‹ Lettres de jeunesseChapitre 4 sur 60 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

besoin pour se dé^'^elopper. Eugène Manuel, plus tard, paraissait souvent froid à ceux que le hasard mettait en relation avec lui. Cette froideur n'était qu'apparente : c'était la réserve d'une âme qui avait besoin de sympathie pour s'épanouir, mais qui renfermait en elle-même des trésors de sensibilité. Aussitôt que la glace était rompue, on le voyait tel qu'il était et on l'aimait; mais il fallait pour cela que l'âme à laquelle il avait affaire fût de la même qualité morale que la sienne; sinon le malentendu persistait. De nombreux passages de ses lettres nous le font voir sous ce double aspect. En voici un, tiré d'une lettre à Laurent-Pi chat, où le fond vrai de sa nature se montre à l'improviste. d'une manière charmante. Il s'agissait pour lui d'une place à l'École d'Athènes, qui, à certains égards, le tentait fort. Il la refuse pourtant. D'abord il n'a pas le courage d'aller si loin des siens. Mais, en outre, les jouissances qu'il goûterait là-bas lui semblent a,voir un caractère trop personnel, presque égoïste; et il s'écrie ; « Moi! j'irais donner deux ans de ma vie à des jouissances que je ne partagerais avec personne! » Il a besoin de partager ses joies : voilà le mot décisif qui lui échappe presque malgré lui.

On comprend qu'avec cette sensibilité vive et facilement effarouchée, chaque changement de résidence fût pour lui, plus que pour d'autres, une

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