XXII INTRODUCTION
et surtout, lorsqu'il est seul en tournée, à celle qui a si noblement partagé son existence, à la femme aimante et dévouée qu'est Madame Eugène Manuel.
Les lettres appartenant à cette période ont été également conservées. Nous en avons opéré le classement qu'Eugène Manuel n'avait pas eu le loisir de faire. Elles sont plus courtes, d'un caractère plus libre, plus abandonné; l'auteur s'y manifeste moins, l'homme y apparaît davantage. Poète très goûté, écrivain apprécié, universitaire de premier ordre, Eugène Manuel avait alors à sa disposition d'autres moyens pour exprimer ses opinions et ses sentiments, et ce n'est pas seulement à ses correspondants, malgré le charme et le pittoresque de certaines de ces lettres, qu'il confiait le meilleur de ses pensées.
Et puis, tout avait changé autour de lui avec une rapidité prodigieuse. Les chemins de fer, dont il n'avait pas encore pu profiter lors de son premier départ de Paris pour la province, avaient rendu moins pénibles les séparations; les communications postales étaient devenues plus promptes et moins coûteuses. Au lieu d'une longue lettre écrite en caractères minuscules sur papier pelure, et que l'on confiait parfois, pour des raisons d'économie, à des amis de passage, ce sont en général des billets de quatre petites pages au plus qui sortent de la plume d'Eugène Manuel; la dépêche pneumatique, la conversation téléphonique contribuent à diminuer le nombre des lettres et à les écourter. La mode n'est plus aux longues épîtres.
Du reste, la situation de ses principaux correspondants s'est modifiée. Très jeune , Eugène