L ET TU ES
nouvellement un volume d'Epitres dédié par luy mesnie au Président
Rose, cumhochtulo, Erici Puteani Epislolarum sekelarum apparatus1.
Ne vous souvenez-vous plus du sonnet de Prometée, et ne voulezvous point que j'en aye une seconde copie, escrite de vostre main? Si recte culculwn pono, Mr de Campagnol arrive demain à Paris, vous porte le lendemain le gros paquet, et le jour mesme receoit de vous celuy que vous me devez envoyer. Dove si trova le seigneur L'Huilier, et est-il François ou Austrasien? Mandez-moy aussy quelque chose, s'il vous plaist, de nostre cher M' de Saumaise, et de ses deux mille escus de pension. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Je vous envoyé une copie de la grande lettre escrite à Mr Costai . changée en quelques endroits et telle que je désire qu'on la voye.
Du 20 mars t665.
Monsieur, Vostre voyage d'Allemagne embarasse mon pauvre esprit de telle façon, que, si quelque bon ange n'a pitié de luy, j'ay peur de le perdre dans ce labirinthe. Jamais homme ne fut plus sçavant dans ses affaires, ny n'en parla mieux que vous. Je vous puis dire néanmoins que j'en ay pensé dès le commencement tout ce que vous m'en avez escrit depuis , et que je n'ay point remercié la fortune du mauvais don quelle vous a fait. La mauvaise chose en effet que la servitude, mesme la plus brillante et la mieux dorée, le fascheux honneur et la triste récompense que de la peine pour honneur et pour recompense! Qu'il
à Venloo , dans le duché de Gueldre , le h no- ' Le Manuel du libraire indique ainsi ce
vembre i5ji . mort à Louvain le 17 sep- livre: Erici Puteani Epislolarum seleclarum
tembre 16&6. L'archiduc Albert lui avait apparatus centuriœ 7F(Amstelodarai, 16&6.
donné , dans cette dernière ville , la chaire de in- 1 2 ). Balzac ayant vu le volume avant le
Juste Lipse, avec le gouvernement de la mois de mars i645, ou M. Brunet s'est
citadelle de cette ville et une place de con- trompé pour le millésime, ou bien il faut
seiller d'Élat. (Voir Moréri. Niceron , Bayle. admettre une édition antérieure à celle qu'il
Paquot.Ptc.i mentionne.
DE JE IN-LOUIS Gl KX DE BALZAC 247
est dur de faire son novicial de fortune après quarante cinq ans; el de quitter les Héros dé vostre poésie, desquels vous faites ce <|ui vous plaist, pour suivre les Plénipotentiaires de vostre ambassade qui feront de vous ce qui leur plaira! Je n'a} garde de les appeler vos mais très, ce mot me fail trop de mal à la bouche en le prononçant.
Mais, loins, Monsieur, ils seront vos supérieurs, et vous serez leur
dépendant, sujel à ions leurs caprices et à toutes leurs mauvaises heures. Peul estre mesme qu'ils seront capables de jalousie et <|u 'ils prendront d'abord contre vous un esprit malin et envieux. Peut estre qu'ils voudront pointiller sur vos despesches et y changer une ligne qui sera très judicieuse, pour y en mettre une autre dé leur façon, qui le sera très peu. Et tout cela pour faire les habiles à vos despens . allin d'estendre sur vostre esprit leur injuste supériorité, allin d'essayer de gaster par de mauvaises corrections la gloire qui vous sera deue d'avoir bien escrit. Ce ne sont que les petits desgousts de Munster, où, sans parler de mille autres fascheuses rencontres, vous serez encore tourmenté par l'espouvantable spectre d'Ogier le Danois ', qui vous ensorcellera avec ses yeux tranchans et hagards, si vous ne vous munissez d'excellens préservatifs. Je reviens donc à mes premiers Que, et que je vous plains, mon cher Monsieur, et vostre admirable ouvrage que vous laisserez imparfait! Que je dis souvent avec douleur :
. . . .Pendent opéra interrupta, minseque Libroriim ingentes 2.
Et avec plus de douleur, m'adressant à ceux qui perdent le plus par vostre absence :
Heu ! mihi quantum
Perdis virgo decus, qualesque, Henrice, triumphos.
1 Charles Ogier, frère aîné du prieur en Danemark, d'où son surnom le Danois.
François Ogier. Charles, qui mourut le 11 (Voir, sur François Ogier, Tallemant des
août 1 654 , était secrétaire de Claude de Réaux, Moréri, etc.) Mesmes, comte d'Avaux, et l'avait accom- , Pendent opera ,ntemil)ta, minaque
pagné à Munster, comme il l'avait aupa- Murorum ingénies. . . ravant accompagné en Pologne, en Suède. (Vibgil. .ftieirf. lib. IV, t. 88, 89.)
Tu vero infclix, sœvoque rclicte dolon Quifl speras Balzaci? El quae tibi vola supersunt Si Gapelanua abest longinqui ad flumina Rheni Veslrosque immensus modo dividet orbis amores?
Ces derniers vers, Monsieur, sont enfans de ma douleur et sortent bien plus des blessures de mon aine que de ma verve poétique. Hz ne laissent pas pourtant de me plaire, tous sanglans qu'ilz sont sortis d'une mère demy-morte, et je vous prie de me les renvoyer avec cette mauvaise lettre, aflin qu'ilz lacent, partie de nos deux volumes ad Allicum. Vous recevrez ces deux volumes à Munster, si vous y estes un peu plus d'un an ; et ce seront mes volumes bien aymés :
Queisque tuus sese mullum jactabit Amynlas.
C'est-à-dire que j'en tireray de la gloire et non pas vous, qui estes un vray moqueur de me mander si souvent que vous me devrez voslre éternité, et que je vous donne ce que je pense plus tost recevoir fie vous.
Nempe raeis, Capelane, decus. famamque libellis.
Je sçavois la nouvelle du Gouvernement quand j'ay receu vostre lettre, et vous pouvez croire que je m'en resjouirois extrêmement, si vous n'alliez point en Allemagne. Mais cette cruelle pensée , ne m' abandonnant jamais, intervient dans tous les sujets de joye qui me peuvent arrive)' d'ailleurs, et quelque régale, pour user de vos parolles, que vous présentiez à mon esprit, il n'est plus en estât d'user du bien que l'on luy présente. Les plus agréables, les plus douces, les plus délicieuses nouvelles sont corrompues par une si funeste imagination.
Ac mibi concessas superum contingere mensas Pienipotens prokibet l'uria ; et deforniis imago Ogerii , libi qiiem metuo de more fïirentem Jaclantemque manus ambas, stigioque veneno Plénum intus, stigio. . .
Il ne fault pas pourtant que vostre mauvaise buineur vous empesche de faire vostre devoir, pour le moins mentalement, et de concevoir ries vœux pour la prospérité du Marquis de Lacédémone, qui, comme
DE JEAN-LOUIS fil E2 DE BALZAC. Ï49
vous sçavez, estoit mon héros, devant que d'estre nostre Gouverneur'. Nous l'asseurerei bien et ce qui s'ensuit, il oe vous <'n foui pas < 1 i !••* davantage, juxta illud : \iitto sapimtem et nihû et diras.
Je croy bien que toul lé monde oe demeure |>;is d'accord du mérite des vers Scarroniques a, et ce a'esl pasauss) monjugemenl cequej'en a\ escrit dans ma lettre. Mr Costar m'avoit prié de donner cette petite consolation au pauvre malade, et je vous avoue que je sçay refuser peu de choses à nies atnys. Je ne semis pas néanmoins satisfail d'eux s'il/ souffroient que la lettre s'imprimast au commencement du volume dont vous me parlez; non pas quej'aye dessein de la supprimer, non hoc certe mérita est, mais c'est que je ne veux pas passer, s'il leur plaist , pour Auratus poeta regius3. Aflin que tout le monde soit content, elle sera la quinziesme ou la seiziesme de celles que je dois envoyer dans huit ou dix jours à Rocolet, pour commencer son impression, et vous me ferez la faveur d'en advertir Mr Costar à vostre première veue, ou par un billet, si vous ne pouviez pas vous voir silost.
J'ay receu la prose de Mr Rigault et les vers de Mr de Cerisautes. qui a eu remors en ce dernier poème d'avoir quitté le nom de \lr son père. H est donc revenu Marc Duncan; mais l'importance est que son poème est beaucoup plus beau que ses noms. Il m'a plu certes extrêmement et il me semble qu'il va du pair avec ceux de Madelenet. Je ne dis rien du Polonois Casimir4, qui est bien eslevé, mais qui se perd bien aussy dans les nues, et qui a tout ensemble beaucoup d'esclat et d'obscurité. Nostre cher Mr Ferramus pourroit aller au delà de tous ces messieurs les Lyriques, s'il en avoit le loysir, et qu'il n'eust point de meilleures et de plus importantes affaires, mais je m'emporte bien loin, et il est temps de mettre fin à ces longues escritures.
J'attens des nouvelles de Campagnole , et je m'asseure que , sur ma
1 Le marquis de Monlausier traita, en ' Dorât (Jean). Voir la lettre XVIII. du i645, pour deux cent mille livres, du 27 octobre i643.
gouvernement de Saintonge et d'Angouniois. ' Le Jésuite Matbias-CasimirSarbiewski.
2 Les vers déjà mentionnés : De morbo dont il a été parlé déjà. Scarronis ad eruditissimum Costardum.
lettre, vous luy aurez donné les quatre vingt onze pistoles de mon argent. S'il est encore à Paris, faites luy rendre, je vous prie, ma despesche cy-enclose; s'il en eslparty, je voudrois bien qu'elle fut donnée en mains propres au Graveolent. Je vous escris cette fois par la voye de Hocolet, et vous pourrez aussy luy envoyer vostre response. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
Je vous envoyay, il y a huit jours, copie d'une lettre que j'ay escrite à Mr d'Espernon.
Depuis ma lettre escrite, ma sœur me vient de mander que Campagnole ne partira pas sitost de Paris; c'est pourquoy je luy adresse encore mon paquet, et vous luy donnerez, s'il vous plaist, vos lettres.
J'ay ajousté un distique à l'épigramme du cardinal Mazariu et \ ;i\ changé deux vers. Je ne pense pas avoir jamais rien fait de plus romain; et je croy que tandem aliquando il en faudra demeurer là, et l'imprimer de cette dernière façon.
J'ay trouvé parmi mes papiers une lettre que j'escrivis, il y a quelques années, à nostre brave Marquis. Je suis après à la mettre en estât d'eslre imprimée avec les autres.
Du 3 avril i66.r>.
Monsieur, Je suis extrêmement aise, comme vous pouvez penser, de vostre demeure en France, mais je ne loue pas extrêmement ce que vous avez fait pour n'en point partir. Je vous eusse blasmé d'en faire moins et d'estre malheureux volontairement. Car en effet je ne demeure pas d'accord avec ceux qui appeloient vostre secrétariat bonne fortune, je l'estime la plus mauvaise qui vous pouvoit jamais arriver. Et que vostre philosophie ne se glorifie point tant, s'il vous plaist, d'avoir refusé les misères de la galère et la chaisne d'un forçat. Puisque vous voulez sçavoir de mes nouvelles sur pareille matière, sçachez, Mon-
sieur, quej'ay |>n entre en la première place d'un homme que je traite aujourd'hui de Monseigneur, et il n'a tenu qu'à moj que je u'aye esté secrétaire de la feue Reyne Mère,ei cela devant que j'eusse vingt cinq ans1. Il n'est rien déplus vraj que cette histoire, mais je ne l'aj jamais osé publier, de peur de me Gairé lapider par mes parens <ii par mes ;im ys ; de peur qu'on ne criasl après naoy, comme après un tasche, un poltron, un déserteur de son propre bien, de son honneur, de eeluy de sa famille, etc. Quod veto meab hoc neffohoxa ritir génère proapue avocavit, quietis studium fuit ci amata mihisemper expert pubHcœ pn vatœque cj/rœ tranquillitas. Si on nous avoil offert l'abbaye de Gorbie, ou cinquante mille louis de dix livres pièces, et que nous les eussions refusés comme Socrates a refusé les présens de plusieurs Hoys de son temps2, tune ccrte haberet philosophia nostra quo sejactaret, et hoc vere esseï contemncre humana ac supra fortunam assurgere. Mais de ne trouver pas bon le travail ingral et commendé par aultruy, de haïr la sujettion et la servitude, d'appréhender une servitude très asseurée pour la perle de noslre repos, et très problématique pour l'aggrandissementde nostre fortune, je trouve Bien que c'est une action raysonnable et judicieuse, mais non pas forte ny magnanime. Je me resjouis donc et de tout mon cœur, avecques mon amy garanti d'un naufrage ou eschappé d'un embrasement, mais je ne luy fais point pour cela de panégirique et réserve mes louanges pour ses autres actions véritablement louables.
Est-il possible que Mr Arnaull ne s'espuise point? J'admire certes sa bienheureuse fécondité et cette perpétuité de livres, quoyque les matières commencent à m'ennuyer. Vous avez donc trouvé bonnes les
1 Balzac, parlant de lui-même à la troisième personne , est revenu sur ce sujet (seconde notice, dans ses Dissertations chreslicnncs et morales, t. H, p. ioa) : et Feu Monsieur le duc d'Espernon, avec lequel il fit Tle voyage deBlois, qui tient plus du ro- •man que de l'histoire, le proposa à la t reine-mère du roi pour estre secrétaire de n-ses coniniandemens, et il est certain que,
t s'il eust voulu s'aider, il pouvoit d'abord t remplir cette place, etc.*
* Je ne crois pas que Socrate ail jamais eu l'occasion de refuser les présents d'un seul roi. On ne trouve, du moins, rien de pareil dans la Vie de Socrate, par M. Ed. Chaig-net, professeur de littérature ancienne à la Faculté des lettres de Poitiers (Paris i868,in-ia).
deux lettres que je vous ay envoyées : In hoc ego serio1 triomphe, prœstanlissime Cappelane. Mais, quand je vous prie de les faire valoir avecques les aultres que je prépare pour l'impression , ce n'est point tant un désir de gloire qu'un petit intérest pécuniaire qui m'oblige à vous faire cette prière. Il n'est point nécessaire de vous particulariser2 la chose. Je demeure, Monsieur, vostre, etc.
Je vous escrivis, il y a trois jours, par l'ordinaire du vendredx. el vous donnay un advis qui me pesoit sur le cœur.
Du 10 avril i6i">.
Monsieur, Je n'ay receu par cet ordinaire ny de vos lettres ny de celles de Mr Campagnole, et je voy bien qu'il est temps que nous reprenions Rocolet pour la facilité et seureté de nostre commerce. Je commençay il y a huit jours, et.luy adressay mon paquet, qu'il ne manquera pas de vous faire rendre. J'ay receu depuis, par la voye du messager, les originaux accompagnés de deux livres Jansénistes, mais je n'ay trouvé dans le paquet ny la harangue italienne ny le reste des choses que j'attendois. Pourveu qu'il n'y ait point de perte, nous nous consolerons du retardement.
J'ay veu. Monsieur, par un de vos billets au petit, que le cher président 3 s'est trouvé embarrassé de la commission, sur quoy j'ay a me justifier auprès de vous, ut verecundiœ meœ elreligionis eliam in hoc génère tiln ratio constel. Vous verrez donc, par l'extrait de la lettre que je vous envoyé, qu'un amy pouvoit bien estre employé en une chose, qui vouloit estre employé en tout, et que la discrétion elle mesme.
' Le copiste a écrit sevio. vains postérieure, Scarron, dont le Roman
' Balzac est un des premiers qui ait em- comique est de i65i , Pascal, dont les Pin
ployé le mot particulariser. M. Littré n'a vinciales sont de i656.etc.
cité, dans son Dictionnaire de la langue 3 Mainard.
française, au sujet de ce mot, que desécri-
voire la mauvaise bonté , se fui hasardée bw «1rs paroles si affirmatives ci si ardentes. Je suis l'homme «In monde <| m appréhende le plus «l<faire des prières inciviles et qui désire le moins embarasser mesamys. Mais le cher Présidenl me do voit adverlir de son st\le et delà différence qu'il fait entre le lout de bon et les ligures de rhétorique. Vous ne lus en dire/, rien, s'il vous plaisl , parce que je na\ point l'aine blessée de son procédé, et que je ne laisse pas de l'aymer chèrement avec m^ figures de rhétorique; quaa equidem non mihi propomm ad imitandum, mais (ini m'apprendronl seulëmenl qu'une aultre lois il ne faul pas embarasser les liliétoririens.
Je ne fais pas grand fondement sur l'affaire proposée par le petit; je vous diray pourtant que Rocolet me mande merveilles de Mr le Chancelier, qui but à ma santé le jour de la présentation de ma lettre par le petit et en parla comme d'une excellente chose, quoiqu'elle me desplaise extrêmement. J'ay de l'inquiétude pour vostre depesche, ou retardée, ouesgarée, ou perdue. Je suis de toute mon aine. Monsieur. vostre, etc.
Du 1 7 avril itiiô.
J ay receu tout ce que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer tant par le messager que par le courrier, et vous rends mille très bumbles remerciemens de la continuation de vos soins et de vos offices. Je loue Dieu de ce que l'advis n'a pas esté nécessaire. Sans doute le bon ange du gentilhomme l'a rendu capable d'un meilleur conseil que celuy qu'il avoit pris; car je suis très asseuré qu'il avoit eu cette première pensée, soit qu'elle luy eust esté suggérée par quelqu'un qui n'eust pas esté fasché de la noise, soit que son propre chagrin eust esté ce quelqu'un qui luy eust donné une si mauvaise tentation. Le premier quelqu'un (je l'entends à chaque mot) est un orateur extrêmement fabuleux, qui débite quantité de nouvelles de sa composition, pour
ne rien dire de pis d'une personne, dont > connoist assez
les autres dangereuses qualités. Je ne vous veux parler que de la plus innocente de ses nouvelles. Est-il vray, Monsieur, ce qu'il a débité en plusieurs lieux de cette province que le Marquis Spartiate se doit marier avec la princesse Julie, immédiatement après la campagne2? Je croiois qu'il n'y eust de part et d'autre que pure estime et pure amitié et ne m'estois point imaginé d'amour, quoyque le sujet en put donner au grand Gustave 3, voire au grand Alexandre s'il ressuscitoit et qu'il voulût se marier en Alexandre. Vous m'esclaircircz, s'il vous plaist, de cette affaire, dans laquelle je prendrois , comme voua pouvez penser, un très notable interest; et, ni molestum est, vous m'expliquerez aussi l'article de la Gazette, qui parle de l'audience du congé du sieur Grotius4. Don Gerisantes auroit-il esté le plus fort dans le cabinet de Stockholm5? et l'Agent auroit-il terrassé l'Ambassadeur?
Je suis heureux de vous l'aire rire quelquefois, et de vous donner ce que je n'ay pas. Le spectre de Munster est bien le plus vilain de
1 Le copiste a écrit la veuve, mot impossible. Peut-être faut-il ainsi rétablir la phrase : dont. à la vérité, on connoist assez, etc.
~ Le mariage eut lieu le 1 3 juillet i6/i5. Voir, sur ce mariage et sur les circonstances qui le précédèrent, l'habile résumé fait par M. Y: Cousin des récils contemporains. {La Société française au ira' siècle, tome II , p. 36-4a.)
' fcDu temps de Gustave-Adolphe,» dit M. V. Cousin ibid. (p. 39), rrelle (Julie) "disait qu'elle n'agréait d'autre amant que ce rt héros, dont elle avait le portrait dans sa trchambre.i (Voir les Historiettes de Tallemant des Réaux . les OEuvres de Voiture , etc.)
4 Grotius, mécontent de Gerisantes, qui lui avait été adjoint l'année précédente, et voyant que la cour de Stockholm lui préférait cet aventurier, demanda son rappel au
commencement de 1 665. Voici l'article de la Gazette du 8 avril i645, p. 279 : "Le »a6 du passé, le sieur Grotius, ambassadeur de Suède en cette cour, eut son au- Tthence de congé de Leurs Majestés, à (rlnquelle il fut conduit par le chevalier de trGuyse, grand chambellan de France, et rrpar le comte de Brullon, introducteur des ^ambassadeurs. Il a eu aussi audience et pris «congé de Monseigneur le duc d'Orléans. 1 On lit encore dans la Gazette du 29 avril (p. 33a) : trCette semaine est parti de cette ir ville le sieur Grotius, ambassadeur ordicrnaire de Suède en cette cour, après y avoir rresté régalé par la reine d'un fort beau t service de vaisselle d'argent, le sieur de rrCerisantes estant ici demeuré pour traiter rrdes affaires de Suède." 5 Le copiste a écrit Stavola.
DE JEÀN-L0U18 Gl B2 DE 11 ILZAC. 255
tous les Incubes1, mais il n'est pas le plus malfaisant « I * - tous les Démons. Pour moy je n'ay peur que de ses veux ci de son visage, el pourveu que je ne le voye point, je ne le nains point. Il paroistra an reste dans les lettres ad Atticum, sans que luj mesme s'j recognoisse Il n\ paroistra qu'à vous el à moy, comme plusieurs autres qui exerceront la curiosité des spéculatifs el donneront à deviner au lecteur, et cela, Monsieur, sans qu'il y ait un seul mol dont vous sovez responsable. Keposez-vous donc sur moy de toute cette besoigue, et asseurezvous que je suis un Mango'1 d'importance, qui sçay desguiser, larder, masquer, métamorphoser les choses en mille laçons. Je ne me sens point choqué de mes deux ainys, quoyque trop subtils interprettes de mes pensées (car pour mes actions et pour mes parolles, elles ne leur ont point donné lieu de discourir), el il me semble seulement que la lettre que je vous escrivis dès le commencement de ma retraite, el celle que j'ay escrite depuis à M1' Despernon dévoient obliger ces deux amys et le troisiesme, que vous ne me nommez point, à croire un homme de bien sur sa parole, et à n'estre pas si ingénieux dans les intentions d'autruy. Sed de his hactenus.
En attendant que je remercie Mr i Evesque de Grasse du précieux gage qu'il m'a donné de son amilié, je vous supplie de luy tesmoigner le ressentiment et la joye avec laquelle je l'ay receu. Elle est telle. Monsieur, que je ne sçaurois bien vous l'exprimer dans le transport où je suis, et, quoyque ses beaux vers me ravissent, ses bontés et ses tendresses pour moy me touschent encore plus que l'excellence de sa poésie.
Je vous escris d'Angoulesme, où je suis depuis deux jours, et vous escris si à la haste, qu'à peine me donne-t-on le temps d'achever. 0 mes bois, o ma rivière, o mes autres confidens muets, que vous
1 Ogier le Danois, de la laideur duquel fut tour à Wur maître des requêtes, ainbas- Balzac s'était moqué dans une autre lettre. sadeur en Suisse , premier président du
2 Est-ce une allusion à l'habileté dont fît parlement de Bordeaux, secrétaire d'Etal, preuve un favori du maréchal d'Ancre , garde des sceaux de France ?
Claude Mangot, seigneur de Villaiceau , qui
valez bien mieux que toute la conversation des petites villes ! Je suis
plus qu'homme du monde. Monsieur, vostre, etc.