LETTRE XIX
Nîmes, 7 juillcl 1859.
Mon cher ami,
Le discours de M. de Dreux-Brézé a fait ici beaucoup de sensation ; il est d'une haute portée ; comme il a
1. On sait ((ue l'espérance lic M. Reboul n'a pas été réalisée.
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bien lait losborlir le palriolisine des liuniiiics du jour à genoux devant l'Europe et sacrifiant les inlérèls de la France à l'amour de la révolulion !
Je n'avais pas pu lire encore le discours de M. Berryer, mais on vient de me l'apporter. iMagnifique !
LlilTHi; XX
Nîmes, 25 juillet 184<).
^,^^ Mon cher ami,
M. de Lamartine est descendu chez moi et j'ai eu l'honneur de le conduire à tous nos monuments. « Je n'ai, m'a-t-il dit, rien trouvé dans mon voyage qui valût cela. »
Une grande partie des débris de l'armée de Cabrera vient de passer par Nimes. (jn^He misère! et quelle fierté I pas un seul n'a mendié. Nîmes les a reçus avec sympathie; des quêtes ont eu lieu dans toutes les paroisses; de l'argent et des dîets ont été distribués aux pauvres soldais.
Adieu, mon cher ami.
IKTTHKS lii: JF.AN I'. r.iKin.
TETTHE X.XI
Nîmes, novemhr(^ 18 iO,
Mon cher ami,
Je vous (liiai (jiie nous sommes ici dans la consternation. Le Rhône a tout inondé, tout détruit : les plaines de Reaucaire, d'Arles, d'Aigues-Mortes, sont une mer. On n'aperçoit des villages et des maisons de campagne que les toits surmontés d'un drapeau noir et où des malheureux sont juchés. J'ai vu de mes propres yeux ce lamentable spectacle, c'est une «scène du déluge. Le fleuve est d'une monstrueuse beauté, et ne verse à la mer que par une seule embouchure, d'une largeur égale à toute la base du delta de la Camargue. Croyez au delà de tout ce que vous diront les journaux. Les bateaux à vapeur ont beaucoup servi à sauver les personnes surprises par l'inondation ; j'ai vu l'arrivée de l'un d'eux, il semblait charrier dos ombres ;
Adieu, mon cher ami, puisse le Gouvernement, et à défaut de lui, la charit''' ^fuir m aide à tant de misères !
LETTRES DE JEAN HEBOlif.
LETTRE XXK
Nîmes, 10 avril 1841
Mon cher ami,
Je vous remercie de l'envoi de votre beau volume*; j'en ai fait la lecture de chaque jour, et cette lecture me fait faire de tristes réflexions ; ces lettres ont plus de vérité qu'aucune histoire qu'on pouvait faire sur les époques où elles ont été écrites. Hélas! les temps que nous avons passés, ceux que nous passerons peutêtre encore, ont été déjà subis par des hommes qui vivaient il va dix-huit cents ans. Quand je vois le grand orateur romain, dont la parole avait pour ainsi dire disposé du monde, être embarrassé d'y trouver un asile pour y cacher sa femme et sa fille, je dis qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, que la misère des grandeurs est de longue date, et que la Bible a profondément raison lorsqu'elle dit : Qu est-ce qui a été? Ce qui sera. Mille fois m.erci, mon cher ami, de votre cadeau,
1. La. Correspondance da Cicéron, publiée dans les Classiques latins de M. Nisard, et traduite par MM. de Fresne et Savalète.
LETTRES DE JEAN F'.EBOlil, ',Si
je le feuillette avec délices; le style est ce qu'il doit être, limpide et naturel ; je conçois à votre manière d'écrire votre antipathie pour nous autres tourmenteurs de phrases. Votre livre a été une bonne fortune pour moi, je le dévore comme un mets qu'on n'a pas goûté depuis longtemps. Figurez-vous, mon cher ami, que ma correspondance me bourre de vers intimes et mélancoliques toute l'année, et vous vous figurerez le bon accueil de votre œuvre.