LETTRE VI
Nîmes, 25 juillet 1856.
Monsieur,
Je vous remercie des démarches que vous avez faites pour moi, et surtout auprès de l'illustre orateur; vous me donnez l'espoir que M. de Chateaubriand consacrera quelques hgnes à mon volume ; je n'ose y croire.
Dans la pièce de Sainte-Hèlèno, ce n'est pas l'au-
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tciir qui parle, c'est comme le chœur de la tragédie grecque ; les deux voix disent tour à tour ce qui courait par le monde sur le compte de cet homme extraordinaire, pour qui les années, depuis le jour où il a cessé d'exister, semblent s'être transformées en vsiècles, afin de le revêtir de la nuit du temps poétique et fabuleux.
J'ai vu M. Sigalon avant son départ pour Rome ; le genre de son talent est plutôt la force que la grâce ; et si son œuvre est selon ses sentiments artistiques et religieux, nous aurons le Jugement dernier de Michel- Ange reproduit dans un second original.
Rassurez-vous*, je ne regrette nullement la condition où la Providence m'a placé ; elle a ses amertumes, sans doute, et la surveillance que je suis obligé d'observer est presque au-dessus de mes forces et dévore tout mon temps, mais il y a des compensations : le poëte y gagne en tranquillité d'esprit ce qu'il perd en loisir; mon établissement prospère et me donne un peu plus que le pain (jjiotidicn ; mais je le répète, ce n'est pas sans beaucoup de labeurs, et sans prendre sur le temps du repos des heures pour
I. M. de Fresne lui avait conseillé ilc quillei sa lioiilaiigeiie et de la remplacer par quelque occupation qui fil moins de lorl au poëto.
la muse qui, comme vous le savez., est impérieuse lèt crie : debout ! debout ! maluré toute fatitïue.
LETTRE vil
Niiues, 8 septembre 1836.
Monsieur,
J'ai lu avec une agréable surprise dans l'Essai sur la littérature amjlaise de M. de Chateaubriand, une page qui m'est consacrée. Une de mes pièces y est citée*. Je vous supplie donc de vous borner maintenant à lui témoigner ma vive reconnaissance.
J'ai jeté quelques strophes adressées à Pierre Corneille ; si vous ne les trouvez pas indignes de vous, elles paraîtront lors de la publication d'un second volume, avec votre nom en tête ; je ne puis vous donner que cela et mon inviolable attachement pour tout ce que je vous dois.
P. S. J'ai reçu quelques lettres bienveillantes des universités d'Allemagne.
\ La pièce cilée par M. de Chateaubriand est l'Ange et l'Enfant.
LETTRES DE JEA?i REBOUL 50
Voici un IVagmeiil de la pièce en question :