‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 38 sur 103 · TTi; !•: xi.viii · texte numérisé non relu

TTi; !•: xi.viii

Mme<, 20 novembre 1849.

Mon clier ami,

Voici une préface pour Vivia\ Comme c'est sous forme de letlre, j'ai cru devoir y prendre tous les tons; au reste, vous apprécierez. Je vous donne plein pouvoir, vous pouvez ajouter on retrancher; je sais que pour ces choses-là vous avez beaucoup plus de tact que moi. tC ^ ^ ,

LETTRE Xl.iX

Mmcs, 20 novembro 1849.

PliÉFACE DE YIVIA

A M. DK Fil ESN F.

Mon cher ami,

Vous me demandez quelques lignes pour mettre en tête de Vivia. Ne sera-ce point une superfétation ? Il

1. Nous donnons celte lettre, que plus InrH M. Reboul se décida à

supprimer

I r.TTP.ES DF. JEAN REHOn, 121

tne sciiihlc (|iie l'ouvrngc s'ex|)lif|iie do liii-iiifTiio. Si cependant vous jugez quelques explications nécessaires, j'obéirai, ne serait-ce que pour donner une preuve de déférence à vos lumières et de reconnaissance pour les généreuses disposilions de voire cœur dans tout ce qui tient aux arts.

Faut-il vous apprendre ce qui, dans cette circonstance, m'a fait mettre la plume à la main? Le voici. Jeté par mes compatriotes au milieu de votre capitale en ébuHUion, le soir, pour me reposer des terribles émotions de la journée, je tirais quelques volumes d'une bibliotiièque que votre aimable attention avait fait placer dans ma cbambre. Ma main, dans ces lectures, se portait de préférence sur les historiens des derniers temps de Rome, et surtout sur une traduction des Pères de l'Eglise dont je ne connaissais que quelques fragments. Vous ne sauriez croire avec quel triste et puissant intérêt je parcourais ces pages toutes pleines des dernières pulsations d'une société qui allait s'évanouir et des premiers vagissements de celle qui allait prendre sa place.

Les malades aiment à deviser de leurs douleurs, surtout quand elles ont pour principe la même maladie.

122 LETTRES DE JEAN liEllOUL

Je trouvai dans ces études toute l'histoire de nos apprélieiisions et presque toutes les angoisses de notre époque. Le sentiment de la Ibrcc passant de la civilisation à la barbarie, des trêves de quelques jours, achetées au prix des plus chers intérêts de l'empire, et donnant à ses terribles ennemis de nouvelles chances de succès et de nouveaux sujets de terreur pour lui-même. Le flot ravageur enfin, rompant sa digue, sans rien ôter des illusions de cette Rome qui voulait vivre à tout prix, et qui, ayant épuisé son énergie dans les voluptés, n'en avait plus pour mourir, et eidin, le cri des immortelles espérances jeté par la voix des martyrs, méconnue ou maudite par tout ce qui tombait dans l'abîme, tout cela m'avait rempli d'une émotion qui ne demandait qu'à se répandre.

Je choisis dans le Martyrologe un fait de cette époque qui pût en revêtir toutes les couleurs et qui la résumât pour ainsi dire. Ces couleurs m'étaient déjà familières ; j'avais, presque en naissant, vu ces grands ossements de Rome que Virgile promettait aux yeux étonnés de l'avenir. J'ai habité toute ma vie une ville où les souvenirs de l'antiquité sont populaires. Les différentes dominations n'ont pas pu encore effacer tous les instincts de ces rudes colons qui eurent la

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i^loirc (li> donner un empereur au nionile, et qui siuviicnl la mère-patrie dans ses succès comme dans ses cevers.

De tons les monuments qui décorent le sol de Nimes, ramphilhéàtre est celui qui m'a frappé le plus par sa sombre poésie. A la dimension, à la solidité qu'elle mettait jusque dans les constructions destinées à ses plaisirs, on voit que cette Rome croyait réellement à son éternité.

Je né sais ce que disent ces ruines aux inspecteurs (|ue Paris nous envoie, aux touristes enrichis de la Grande-Bretagne el à leurs respectables épouses ; pour moi, je n'y ai jamais lu le classique catalogue des spectacles qui attiraient la foule de ces populations galloromaines, chez qui le sentiment même des calamitf's publiques ne pouvait éteindre la soif de ces cruelles distractions.

Chaque fois que j'en ai joui, la vision qui s'élevait de ce cirque n'a jamais été distraite par les froides élucubrations de rarchéologie. Cette arène était celle d'un combat qui avait une plus haute portée. Là, avaient lutté deux mondes, l'un avec la férocité de la brute, l'autre avec la résignation du divin crucifié. Là, le cirl et l'enfer avaient été aux prises; c'était le Gol-

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gotha continué, quelque chose (jiii ne Inissail point de repos à la pensée, et qui, h)i ouvrant l'universalité des temps et des lieux, lui donnait l'inllni jinur carrière.

J'étais désireux de mettre ces sensations à profit. Le poëte plus enthousiaste que sensé succomba à cette tentation ; hélas! je le sais, mon cher ami, on n'est pas un héros pour se sentir électriser par le son delà trompette ou du tambour. Toute celle chaleur tombe à l'œuvre; c'est ce que j'ai éprouvé quelquefois en composant celle-ci. Je me souvins que de grands génies avaient passé par là ; mais, au moindre souffle de l'inspiration revenue, la témérité mettait encore à la voile et recommençait à voguer sans tenir compte des écueils. N'allez pas croire que, dans ces moments-là, les chatouillements de la renommée fussent le mobile de mon ardeur. J'ai lu quelque part qu'un médecin turc, lâtanlle pouls à un poêle, lui dit : « Allez faire des vers. » Ce Turc-là connaissait bien la nature des enfants d'Apollon.

En me mettant à l'œuvre, je n'avais nullement songé aux exigences du théâtre moderne. Je tâchais de dérouler tout bonnement l'action que je m'étais choisie ; j'avais d'ailleurs tant entendu dans vos

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