‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 94 sur 103 · LETTRE CXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIX

Nîmes, 19 mai 18fi2.

Mon cher ami,

Laissez-moi vous dire avant tout que je sors d'une cérémonie qui m'a louché jusqu'aux larmes. Avant son départ, Monseigneur a dit la messe, assisté de cinquante ou soixante prêtres qui l'accompagnent à Rome ; l'église était comble ; à côté d'habits noirs il y avait des haillons; le devant de l'église était encombré par une foule pleine de sympathie pour le courageux prélat.

La visite de votre lîls me met tout en joie ; j'espère que sa charmante compagne et lui voudront bien accepter un modeste déjeuner au mazet.

Que vos chers enfants viennent donc et vite ! Nîmes est magnifique dans ce moment ; c'est un jardin ; les chaleurs n'ont encore rien terni ; cela vaut l'Italie par les monuments et les sites, et benucoup plus par

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l'esprit. Je suis persuadé que votre belle-tilIc en sera eiichantco, surtout si nous poussons jusqu';"i Aigues- Mortes, comme je l'espère. Je crois que Marcelliu ne connaît pas ces plages, pleines des souvenirs du saint roi. Ce petit voyage serait pour lui, je n'en doute pas, un pèlerinage.

Adieu, je vous éoris à la hâte, sans relire ma lettre.

P. S. — Laissez-moi vous dire que, malgié votre envoi, je n'accepte que votre patience; ce sera assez pour votre générosité et pour ma reconnaissance.

I, I TTIiK CXXX

Du niazet, 8 juin 1802.

Mon cher ami,

J'ai reçu vos enfants du mieux qu'il m'a été possible. La visite à Aigues-Morles fut charmante. Le soleil se montra bon prince et ne daigna se l'aire voir (ju'à travers des nuages bienfaisants. M. lMnlip|)e Viiïne fut (M)mme à l'ordinaire notre cicérone et s'ac-

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()uilla de son emploi avec une <^ràc<' appréciée par tous. J'aurais voulu donner à vos enfants le Iroisième jour pour la visite aux monuments ; mais j'étais pris pour le mariage d'une petite nièce ; mon absence aurait été, peut-être, mal interprétée, malgré toutes excuses, par des gens simples et à qui j'avais dit de compter sur moi. J'ai cru devoir leur épargner le chagrin de ne pas m'avoir, d'autant plus que tous me respectent et sont pleins d'attention pour moi. J'espère que Marcellin saura apprécier ces raisons. Sn l'cnime est charmante': absence complète de toute mièvrerie de salon parisien ; elle s'entretenait avec ma bonne sœur avec une simplicité adorable. Daignez lui offrir mes hommages et surtout mes regrets de n'avoir pas pu remplir lout mon programme.

C'est aujourd'hui la Pentecôte, la fête du Saint- Esprit. Puisse-t-il descendre avec toutes ses lumières et toutes ses bénédictions sur la catholicité assemblée maintenant à Piome ! Que la Providence est admirable î Toutes les leçons qu'elle nous donne, toutes les

1. Elle est pelile-lille d'un des généraux les plus populaires do l'Empire, et 1' plus digne de celte popularilé non-seulement par ses hauts faits et sa valeur, mais encore par son noble et généreux cœur, le liaron Danmesnil, défenseur do Vinceiines en 1814.

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ô|>r<'Uvo.s (m't'lle nous lait Miliir sont des hicnfails. 0"i sp serait attendu à celte grande manifestation qui semble nous ramener aux ferveurs deS' premiers temps de l'Église ? Plus que jamais nous devons adorer la main qui nous châtie pour nous purifier. Entre nous, ce malheureux pays d'Italie avait besoin d'être passé au crible ; l'ivraie v aurait étouffé le bon grain. Il y a des émotions qui no peuvent se traduire que par des larmes; je pleure comme chrétien et comme Français. La joie de l'un et de l'fiutre est égale. La France a une très-grande part au triomphe. Les mains, quoique chargées de chaînes, ont fait le signe de la croix, et le bâillon n'a pas pu l'empêcher de confesser son symbole d'une manière éclatante. Une fois encore le Lion de Juda a vaincu; que la force brutale fasse maintenant ce qu'elle voudra; aucune violence ne peut effacer la victoire du représentant du Christ sur la terre.

Avez-vous, mon cher ami, réfléchi au phénomène qui se passe de nos jours V Dans cet affaissement moral des pouvoirs humains, comme aux quatrième et cinquième siècles, les peuples send)lenl cherchei' un autre abii. Cela vous expli(|ue ces empressements auprès de l'Kglise, ces étrcnnes, ces baisers donnés

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p;ir lies eiilanls qu'ello n'a point portés. Jamais la Providcnco n'avait, d'une main pins ferme et d'une encre plus lisible, écrit ses intentions comme elle le fait aujourd'hui. L'Ilalie me fait l'effet d'un de ces cadavres de suppliciés que la justice humaine suspendait autrefois sur le grand chemin, afin d'épouvanter l'hahituile du crime. Plus qu'en tout autre temps, nous devons, je le répète, bénir la main qui nous châtie. // ntj a point de paix pour l'impie. Cela est vrai pour les ijidividus commp pour les nations ; leur apparente prospérité ne les engraisse que pour les appétits de la mort, •

Adieu, j'allais vous dire encore bien des choses, mais la messe, la giand'messe, est aujourd'hui d'obligation. Je vous quitte pour le banc-d'œuvre où je vais m'asseoir en bon mart'uillier.

LETTP.E CXXXl

Nîmes, 16 juin 1862.

Je suis dans le labeur de l'enfantement d'une pièce sur les événements du jour, la canonisation des mar-

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tyrs du Juptui i|iii lut proclamée à Rome, le jour de la Pentecôte 1802. Vou.s la recevrez demain ou après. Faites, je vous prie, qu'elle paraisse en temps opportun. Quoique ma Icte soit ailleurs, je voudrais vous faire quelques observations sur votre avanl-dernière lellre : il y a là, chez vous, mon cher ami, de l'exagération. Sans doule les scandales de l'autel brûlent le Iront de Dieu. Cependant tout le mal ne sort pas de là. Ce qui est en dehors du sanctuaire fournit son conliui^ent et a sa responsabilité. Vous me permettrez, j)our celte fois, de me ranger du côté de Voltaire qui dit quelque part, que, dans' les temps les plus corrompus^ r ordre relidieux est toujours infiniment- moins atteint que les autres. Déjà, avant votre lettre, j'avais exprimé votre opinion, mais non pas dans le sens absolu.

Adieu, je n'ai pas le temps de vous en dire davantage ; une surabondance d'hémistiches coule dans mon cerveau. Je suis monté, le fer est chaiid, il faut le battre.

-,110 l.LTTRKS UK JEAN I5K15ULI.

LA PENTECOTE DE 18 6 2.

« Vous qui voulez le voir et l'adorer encore,

« II;itoz-vous, car on va le descendre an tombeau ;

V Le Christ est dépouillé même de son loseau,

« Ce soleil éternel n'était qu'un météore. »

La liaine des pervers, le mensonge vénal,

Le palais parfumé, le bouge mépbilique

Répétaient à l'eiivi ce lugubre cantique,

Va 'ous croyaient touclur au triomplie du mal.

Le fidèle, témoin de cet excès d'audace.

Se désolait d'avoir vainement combattu;

La foi faisait a|ipel à toute sa vertu

Et priait le Seigneur de dévoiler sa face :

Quand viendra ton moment, Dieu vengeur d'Israël !

L lisseras-tu Baal envahir ton domaine?

l\egarde, et prends pitié de la faiblesse humaine;

Le calice épuisé s'emplit encor de fiel !

La pierre du salut est traitée en argile ; Ton fils, ton divin fils, ri'est-il plus le Dieu fort? Des fentes des rocliers qu'avaient brisé sa mort, N'est-ce pas toi qui fis sortir son évangile?

lETTI'.ES DE JEAN P. EU 011. T-lll

Pourquoi brûler lu main (|iii iIl'iU loii (.'lueiisoir^ El le Dieu d'Abraham iic s'est plus fait atlfiidrc, Et, (lépoiûllaiil le sac, et secoiianl la rendre, Le croyant se relève el rayonne d'esiioir,

Le Pontife a prié sur les os de saint Pierre ;

Dans la crypte sacrée il a versé des |)leurs,

Kt l'apôtre a daiifné (•(nisciller ses doideurs,

Car la nuit de sa tombe est pleine de lumières.

i> J'ai reçu le flambeau des saintes vérités;

Dieu l'a, (11' main en main, fait passer dans la tienne :

Dans les jours (pi'il te fait, mon fils, cpi'il te souvienne

Qu'on n'a \)n d iirs mon sanc; éteindre ses clartés.

Le ciel me lit parler, parle par ma parole;

Définis les devoirs des peuples et des rois.

Nul bruit n'est assez grand pour étouffer ta voix :

Ta voix retentira de l'un à l'autre p(Me ;

Le Christ a préparé le cœiu' de tes enfants,

Il a vanné son ijiain et nettoyé son aire,

Pour qu un froment plus pur eoil semé sur la terre,

Et que la foi renaisse à des jours triomphants.

Tu vas, martyr comme eux, décerner la couroime A ces saints confesseurs, premiers fruits du Japon, Tombés en disputant leur patrie au démon,

Po'ir un i.ieliat futur riche et féconde aumône!

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