‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 50 sur 103 · I.KTTTiE LXVIll · texte numérisé non relu

I.KTTTiE LXVIll

Nîmes, '25 ii..m 18r>'2.

Mon cher ami.

Quand je blâmais les piliers d'antichambre, j'étais, je vous l'assure, bien loin de croire que j'allais peutêtre me trouver moi-même dans celle de l'Académie. Dieu sait que je n'ai jamais recherché cet honneur.

Si la chose va plus loin et s'ébruite, savez-vous ce que fous ces pliilosophes-poëles on ces poëles-philosoyihos vont (lire dans leur barbe? Voilà un auteur chrétien qui a bien peu d'humilité! pour avoir dialogué quelques pensées mystiques, il s'imagine, dans sa suffisance, avoir l'ait une tragédie ! Ah ! ces grands déclamateurs contre l'orgueil ont aussi leurs j)etites vanités,

Ktpour être dévots, ils nVn sont pas moins hommes !

Je désirerais bien leur épargner cette satisfaction. Voilà, mon cher ami, par où le pavé m'a blessé.

160 F.ETTI'.ES li !•: JKAN liKIiOlL

Je le bénis dans loiil le reste, il me vient d'une main trop chère pour me mellre tout à fait de mauvaise humeur. Si, à mon iusu, on me place sur la sellette de l'Académie, je ne veux voir que la bonne intention et la bienveillance qui m'y porte. ..

Je vous félicite de vos rapports avec M. Villemain : c'est certainement ce que l'Université a produit de plus éminent. Aucun, passez-moi le terme, ne se tient mieux sur les jambes et ne fait moins de faux pas. Son style ne fait nullement soupçonner l'homme de l'enseignement ; il y a de la gravité sans morgue, de la grâce sans affectation ; i! juge admirablement nos grands écrivains et nos grands poêles, et il s'élève à leur hauteur en en parlant ; par-dessus tout, c'est un honnête homme. J'admire comment la Providence met à profit les grandes tempêtes^ et rassemble les naufragés pour qu ils puissent se voir, s'entendre, hélas ! et se pardonner ; car, mon cher ami, nous avons été en guerre avec cet homme, et sans dissimuler ses erreurs, qui nous dit que nous avons toujours été justes à son égard et que nous avons toujours tenu compte de sa position et du possible ?

Je vous envoie un portrait: le Barbier de mon père. 0

IKTTI'.ns HK .lEAN HElinui, li;l

Page 1