PRÉFACE. IX
rte d'épreuve. On le voit d'abord sur la défensive, attentif à juger les figures inconnues, prudent à juger et à s'engager. Peu à peu sa nature jiïectueuse s'apprivoise et s'attache; quand un nouvel arrêté ministériel lui impose un autre déplacement, il sent qu'il laisse derrière lui un peu de lui-même. Les choses, comme les hommes, le prennent doucement. Quand il arrive à Tours, son regard cherche d'instinct les belles montagnes du Dauphiné, et il est d'abord assez injuste pour la Touraine. Au bout d'un an, quand il doit revenir à Paris, qui est pourtant le centre de ses affections et l'objet de tous ses désirs, il sent malgré lui une mélancolie qu'il ne veut pas dissimuler, et il écrit une jolie page sur cette double et contradictoire tendance de son âme : « Voilà donc la disposition où je suis : heureux, jusqu'à ne pas croire à mon bonheur; triste, jusqu'à ne pouvoir m'expliquer ma tristesse ».
Une autre raison qu'il avait eue de ne pas aller à Athènes mérite aussi d'être notée : c'est qu'il ne voudrait pas se trouver éloigné de la France, au moment où il s'y passe ou s'y prépare tant d'événements intéressants (lettre du 10 août 1849). Nous avons là encore un aveu significatif. Eugène Manuel est, sans doute, à bien des égards, un classique et un artiste; mais il n'est pas un dilettante, ni un homme indifférent à la vie contempo-