XVI PRÉFACE
en lui et sur ses limites. Il aimait déjà à faire des vers, et l'ont sait assez quel devait être plus tard son succès de poète délicat et familier. Il avait un jour envoyé quelques essais poétiques à Laurent- Pichat, poète lui-même, mais d'une inspiration plus romantique. Laurent-Pichat avait loué comme il convenait le bon sens gracieux de son ami, et réclamé, semble-t-il, un peu plus d'essor vers l'idéal. Eugène Manuel lui répond gaiement par une longue lettre oii il se décrit et se définit avec une modestie narquoise et clairvoyante qui est d'un fin critique. Il s'amuse à parler de luimême à la troisième personne, comme s'il s'agissait d'un autre. « Notre ami Eugène, assez délicat observateur des petites choses,... les isole et les dessine au trait; — son imagination a la qualité des lunettes achromatiques. -^ L'habitude d'enseigner y est pour beaucoup, mon cher Laurent : les beautés qu'on enseigne, il faut qu'on les prêche. Ce pédantisme de l'expérience, dont vous parlez, est une des nécessités du métier qu'il fait. » — Il est probable, en effet, que l'habitude d'analyser, indispensable au professeur comme au critique, peut faire quelque tort à la faculté d'imaginer. Mais nous avons vu que, chez Manuel, le don préexistait à l'habitude, ce qui est sans doute la règle chez tous les vrais critiques, sans excepter un Sainte-Beuve. — Et plus loin : « C'est à la prose.