‹ Lettres de jeunesseChapitre 5 sur 12 · A DES OISEAUX DE PASSAGE · texte numérisé non relu

A DES OISEAUX DE PASSAGE

Tribu nomade, oiseaux dont l'aile vagabonde Déserte avec l'automne et revient au printemps, Quand, libres d'égarer vos désirs inconstants, Vous avez fait par an deux fois le tour du monde,

Vous qui cherchez des heux que le soleil féconde, Où la fleur en plein air vive heureuse et longtemps. Des golfes où jamais n'aient soufflé les autans, Des bois qu'apparemment jamais l'été n'émonde;

Vous qui montez des mers, vous qui volez des monts, Si vous savez les champs dorés que nous aimons. Le climat où notre âme, elle aussi, voudrait vivre.

Si vous savez un lieu dans tout notre univers Où la nuit n'ait pas d'ombre et les deux pas d'hivers, Oiseaux, quand vous partez, oh! laissez-moi vous suivre! 17 décembre 1841.

LE TEMPS s'Écoute

Si, par un de ces jours de septembre où l'on doute Que l'air ait une haleine et les champs des échos, La barque un aviron pour secouer les flots, Le ciel un astre en feu pour éclairer sa voûte.

Jour morne et qui succède à de beaux jours sans doute. Si vous parlez au pâtre, — en gardant ses troupeaux. Le naïf astrologue alors vous dit ces mots : « Que la brise est au calme et que le temps s'écoute. *

Mot profond qui veut dire apparemment qu'après Avoir pendant l'été du rivage aux forêts En mille et mille ardeurs éparpillé sa sève,

Prise enfin de regrets, de fatigue et d'ennui. Gomme un cœur amoureux que l'espérance a fui, La nature un moment se tait, médite et rêve.

14 décembre 1841.

De la cour d'assises, le 14 février 1842.

Le monde où nous vivons a l'air d'un grand tréteau Où chaque homme, à son tour, \ient, grotesque poupée D'héroïsme, d'orgueil ou de vertu drapée. Débiter, sans l'entendre, un bout de libretto.

Un siècle passe : on change un chiffre à l'écriteau; D'ailleurs, qu'ils aient un sceptre, une lyre, une épée. Que ce soit Spartacus, ou Lycurgue, ou Pompée, Tous ont un masque au front. Dieu leur prête un manteau.

Puis, quand l'âge est venu de quitter leur dépouille. Quand le sceptre se brise ou que le fer se rouille. Que le masque est usé, vide, percé, sanglant,

Chacun dans la coulisse, à la fin de son rôle. Va chercher son dernier costume, et sur l'épaule Pour uniforme à tous on leur jette un drap blancl

Il est une autre pièce, très longue, terriblement conventionnelle d'allure, pleine de réminiscences, mais facile et d'un large souffle lyrique, dont il convient de donner ici de courts fragments.

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