I.FTTRE CXXXV
^îlnes, 9 septembre 186'2.
Mon cher ami,
Je vous remercie mille fois de voire bonne lettre ; vous êtes mieux et je m'en réjouis ; cela a calmé les blessures faites à la vanité du poëte, blessures qui tournent toujours à son profit. Il est bon, quand on est grisé, que quelqu'un vous reconduise à votre gîte. Je laisserai dormir la pièce pour la revoir de sangfroid.
Mille fois merci encore de la lettre qui termine votre envoi, c'est une des plus belles du prince! Quelle magnifique brièveté ! quel sentiment de dignité royale est répandu dans quelques lignes ' et
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qu'un est fier île rester fidèle à une cause qui a le bonheur d'avoir un tel chef! Ce n'est pas pour rien que Dieu l'a comblé de ses dons; il y a là une espérance qui ne mentira point.
I RTTi'.i-: r, XXX VI
iNîmos, 19 scptemljie 18(12.
Mon cher ami,
Je commence par vous dire que la multiplicité de vos lettres me donne un réjouissant bulletin de votre santé; je suis presque tenté de vous dire : Coniinuei-^ la belle Arsène ! Vous me faites grandement plaisir; je dis grandement pour ne pas employer le mot marseillais.
La fin de votre lettre à M. Foucher de Careil est d'une politesse du meilleur goût. Vous êtes au surplus bien bon de vous casser la tête et de vous occuper de ces rêveurs allemands ; il v a longtemps que j'ai connnandé au portier de mon esprit, si ces messieurs venaient me demander, de lem* dire qwe jen'u
M'TTIi KS [)!•: .li:\N RKBOIJL 309
suis pas. (les vieilles erreurs mises à la sauce des nouvelles ténèbres, m'ont paru toujours très-indigestes. J'en ai dit un mot dans rilomélie, j'ai parlé
De ce leurre (Heinel où se prennent les sots, La pompe de l;i phrase et le ronllaiil des mois.
Je ne sais pas si vous reconnaîtrez Renan dans ces deux vers ; car, d'après vos dernières ciitiques, je vous tiens homme à ne pas reconnaître le soleil dans l'astre du jour; ceci me ramène à la pièce «îu' Rois. Votre version ne dit pas tout ce que j'ai voulu dire. Il y a, il est vrai, dans la mienne, des vers mal venus qui seront corrigés. Je vous l'ai déjà dit, je laisse reposer la pièce dans le tiroir, afin de la reprendre avec un esprit moins fatigué et plus clairvoyant.
Yeuillot ma écrit une lettre pleine d'éloges au sujet de la Pentecôte. Quoi(iue plusieurs lettres de lélicitations me soient parvemies au sujet de cette pièce, je ne sais si la politesse n'entre pas lui peu dans le suffrage de notre ami ; je ne veux pas vous en dire les termes, ce serait quitter la plume pour l'encensoir, qui est un engin dont la bienséance di l'end de se servir pour soi-même.
Rien n'est plus dil'licile à l'aire «pi une prière; la
pieté sincère seule y réussit ; celle de notre ami Dcsmarets est prorontiément sentie. Elle résume bien des douleurs qu'elle voudrait consoler, et se sent du milieu où elle a été inspirée.
Je veux parler de ces misères sans résignation qui sont plus particulièrement le lot des populations industrielles oîi Dieu n'est plus un recours et où le ventre seul a faim. (j,^i,^i .,.rly ^y^tiu^
LETTRE CXX.WII
Nîmes, 14 novembre 18(i2.
Mon cher ami,
Pardonnez-moi de vous entretenir d une pièce qui n'a pas su vous plaire: la pièce aux Rois; j'ai lait des corrections et des suppressions ; j'espère, si je ne me trompe, que vous reviendrez sur votre première opinion. Je n'affirme rien; les poètes comme les maris sont toujours les derniers à s'apercevoir des infidélités de leur compagne.
Cependant je veux, malgré tout, vivre en bon nié-
LtTTHtS DE JEAN REBOIL . .">11
liage avec le« Muscs. J'ai projet de faire un pendant à ma pliilippique, et après avoir parlé aux Rois, de parler aux Peuples, qui ne sont pas moins coupables. Quand l'air est empoisonné, tout le monde en prend sa part ; eux aussi sont déjà châtiés et la parole sainte est justiliée. Malheur au peuple qui ahréije le rè(jne de ses rois !
Je crois qu il y aura dans ini tel sujet de beaux vers à faire. Je vais au premier jour recommencer à remonter le roc (|'ii retombe toujours. Ce rôle de Sisiplic littéraire est dans ma destinée ; qui a bu boira. J'allais vous citer aussi Tantale, mais la mythologie Il est plus de mode. Si nous sommes barbons, lâchons de ne pas le paraître,
Voici la pièce citée dans cette lettre :