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porlos; il osl nrrivc à Liiiiel, et je no sais s'il ne poussera pas sa visite jusqu'à nous. Oiioi qu'il on soit, nous l'attendons, et In ville no sera pas prise au dépourvu. ,
Ce que vous m'annoncez d'Astouin ' m'afflige sans m'étonner, je l'avais prévu. Trop tôt sorti de son nid, l'aiglon s'est brûlé les yeux au soleil. Son aveuglement m'a souvent confondu; mais c'était si naïf que je n'avais pas le courage de le condamner. Je gémissais intérieurement sur cette nature candide, sur cet enfant qui, dans ses jeux, s'obstinait à prendre pour un fouet de la plus belle espèce un serpent qui pouvait le mordre et qui l'a mordu. Le plus efficace pour lui serait de reprendre son état à la barbe de tout le monde, et de mettre à profit sa force et sa jeunesse : il y trouverait plus de bonheur que dans l'ombre d'im bureau ou dans les pourritures de la bohème littéraire; mais cet effort est au-dessus de lui. Aussi soyez plein de commisération pour la |)énurie de sa situation ; elle appartient plutôt à notre temps qu'à luimême. Sans nos déplorables tempêtes, cette algue aurait heureusement dormi au fond des mers et
1. .Iftiine portcf.iiv dp Jfnr>piil(^ nomiTu' io|ir('-(Mit:inl on IS'iS
ne serait pas vernie se briser et sécher sur la plage*.
Adieu, tout à vous.
Toute la l'aniille vous réitère ses hoiiirnayes et ses bons souvenirs, entre autres mon neveu et ma nouvelle nièce.
LETTHE XLVI iU'.\i ., Nîmes, 12 septembre 1X49.
Mon cher ami.
Au risque de renouveler votre douleur, je ne puis m'empècher de vous parlerdubonM.LeRoy. Sa mort ne peut pas entrer dans mon esprit ; il me semble toujours le voir assis sur ces bancs verts à gauche de son parc, nous racontant quelques souvenirs de sa vie, de celte vie qui fut si pure et dont la ligne ne se démentit jamais. Sa foi semblait croître avec les
1. Ce malheureux jeune homme, dont l'âme était toute généreuse, périt peu d'années après , victime du plus lieau dévouaient. Une personne se noyait ; oubliant qu'il était tout en sueur, il se jeta à la mer pour la sauver; la fièvre le saisit, et il mourut. M. Astouin a laissé un volume de poésies. Elevé dans les sentiments d'une piété vive, dont l'empreinte se retrouve souvent dans ses vers, il n'est pas un cœur chrétien qui n'ait donné .des regrets à sa mémoire.
LETTIiKS I»r, lEAN l;EliUl I, 115
années et ce (|ni décourageai I, les iiulres semblait augmenter ses espérances. Hélas ! Ces nobles convictions s'en vont; tout est soumis aux faibles équations de la raison ; tout se calcule, tout se discute, et le cœur semble une supeilliiité de la création, tant on use peu de ses saintes inspirations ! Adieu, mon cher ami, pardonnez-moi ces réflexions; je me laisse aller, parce que j'éprouve je ne sais quel triste charme à vous entrct(!nir de l'ami que nous avons perdu. Je me fabrique quelquefois des croyances : il me semble que l'âme des morts se dilate quand elle voit qu'elle a laissé de doux souvenirs dans ceux qu'elle affeclionnail. y ^
J'allais terminer cette lettre sans vous donner des nouvelles de ce qui se passe ici. L'épidémie est à peu près stationnaire. Je sors du rapport; le chiflie des "morts d'hier est de quatre. Ce qui épouvante la population, c'est la j)ronq)litude avec latpielle le fléau sévit. Des personnes à (pii vous pai'lez sont le lendemain au cimetière; c'est plutôt le genre de mort (juc le nombre de décès qui ellraye.
Voici une Lamentation (jue j'ai composée pendant le Iléau, vous la jugerez.
L'érection de la slatue de saint louis a en lieu
il6 LETTRES DE JEAN HEDOUL
(limaiiclie dernier à Aigues-Mortes ; la cérémonie, dit-on, a été magnifique, et une immense population venue de tous les points du département a acclamé l'auguste image du père des Bourbons pax les transports les plus sympathiques.
Laletiredu président est sévèrement jugée ici par le parti conservateur, il y a là une reculade ou une conflagration. Que fera la Législative? Suivra-t-elle ou désavouera-l-elle le président? tout cela est bien sérieux.
La famille vous' envoie^ toutes ses affections.