‹ Lettres de jeunesseChapitre 2 sur 60 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

lution de février, les journées de juin et la transformation de l'esprit public, la présidence de Louis-Napoléon et le coup d'État. L'auteur de la correspondance n'y est pas mêlé directement, mais il s'y intéresse avec passion et note en spectateur très intelligent le contre-coup des événements sur la société provinciale qu'il voit de près. Tout ce passé, à ne regarder que les dates, ne semble pas très loin de nous : la correspondance s'ouvre en 1842, elle se termine en 1831. Les hommes qui ont aujourd'hui passé la soixantaine ont vécu dans leur enfance et leur jeunesse au milieu des témoins ou des acteurs de ces événements. Et cependant, à lire ces lettres, qu'on sent toutes pénétrées de vérité, on s'aperçoit combien de choses ont changé. Les générations nouvelles vivent dans une atmosphère toute différente. Par les idées, par la manière de vivre, par les préoccupations habituelles, cette société, qu'un peu plus d'un demi-siècle sépare de nous, semble déjà reculer dans le passé en s'effaçant de plus en plus. Elle est juste assez récente pour que nous puissions encore contrôler l'image qu'on nous en donne, et elle est assez lointaine pour que les détails mêmes, insignifiants aux yeux des contemporains, nous en deviennent précieux et attachants. Elle revit dans ces lettres avec ses traits propres, ses qualités et ses défauts, en partie surannés, en partie aussi révélateurs des

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