‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 13 sur 103 · I.ETTIIE XI · texte numérisé non relu

I.ETTIIE XI

Nîmes, 17 mai 1837.

Monsieur,

J'ai traité avec M. Gosselin pour une quatrième édition de mon volume ; permettez que je dépose celte petite satisfaction d'auteur dans le sein d'une amitié dont la noble générosité m'a quelquefois ému jusqu'aux larmes. Cette édition va paraître incessamment, je puis disposer de quelques exemplaires : disposez-en à votre tour, et daignez dans votre réponse me dire sans cérémonie à qui vous les destinez

LETTRE XU

Mmes, 1" juin lb57.

Monsieur,

J'ai lu la lettre de Mgr d Hermopolis ; ses critiques comme ses éloges ont porté juste. Mais peut-être

n'a-t-il pas assez tenu compte du temps où l'ouvrage

a p;\rij. Racine, aujourd'liui, scrail-il possible? yC

On serait mal venu à pâlir deux mois sur une strophe ; l'écrivain a besoin aujourd'hui de jeter avec rapidité sa pensée à un public qui vit au jour le jour; il y a des sacrilèges imprévus, et la i'oudre qui doit les châtier a besoin d'être forgée instantanément *. Au reste, si nous ne sommes pas d'accord avec l'illustre prélat sur quelques données littéraires, il y a des vérités que Dieu a pris soin lui-même d'abriter contre les vaines disputes des hommes, ei sur cela Dieu me fera la grâce d'être toujours en Udiinonie avec sa pensée.

:,F.rTnF. xiii

Mines, jiiiilel 1S~7.

Monsieur, J'accepte comme preuve de votre affection la franchise avec laquelle vous vous exprimez, quoique vos

1. Aucune considération ne saurait justifier un poëte ou un prosateur de ne pas donner assez de soin à l'expression de sa pensée; on peut se rappeler les reproclfcs liiléiaircs que nous avons adressés à Reboul dans la première [lartie de notre Introduction.

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alarmes aillent un peu Irop luin, je ne les regartle pas moins comme un utile avertissement. Un dos avantages de la position où il a plu à la Providence de me placer, c'est de s'entendre dire les choses en face, et sous ce rapport je suis aguerri, et je me sui.< aperçu dans la suite que ce qui uvait un moment réprimé l'orgueil avait eu des résultais immenses : amis et ennemis, tout m'avait profité.

Comme vous, monsieur, je ne ploierai les genoux que devant ce qui est beau dans tous les temps et daîis tous les lieux; le progrès pour moi sera de formuler mes ouvrages d'après celte maxime d'éternelle vérité, et si je ne puis y parvenir, mettez cela sur le compte de l'impuissance humaine et non sur une profanation volontaire. J'aurais bien envie de faire quelques observations sur celles que vous m'avez envoyées, mais crainte que cela ne vous ôle pour une autre fois cette franchise qui m'est si chère et dans laquelle je trouve l'affection portée à un si haut degré, je me contente pour celte fois de vous dire que je suis tout à vous pour la vie. ^

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LETTRF. XIV

!Ninie<, 4 scplenibiu 18")7.

Monsieur,

M. Sigalon, mon ami, est moii à Rome duclioléra. Il a été assisté par M. Lacordaire. M. Sigalon était un grand artiste et un excellent cœur. Sorti d'une famille pauvre de Nîmes, il en était l'appui et l'espérance; sa. mort la plonge dans la désolation.

Mon poëme est presque terminé ; mais, en dépit de moi-même, l'illustre prélat et vous, vous avez jeté des terreurs dans ma conscience littéraire, et je veux les mettre à profit en laissant reposer mon œuvre quelque temps.

'^ Voici une pièce en prose que je publierai à la suite

' de mon poëme. Le prosateur vous trouvera-t-il moins

sévère que le poëte?

Après tout ce que la bonne femme qui m'a remis votre lettre m'a dit de votre fils, embrassez-le pour moi.

08 LETTRES DK JEAN HERdUI,

0 ma déplorable patrie! quelle longue expiation le Seigneur te lait snljir? Quel est le crime antique et perdu dans la nuit du temps qui a été commis sur le sol où tu es assise? Hélas! il doit être bien grand! Tu as été IVappée par toutes les verges de la colère divine. Comme la fille de Sion, tu peux dire aux passants : Voyez ! esl-il une misère égale à ma misère?

Qnand sur d'autres rivages la mer se soulève et gronde, elle a ici des vagues sans mesure et des gémissements sans nom. A chaque équinoxe politiijue, à chaque orage que subit la France, lou ciel est plus noir que tout autre, il a des éclairs aux couleurs sanguinolentes et des tonnerres dont les éclats donnent toujours la mort.

Un funeste vertige a poussé tes enfants les uns contre les autres; efle sang, depuis le jour où tu fus comptée au nombre des villes, n'a pas cessé de rougir ton pavé; cf, comme si c'était peu de cette éternelle malédiction, de-; hommes se sont trouvés pour dire : Malheur à ton malheur ! Ânathème à ton anathème !

Pour moi (j'en prends le ciel à témoin), je n'ai jamais flatté l'étranger de tes ignominies; j'ai, au contraire, tiré le rideau sur toi, comme un fils pieux sur une mère qui s'oublie, et aujourd'hui qu'un funeste fléau s'étend sur

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tes populations comme un cancer, je viens pleurer avec toi... ou plutôt me réjouir.

Je viens me réjoun- de ce que tes enfants, mes frères, se sont montrés tels que mon cœur les avait toujours conçus, hommes de sacrifice ou de résignation; de ce que ta populace tant décriée a dominé les populaces des autres cités par les lumières de .sa loi et par son intelligence religieuse.

Elle a subi les jours dévorants qui s'élevairnt sur elle dans une attitude triste, mais digne ; elle n'a pas cherclic la main de l'homme pour l'accuser de son deuil. 11 est une perversité que les nobles àmcs ne conçoivent poini; elle a demandé plus haut la cause de ses misères, et, l'ayanl trouvée, elle a baissé la tète et elle a pleuré.

Oh ! qu'elle pleure ! Les larmes, et surtout les larmes du pauvre, sont merveilleuses pour éteindre le feu du courroux divin ! Et si la funeste moisson n'était pas achevée, si la contagion avait encore à faucher dans tes murs, ô ma ville hien-aimée ! bénis la main ipii l'afflige afin cpie ton sacrifice ne soit pas stéiile, aliu (pie, ))ar le mérite de tant de victimes, la pai.^ et la concorde descendent pour toujours dans le cœur de tes enfants !

LETTRK XV

Ninies. 4 octobre 185X.

Monsieur,

Rempli du salutaire effroi que vous m'avez inspiré dans le temps par votre critique judicieuse, je continue à revoir mon poëme afm de le rendre digne, si jamais j'y puis parvenir, de votre approbation et de celle du public; vous savez ce que c'est que de rendre à une pureté même approximative deux ou trois mille vers, sans compter l'ordonnance de l'ouvrage.

Vous me soumettez une question épineuse en m'in vitant à frapper sur une enclume qui a usé bien des marteaux, comme disait Théodore de Bèze ; je vous dirai cependant mon opinion, qui est, pardonnez à ma franchise, tout à fait opposée à la vôtre. Non, la réforme ne fut pas une (jénéreuse et sainte indignation contre des abus et des infamies. Cette indignation animait tous les hommes éminents en vertu qui étaient dans l'Eglise, mais elle ne fut pas chez les réformateurs. La réforme, vint au contraire, légaliser la corrup-

tioii et plier l'Evangile aux exigences de la chair, f|u' manifestait alors des appétits insatiables. Luther fut à la lettre le Mahomet de TOccident. Tous les deux agirent par les armes; l'un établit la polygamie, et l'autre le divorce, qui est aussi une polygamie bien plus funeste aux mœnrs que la polygamie proprement dite. Si vous voulez connaître quelle fut la réforme, jetez les yeux sur ses fondateurs et ses protecteurs, et vous verrez si la virginité leur était chère. Henri VIII eut six femmes, il divorça avec deux et en fît périr deux autres sur Téchafaud; Zwingle se maria, Bèze se maria, Calvin se maria; le landgrave de liesse voulut, du vivant de sa femme, épouser Marguerite de Saal, et Luther l'y autorisa. Nous avions en France Marguerite de Navarre, dont la vie n'était pas très-édifianle. Tout cela faisait dire au caustique Erasme, dont le catholicisme n'était pas très-ardent : Que la réforme n'était quiine comédie comme les autres, et que tout cela finissait par des mariages. Quelle rare est ceci ! disait-il encore, je n ai jamais rien vu de plus luxurieux et de plus séditieux tout eusemble ; il ij a mille fois plus de vertu dans m» bon évêque catholique que dans le plus rigide de ces nouveaux éraiigélistes; en clfel, il se passait d'étranges choses entre la poire

V2 I.ETTUES DE JEA^ REBOIIL

et le fromage dans les hôlelleries de l'Allemagne, qui étaient les Soibonnes de ces temps-là.

Les véritables réformateurs de l'Église, ceux fjui la réformèrent dans son chef et dans ses membres, non d'après Tévangile des passions, mais d'après l'Évangile de Jésus-Christ, sont : dom Barthélémy, saint Charles Borroméo, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, saint Ignace de Loyola, et une foule de saints évoques; ceux-là seuls opérèrent la véritable réforme, la réforme qui sauva l'Église; mais Luther et ses pareils ne lui furent utiles qu'à la manière des fléaux, en la châtiant.

Je vois que l'espace me manque, et cela exigerait des volumes.

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