FORMATION DU MINISTERE; COMPOSITION DU MINISTÈRE
Dupont (de TEure), président ; Lamartine, afT. étrangères ; Arago, marine; Bedeau, guerre; Crémieux, justice; Ledru-Rollin, intérieur; Marie, commerce; Garnier-Pagès, maire de Paris.
Que signifiait cela? Avant-hier matin, une régence; avant-hier soir, un ministère radical et un gouvernement provisoire; hier matin une république. — Voilà tout ce que je sais; rien de plus! que s'est-il donc passé? les journaux de Paris n'arrivent pas.
Ce soir, la ville n'est point illuminée; on attend, on se regarde ; — les mercières vendent des cocardes : les polissons courent les rues avec des drapeaux rouges, en criant : Vive la République! et chantant Fair des Girondins; — les fonctionnaires ne quittent pas la mairie; ils y délibèrent sans cesse, en attendant les nouvelles. Un conseil s'est formé, composé de quatre habitants les plus notables parmi les républicains du pays; le maire les préside. La garde nationale est
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rétablie, et je suis tenu à m'aller inscrire demain avec mes collègues. — Tout est tranquille, du reste. — Il paraît quà Lyon, les ouvriers, les soldats et les bourgeois ont fraternisé, et que le préfet a pris la fuite ; — les habitants des montagnes descendent dans Grenoble; on a dansé en rond autour de la statue de Bayard...
A ses parents.
Dimanche, 27 février 1848.
Je reviens de la réunion provisoire de la garde nationale de ma compagnie. Il y avait cinq points de réunion dans la ville; je fais partie de la 2^ compagnie du 2" bataillon ; je suis dans les chasseurs, avec mes collègues L..., T... et B..., et Tun des professeurs de la Faculté; toute la ville se fait inscrire, sous les arbres qui bordent la citadelle. On doit distribuer des fusils demain. L'ordre règne ici; le maire surveille tout; le préfet ne paraît plus.
Un comité républicain a adressé ce matin une proclamation aux habitants; cette proclamation assez fougueuse se termine par le cri de : « Vive la République! Vive la France! » — elle est partout affichée, au son du tambour; et chacun la lit avec une stupeur qui ne cesse point.
On n'a point de nouvelles de Paris; ou plutôt, ce qui est plus affreux encore, on en a eu de très contradictoires, soit par des lettres particulières, soit par les récits des voyageurs.
Selon les uns, le roi serait mort; et le calme paraîtrait se rétablir; selon d'autres, le roi marcherait sur
Paris, avec toute Tartillerie de Vincennes, et serait décidé à reconquérir Paris. La Gazette de Lyon, arrivée il y a une heure, raconte une terrible séance de la Chambre, où le peuple aurait envahi la salle, et mis en fuite la duchesse et ses enfants, à la suite de quoi, Ledru-Rollin, à la tribune, et Dupont (de l'Eure), au fauteuil de la présidence, auraient proclamé le gouvernement républicain. — Trois journaux seulement sont arrivés hier soir, à onze heures : les Débats^ le National et la Démocratie; ils racontent, sans aucun commentaire, la journée et la nuit du mercredi. 11 paraîtrait que la révolution de juillet n'est qu'une émeute auprès de ce qui se passe! — Les Tuileries, le Palais Royal saccagés, et des combats partout. — Dites-moi, qu'avez-vous fait durant ces événements? où étiez- vous? — Que disiez-vous? Je sens dans les jambes des faiblesses continuelles; et il se peut pourtant qu'il faille demain monter la garde. — Personne ici ne porte la cocarde; mais toute la population est dans les rues, et se forme en groupes. — Aucun témoignage de joie, mais aucune opposition; on est préoccupé de l'ordre, avant tout; la garnison n'est plus consignée; on attend les événements; moi, j'attends vos lettres.
Lyon a reconnu la république; tous les forts y sont occupés par la garde nationale, et l'on dit que le calme s'y est rétabli ; mais, en revanche, il paraîtrait que, dans le Midi, on proclame Henri V.
Qui l'eut dit? et que faut-il penser de tout cela? Les plus fortes têtes s'y perdent. — Le centre gauche a-t-il été dupé? Y avait-il complot longtemps préparé? — N'est-ce qu'un audacieux coup de main? Un essai téméraire? Que croire? — Le bas peuple me fait peur; quelque pitié que sa misère me donne, serait-ce un
nouveau 93? — Les dépêches télégraphiques trompentelles la province? — Quelle incertitude! quelle anxiété! — Et la famille royale, où est-elle? Et ce pauvre M. Régnier *, et R..., que sont-ils devenus dans la bagarre? — Bienheureux ceux qui vivent obscurs! Malheureux ceux qui comptent sur la stabilité des rois et des princes ! — Encore une fois c'est à n'y pas croire ! — Eh bien, Arthur, où en es-tu? t'imaginais-tu que tu verrais des révolutions nouvelles, si vite et si tôt?
Ces quelques journées en apprennent plus sur les révolutions, que tous les livres d'histoire! C'est là qu'on voit, qu'on reconnaît, qu'on prend sur le fait l'orgueil, l'ambition, l'obstination, la colère; c'est là qu'on apprend ce que sont les rois, les ministres, et les peuples! — Que doit faire et dire le sage dans de pareilles circonstances? Faire ce qui contribuera au maintien des lois et de l'ordre; dire ce qui calmera les esprits, en les éclairant.
Le bruit du tambour m'annonce qu'on affiche en ce moment quelque chose de nouveau; je quitte la plume. — J'ai pris mon chapeau et suis descendu quatre à quatre. — Chacun courait à l'affiche. — Ce n'est pas une dépêche de Paris! — c'est l'annonce officielle de la proclamation de la république à Lyon ef du calme qui s"y est rétabli; la ligne fraternise avec les citoyens.
Toutes ces nouvelles vous arrivent-elles, ou bien ôtes-vous aussi inquiets de la province que nous le sommes de Paris? On avait craint ici des troubles pour aujourd'hui dimanche; mais tout est parfaitement tranquille; les femmes vont à la messe comme