‹ Lettres de jeunesseChapitre 13 sur 32 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Paris, le 22 juin 73.

Mon pauvre Georges,

TU as raison mille fois. Je suis très peu généreux de ne pas t'écrire. Et aujourd'hui même je ne t'écris pas encore. Je t'envoie tout simplement quelques mots pour te consoler s'il est possible, et pour te prier d'avoir pitié de ton pauvre ami Bloy qui livre en ce moment la plus grande bataille de toute sa vie et qui ne sait où donner de la tête.

Il m'est arrivé les choses les plus extraordinaires et les plus incroyables et LES PLUS HEUREUSES. Inutile de chercher, tu ne devinerais pas, quand même tu aurais la pénétration de notre grand Amiral, qui en a été étonné et qui ne devinait certes pas. Mais cela demande une lettre un peu longue et à ce propos j'aurai quelques observations à te faire sur certaines

choses que tu oses me dire. J'ai lu tes lettres à M. d'Aurevilly qui m' a dit : Ecrivez à Georges qu'il a raison de m'adorer, car je n'aime personne plus que lui.

L'excellente Justine t'enverra demain le 3^ et dernier article sur Grégoire VIL M. d'Aurevilly, de chez qui je sors à l'instant, vient de me le lire et je t'assure que rien de plus beau ni de plus grand n'a été écrit. Les deux articles précédents si admirables et si lumineux ne sont pourtant que comme le trépied matériel sur lequel vient de s'allumer cette flamme. Non ! c'est inouï ! Je pleurais en l'écoutant et je suis encore tellement pénétré que je me sens honteux de ces phrases vaines que voilà !

A bientôt, je te le promets et tu peux compter sur d'étranges nouveautés.

Conserve bien tous les journaux et rapporte-les ; j'y compte.

Je t'embrasse.

Léon-Marie Bloy.

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