I.KÏTIiF.S DE JEAN l'.EnnUI
Ces champs (pie, dites- vous, on veut vous enlever,
Soiil-ils plus assurés par votn; couardise?
Le barbare a-t-il fait trêve à sa convoitise?
Par votre lâcheté votre danger s'accroît:
Mi(!ux vaudrait succomber sur la brèche du droit.
Une paix ochelée es! imc paix Cacticc;
fiC repos ne peut pas durer sans la justice .
|jor>(jue l'on fait son lit sur le bord d'un écueil,
On ne saurait jamais sonmieillcr que d'iui œil,
Et, quel que soif, l'éclat du luxe qui l'enivre,
(}iii vf^ut vivre à tout prix n'a pas longtemps à vivre.
Ficre de ma doctrine, ami selon mon (O'ur, (Juun antre vante en toi le [)uissaul oralciir Commandant aux esprits par un talent sublime, ('omme l'aniie des mers commande à leur abînii\ Le juriste portant un flambeau dans la main Poiu' i^ardcr l'éipiité de broncher cm chemin. Moi, je l'admire au>si, mais dans un a\Urc rôle, Kl j'aime mieux Ion cœur encor que la parole. Tu n"as jamais, lidMe au sang de nos l'niu'bons. Voulu creuseï' la pari du goulfie on nous tombons. Tu gardas Ion honneur avec un soin avare, Ouand d'antres le vendaient au prix d'une siniarre Fl couraient sans pudeur, dans leur zèle empressé,
212 LETTRES DE JEAN IlEBOUL
Aux piods d'une auUe idole immoler leur passé! Ah! tu savais trop bien dans tu pensée amère, Combien ces marcbés-là ronrernienl de misère; Et combien, après tout, ces ignobles encans Servent, pour s'enflammer, de prétexte aux volcans ! Ta constance n'est point la rancune slupide; C'est l'amour du pays, un amour intrépide, Qui, pendant de longs jours ne s'est point démenti. Le citoyen est pur de l'homme de parti, Piien n'est intéressé dans tout ce qu'il adore, Et ton cœur sans espoir serait fidèle encore.
LETTRE LXXWIII
Voici à la suite de quelles circonstances M. Reboul re(;ut cette lettre et l'annonce d'un bienfait qui le tirait d'une situation critique.
M. Reboul, deux fois veuf et sans enfants, vivait à Nîmes dans une petite maison à lui, près des Arènes, avec sa sœur et son beau-frère, ancien serrurier, gens excellents, dont la fortune pouvait s'élever à une cinquantaine de mille francs. Un jour son
LETTRES DE JEAN lîEBOUI, Si".
beau-frère vint lui déclarer fpril avait des dettes au delà de ses ressources. Le mal remontait loin. Trop de facilité l'avait produit. Rien ne pouvait être imputé au désordre. La sœiu' et son mari étaient des modèles de vertu. M. Reboul liquida tout et appela les neveux et nièces au secours de leurs bons parents. Mais la position commune n'en resta pas moins assez embarrassée. C'est à ces embarras que la générosité de M. le comte deChambord voulut pourvoir. M. Reboul a dû certainement à ce bienfait la proloiijïâtioii de son exislence. Il n'aurait accepté de personne autre que du prince, qu'il regardait comme son roi (voir sa belle lettre, p. 61). Nous savons que plusieurs de ses amis voulurent en diverses occasions venir à son aide. L'amitié de M. de Fresne clierclia à y réussir par des voies détournées. M. Reboul fut inflexible. Un jour même il faillit s'irriter ; mais sa bonté lui revint bien vite, et Picboul renvoya doucement une somme que la poste lui avait roniiso.
Il fallut bien recourir alors à l'auguslc liéi ilier de nos rois, le seul qu'on ne refuserait pas, et encore on voit quels regrels il on coûta au pauvre poctcv
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l'.iriiif. (t.janvifr 18r)(i.
Une dos doiiloiirs de mon exil, mon cher Reboul, esl de savoir mes amis dans la peine, et de me voir souvent dans l'impossibilité de leur venir en aide autant que je le désirerais et qu'ils le méritent. C'est ce (jue j'éprouve aujourd'hui à votre sujet, surtout en me rappelant que les dillicultés de votre position sont dues en grande partie à votre dévoûment sans bornes et à votre inébranlable fidélité. Que j'aurais aimé à pouvoir récompenser dignement dans votre personne l'éclat du talent joint à une rare modestie, et qui, relevé encore par les plus beaux sentiments et la plus noble conduite, honore la sainte cause que nous servons ! Ne pouvant pas faire ce que je voudrais, je veux au moins faire ce que je puis et je charge M. *** de vous expliquer à cet égard mes intentions.
Recevez la nouvelle assurance de ma gratitude bien sincère et de mon affeclion.
Si (lue : Henrf.