‹ Lettres de jeunesseChapitre 24 sur 60 · Sermon Sur la Providence, 1" point · texte numérisé non relu

Sermon Sur la Providence, 1" point

Encore une fois, où est la poésie, où est la vivacité? l'harmonie, la richesse des images, l'élégance, le sentiment? — dans Bossuet! Boileau a fait seulement des vers, c'est-à-dire qu'il s'y trouve les syllabes voulues et la rime; pas autre chose. Mais Bossuet offrait une suite de phrases harmonieuses; pleines de mots choisis, où l'imagination a réuni les idées les plus gracieuses et la religion ce qu'elle a de plus poétique.

Tu as donc vu qu'il peut y avoir de la prose poétique et des vers (je ne dis pas de la poésie) prosaïques ; il me reste à te bien montrer ce que c'est que la vraie prose prosaïque, et la vraie poésie poétique, Des exemples valent mieux que ce qu'on peut dire. Voici de l'André Chénier; c'est de la vraie poésie, de la poésie douce.

Le voyageur, passant en ces fraîches campagnes,

Dit : Oh! les beaux oiseaux! Oh! Les belles compagnes!

Il s'arrêta longtemps à contempler leurs jeux,

Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux,

Dit : Baisez, baisez-vous, colombes innocentes!

Vos cœurs sont doux et purs ! et vos voix caressantes!

Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat

Se plie, et de la neige effacerait l'éclat ' !

Voici maintenant de la poésie forte, c'est encore du Chénier :

Quand, au mouton bêlant la sombre boucherie

Ouvre ses cavernes de mort, Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie

Ne s'informe plus de ton sort!

Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine.

Les vierges aux belles couleurs, Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine,

Entrela<.'aient rubans et fleurs,

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