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Frère du conventionnel

quatre-vingts variétés de roses. Nous avons beaucoup causé botanique, tant dans la visite que nous lui avons faite que durant celle qu'il nous a rendue il y a trois jours. En plein hiver, Tan passé, et quand tout était couvert de neige, il avait dans sa serre quatre cents camélias en fleurs. J'aime ces goûts dans un vieillard; je le trouve plus vénérable d'aimer les fleurs avec cette passion-là. J'irai quelquefois le voir pour causer de ses fleurs et du temps passé : il loge seul avec quelques domestiques.

Dimanche, à quatre heures, par un temps très pur, mais un peu froid, nous sommes allés, maman et moi, au Parc, qui est à un quart de lieue de la ville, au bout d'une longue avenue, dans un beau site. C'est la seule promenade que j'aime à Dijon, parce que c'est grand, désert et triste : des pelouses comme à Versailles, de grands arbres, des bancs gris singulièrer ment taillés; la rivière d'Ouche qui passe au bout et qui est bordée de saules, de peupliers et de bancs de pierre; de loin, une petite île et un pont. Il n'y avait pas plus de cinq personnes dans tout ce parc; quelques pauvres Tyroliens, assis sous un arbre, et qui chantaient des airs de leur pays; de longues allées toutes parsemées de feuilles jaunes qu'on ne balaie pas ; quelques plantations de sapins, vert foncé, comme en deuil; il n'y avait plus, dans l'herbe des pelouses, que quelques fleurs jaunes et du plantain. J'y ai cependant trouvé cette petite marguerite, toute seule, que je t'envoie, chère Valérie.

A son frère Arthur.

23 novembre 1846.

Un ouragan terrible a éclaté hier soir sur Dijon; c'était un vent à emporter tous les clochers de la ville, et il n'en manque pas ici; j'écoutais, au coin de mon feu, les sifflements de cette tempête, et je me demandais ce que vous faisiez à Paris' dans ce même moment, si votre ciel était aussi noir, vos rues aussi sales; je m'imaginais vous voir autour de la table de la salle à manger, lisant, à quelques parents ou voisins, des passages de la lettre que vous aviez reçue de moi le matin, et vous demandant aussi ce que je faisais alors. — Quand je pense que nos vies s'écoulent ainsi parallèlement, à Paris et à Dijon, sans que nous sachions jamais ce qui nous occupe au même instant, vous là-bas, moi dans ma petite ville!... Aucun moyen de le deviner! aucune correspondance électrique! Riez-vous au moment où je suis triste? Vous attristez-vous au moment où je suis gai? Ni vous ni moi ne pouvons le savoir, à moins de faire, chacun de notre côté, un tableau complet de nos occupations et de nos sensations, de façon à les comparer jour par jour, heure par heure

Le Bourguignon est ami de la vigne, c'est-à-dire ami de la terre. Comme le paysan de Michelet, il a concentré ses désirs et ses afl"ections sur ces coteaux bénis qui l'enrichissent et lui mettent la joie à Tâme. Presque point de plaines ni de blé en Bourgogne; c'est ce qui explique le prix extraordinaire du pain, en ce moment, à Dijon et dans tous les environs: ces

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