‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 43 sur 103 · LETTRE LV · texte numérisé non relu

LETTRE LV

Nimes, 8 juillet 1850.

Mon cher ami,

On est toujours porté à dire du bien de ceux qui en disent de nous. Parmi les lettres qui m'ont été adressées pour encourager mes faibles talents, il y en a un très-grand nombre qui portent des noms de femme ; c'est pourquoi je suis tenté de leur attribuer une plus grande aptitude à comprendre la mansuétude et les mystérieuses profondeurs des dogmes chrétiens. Quand je suis dans une église, et que je vois si. peu d'hommes et tant de femmes, je fais les mêmes réflexions : la niaiserie de notre orgueil attribue cette pente naturelle vers le divin maître, à la fragilité de

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leur nature et à la faiblesse de leur esprit; c'est une sottise et un blasphème.

Vous me pardonnerez de retourner, pour aujourd'hui seulement, vers mes paresseuses complaisanceB j)our moi-même, et dussiez-vous,ô l'ouj^ueux adorateiade la correction cl de la nature, bondir de colère et endommager votre plafond, oui, il m'est mille fois plus doux d'être compris par les âmes aimantes que d être poète en vertu d'un brevet délivré par la critique. Celle-ci naît quand l'art baisse ; l'esprit d'analyse est au détriment de la faculté de sentir, c'est l'ère des carabins de l'intelligence; et quand la muse est traînée à l'amphithéâtre, c'est qu'apparemmentelle est morte : j'attends vos in|ures ^

J'espère bientôt vous envoyer le chœur qui suivra le troisième acte de Vivia; il ne manque plus que celui du deuxième, j'en cherche le thème.

1. Reboul voulait rire : il faudrait avoir abdicjur tout sentiment du juste et du Trai pour ne pas applaudir à de telles réilixions.

■\Tt(i LETTRES DE JEAN HEIiOUL

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