Happelona qu'Eugène Manuel était professeur de seconde
il mène en secret la vie la plus scandaleuse; car il n'y a rien de plus connu en province que les choses secrètes. — II a Tœil faux, la parole grave et mielleuse, les lèvres minces, et les ongles crochus. Quand nous nous serrons la main, je crois toujours sentir quelque pression diabolique; — celui-là m'attire encore moins que Tautre.
M. P... et M. C..., professeurs de physique et de géométrie, sont mariés, vieux et pères; je n"ai que peu de rapports avec eux, et nous sommes ensemble mutuellement polis, sans arrière - pensée ; excepté pourtant qu'ils sont depuis quinze ans professeurs ici, qu'ils vont vers la cinquantaine, et que je gagne presque autant qu'eux; il y a toujours, dans l'Université, un ressentiment secret des vieux contre les jeunes, et ce n'est pas impunément que je n'ai que vingt-trois ans; — il y a de plus une certaine colère contre la jeune École Normale, qu'on trouve exigeante et envahissante! M. B...* n"a pas seul cet amer mécontentement!
Le professeur de rhétorique est un honnête et excellent garçon, d'un dévoûment admirable pour sa famille qui est pauvre. Son père est un ancien instituteur primaire du côté de Rlâcon. — Il a pris deux de ses frères à sa charge; il les fait travailler; il les prépare à l'École Normale ; il se tue en répétitions, pour suffire à de si honorables nécessités. Celui-là donc, je l'estime; je l'appelle B... tout court. Nous nous serrons la main cordialement ; il vient me voir, et je vais le voir. — Mais hélas! de l'estime la plus profonde, de l'amitié la plus réelle, à la sympathie, il y a loin! — Cet excellent B..., ce cœur si droit, cette