LETTRE III
Dimanche, i6 juillet, 71,
Mon pauvre Georges,
JE suis, en effet, à Périgueux et sans doute pour longtemps. J'ai résolu de m'y fixer. Ma présence est nécessaire à mes parents.
Si je le pouvais je ne t'aurais pas écrit. Mais tu m'aurais vu à Bordeaux ce soir.
Pauvre ami ! tu es toujours malheureux. Je le conçois, mais je veux essayer de te consoler.
Tâche d'obtenir un congé de huit jours ou de deux, ce que tu pourras et viens ici. Mes parents te verront avec plaisir. Je t'installerai à la campagne, dans une vieille maison délabrée au milieu de la solitude. Nous serons là tous les deux et je ne désespère pas de t'arracher à cette affreuse mélancolie qui perce dans ta lettre et dont je ne connais que trop les terribles effets.
Ainsi c'est entendu, je t'attends dans deux ou trois jours. Donne à tes chefs une raison quelconque. Tu reviens de captivité et tu n'es pas même classé encore, à ce que je vois. Tu ne peux donc essuyer de refus.
Je suis aussi pauvre que jamais. Cependant je trouverai bien quelques sous à t'envoyer pour ton voyage si c'était nécessaire.
Compte toujours sur moi et écris-moi promptement pour m'instruire de ta résolution.
Ton frère dans la vie et dans la mort.
Léon-Marie Bloy.
2, rue Séguier.