‹ Lettres de jeunesseChapitre 43 sur 60 · DÉPÈCHE TÉLÉGRAPHIQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

DÉPÈCHE TÉLÉGRAPHIQUE DE PARIS

Vendredi matin, 11 heures.

« Le gouvernement républicain est constitué; la nation va être appelée à lui donner sa sanction. Que la garde nationale, rétablie, maintienne l'ordre. Entre-

tenez le gouvernement, dans le plus bref délai, de l'opinion, et faites-lui part des mesures que vous aurez prises.

« Le général Subervie est nommé ministre de la Guerre. »

Vous dire ce que la lecture de cette dépêche me causa de stupeur, est impossible; il me prit une faiblesse dans les bras et les jambes, et je perdis presque la parole; je courus chez mon collègue T..., qui dormait si bien qu'il ne m'entendit pas; de là chez L..., qui n'y comprenait plus rien; nous nous réunîmes au collège, fort inquiets et préoccupés ; car la France n'est pas républicaine, et ce coup de main avait dû coûter cher aux Parisiens. Quant à nos collégiens, ces pauvres enfants, exaltés par le mot de république, étaient dans une surexcitation des plus comiques et des plus tristes. Tous, la cocarde à la casquette, fredonnaient la Marseillaise, et me traitaient de citoyen Manuel. — Déjà la classe de la veille, où l'on ne connaissait que l'abdication du roi, avait été fort agitée; celle de ce matin le fut bien davantage! ils fabriquaient des cocardes, et le proviseur lui-môme n'y pouvait rien, de peur de mettre tout le collège en révolte.

Ni mes collègues, ni moi n'étions fort gais ; bien au contraire; nous étions pâles et défaits, et nous partagions la stupeur de toute la ville; car si la liberté est une belle chose, et la république un beau rêve, rien n'est plus terrible que les excès des révolutions, et nous entendions des bruits sinistres circuler partout; que le roi était mort, que deux princes avaient été tués, que d'affreux massacres avaient eu lieu; — que sais-je? — et tout cela enlaidissait singulièrement cette belle liberté, qu'on nous annonçait d'une

façon si terriblement imprévue. A onze heures, après le déjeuner, où nous causâmes comme vous devez penser, nous trouvâmes dans les rues une nouvelle dépêche, mais plus ancienne que celle du matin, et qui avait été retenue dix heures à Lyon; elle était conçue en ces termes :

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