Une lettre de M. le comte de Chambord
LETTRES DL JEA.N liLIiOUL 61
LETTHE IX
Nîmes, 16 dccciiibre 1830.
(Lonqnc M. le comte de Chambord écrivit à M. ïieboul ■pour le féliciter et le remercier, quelques amis du prince, pensant que, s'il était sur le trône, il aurait fait davantage, se réunirent dans le but d'offrir une pension au poêle, au nom de l'aucjustc exilé. Déjà huit personnes avaient souscrit chacune pour cent francs par an, on attendait Vadhésion certaine de sept autres. Toutes voulaient ijarder Vanonqme et avaient choisi M. de Fresne pour intermédiaire auprès de M. Reboul. M. de Fresne lui donna avis de ce qui se passait, en ne lui en parlant que comme d'une espérance dont il comptait bien pourtant lui donner la certitude au V' janvier, alors très-pr'i\':hain, et il priait M. Reboul d'attendre ce moment avant de u. répondre.
Ce détail est nécessaire pour la complète intelligence de la lettre admirable l'on va lire.)
Malgré le silence que vous m'imposez dans la lettre que je viens de recevoir, jo ne puis m'y soumettre. Je vous supplie 'c ne pas voir dans ma détermination un accès de cet orgueil plébéien qui a aussi ses ridicules, mais bien une conviction passée au fond de ma conscience.
Je ne puis, monsieur, accepter d'aucune manière l'offre si généreuse que vous me faites. Quelle que soit la médiocrité de ma fortune, il y a des pauvretés bien plus nécessiteuses que la mienne. Ce serait, d'ailleurs, me méfier de la Providence, qui, jusqu'à présent, ne m'a pas abandonné, et qui, je l'espère, me continuera ses bonnes grâces. Il n'y a au monde qu'une seule main de laquelle je ne rougirais pas d'accepter; image de la Providence sur la terre, ses dons augmentent l'honneur et l'indépendance de celui qui les reçoit, et ne lient qu'envers la chose publique ; mais la rigueur du temps a tari cette noble source; il ne faut pas songera y puiser; l'exila besoin de ses miettes, et notre devoir aujourd'hui est bien plutôt de l'assister que de recevoir de lui.
Si vous aviez fait déjà quelque démarche, je vous prie instamment de faire connaître ma pensée aux personnes que vous auriez pu voir.
Ne vous fâchez pas de mon refus si vous vous intéressez au poète. Cela le glacerait, et je suis persuadé que, au besoin, l'extrême délicatesse de votre honneur et l'exquise bonté de Totre âme ajouteraient aux arguments que j'ai fait valoir.
LKTTRE X
Nîmes:, 7>i) janvier 1857.
Monsieur,
J'ai reçu de Varsovie un journal qui rend compte de mon volume/ ', et par le même courrier le Prince Mirza.
Monclîharem, jeune Persan attaché à l'état-major du maréchal Paskieviez, m'envoie une traduction de VAnge et l'Enfant.
J'ai lu au milieu de ma maladie le discours de M. Berryer. Quel homme ! quel homme ! Où donc at-il vécu pour se soustraire à la phraséologie nébuleuse du temps et conserver cette j)arole si claire et si franche ?