‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 61 sur 103 · A MONSIEUR JEAN R E B 0 U L · texte numérisé non relu

A MONSIEUR JEAN R E B 0 U L

Vienne; 1^' avril 1855.

Quand je n'aurais pas su déjà, monsieur, par les vers charmants que je connaissais de vous, que vous

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(Uicz poêle, je riuirais deviné sans peine à la lecture (le la lettre que vous venez de ni'écrire et à l'opinion ({ue vous avez conçue de moi dans les courts entretiens que j'ai eus avec vous. En effet, il vous a fallu tonte la fécondité de; votre brillante imagination, tandis que de mon côté je n'ai nnllemenl besoin d'imagination pour apprécier les rares (jualités (|ui vous distinguent, et en particulier cette foi vive, ce dévoùmênt éprouvé et cette modeste simplicité que relèvent encore à mes yeux le beau talent que vous avez reçu du ciel.

Je suis bien charmé de pouvoir vous renouveler ici l'expression de mon estime et de tons mes sentiments bien sincères.

Signé : Mammilii. n.

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Nîmes. ÔO mai 1855.

Mon rlior ami.

J'arrive d'un petit voyage: je viens des 6am/<'.<î- Maries, à l'cxtrémilé de la Camargue. Je vous ai sou-

ISS I.KTTHES DE .lEAN liF.liOUI,

vent parlé de la pieuse Iradition de ces contrées. Là sont les reliques de Marie, Jacobé et Salomé, saintes femmes qui étaient les servantes du Christ; ce petit voyage m'a fait du bien.

Je vous envoie ci-joinle une pièce comme un échantillon de mon savoir-faire aujourd'hui. L'idée m'a paru d'une heureuse opportunité. La science croit supj)léer à tout, c'est j)our répondre à cette prétention que j'ai écrit quelques strophes ; voyez ce qu'elles peuvent valoir.

A MONSIEUR AUGUSTE DEMIANS

ANCIEN MFMKRK 11F. l'a ? > P. M I! ( É E C O X S T I T r A \ T E

Quoique nous habilions eu des camps différente. Moi, loin de l'anarcbie, et toi loin des tyrans, Il e>t un même Dieu que notre amour célèbre : Foi qui confond nos cœurs dans sa sainte unité. Et qui, pour nous, auprès de toute autre clarié, Est ce que le soleil e>t au flambeau funèbre.

Nous nous sommes tous deux demandé bien souvent Si le siècle, enrichi par l'œuvre du savant,

LETTRES HE JEAN REBOUr, l«0

Mnrcliant pins icrmcinciil ci plii' haiil dans la vie, Si les peuples, cliercliant le bien matériel Et ne lournant jamais leur regard vers le ciel, Devaient plus provoquer la pitié que l'envie.

Oui, dussé-je indii^ner les supi'rbes esprits Et voir assimiler mes paroles aux cris Que l'oiseau de la nuit pousse vers les étoiles, L'homme, de ses deslins abdif[unnt la moitié, Jusque dans son bonheur attriste et fait pitié : A la nef sans boussole à quoi servent les voiles !

Je ne viens point, poëte ou chrétien suffisant,

Monter sur le trépied : assez dans le présent

Pour le simple croyant l'avenir se reflète.

Vois si l'orage est peint d'après les vents semés,

Et si nos entreliens ont été résumés

Dans cette vision qui n'a rien du prophète :

La science s'était assise en souveraine, Et, promenant les yeux sur son vaste domaine, Les bras croisés, disait au divin Rédempteur : « J'aurais voulu rester fidèle à tes oracles; Mais, après avoir fait de semblables miracles, L'homme peut-il encor rester ton serviteur?

« Regarde, ô Christ ! tes cieux sont pour moi sans abîme» , Les mers sans ouragan, les monlagnes sans cimes.

190 LETTRES DE JEAN HEliOl I,

Sans dépenser du temps l'espace est dévoré, .l'ai pris le mouvement dans la matière inerte. Le tonnerre s'allume et ;,Tonde eu pure per'c. .l'ai lu l'âge du monde eu son sein exploré.

« Alin d'èlre eu tous lieux au rnêmc iusiant semée. Des ailes de l'éclair la parole est armée. J'ai deviné la marche et le poids des .'soleils; Captifs d'un antre n.aîlre et d'nne autre victoire, Ces astres qui chantaient des liyn)nes à la gloire Maintenant à la mienne en chantent de pareils

« En s'égalant à toi riiumauité t'exile.

Ton culte n'est plus vrai puisqu'il est inutile.

Ton expiation est un dogme odieux.

Et, s'il est vrai qu'il soit déchu d'un rang suprèm(\

L'homme peut remonter sa chute de lui-même ;

Couche-toi dans la fosse oii dorment tant de dieux. »

Et le divin Sauveur ne daignant pas répondre^ Laissant à tant d'orgueil le soin de se confondre, Pour le siècle insolent fit sonmieiller sa loi. Seulement, aux grands jours, quelques rares fidèles Peuplaient des saints parvis les ombres solennelles. Comme un reste mourant du flambeau de la foi .

Ce reste même, un join*, finit ^ar disparaître : . La nuit complète entrait au plan du divin maître.

LETTRES DE .JEAN liEBOrr. 1«1

Et l'esprit t'gfiré chanta sur tons les tons; Et la confusion niKjuit de la parole, Et le bien et le mal oublièrent leur pôle : Le monde semblait ivre et maicber à tàton<.

L'égoïsme prit place au cœur de ro[)ulence,

i..i justice douta du poids de sa balance.

Dans le bourbier (les sens l'art courut s'abîmer.

La résignation quitta le misérable;

Nul, hors de soi, n'avait souci de son semblable.

La terre avait perdu la faculté d'aimer.

Elle tournait les yeux veis sou trésor splendide;

Mais la science et l'art ne comblaient point le vide

Qu'avait laissé l'exil du principe divin :

Tel, en face de l'or sauvé dans un naufrage,

L avare passager, sur une aride plage,

Voit la mort ariiver, faute d'un peu de pain.

Le monde sans remords, su bissant. son supplice, N'avait jamais goûté d'un si honteux calice. fj'aiitéchri.«-t aurait cru voir son règne arriver. I. 'homme ainsi, de la brute épousant la nature , Etait-il bien de Dieu la noble créalure? C'était pins que Satan n'avait osé rêver?

Une vpix (Jan^ le ciel Alors fut entendue. Afin de proclamer la vérité perdue :

19^ LETTRES DE lEAN REROUL

(( Lo ravoii au ^^lt•il a jeté ses mépris; IV'uples trop anioincux d'une science altière, Apprenez qne si l'hontiine a droit snr la matière Le Seigneur seulement peut régler les esprits. >>

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