‹ Lettres de jeunesseChapitre 38 sur 60 · Sa mère l'avait quitté le 13 novembre · texte numérisé non relu

Sa mère l'avait quitté le 13 novembre

milliers de collines sont toutes, jusqu'au sommet, couvertes de vignes; on profite des moindres ondulations du terrain pour y établir quelques ceps qui produiront du Bourgogne; — les terres en friches, les montagnes presque stériles sont encore appropriées à cet usage. Toute la Bourgogne est ainsi partagée en des milliers de clos de vignes, depuis ces clos fameux qui appartiennent aux plus riches propriétaires du pays, jusqu'à ces misérables petits champs, qui ne produisent pour leur pauvre possesseur qu'un raisin rabougri et un vin sans valeur. Tous les boutiquiers de Dijon, tous les négociants^ les pauvres même, ont leur clos à une ou deux lieues d'ici. Le dimanche, en été, la ville entière s'en va visiter ses clos, planter ses échalas, couper les pousses trop luxuriantes; leur ambition est d'agrandir cette possession souvent bien mesquine. Le clos voisin est à vendre? ils l'achèteront, ils feront entourer le tout d'un mur ou d'une palissade. S'ils n'ont pas encore de clos, ils aspireront sans cesse à s'en procurer un; ils mettront tous leurs soins, toute leur activité à devenir propriétaires d'un vingtième de colline ou d'un arpent de mauvaise terre pierreuse, qui sera leur vignoble chéri 1 ils économiseront dans cette intention; et ce n'est pas dans dans les affaires, dans les grandes entreprises qu'ils placeront leur argent. Dùt-on leur promettre des bénéfices considérables, ils aimeront mieux acheter ou agrandir un clos! Ils feront leur vendange dans le pressoir commun du village voisin; et quand même il ne leur reviendrait en tout qu'une demi-pièce, peu importe! c'est leur vin ! ils ont dans leur cave du vin qu'ils ont fait! du vin de leur clos! M. B..., le teinturier, a son clos; M. d'Audiffred a le sien; M. Lebas vient d'en

LETTRES DE JEUiNESSE.

acheter un en face du sien; M. Narcisse voudrait avoir le sien! — et ainsi de tous les autres.

A son ami Grenier.

30 décembre 1846.

Est-ce bien vrai? Tu pars pour la Grèce *? Heureux jeune homme! — à vingt-trois ans, et avec ce que tu sais, et tel que je te connais, faire ce voyage, le plus beau des voyages! que ne puis-je te suivre! et pourquoi la Grèce est-elle si loin?

... 0 ubi campi Sperchiusque, et virginibus bacchata Lacœnis Taygeta! 0 qui me gelidis in vallibus Hœini Sistat^...

Sans doute tu verras Rome en passant? Et puis après Athènes, Corynthe, Thèbes, Sparte, le Péloponèse ! tous ces noms qui font tressaillir ! qu'on ne peut prononcer avec calme! — Ah ! si tu n'étais pas ému, à l'idée d'aller en Grèce! — Chateaubriand, Lamartine, les relis-tu? Heureux ceux qui peuvent parler de la Grèce et qui ont vu la Grèce! qui, parlant de Thucydide ou de Sophocle, peuvent dire : « J'ai vu le Pirée, j'ai vu le théâtre de Bacchus, j'ai vu les flots de la mer Egée et les collines bleues de l'Eubée! j'étais ici, puis là! j'ai cherché Sparte! » — Tu pars, m'a-t-on dit, avec Rigaud, Burnouf, Roux, Benoît, Lévesque; qui encore? Et quand pars-tu? Et avec quelle intention? Et que feras-tu en Grèce? Qu'en rapporteras-tu?

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