‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 51 sur 103 · LE BARBIER DE MON PERE · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE MON PERE

(],uriire courte et rel)on(lio; Un tricorne comme un fronton Couvrait sa face épanouie, Une face à triple menton.

Nous cachons nos mollets, semblables A i\e^ baguettes de tambour; Mais les siens, piliers formidables, Fièrement se montraient au jour.

Quoique aiusi fait, chez la pratique Il s'en allait fort lestement, Toujours recueillant ou semant Quelque nouvelle politique.

Aristocrate sans le sou, Mais ardent comme une fournaise, A la mort du roi Louis Seize, On craignit qu'il ne devînt fou.

Dans le temps le plus difficile.

Où chacun tremblait pour sa peau,

IH'2 LETTRES HE JEAN REROljL

Il amait exhalé sa bilo

Même en présence du bourreau.

Un jour, quoique sous les menottes, Suspect de haute trahison, Il assomma trois sans-culottes Qui le conduisaient en prison.

Je crois entendre sa colère, Quand il promenait le rasoir Sur la figure de mon père Enseveli sous un peignoir.

Si la rareté de la pluie Avait desséché nos sillons, C'était la république impie Qui faisait manquer les moissons.

Le ciel punissait nos révoltes Par la main d'un autre Attila, Et nous n'aurions plus de récoltes Tant que cet ogre serait là.

Et lorsque le vent avec rage Fouettait l'averse de janvier, Et des boutiques du quartier Emportait au loin l'étalage :

LETTP. ES HE .IF. AN REROII 1f5"

'c Si\ jours (If mistr.'il s.'iiis soleil ! T)isiiil-il, le diable s'escrime; il fiiiil vivre sous ce régime Poni- voir régner un temps pareil !

" Ou ne pourra plus vivre en France : Aux Trnis-Pigoons, pour trente sons, Autretbis ou faisait bombance; Maintenant c'est à des prix fous.

(i Gouvernement et nourriture Deviennent plus chers et moins bons.

Quel siècle! quelle pourriture!

Et dans quel gouffre nous tombons ! »

.le garantis In ressemblance De cet incroyable portrait; C'est, mot à mot et trait pour Irait, Tel (|u'il est dans ma souvenance.

Un homme pareil, aujourd'hui Oii tout se transforme et tout change.

Serait une figure étrange, i*onsant à tout autre qu'à lui.

Où sont les barbiers fanatiques?

Figaro comme Almaviva, Les châteaux comme les lH)nli(|iies.

l'rennenl le monde comme il vi.

un I.KTTUF.S |)K JKAN ISFnOl'L

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