voire aux trois couronnes et à la toute puissance de Pamphile3, si j'avois la santé et le tempérament sanguin de tel de mes voisins, qui ne sçait pas faire de si belles lettres que moy. Je suis bien aise que celle qui parle du Comte de Cremail soit à vostre gré : en voie] deux autres faites depuis, qui peut estre vous agréront davantage, et dont je ne pense pas qu'il soit besoin de vous faire l'argument. Il faut seulement que je rechante ma vieille chanson et que je maudisse de nouveau le misérable mestier de faiseur de lettres, puisqu'il n y a point moyen que je m'en desface, ma mauvaise honte et ma niaise civilité ayant plus de pouvoir sur moy que toute la religion de mes vœux et de mes sermens. Je sue sang et eau à faire ces sortes d'escritures et j'accouche autant de fois que j'escris des lettres aux Grands et aux Grandes. Pour le moins, Monsieur, puisqu'elles me coustent tant ces belles lettres, faites les valoir beaucoup par vostre estime, quand en effet elles vaudroient peu, et que vous devriez duper le monde pour l'amour de moy. Dans quelques jours j'en envoyeray le premier livre à Rocolet avec le tiltre de Lettres choisies, donné ou par mes amys ou par mon libraire, nam a me absit tanta pompa verborum, quoy que j'aye l'exemple de Putean4, successeur de Lipse; duquel on m'a fait voir
1 Jean de Silhon. Pan(ili), élu le i5 septembre i644,à l'âge
Le cardinal Mazarin. de soixante et douze ans.
1 Le pape Innocent X (Jean-Baptiste ' Henri du Puy (Ericius Puteanus), né